Douce France, disait-il

Pas sûr que les gens d’armes devenus des cibles entonnent encore ce refrain. Le plus souvent les policiers sont attaqués dans les rues, lors de patrouilles par exemple. Récemment c’est une unité entière, un commissariat, qui a été la cible. C’était pendant la nuit, il y plus d’une semaine, à Vitry-sur-Seine.

 

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« Aux alentours d’une heure du matin, le groupe prend pour cible la station de police en lançant quatre cocktails Molotov, et en tirant à de nombreuses reprises au mortier sur la façade du bâtiment. L’un des véhicules de police du commissariat présente pas moins de 56 impacts de mortier. »

Les policiers ont repoussé la vingtaine d’agresseurs cagoulés et les ont poursuivis dans une cité proche. Là ils ont à nouveau été cibles de tirs de mortiers. De gros mortiers d’artifice.

Que certains adolescents passent par une phase de contestation de l’autorité, d’accord. Qu’ils veuillent frimer devant leurs copains et devenir des héros débiles, c’est limite. Que la détestation de la police soit devenue un réflexe presque pavlovien dans certains milieux et tendances politiques, pas d’accord. Le mimétisme grégaire qui s’illustre dans ces incidents mérite une mise en question.

Car on voit des bandes organisées et outillées pour agresser, faire mal, nier la démocratie.

Ce n’est pas le premier commissariat attaqué. Sans être exhaustif je note par exemple une attaque au mortier à Champigny en octobre 2020. J’en liste quelques autres plus bas.

Mortiers, cocktails Molotov, insultes, pièges, guet-apens, marteaux, tout semble bon pour assouvir sa haine. L’image 3 (source: Lumni) illustre le degré de gravité des attaques. À chaque attaque médiatisée on entend les mêmes prises de positions outrées. Puis plus rien jusqu’à la prochaine.

 

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Et il n’y a pas que les policiers. Les pompiers, autre symbole de l’autorité de l’État, sont régulièrement pris à partie, quand ce ne sont pas des ambulanciers.

Avec le temps cette sorte de guerre civile larvée s’intensifie, et l’on s’y habitue.

Chez le peuple Masaï au Kenya les jeunes garçons vers 17 ans se rebellent, laissent pousser leur cheveux, incisent les vaches du clan pour boire leur sang et se confrontent à un lion. C’est leur rodéo à eux.

Parfois le lion gagne. 

Chez nous des ados bravent la mort sur leur bécane – leur lion – dans des rodéos urbains aussi hallucinants que dangereux pour le public. Parfois le lion gagne, comme récemment pour ce jeune mort la tête contre un lampadaire. Parfois elle ne fait que blesser et mutiler, par exemple à Pontoise où un rodéo urbain a envoyé il y a quelques jours deux enfant aux urgences.

Ils s’en sont sortis presque par miracle. Le biker, lui, est indemne. Il s’est rendu à la police après avoir été aidé à se cacher par sa communauté. 

Les adeptes de la biker life y laissent parfois leur peau, et si ce n’était que la leur, mais ils imposent leur mode de vie dans des rues au grand stress des riverains et des passants.

 

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Je n’ai pas envie de polémiquer sur l’action ou l’inaction des autorités, sur la surreprésentation des étrangers dans la délinquance dans ce beau pays, ou sur l’augmentation (réelle ou ressentie?) de l’insécurité. Les médias soit ne parlent que de cela, soit évitent certains détails, et l’objectivité n’est guère possible.

Selon un délégué d’un syndicat de police les attaques aux mortier sont quotidiennes en France, info qui n’est pas validée par le gouvernement. En 2020 un policier était agressé et blessé en mission chaque heure. soit plus de 8’700 agents en un an. Vous ajoutez les morts, les menaces, ceux attaqués et qui par chance ne sont pas blessés, cela fait du monde.

Chaque année des milliers de pompiers sont aussi attaqués, au mortier, aux jets de pierre, et cela ne semble pas pouvoir cesser.

Il semble que ni les parents, ni aucune autorité, ne puissent raisonner ces jeunes personnes à l’agressivité débridée et à l’hubris (excès, démesure, orgueil, arrogance) antisociale décomplexée.

Certains groupes revendiquent et justifient même la violence contre la police. Ainsi en Grèce en 2021:

« En tant que groupe de personnes qui ont une conscience politique et qui détestent les flics, nous avons décidé de notre propre initiative d’attaquer les flics de la place de la Canée, en utilisant des feux d’artifice, des pierres, etc., en solidarité avec le squat Rigaer94 et en réponse au pouvoir de la police sur la place de la Canée. »

Curieuse conception de la notion de conscience politique.

 

 

 

 

 

Liste non exhaustive d’attaques:

Une autre à Villeneuve-d’Ascq en novembre 2021.

https://www.lacote.ch/monde/france-un-commissariat-de-police-attaque-aux-mortiers-dartifice-pres-de-paris-989824

https://www.aa.com.tr/fr/monde/france-un-commissariat-attaqu%C3%A9-aux-mortiers-dartifice/2411028

 

Ici le site Profession Gendarme recense de son côté 18 attaques en deux semaines en juillet 2015, avec mortiers, cocktails Molotov, balles réelles.

 

Ici on trouve quelques attaques de policiers en automne 2019.

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/policiers-et-pompiers-attaques-la-liste-incomplete-mais-deja-longue-des-derniers-cas-20191103

 

 

Catégories : Politique, société 8 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • On peut y voir une détestation de la police, mais pas seulement de la police. Les pompiers aussi sont attaqués. Les médecins ne vont plus dans ces quartiers. les chauffeurs de bus y sont agressés. Les enseignants aussi doivent se protéger. etc. On n'est même plus dans la résistance aux forces de l'ordre lorsqu'ils interviennent pour empêcher le trafic de drogue. C'est l'uniforme, le statut de représentant de l’État qui est visé. L'ennemi c'est cette société qui leur impose des règles et une façon de vivre qu'ils détestent. Cette société française qui les a accueillis mais qu'ils rejettent. Rien ne les arrête car le pouvoir est faible, prêt à s'agenouiller, à implorer le pardon.
    On peut alors se demander pourquoi ils ne retournent pas dans leur pays d'origine, pourquoi ils ne fuient pas cet ordre républicain qui est, pour eux une insulte à leurs mœurs et coutumes. On peut également s'interroger sur l'éducation donnée par les parents, les grands frères, les responsables religieux. Sans doute ont-ils été biberonnés à la haine du Français, de l'ex-colonisateur, la haine de ceux qu'on leur présente comme des exploiteurs et des racistes.
    Ils ne se posent aucune question sur ce que sont devenues ces anciennes colonies, sur les dictateurs qu'ils ont mis au pouvoir, sur les détournements des milliards accordés pour le bien public à leurs dirigeants qui se sont enrichis avec cet argent. Il leur est plus facile dénoncer des situations qui n'existent plus depuis soixante ans que d'assumer leurs propres responsabilités. Et on tape allègrement sur un pays qui, aujourd'hui, les instruit, les forme au métier, leur accorde une santé gratuite, un logement et des aides qu'ils n'auraient eues chez eux.
    Non, l'immigration sauvage n'est pas une chance pour la France !

  • @ Henri : Félicitations pour vos lignes qui complètent parfaitement celles d'Homme Libre.

    Belle journée à tous deux !

  • "Cette société française qui les a accueillis mais qu'ils rejettent."
    Erreur : qui a accueilli leur grand-pères. En fait, les Algériens de 2ème ou 3ème génération de passeport français continuent la guerre d'Algérie, avec exactement les mêmes méthodes. La responsabilité des Français est évidemment engagée : on ne fait pas venir en France une main d'oeuvre d'un pays que l'on vient de combattre. Selon certains chiffres que je ne maîtrise pas, 40'000 (quarante mille) femmes algériennes auraient été violées durant cette sale guerre. Tous ceux qui sont venus travailler en France depuis lors avaient une soeur, une mère, une cousine concernées. Comment voulez-vous que leur descendance soit respectueuse des sous-chiens ?

  • "on ne fait pas venir en France une main d’œuvre d'un pays que l'on vient de combattre. "surtout qu'on ne les a jamais fait venir. http://bloglefeuvre.canalblog.com/archives/2009/01/20/12158212.html Mais, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et contrairement aux affirmations hasardeuses de Pascal Blanchard, dont C. Coquery-Vidrovitch se fait l’avocate, l’État ne s’est pas attaché à faire venir des Algériens « sous la pression du patronat ». Ils venaient, spontanément et de plus en plus nombreux, chercher en France le travail et les revenus qu’ils ne trouvaient pas en Algérie. Le rôle de l’État n’a donc pas été de répondre aux demandes d’un patronat avide de main-d’œuvre à bon marché. Bien au contraire, il s’est efforcé d’imposer au patronat, qui n’en voulait pas, l’embauche de travailleurs algériens, par la mise en œuvre d’une politique de préférence nationale. Toute autre est la situation des Marocains recrutés pour une trentaine de milliers d’entre eux par les Charbonnages de France, ce qui confirme que les causes du rejet de la main-d’œuvre algérienne par le patronat français ne se réduisent pas à un « racisme anti-maghrébin ». Quant au terme « nord-africain », s’il apparaît dans mon livre comme synonyme d’Algériens, ce n’est pas, comme le croit C. Coquery-Vidrovitch, que j’ignore qu’il s’appliquerait aussi aux Marocains, mais parce qu’au-delà de son acception géographique, il a revêtu une définition historique et parce que la littérature administrative, notamment, l’utilise, des années 1920 jusqu’à la fin des années 1950, comme synonyme d’Algériens.
    Concernant les Algériens qui assurent avoir été démarchés par des « agents patronaux », loin de faire « bon marché » de leurs témoignages, je les cite et si j’en réfute, non pas la sincérité, mais le bien-fondé, c’est justement après les avoir analysés et m’être attaché à débusquer l’origine du quiproquo, notamment grâce aux archives du gouvernement général et à un article publié par Alger Républicain. Il ne me semble pas que l’historien sorte de son rôle en passant les témoignages au crible de la critique historique, fussent-ils les témoignages des « victimes » de l’histoire.
    "Comment voulez-vous que leur descendance soit respectueuse des sous-chiens ? le probléme n'est pas là on est toujours dans le syndrome malik oussekine https://www.liberation.fr/france/2016/12/05/le-syndrome-malik-oussekine-existe-t-il-encore_1533123/

  • "Comment voulez-vous que leur descendance soit respectueuse des sous-chiens ? le problème n'est pas là
    Une interview de Nicolai Sennels par Felix Struening
    Sennels : D’un point de vue psychologique et humaniste, il est très clair que des personnes de cultures différentes ont des besoins différents, quand ils ont ou quand ils créent des problèmes. Ma propre expérience est que les musulmans ne comprennent pas notre façon toute occidentale de gérer les conflits par le dialogue. Ils sont élevés dans une culture comportant des figures d’autorités et des conséquences externes à l’individu et très bien définies. La tradition occidentale, qui utilise compromis et introspections comme principaux outils pour gérer les conflits tant intérieurs qu’extérieurs, est considérée comme une faiblesse dans la culture musulmane. Dans une large mesure, ils ne comprennent tout simplement pas cette façon plus douce et plus humaniste de traiter les affaires sociales. Dans le contexte du travail social et de la politique, cela signifie que l’individu a besoin de plus de limitations et de conséquences plus sévères pour être en mesure d’adapter son comportement.
    EuropeNews : Cela nous mène directement au deuxième mythe: car il est souvent dit, que la criminalité des immigrés est causée par les problèmes sociaux, et non par leur origine culturelle. Dans votre livre, vous êtes en désaccord avec cette thèse et désignez la religion comme source de criminalité chez les musulmans.
    Sennels : Je reformulerai votre assertion en parlant de la culture musulmane et non pas de la religion, car il y a beaucoup de musulmans qui ignorent ce qui est écrit dans le Coran et ne fréquentent pas les mosquées. Mais ils sont fortement influencés sur le plan culturel. Nous constatons que particulièrement la colère est bien plus acceptée dans la culture musulmane.
    L’agressivité vous donne un statut inférieur dans nos cultures, mais un statut plus élevé dans la culture musulmane.
    A titre d’exemple: dans la culture occidentale et dans d’autres cultures non musulmanes, comme en Asie, l’agressivité ou une brusque explosion de colère sont vues comme comportements que l’on regrette par la suite et dont on aura honte. C’est complètement l’inverse dans la culture musulmane. Si quelqu’un bafoue votre honneur - ce que j’appelle en tant que psychologue la confiance en soi – il est attendu de vous que vous démontriez votre agressivité, et souvent également, que vous vous vengiez tant verbalement que physiquement. Ainsi, l’agressivité vous donne un statut inférieur dans nos cultures, mais un statut plus élevé dans la culture musulmane.
    Il y a toutefois une autre raison plus profonde pour expliquer le comportement anti-social largement répandu dans les communautés musulmanes et la forte résistance à l’intégration, et c’est la très forte identification que les musulmans ont d’appartenir à la culture musulmane.

  • "Comment voulez-vous que leur descendance soit respectueuse des sous-chiens ? " et ça serait bien aussi qu'ils connaissent un peu mieux le comportement du FLN.

    http://popodoran.canalblog.com/archives/2010/03/09/17056552.html
    et la vérité sur leurs héros.

    http://www.histoire-en-questions.fr/guerre%20algerie/armee-djebel-jumelles.html

    On ne pouvait plus bouger, racontera plus tard le lieutenant Saada, on ne mangeait plus. J'étais si faible que je n'arrivais même plus à porter ma mitraillette. L'implantation des postes militaires, la multiplication des autodéfenses et des agents de renseignement nous rendaient la vie et même la survie impossibles. Il a fallu reprendre la population en main. On a liquidé certains traîtres pour l'exemple. En une nuit, à Yakouren, on a liquidé sept Kabyles. Et pourtant il y avait un poste français. On a laissé passer une patrouille française et quand les harkis de l'autodéfense sont arrivés on leur est tombé dessus. Le propre fils d'un des traîtres s'était proposé pour le liquider. Après quelques exemples comme celui-là, du jour au lendemain, beaucoup d'autodéfenses assurèrent notre protection. Des villages dits pacifiés se tournèrent à nouveau vers nous. C'est grâce à cela qu'on a pu survivre. En exécutant les traîtres en série. Mais jamais on n'a réussi à reprendre l'initiative.

    A Marseille quand Zinedine Zidane était Ado, l'ordre régnait dans les quartiers nord, quand un djeun faisait une bêtise il était passer à tabac dans les sous-sols de la gendarmerie, quand il allait se plaindre au préfet il lui disait si t'a pris une branlée c'est que t'a fait une connerie, rentre chez toi, ça a changé le jour où il y a eu une préfète, la sensiblerie féminine, maintenant on voit le résultat.

  • "le problème n'est pas là"
    trêve de plaisanterie, certaines populations sont entachées d'une image d’associabilité. donc être raciste c'est tenir compte de cette image d'associabilité.

    "Les populations entachées par cette image d'associabilité
    doivent réaliser qu'elles prendraient les mêmes distances
    vis-à-vis des Français de souche si ces derniers adoptaient
    le même mode d'expression. Les Français ne connaissent
    pas dans le détail, et c'est naturel, les cultures autres que la
    leur. Ils ne disposent donc pas de grilles de décodage suffi-
    samment fines pour leur permettre de différencier chaque
    individu de son groupe d'origine et le saisir en tant qu'in-
    dividualité. Aussi se protègent-ils en préférant se tenir à
    l'écart de tous ceux qui appartiennent à un groupe dont les
    attitudes leur apparaissent comme menaçantes.
    Ces grilles de décodage s'élaborent au cours du temps,
    au travers des connaissances acquises grâce aux informations
    que l'on recueille par le biais d'une multitude de canaux : la
    lecture, les médias, le cinéma, et bien entendu l'expérience
    du vécu quotidien des contacts avec les autres. Notre propre
    psychologie et notre système de valeurs, hérités en grande
    partie de notre culture, sont utilisés pour situer les autres
    par rapport à soi. L'autre est constamment référencé par
    rapport à nos propres critères d'évaluation. Ainsi, on ne
    peut pas ne pas situer l'autre par rapport à soi. Cette consta-
    tation est une donnée première de la réalité interhumaine. Le
    résultat de l'identification de l'autre intervient et oriente tout le
    processus de la communication avec cet autrui . Ce proces-
    sus n'est donc pas propre aux Français; il est spontanément
    mis en branle par tous les êtres humains sur terre. Il est un
    fait que les comportements et les moyens d'expression très
    éloignés de ceux que valorise la culture française exposent
    leurs auteurs à une réprobation unanime qui se conclut par
    une sanction, cette dernière pouvant aller jusqu'au rejet pur
    et simple."

    "Depuis tant d'annees que des crispations se font sentir,
    les gouvernements successifs ont refusé de travailler à rassu-
    rer les Français. On est au contraire parti du postulat que les
    Français étaient potentiellement des racistes primaires , et
    on a abondé dans la création d'une panoplie de mécanismes
    et d'organismes pour leur faire la guerre. Les mots qui ont
    été choisis ont leur importance. On parle de Haute Auto-
    rité de lutte contre les discriminations. On planifie des
    campagnes de communication pour sensibiliser et encou-
    rager les potentielles victimes de discriminations à por-
    ter plainte. Or, dans l'imaginaire collectif, qui dit lutte
    dit ennemi ; qui dit victime dit « bourreau . Ainsi, on
    stigmatise les Français en les érigeant ofliciellement au rang
    d'ennemis ou de bourreaux."

    "Aujourd'hui, les Français ont peur. Ils se sentent en insé-
    curité quant au respect de ce qui fonde leur identité. À
    leur défense de tout ce qui participe de cette identité, on
    attribue désormais l'étiquette de raciste . Les Français ne
    se sentent plus protégés ni par leurs institutions, ni par leur
    classe politique. Or, le premier des besoins primaires est jus-
    tement la sécurité. Satisfaire ce besoin doit donc s'inscrire
    dans les priorités de tous nos gouvernants, quelle que soit
    leur teinte politique.
    Lorsqu'ils craignent d'être inquiétés, les Français déve-
    loppent pour se défendre des stratégies personnelles d'évi-
    tement qui sont autant de réflexes naturels de protection.
    Refuser de décrypter les causes de leur comportement et ne
    pas travailler à trouver les moyens de les rassurer les pousse
    à se refermer chaque jour davantage sur eux-mêmes."
    "Alors qu,on aurait dû aider les migrants et leurs descen-
    dants à assimiler la portée des enjeux de l”insertion, on a
    préféré et on continue de préférer exiger des Français des
    concessions non négligeables vis-à-vis des fondamentaux de
    leur société. Encouragées par l”inconscience d'associations
    qui leur voulaient pourtant du bien, et parla démagogie de
    partis politiques qui courtisaient leurs suffrages électoraux,
    les populations issues de l'immigration ont alors commencé
    à se dresser contre les Français. Cela n'a fait qu'engendrer
    l`hostilité des Français de souche à leur égard. Ainsi, au lieu
    de travailler à transformer les Français en alliés de l'inser-
    tion, on en a petit à petit fait des résistants à l'insertion des
    nouveaux arrivants. "

    "La pression exercée par les associations et les collectifs
    de toute nature ne laisse en effet souvent aucun choix à
    nos gouvernants. Ces derniers finissent le plus souvent par
    plier, car l”opinion publique est elle-même sentimentale-
    ment manipulée et devient rongée par le remords et la mau-
    vaise conscience. Elle exerce alors à son tour une pression
    sur l'État et l'amène à des prises de décisions qui défient les
    règles de bon sens et de sagesse."

    " La France a pensé que la dimension
    «sujet ›› pouvait être imposée de l”extérieur par l'octroi de
    papiers d'identité. Le travail d'associations et d'avocats
    qui se sont, tout au long des vingt dernières années, spé-
    cialisés dans l'identification des failles du système social
    et juridique français a sans cesse renforcé la dimension
    «ayant droit ›› au détriment de la dimension «sujet ››. Loin
    d'aider les migrants à appréhender l'ensemble des ques-
    tions liées à une intégration, cette approche a en réalité
    travaillé à leur malheur. "

    "Dans cette phase de résistance, la négociation est per-
    manente. Comme un enfant avec l”autorité parentale,
    les migrants et leurs descendants testent régulièrement la
    société d'accueil pour en éprouver les limites. Tant que les
    parents ne trouvent pas comment clairement leur indiquer
    les limites à ne pas franchir, les enfants connaissent un
    sentiment de puissance qui grandit à chaque victoire; jus-
    qu”au jour où les parents se trouvent dépassés, leurs enfants
    ayant pris l'ascendant sur eux. Cette situation est certes ter-
    rible pour les parents qui la vivent. Elle l°est encore bien
    davantage pour leurs enfants, car ils perdent ainsi ceux qui
    auraient pu, et qui auraient dû, leur servir, à l”image des
    jeunes arbres, de tuteurs pour bien grandir. Cette situation,
    c'est celle dans laquelle nous nous trouvons. La République
    a été testée. Elle a tout accepté : son hymne a été conspué,
    ses institutions, l'école et les représentants de la force publi-
    que attaqués, l’enseignement d’une partie de ses program-
    mes scolaires a été refusé... La République a sans cesse
    reculé, signifiant ainsi sa faiblesse, et renforçant jour après
    jour le sentiment de puissance de ceux qui la restaient. Elle
    signifiait ainsi que tout pouvait être transgressé. Elle porte
    la responsabilité d’avoir laissé les nouvelles générations de
    l'immigration šengager dans une voie qui ne pouvait que
    générer leur mise au ban de la société."

    "l'évolution des êtres s'effectue toujours dans le sens de
    la minimisation des coûts, c'est-à-dire que l'être humain
    cherchera toujours à privilégier l'issue qui lui permettra de
    satisfaire les commandements de celui qui exerce sur lui la
    plus forte pression, cela dans l'optique de diminuer l'in-
    tensité de la tension qu'il subit. Lorsqu'il est soumis à des
    tensions culturelles extrêmes, le sujet construit son iden-
    tité en privilégiant l'économie de moyens . Si la commu-
    nauté d'origine exerce un contrôle extrêmement strict sur
    ses membres, tandis que, dans le même temps, la Républi-
    que se montre flexible, compréhensive, accommodante, il
    est naturel que les jeunes générations de l'immigration se
    raccrochent de plus en plus aux racines de leurs ancêtres
    biologiques, et s'éloignent de ce fait chaque jour davantage
    de l'insertion dans la société française. Ces jeunes généra-
    tions risques beaucoup plus en n'observant pas le système
    de valeurs et les codes de leurs groupes d'origines qu`en se
    révoltant contre le modèle républicain.
    Il apparaît d'ailleurs systématiquement, aux yeux des
    jeunes générations issues de l’immigration, qu'il n'y a rien
    à perdre en défiant les lois de la République.Cela est très
    préoccupant. Si le sentiment de peur lié à l'éventualité de
    la perte d'un statut ou d'avantages matériels a un effet dis-
    suasif, le sentiment d'impunité n'empêche pas le passage à
    l'acte délictueux, il peut même l'encourager si celui-ci pro-
    cure un avantage. Ce cas extrême est illustré par l’empri-
    sonnement, qui n'est plus vécu comme une sanction, mais
    au contraire comme un élément de valorisation au sein du
    groupe. La prison symbolise le courage d'avoir su affronter
    l’adversaire «République française ››.
    Tant qu'elles ne percevront pas qu'elles ont encore quel-
    que chose à perdre, les jeunes générations issues de l'im-
    migration continueront d'être à la merci de leurs pulsions
    destructrices. Tant qu'ils ne percevront pas ce qu'ils ont à
    perdre à les laisser se marginaliser en défiant la République,
    leurs parents n'assumeront pas leurs responsabilités vis-à-vis
    de ces dernières, ni vis-à-vis de la société. Nous voyons là
    à quel point l”attitude adoptée par la République n'est pas
    neutre, et va au contraire orienter la trajectoire empruntée
    par les jeunes générations pour se construire, avec toutes les
    conséquences que cela induira pour l’individu lui-même et
    pour la société tout entière.
    Pour développer les efforts et les concessions nécessaires
    à l'insertion, il faut en saisir l'utilité, ou sentir que la non-
    insertion revêt un caractère risqué. Pourquoi s'astreindre à
    ce qui est ressenti comme une contrainte lorsque l'on sait
    que la non insertion ne présente aucun risque?
    Pour que les enfants des banlieues se réinvestissent à
    l'école malgré l’opposition que leurs ascendants nourrissent
    bien souvent à son égard, il est indispensable qu'il n'existe
    plus autour d’eux aucun modèle de réussite où l'on puisse,
    en particulier, gagner de l'argent sans grand effort tout en
    étant protégé par une impunité quasi totale, puisque la pri-
    son n'est pas une sanction efficiente. De plus, lorsque la
    prison n'empêche pas le délinquant ou son entourage de
    profiter du fruit de ses activités illicites, cela mérite bien d'y
    séjourner un peu; «le jeu en vaut la chandelle ››. Que l, État
    ait été si long à réagir face à la propagation des réseaux
    d'économie souterraine, des vols à l'arraché ou des vols
    à la portière a été très lourd de conséquences. Dans une
    telle conjoncture, c'est un terrible fourvoiement que de
    penser que le modèle de réussite par l'école républicaine,
    à savoir travailler beaucoup et longtemps sur les bancs de
    l'école pour recevoir plus tard un salaire, ait une quelcon-
    que chance de constituer un attrait. Assécher l”économie
    parallèle permettra le développement d`une motivation qui
    conduira au développement des efforts incontournables
    our a rendre tout métier.
    J’avais au début de ce livre abordé le fait que les rêves
    des parents pour leurs enfants étaient souvent déconnectés
    de la réalité, et que le chemin qui devait conduire à ces
    rêves n'était qu'exceptionnellement balisé par les adultes.
    La méthode pour atteindre la réussite n'est donc pas tou-
    jours centrale dans l’appréciation de cette réussite. De plus,
    les critères d'appréciation de la réussite ne sont pas non
    plus nécessairement les mêmes que dans la société française.
    Pour qui est issu d’une société pauvre, réussir, c'est avoir
    beaucoup d’argent. Cela ne signifie pas nécessairement
    travailler, au sens classique du terme. La symbolique du
    mot «travail» n’a absolument pas la même résonance dans
    toutes les sociétés. C’est au demeurant celui qui réussira le
    plus vite avec le moins d'efforts qui sera parfois considéré
    comme le plus futé, c'est-à-dire le plus intelligent.
    La société française est encore très loin du modèle de
    société qui saurait être jugé acceptable par nombre de ses
    migrants. Elle n'est donc qu’au début des demandes de son
    adaptation. Son attitude freudienne (compréhension, jus-
    tification et mansuétude) est systématiquement interpré-
    tée comme un signe de faiblesse par tous ceux qui ont été
    éduqués dans une culture privilégiant les attitudes et les
    modes de communication basés sur l’autorité et le rapport
    de force. Plus elle sera perçue comme accommodante, plus
    les demandes d'accommodation afflueront, obligeant de
    fait l'individu d'origine étrangère à se plier aux lois dictées
    par son groupe d’origine, et non plus à celles que dicte la
    République. Une République faible ne sera d’aucun secours
    pour l'immigré confronté au processus d’insertion, et à plus
    forte raison à celui de l’intégration.
    L’engagement de la République à faire respecter ses fon-
    damentaux soutient et guide, par ailleurs, ceux qui hésitent,
    ceux qui titubent face aux difficultés de l'acceptation d'une
    identité différente de celle de leurs ancêtres biologiques.
    Plus la République sera forte, plus elle sera en mesure de
    donner force et courage à ceux qui souhaitent l'intégrer, car
    c'est elle qui assumera, face à son groupe d’origine, la res-
    ponsabilité de l,adaptation de l'individu dans le processus
    d’insertion, puis dans celui de l’intégration. Plus la Répu-
    blique sera faible et le montrera, plus l”individu se trouvera
    dans l’obligation de la sacrifier.
    C’est à l’État qu'incombe la responsabilité de trouver le
    moyen de faire triompher le respect de ses fondamentaux,
    et en particulier ceux des droits de l'homme. Sans une assu-
    qu incombe la responsabilité de trouver le moyen de faire
    triompher le respect de ses fondamentaux, et en particulier
    ceux des droits de l homme Sans une assu
    rance de protection forte, incarnée par une République qui
    assume ses responsabilités, beaucoup ne sauront pas fran-
    chir le pas d’une insertion, et encore moins d'une intégra-
    tion, dont le coût peut se révéler dissuasif. La République
    ne doit plus fermer les yeux ou les détourner, pour simuler
    n'avoir rien vu. Elle se doit de toujours rester aux côtés des
    « faibles ››, et de les protéger en étendant sur eux le manteau
    de ses valeurs fondamentales.

    Malika sorel sutter extrait de ces livres

  • "Comment voulez-vous que leur descendance soit respectueuse des sous-chiens ? " le problème n'est pas là.

    http://www.communautarisme.net/Violence-subjectivites-immatures-et-ideologies-victimistes_a641.html

    Violence, subjectivités immatures et idéologies victimistes
    Par Sophie Ernst, Institut National de Recherche pédagogique
    N'y a-t-il pas quelque chose de massifiant, et de mystifiant, dans les discours interprétant les violences urbaines en termes de luttes des classes ? Travaillant dans l'école et avec les enseignants sur "tout ce qui fait débat et désordre", Sophie Ernst attire notre attention sur certaines caractéristiques psychologiques des jeunes auteurs de violence. Elle s'inquiète des effets délétères des dénonciations mémorielles victimistes sur des personnalités immatures, à l'identité fragile. Et s'inquiète tout autant du manque de constance dans les politiques d'accompagnement social et éducatif.



    Photo AFP/AFP (droits réservés)
    Dès le début des années 90, les violences urbaines ont occasionné des enquêtes de grande ampleur réalisées depuis toutes sortes d’institutions intéressées à en connaître : police, accompagnement social, urbanisme, éducation. Ces enquêtes ont permis de mettre en évidence dans les situations à risque avant tout la dimension sociale et globale du problème (banlieues enclavées, pluriethnicité, grande pauvreté, familles nombreuses, chômage, échec scolaire) et il est hors de doute que ces facteurs touchant globalement une population défavorisée sont essentiels. Cela étant, ces enquêtes sont souvent plus profondes, en termes de diagnostic comme en termes de solutions ; en rester à cette description ne nous donne en réalité aucune prise pour comprendre les passages à l’acte ni pour y remédier, car il manque les articulations fines – il n’y a que depuis les lieux du pouvoir que les pauvres sont une masse indistincte sans différences individuelles dans les conduites, les valeurs et les aspirations. La télévision s’est faite, tout particulièrement, l’écho de cette vision où la compassion la plus convenue le dispute à la fascination pour le spectacle. C’est ainsi qu’un sociologue nous a doctement expliqué pourquoi l’on brûle les voitures : parce qu’on n’en a pas. Normal, quoi. Il est certain que cette explication sommaire quoique basique a le mérite de trancher avec ce à quoi l’on nous avait accoutumé ces dernières années, en allant systématiquement chercher dans d’obscures sourates du Coran les raisons de chaque acte déviant de jeunes illettrés. Mais peut-on en rester là ? L’insistance sur la grande pauvreté et le chômage, comme causes déterminantes et automatiques des violences éveille immédiatement un réflexe offensé de toutes les catégories sociales pauvres ou qui ont grandi dans un milieu pauvre, qui ont le sentiment d’avoir subi avec dignité des situations au moins aussi difficiles : nous n’avions rien, nous non plus, et nous n’avons jamais tout cassé – et certainement pas mis le feu aux autobus, attaqué les pompiers, et détruit les écoles !

    C’est là qu’il importe de lire avec plus d’attention des enquêtes réalisées par des psycho-sociologues, l’une des plus intéressantes à mon sens étant celle qu’a coordonnée Jean-Paul Grémy pour l’IHESI, actuellement INHES (Les violences urbaines, Institut des Hautes Etudes en Sécurité Intérieure 1996). Bien loin de ce qui nous est martelé comme «explications» voire justifications des violences, qui donnent des facteurs touchant globalement une population défavorisée, les études psychologiques sur cette petite partie de la population qui passe à l’acte révèlent des êtres qui sont bien moins immoraux, ou intrinsèquement violents, que perturbés et gravement immatures, au sens où ils n’ont pas intégré des apprentissages minimaux de maîtrise de l’émotivité, de l’impulsivité et ne sont pas à même de se poser comme sujets si peu que ce soit autonomes (cette analyse concerne le gros des troupes, non pas les meneurs, dont le profil est sensiblement différent). C’est une pathologie de la rationalité élémentaire qui se révèle ici.
    C’est un fait psychologique qui est occulté par la tendance à trouver toutes les explications dans le chômage et les discriminations : or ces jeunes sont très difficilement employables, à peu près pour les mêmes raisons qui les rendaient très difficilement scolarisables... On est très en deça de la moindre qualification, et même de la disponibilité à l’apprentissage. Il est difficile de lier des gestes dans une conduite ayant du sens, avec le minimum de patience et de coordination qu’exige toute réalisation.

    La lecture par un éducateur est étonnante car elle offre le portrait en négatif de ce que vise normalement l’éducation à l’autonomie dans les premières années. On a affaire à des individus dont la subjectivité est en grave souffrance, notamment du point de vue de la liaison du temps vécu : pas de sens du lien de cause à conséquence, enfermement dans le présent et l’impulsivité, difficulté à réaliser les conséquences d’un acte, encore moins à l’anticiper, une chaîne temporelle dangereusement hachée. Faire tourner son regard en changeant de point de vue sur une situation est impossible : il leur est notamment très difficile de se mettre en pensée à la place d’autrui. Toute situation est structurée de façon binaire, dans la dépréciation stéréotypée des « autres » : territoire- étranger au territoire, eux-nous, gagnant-perdant, fort-faible…

    Ce sont des apprentissages premiers qui se sont mal réalisés et toute prévention devrait d’abord concentrer ses efforts sur la petite enfance et l’enfance, à l’école, dans l’encadrement éducatif de proximité et dans le soutien aux familles, car il est probable que ces ratages éducatifs viennent en partie de déstructurations familiales, dont les causes sont diverses et complexes, jamais réductibles à un seul facteur (et certainement pas à l’Islam). C’est aussi par là qu’on pourra comprendre pourquoi les jeunes issus de l’immigration africaine des vingt dernières années sont surreprésentés dans cette dérive anomique, souvent autodestructrice, parfois délinquante – ce sont ces familles, issues de mondes traditionnels eux-mêmes fragilisés, qui sont le plus désaccordées à une société post-moderne qui les déstructure à bien des égards. Les diffractions symboliques, inévitables dans toute acculturation, produisent ici du chaos, où il n’y a pas tant une perte de repères qu’une pléthore d’injonctions contradictoires et désarticulées, dans une immense confusion. Il est d’autant plus remarquable que certains réussissent à se construire malgré toutes les conditions défavorables. C’est en observant ces parcours exceptionnels, les conditions qui les ont rendus possibles, qu’on peut mettre en place des accompagnements pour aider les familles à aider leurs enfants, pour aider les établissements scolaires à exercer au mieux leur rôle éducatif. Action patiente et pragmatique qui n’a jamais reçu le soutien cohérent et la continuité de politique qu’elle nécessitait.

    La différence avec les années 90 est que certaines idéologies ont été abondamment diffusées par des groupes associatifs et politiques, et ont donné lieu à des versions internet très violentes. Notamment toutes sortes de discours qui héroïsent et justifient les actions violentes en leur fournissant une explication stéréotypée jouant de l’inversion de culpabilité. Ce sont ces discours simplistes et manichéens, qui vont fournir une cohérence et une identité en liant des éléments chaotiques et en leur donnant une apparence de sens. Ainsi, à cette immaturité subjective se superpose une posture d’ex-colonisé, indigène de la République, victime du néo-colonialisme républicain, descendant d’esclave, victime du racisme et des discriminations, condamné au chômage ou au rejet sur le seul critère de son appartenance ethnique. Ces idéologies sont d’autant plus propagées et facilement intégrées qu’elles reposent sur une base de vérité, importante à reconnaître et à faire connaître, et que du coup, elles touchent une corde sensible dans l’opinion. Le racisme, l’exploitation et l’humiliation des dominés, c’est ce que nous ne voulons plus ni subir, ni faire subir, pour nous-mêmes ni pour nos enfants. Les enfants apprennent très tôt, et intuitivement, à utiliser les arguments qui leur donnent prise sur les émotions des adultes : il n’est pas sûr qu’ils auraient été convaincus par ces références mémorielles bien lointaines, et parfois complètement en porte-à-faux par rapport avec la réalité de leur filiation, s’ils n’avaient perçu d’abord le pouvoir d’intimidation qu’elles leur donnent sur les « autres » (le prof, le journaliste…). C’est le propre de l’idéologie, d’être non pas un mensonge ou une erreur, mais une vision tronquée de la réalité, mystifiante du fait qu’elle est simpliste et univoque. Lorsque le débat se situe entre intellectuels sur la question des postes à créer dans l’université pour des études post-coloniales, pas de problème, quelque polémiques et anachroniques que puissent être les dénonciations de la francité, de la République, de la société blanche et esclavagiste… Mais la vulgarisation démagogique et venimeuse des mêmes débats a des effets désastreux sur une jeunesse déjantée, qui, faute de pouvoir élaborer une subjectivité cohérente et réaliste, se précipite sur un discours qui lui donne non pas une épaisseur, mais un contour, non pas une consistance, mais une posture.

    Ces idéologies victimistes et vindicatives donnent une illusion de subjectivité, parce qu’elles permettent de dire quelque chose à la télé. On est intéressant dans l’exacte mesure où l’on passe à la télévision, on n’existe et on ne se définit que comme l’image de soi fournie expressément à la télévision selon les codes idéologiques en vigueur : puis l’on reçoit de son image télévisuelle la garantie que l’on est bien ce qu’elle montre, dans un bouclage sans fin. Une telle clôture compromet les prises de conscience, aussi bien du côté des jeunes eux-mêmes, que des éducateurs et des responsables de politiques ; elles bloquent les évolutions psychiques et comportementales nécessaires. Il faut mesurer la détresse et le sentiment de chaos qui sous-tendent une telle posture de « dépendance agressive », pour comprendre que le chemin de réapproppriation et de construction de personnalités plus authentiquement structurées sera bien ardu.

    En tout état de cause, ce n’est pas le colmatage des subjectivités immatures par les idéologies victimistes qui permettra ce chemin. Tout au contraire en déréalisant la vision de soi et du monde, elles entretiennent des erreurs graves d’adaptation, dont on se sort que par une spirale de haine de plus en plus violente. Une politique de remédiation demande de la persévérance et de la cohérence, et impose de distinguer les problèmes pour apporter des réponses ciblées, finement ajustées et coordonnées. Toutes choses dont s’accommodent mal les dénonciations massives, qui s’enivrent de leur propre intransigeance impatiente et exaspérée. Je doute fort qu’elles aident à repenser, restructurer et consolider les dispositifs d’accompagnement, déjà tellement mis à mal par les politiques de court terme.
    Mais qui sait, le temps est peut-être venu pour les dénonciateurs eux aussi d’accéder à plus de maturité ?

    Mardi 15 Novembre 2005
    Julien Landfried

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