Mouvement de femmes en Iran : fort et fragile

Ce ne sont pas toutes les iraniennes mais elles sont très nombreuses, et dans tout le pays semble-t-il, même dans les petites villes. Le mouvement contre le voile – et donc contre la dictature des mollahs – est puissant.

 

iran,vloie,manifestations,masha amini,Elles osent. Elles risquent beaucoup mais n’en ont cure. Ce qui se passe est peut-être l’un des plus purs mouvements de révolte que l’on ait vu depuis longtemps. Une révolte légitimée par les tripes, par l’appel de la liberté.

Cela nous touche, nous occidentaux, parce que ce mouvement va dans notre sens. Cette liberté revendiquée est aussi la nôtre. Mais à quoi aboutira-t-il? 

J’écoutais le politologue Guillaume Bigot sur CNews. La répression n’est est encore massive, je veux dire par les armes mais les arrestations sont nombreuses et il y a plus de 60 morts. Les pasdarans, Gardiens de la révolution ne sont pas intervenus. Combien de temps resteront-ils sur la réserve? Ils seraient 130’000 dans le pays, plus nombreux que l’armée, bien entraînés et bien armés.

Selon les informations, si elles sont exactes, les pères, maris, frères, fils, soutiennent les femmes lors de manifestations-éclairs:

« … les manifestations sont qualifiées de "manifestations éclair", dans lesquelles elles tentent de se former et de se disperser rapidement pour éviter toute confrontation avec la police iranienne… »

Des hauts fonctionnaires critiquent la police des mœurs. Les pasdarans ont des familles, ce sont leurs mères, leurs soeurs, ils voient ce qu’il se passe. De quel côté pencheront-ils? Vers la main qui nourrit ou vers les libres chevelures?

L’Iran est une pièce importante dans la région. Le régime n’a pas intérêt à se laisser déstabiliser. De plus le président en exercice tient une position rigoriste sur le voile.

La police a les moyens de freiner une révolte même de grande ampleur. Mais si ce mouvement des femmes éveille d’autres insatisfactions dans la population, si la police bascule et baisse ses armes, alors un grand changement est envisageable.


Image de Twitter: Masha Amini, 22 ans, décédée aux mains de la police des mœurs, étincelle de la révolte.

 

Catégories : Politique, société 11 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Franchement, quand on regarde un peu l'évolution de la situation géopolitique du grand Moyen-Orient et au-delà, on est bien forcés de constater qu'une déstabilisation de la République Islamique tombe à pic…

    J'ai toujours été un peu sceptique vis-à-vis des mouvements populaires spontanés de grande ampleur. A mon sens, ils sont toujours suscités par certaines forces, qui cherchent à en tirer avantage.

    En l'occurrence, tout part d'un fait divers. On ne saurait sous-estimer la puissance du fait divers, soit de la mise en avant d'un destin individuel, dans la manipulation des masses. Comme le disait Staline, "Un homme meurt, c'est une tragédie; un million, une statistique". Le présentateur, à la télévision, peut bien vous annoncer que 3000 migrants sont morts en mer depuis le début de l'année, vous direz "Mon Dieu, c'est terrible! S'il te plaît, passe-moi le sel." Mais si à l'appui, l'écran vous montre la photo du petit Aylan sur la plage, tout d'un coup vous n'aurez plus envie de sel.

    Certains sont passés maîtres dans la manipulation de l'opinion, et leurs techniques sont encore plus efficaces à l'ère des réseaux sociaux. On se souvient de l'affaire George Floyd, triste fait divers monté en épingle pour susciter un mouvement de masse au sein des populations dites "racisées", dont la mobilisation avait tant fait défaut à Mme Clinton contre M. Trump. 4 ans plus tard, "Mission accomplished": Trump est éjecté.

    Or on sait que la moblilisation iranienne a lieu essentiellement par l'intermédiaire ce ces réseaux, ce n'est évidemment pas la presse et les médias officiels qui ont mis en avant la mort tragique de la jeune Mahsa Amini, prétexte à ce soulèvement. Si l'on a accusé la Russie d'avoir suscité l'élection de Trump via une manipulation des réseaux sociaux, il faut bien se rendre compte qu'il y a d'autres acteurs régionaux aussi capables, sinon plus, que les Russes dans ce domaine.

    Pourquoi maintenant? Le temps est à la confrontation, un peu partout dans le monde, et le drame ukrainien à "l'avantage", pour certains, de détourner l'attention d'autres foyers mal éteints qui ne demandent qu'à être réactivés. Dans cette configuration, un affaiblissement durable, voire un démantèlement de l'Iran, arrangerait bien du monde.

    Petit détail, selon le site russe Avia-pro (dont les informations valent ce qu'elles valent), certaines troupes étrangères spécialisées dans la guerre électronique (probablement les plus avancées au monde dans ce domaine) auraient été repérées en Azerbaidjan, près de la frontière iranienne, et auraient déjà commencé à brouiller les signaux GPS des navires iraniens sur la Caspienne... Cela non plus ne devrait pas être dû au hasard.

  • Depuis la Suisse, il est bien difficile d'évaluer le niveau d'exaspération d'une population soumise à des Gardiens de la révolution et de la Police des mœurs depuis des dizaines d'années. Au fil des ans, il y a eu plusieurs tentatives de révolte et elles n'ont pas permis de sortir d'un système répressif qui touche l'entier de la population, mais d'une façon particulièrement méticuleuse la vie d'une moitié d'elle.
    Le voile n'est que le signe visible d'un statut légal inférieur pour les femmes. Voir ici :

    http://www.iran-echo.com/echo_pdf/les_femmes_sous.pdf

    C'est probablement une sorte de concrétisation étatique de ce qu'on appelle charia.
    Y aurait-il de mauvais moments pour vouloir s'en débarrasser ?
    Si jamais cette révolte prend une plus grande ampleur, c'est que les hommes n'ont plus ni patience, ni peur face à ce régime qui atteint des sommets d'absurdité.L'Iran s'ingère dans les conflits régionaux, trouve de l'argent pour participer à des entreprises de déstabilisation, alors que la population vit dans une grande précarité.

    Cette nouvelle est particulièrement impressionnante :

    http://jrbelliard.blog.tdg.ch/archive/2022/09/29/afghanistan-manifestation-de-femmes-afghanes-a-kaboul-en-sou-324978.html

    Ces personnes sont capables de risquer leur vie pour faire savoir au monde qu'elles ne sont pas d'accord d'être soumises à un système totalement injuste et anachronique.
    La politique des mollahs ou des talibans est au-delà du patriarcat. C'est une sorte de terreur d'état qui nuit au bon fonctionnement de toute la société.
    Comme l'écrit hommelibre : " Les pasdarans ont des familles, ce sont leurs mères, leurs soeurs, ils voient ce qu’il se passe. "
    Pour moi, la question ne se pose pas au niveau des libres chevelures, mais au niveau de la justice sociale.
    En tant que pasdaran, suis-je du bon côté de l'histoire ? Est-il malin de profiter d'écraser mes concitoyens en tant que bras armé d'un pouvoir se voulant religieux? la répression et la surveillance ne touchent pas seulement les femmes.
    L'idée qu'il faille des Gardiens de la révolution et une Police des mœurs orwellienne pour maintenir un système censé émaner d'un dieu est hors de ma portée.

  • @ Olivier:

    Merci pour ces éléments de réflexion. Suis-je trop naïf? Ce n'est pas impossible. Mon sentiment est que le début des manifestations correspond à une exaspération authentique, il me semble, mais la possibilité qu'elle soit ensuite instrumentalisée est imaginable. À voir par la suite.

    Je note que la Rousseau ne dit pas un mot sur ces manifestations contre le voile.

  • @ Calendula:

    La terreur d'état touche tout le monde en effet.

    Sur le statut de femme en Iran, même le Moyen-Âge européen, pourtant vilipendé, n'a osé traiter les femmes de cette manière.

    Le voile est aujourd'hui pour elles, mais pour leurs hommes aussi semble-t-il, le symbole de l'injustice. En l'enlevant elles contestent aussi les règlements tels que décrits sur votre lien.

  • Un fait-divers aurait mis le feu aux poudres ? Oui sans doute. Le relais des réseaux sociaux aurait été décisif ? Certainement. Mais des décennies d'infériorisation de la femme expliquent aussi cette révolte. On peut faire également le rapprochement avec l'Afghanistan.
    Mais je m'interroge aussi sur les réactions de nos féministes. Dans l'ensemble, elles encouragent ces femmes tout en évitant de nommer cette religion qui veut rendre leur corps invisible. Selon le féminisme de gauche, ce sont les hommes qui les voilent ; c'est le patriarcat qui les enferme. Dans la plupart des médias, on évite de prononcer le mot "Islam" pour ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans. C'est pourtant bien une façon d'être une bonne musulmane, aujourd'hui, que de se couvrir la tête. selon les islamistes (pas pour tous les musulmans).
    Tout cela en dit long sur ce néo-féminisme qui condamne le voile dans ces pays, mais estime que les femmes ont le droit de s'habiller, chez nous, comme elles veulent. Elles font semblant de ne pas comprendre que cette tenue vestimentaire est religieuse et destinée à cacher la femme considérée comme tentatrice en poussant les hommes au plaisir de la chair. La femme associée au péché devrait pourtant faire bondir ces féministes à l’affût de la moindre atteinte à l'image de la femme. N'est-ce pas la preuve que l'islamo-gauchisme existe ?

  • @Henri et @FRENKEL: je ne nie pas le fait qu'il y ait un mécontentement infini, on ne construit pas une révolte sur du sable, et il faut bien qu'il y ait quelque chose de fort au niveau du ressenti général de la population pour que cela puisse réellement dégénéner. D'ailleurs, la situation économique de l'Iran n'arrange évidemment pas les choses, et il se pourrait bien que celle-ci soit encore plus déterminante que le statut de la femme dans la révolte en cours. L'élite intellectuelle de la jeunesse de l'Iran (hommes et femmes) trouve en général son salut en s'exilant, et cela compte aussi.

    Ceci dit, pour qu'il y ait révolte généralisée, il faut qu'un élément déclencheur soit propagé à tous les niveaux de la société (si le mécontentement est trop circoncis, il est facile à étouffer), et pour que cette révolte soit capable de miner les fondements d'un régime, jusqu'à se transformer en révolution, il faut qu'elle soit récupérée par des éléments intéressés un un renversement du pouvoir. Sinon, elle finit par tourner en rond pour s'éteindre de lassitude (voir la révolte des gilets jaunes).

    En tout état, le futur nous dira bien vers où tout cela mènera, j'espère pas vers le pire...

  • @Olivier, et si ce fait divers était la goutte criminelle qui a fait déborder le vase des frustrations féminines ? O n ne peut comparez le meurtre présumé de la femme non complètement voilée à l'affaire George Floyd, car dans cette affaire, il y a plein de points obscurs, et notamment celui de sa mort. Selon certains il ne serait pas mort à la suite de violences policière, mais à la suite d'une overdose. Il était connu comme quelqu'un qui se droguait.

  • La violence en Iran avait commencé dès le départ du Shah d'Iran le 29 janvier 1979,

    Le lendemain, Khomeini arrivait et avec lui la répression envers les femmes alors que sous le régime du Shah elles étaient libres ... et ne s'est jamais arrêtée. Il faut aussi se souvenir aussi de la prise en otage de l'Ambassade américaine qui avait duré plus d'une année.

    Les femmes ont dû porter la tenue islamique, la charia s'est installée et par là même la lapidation ...

    Si je me souviens bien de toute cette période, je connaissais un couple irano-suisse : lui ne pouvait plus retourner dans son pays d'origine parce qu'il savait qu'il serait arrêté et pendu. Ce couple est finalement parti aux Etats-Unis rejoindre les autres membres de leur famille dont l'un avait été l'un des médecins du Shah d'Iran.

  • @Henri: par contre, je vous rejoins complètement sur la question des néo-féministes et de leur silence assourdissant.

  • @Lise
    Si vous habitiez à Genève à cette époque, comme moi, vous vous souviendrez aussi de la haine que le Shah d'Iran inspirait à tout ce qui était plus ou moins à gauche chez nous et en France.
    C'était le Shah, sa police secrète et ses folles dépenses qui ont justifié pour la jeunesse d'alors l'appui (plus ou moins passif) dont a joui le futur Khomeini et qui lui a permis, une fois l'ancien "gêneur" des entreprises américaines et anglo-pétrolières lâché et abandonné à son cancer, d'entreprendre, comme vous le rappelez, la soumission totale de la population (surtout les femmes, comme toujours en terre d'islam), aux "gardiens de la Révolution".

  • @ A Mère-Grand : exact les manifestants partaient de la rue du Mont-Blanc direction le centre ville en prenant bien soigneusement le pont du même nom et se dirigeaient au centre ville direction la rue de l'Hôtel-de-Ville aux heures de pointe soit entre 17h et 18h30 !

    L'impératrice (et sa Cour) se faisait conduire au Grand Passage rayon tissus puis repartait côté rue du Rhône et là c'était bouchon assuré ...

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