Belle histoire (22) :Pas vu venir

Une histoire particulière aujourd’hui. Je jouais à la pétanque dimanche, avec des amis, quand soudain un nuage s’est mis devant un de mes yeux. Cela ressemblait aux mouches que l’on peut avoir parfois et qui disparaissent toute seules. Mais ce n’était pas un nuage.

genève,hôpitalUne petite partie de la vision périphérique est revenue après environ une heure puis a disparu à nouveau. Je n’ai pas prêté plus attention. Je pensais que cela s’en irait. Mais le lendemain matin mon œil était toujours aveugle. Je me suis rendu en urgence à l’ophtalmologie à Genève. C’était plus grave que je ne pensais. Un caillot a obstrué l’artère de la rétine. Je n’ai pas vu venir, ni par instinct, ni par intuition, ni par expérience.

Il n’est pas sûr que je récupère la vision de l’œil. Mais comme dans tout événement problématique il peut y avoir de bons côtés. C’est pour cela que j’en parle, et non pas pour me plaindre de quoi que ce soit. J’accepte les choses comme elles sont et je fais avec. Du moins j’y travaille.

De bons côtés en voici. D’abord, encore une fois, je constate l’excellence hospitalière de Genève. L’hôpital est un concentré de compétences de haut niveau. J’admire aussi l’incroyable organisation d’une telle machine aussi complexe, ou à peu près tout marche bien en temps et en heure. Quant au personnel hospitalier il mérite notre gratitude.

Je fais des séances de caisson hyperbare, où l’on est placé comme 15 m sous l’eau et l’on respire de l’oxygène pur pendant une heure. Le but est évidemment d’oxygéner un maximum le sang afin que les tissus lésés puissent éventuellement se réparer. Cela dépend du degré de la lésion mais je peux dire que j’ai regagné un peu de vision périphérique vers la droite de l’œil. Cela ne me rend pas une vision binoculaire pour le moment mais il faut continuer à essayer. Je me fais aussi de l’auto magnétisme sur l’œil. Je teste ma patience parce qu’il faut rester 1h30 immobile dans le caisson d’isolation hyperbare. C’est un travail sur moi, qui ai souvent eu tendance à l’impatience, ce qui ne m’a pas toujours rendu service, loin de là. 

Un passage à l’hôpital nous ramène aussi a plus d’humilité. Être dépendant, ne pas avoir le contrôle complet de son corps, ce n’est pas simple mais ici c’est nécessaire de l’accepter. Et puis cela me fait aussi penser que le bout du voyage de ma vie commence à s’approcher. Mon énergie change et ma mémoire s’effiloche. C’est normal, chacun tour.

J’espère encore pouvoir être un peu utile, soit en proposant des visions différentes sur les grands sujets qui me tiennent à cœur comme l’environnement, le climat, les relations femmes hommes, et de compléter dans ma petite mesure des débats que j’estime non terminés. Parfois aussi je suis sollicité gracieusement par des personnes ayant vécu une fausse accusation. Ils ont besoin de conseils, ou d’une simple écoute. Nous prenons une heure ou deux autour d’un café sur une terrasse et je pense que cela leur est utile.

Et puis, mon voisin de chambre fait partie de la belle histoire. C’est un homme de 92 ans, positif, avec qui nous parlons philosophie. Il me parle aussi de son père qui était droit, plein d’amour, exigeant, mais pouvant être violent. Cependant au-delà de l’apparence il voit cet amour. Il fait partie d’une génération qui ne se posait pas en victime. Il a choisi d’éviter les rapports de force sauf s’ils sont inévitables. Cela semble lui avoir réussi. J’aurais peut-être encore quelque chose à apprendre là.

Il y a moyen de trouver une belle histoire même dans des situations difficiles.



PS J’ai écrit ce billet sur mon portable. Je n’ai qu’un œil valide et c’est très petit pour corriger l’assistant vocal. Il y a peut-être des fautes. J’espère mériter votre indulgence.

 

 

 

 

Catégories : Belle histoire, Divers, Santé 27 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Je vous embrasse John.

  • Holà Colette,

    Merci beaucoup. Ainsi va la vie…
    Bonne journée.

  • Un récit émouvant qui montre à quel point nous dépendons de notre corps. Nos idées (nos âmes, diraient les croyants) ont besoin de cette matière pour exister et fonctionner. Mais l'homme s'adapte et la médecine lui vient en aide. Tant que le cerveau n'est pas atteint, on peut exister. Et nous avons encore besoin de vous, Homme-Libre, pour nous ouvrir les yeux sur les contradictions et les erreurs de nos concitoyens. Nous avons besoin de vos analyses pointues pour chercher la bonne voie. Bon courage à vous, et bon rétablissement !

  • Bonjour Henri,

    Merci beaucoup pour votre message. J’espère bien pouvoir continuer encore un bout de temps. Mais vous savez je peux aussi me tromper même ce que je dis il faut aussi l’analyser de manière critique. D’ailleurs vous le faites parfois et j’apprécie. Bonne journée.

  • Bon rétablissement à Vous !
    C'est toujours un plaisir de vous lire.

  • Oh merci Marianne, c’est très aimable de votre part. J’ai aussi beaucoup de plaisir à vous lire ici et ailleurs.
    Bien à vous.

  • Que dire hommelibre, sinon : prenez bien soin de vous et bon rétablissement! Ce genre d’événement nous fait prendre conscience, ma foi, de la fragilité de notre machine corporelle qui, comme toute machine, s’use, qu’on veuille bien l’admette ou non. Et cela nous rappelle à notre propre finitude.

    Au plaisir de lire encore longtemps votre blog et vos réflexions intelligentes qui, sur bien des sujets, nous apportent comme une bouffée d’oxygène au milieu de la médiocrité ambiante.

  • Bonjour Olivier,
    Merci à vous. Je suis touché par les retours ici et hors ligne.
    Je sais que mes positions n’emportent pas d’adhésion unanime… D’ailleurs je ne le souhaite pas forcément. Mais ça me fait aussi du bien de lire votre retour et les autres. Merci encore.

  • Je ne saurais manquer de me joindre aux autres pour vous signifier ma sympathie. J'espère que vous allez recouvrer l'usage de votre oeil, la médecine actuelle fait parfois des miracles...
    Pour ma part, je sors d'une visite à la dame dont je promène régulièrement le petit chien, un cairn (c'est lui qui a exigé cela de moi, pas le contraire...). Elle était très mal ces derniers temps et cet après-midi, m'a révélé qu'elle avait un cancer du poumon. On a parlé de vie et de mort.
    Je sais qu'il ne se passe pas un seul jour sans que j'y pense. L'important, me semble-t-il, c'est de n'en aucun cas se laisser submerger et de vivre ce qui nous semble bon. Pour ma part, je profite des compétences exceptionnelles d'un de nos meilleurs pilotes pour faire des balades aériennes fantastiques. Le tour des Dents-du-Midi en autogyre, une expérience inoubliable...
    PS. Je suis conscient que ce commentaire peut être jugé très maladroit. Tant pis...
    https://www.chien.com/races-de-chiens/cairn-terrier-144.php

  • Pas de soucis, Géo.
    Je vous remercie également pour ce message. Et comme vous dites: ne pas se laisser submerger et continuer à faire ce que l’on pense bien de faire.
    Bien à vous.

  • Ainsi, une épreuve inédite a fait irruption dans votre vie.
    Merci de partager ça avec nous.
    Un aspect de cette belle histoire exigeante, c'est que nous savons maintenant qu'il existe une telle possibilité : un caillot à l'artère de la rétine.
    Comme vous, je suis toujours étonnée en bien par les HUG
    On arrive avec une histoire à laquelle on ne comprend rien et eux, ils ont une experience et des solutions qui font qu'on se sent vite rassurés. En ophtalmologie, le personnel est particulièrement gentil, ce qui tombe bien.

    Que vos séjours sous-marins en terre hospitalière soient fructueux !

  • Merci calendula. Oui, si vous avez appris cela alors mon but est déjà atteint. Je ne suis pas trop fan du déballage de son intimité sur Internet, mais là c’est différent. Un partage de cette sorte peut-être utile à d’autres gens, je l’espère.

    Les balades sous-marines,

  • Il ne veut pas prendre mon emoji, alors je laisse mon précédent commentaire avec ce mystère. Bonne soirée.

  • Merci Homme libre d'avoir pris le temps de nous gratifier derechef de votre talent pour nous conter une histoire où hélas la fiction rejoint la réalité. Permettez-moi donc de vous manifester à ma manière mes ressentis face aux hôpitaux. et cela, tout en vous souhaitant un prompt et complet rétablissement.

    Les toniques serviabilités
    S’étalent dans un édifice d’incertitudes
    Le lot des fortunes et des infortunes
    S’y scellent dans les mains humaines
    Tourmentées par les aléas personnels
    Empressées auprès des lits de douleurs

  • Jolie manière de célébrer l’hôpital Frenkel.
    Et merci pour ce message.

  • La bonne nouvelle dans cet épisode de thrombose rétinienne, c’est que vous recouvriez déjà une partie de votre champ visuel, cela signifie que l’arbre vasculaire n’a pas été complètement atteint. On a dû vous gaver d’anticoagulants, vous bombarder de rayonnements divers pour visualiser l’origine de l’embole. Je ne sais si la médecine fait des miracles, mais, bien conduite, elle aide la Nature dans son pouvoir d’autoguérison, qui est grand surtout au niveau du SN. Vous êtes assurément entre de bonnes mains.

    Mais bon, vous êtes un grand garçon et n’ignorez pas que les photorécepteurs et tout l’appareil neurotransmetteur de l’œil, un prolongement de notre cerveau, n’aiment pas tellement l’ischémie, pour pointer et tirer à nouveau à la pétanque, ça va demander un peu de temps… Patience et longueur de temps, vous connaissez la chansonnette. Et puis dites-vous bien que si jamais cela devait mal tourner, Géo pourrait toujours vous refiler son cairn : petit, l’air sympa et malin, il ferait un excellent chien-guide…

    Plus sérieusement, je vous lis toujours avec intérêt, surtout lorsque vous traitez l’actualité, la météo pas trop, me manque les bases et le temps…Vous avez donc intérêt à vous accrocher pour reprendre votre blog.

    Amicalement.

  • Bonjour Gislebert,

    Gavé je ne saurais dire mais bien sûr j’en prends. Sur une telle problématique, mes compétences en naturopathie ne suffisent pas. Et n’étant pas anti médecine, j’accepte cette situation avec sérénité.

    Pour la pétanque, oui, il faudra me réajuster. Pour le moment, je dois déjà compenser le manque de vision 3D. Vous devriez me voir quand j’essaye de remettre un capuchon sur son stylo !…
    :-)

    Je ne peux dire encore combien je vais perdre au final sur cette taille mais je ne suis pas sûr qu’il puisse y avoir un miracle il faut faire avec c’est un accident de la vie.

    Pour le reste, j’ai deux billets en réflexion sur des thèmes politiques. À bientôt donc, et merci pour votre message.

  • Sorry. Pas sur cette taille mais sur Cet œil. Bon, c’est compliqué de corriger ces toutes petites lettres ce matin.

  • Cher Hommelibre, je vous souhaite un bon et prompt rétablissement! La médecine fera tout son possible pour vous aider à récupérer votre vision. Il faut y croire! Vous êtes entre de bonnes mains! Courage, bien à vous!

  • comme je vous comprends : j'ai une mobilité réduite, des problèmes d'estomac et tous les désagréments possibles liés à l'âge, mais les yeux ... ! Courage... on a besoin de vous !

  • Bonjour Jacques et Vita, je vous remercie pour vos messages. À l’hôpital on est entre de bonnes mains. C’est sur. Après il faudra voir ce que la nature veux bien récupérer. Quoi qu’il en soit je ferais avec. Merci pour votre soutien.

  • Hommelibre, votre histoire m'a profondément émue. Un point de cette situation me rassure un tout petit peu. Le fait d'écrire votre histoire, d'écrire ce qui'il vous arrive et de manifester que vous allez faire avec.
    Combien de gens sombrent dans la dépression lorsque leur vue s'amenuise. En le disant ouvertement, vous refusez de céder à la fatalité.
    C'est vrai que lorsqu'un de nos sens défaille, c'est tout le corps qui le ressent comme un abandon avec la peur d'être isolé.
    Je ne veux pas continuer sur cette pente un peu triste, Je crois en votre densité intellectuelle pour vous ouvrir d'autres voies qui vous permettrons d'exister tout aussi pleinement.

    On ne se rend pas compte que la résilience est une combustion discrète, mais elle brûle beaucoup d'énergie et que les ressources ne sont pas illimitées chez un être humain.
    La pression psychologique y a hélas son influence.

    Toujours est-il qu'un environnement bienveillant et amical sont des conditions déterminantes pour le recouvrement de l'organe atteint. Beaucoup de nos affections physiologiques sont dues à des angoisses inexpliquées, indiscernées ou indiscernables. . Un passif social ou familial peut y avoir causé des impacts qui ne se révèlent, parfois, que très tardivement. Voire des dizaines d'années après..

    L'âme a des yeux pour voir ce que vous n'aviez peut-être pas vu.

    En pensée avec vous, Cher Hommelibre..
    Courage!

  • Bonsoir Marlène,

    Votre synthèse est parfaite. Je vous remercie vivement. Partager cela me semblait avoir du sens. Les différents commentaires m’en assurent.
    Merci encore, et bonne fin de soirée.

  • Cher Homme libre, mes meilleurs vœux de rétablissement et que le Seigneur vous bénisse !

  • Mes vifs remerciements Pierre Alain.

  • Prompte guérison, vos billets fouillés lucides honnêtes nous sont nécessaires.

  • Merci Leclercq, tant que je peux je continue. Bon dimanche!

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