Pourquoi devrions-nous payer pour sauver l’Amazonie colombienne ?

Parce qu’elle est amputée chaque année de surfaces importantes. La forêt maintient l’humidité, la biodiversité, et produit de l’oxygène. On ne peut penser le monde sans forêts.

 

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En Colombie comme dans d’autres pays d’Amérique du Sud la disparition de poches de forêt est la conséquence de pratiques humaines locales.

Les causes de la déforestation ont été mises en évidence tant par des données gouvernementales que par des ONG. Par exemple:

« Aujourd’hui, la région amazonienne recouvre un tiers du territoire colombien. Chaque jour, on estime que 111 hectares de forêt en Colombie sont détruits et la majorité se trouve en Amazonie. (…) Feux de forêts, élevage intensif, culture de soja, de palme, de coca, exploitation du bois… toutes ces activités enlèvent peu à peu des parties de forêt à l’Amazonie. »

Les responsables sont les Colombiens: petits et grands paysans qui veulent étendre la surface des terres arables, petits et grands éleveurs cherchant de nouvelles pâtures, narco-trafiquants cultivateurs de coca, bandes armées issues de la dissolution des FARC après à’accord de paix de 2016, et toutes les personnes qui consomment le bois pour cuire et se chauffer.

Avec parfois de bons résultats:

« Avec l’emploi d’un poêle éco-efficient plutôt qu’un modèle traditionnel, on constate une réduction de 60% de la quantité de bois chauffée. Ce poêle a également un impact positif sur les risques de maladie respiratoire puisqu’il réduit l’émission de fumée. »

 

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Mais ce n’est pas simple et certains acteurs sont l’objets de violences physiques (dans un rapport de 2021):

« L’intensification de l’accaparement des ressources et des activités économiques illégales, comme les cultures illicites et le trafic de drogue, l’exploitation minière, l’élevage de bétail et l’agriculture, ont non seulement alimenté la dégradation de l’environnement et la déforestation dans la région, mais aussi une augmentation de la violence. »

Ici aussi on pointe du doigt l’accord de 2016:

« Un réseau complexe et mouvant de groupes armés illégaux, d’acteurs privés et de fonctionnaires corrompus ont profité du vide laissé par le désarmement d’une grande partie des FARC pour étendre leur pouvoir et leurs activités économiques illégales, dont la plupart ont un impact négatif sur la nature. »

À ce jour aucune politique gouvernementale n’a pu mettre fin aux causes de la déforestation. En 2019 l’ancien président avait tenté de mettre au pas les populations concernées avec 23’000 soldats et trois douzaines de procureurs, pour un résultat qualifié pudiquement de modeste.

 

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Il manque en Colombie une éducation non politique à la protection de la forêt. Il manque aussi des moyens pour imposer la loi. Les régions convoitées sont souvent sans propriétaires et chacun se sert comme il l’entend.

Dans un récent article le journal La Croix donne la parole institutionnel:

« Rodrigo Botero pour sa part pointe « l'incapacité totale de ce gouvernement de délivrer des titres de propriété dans les zones forestières". Selon lui, il n’y a pas de gouvernance locale pour stopper" l’accaparement des terres, "ils laissent faire. »

Il parlait du gouvernement précédent mais le problème est récurrent. Il faudrait une administration politique et judiciaire efficace dans ces territoires, et une immense force de police dotée de gros moyens. Il faudrait créer des emplois hors de la drogue et hors des activités illégales. 

Problème:

« Dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, la Colombie s’est engagée à atteindre zéro hectare déboisé d’ici 2030, avec des paliers progressifs de 1.550 km2 en 2022 et 1.000 km2 en 2025.

Le gouvernement norvégien, qui avec l’Allemagne et le Royaume-Uni financent à coups de millions d’euros la préservation des forêts en Colombie, a exprimé ses craintes que ces objectifs ne soient pas remplis.

 

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"Le pays pourrait perdre jusqu’à 260 millions de dollars d’ici 2025 si nous ne parvenons pas à ralentir" la déforestation, a averti dans les colonnes du quotidien El Tiempo le conseiller en matière de climat et de forêts à l’ambassade de Norvège en Colombie, Ole Bergum. »

On commence à comprendre l’appel aux fonds lancé par le nouveau président de gauche. Faute d’une politique économique solide et prospère le pays vit entre autres sur les subventions européennes.

Pour mémoire la déforestation en Colombie est le fait principalement de causes humaines connues:

Expansion des frontières agricoles et exploitation du bétail.

Exploitation minière - légale et illégale - et construction de routes d’accès.

Augmentation du trafic de drogue et des cultures illicites.

 

Le lien entre trafic de drogue, exploitations minières illégales et déforestation est exploré dans cet article. Selon un responsable colombien (extrait):

« Là où il y a influence du trafic de drogue, là où se trouvent les cultures, ce sont les mêmes zones où malheureusement il y a la possibilité d’obtenir de l’or du sous-sol. Ce sont les mêmes endroits où les groupes armés criminels se battent pour le contrôle territorial en cherchant à tirer profit de ces deux activités illégales. Mais l’or leur offre la possibilité que, bien que son extraction soit illégale, une fois commercialisée, elle est pleinement légalisée, contrairement à ce qui se passe avec les produits dérivés du trafic de drogue comme la cocaïne, les opiacés et la marijuana. »

 

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La déforestation est commise par des Colombiens, pour différentes raisons. L’État n’arrive pas à régler le problème à cause de ses propres carences.

On voit que la situation du pays est précaire. Au point de se demander si une politique, n’importe laquelle, peut aboutir à quelque chose. Et, à supposer que nous accédions aux demandes du nouveau président, si confier cette tâche à une classe politique impuissante est vraiment utile.

Autre problème: la Colombie est endettée. Le nouveau président propose de transformer cette dette en actions pour l’environnement qu’entreprendrait le gouvernement. Chaque action réduirait la dette d’autant.

Une manière originale de faire payer les autres, les créanciers. Évidemment c’est notre intérêt à tous que la forêt amazonienne soit en bonne santé. À nous de décider si nous voulons payer les yeux bandés.

Cela dit tout peut être négocié. Si donc nous occidentaux mettions de l’argent dans un fond mondial pour l’Amazonie (en plus de tout ce que nous mettons déjà ailleurs et ce que nous coûte notre propre transition énergétique), qu’aurions-nous de concret en échange? De l’air un peu plus pur? Cela ne suffit pas. Tout le monde l’aura.

Une satisfaction morale ou une conviction de faire le bien de la planète ne suffiraient pas plus. Si nous aidions la Colombie, ce ne serait pas par bienveillance ou culpabilité, mais par intérêt. L’intérêt des deux parties: j’y vois une forme de l’égalité entre les nations. À mon avis c’est préférable au rôle de paternalisme post-colonial un peu gêné que certains voudraient assigner à l’Occident.

 

 

 

Catégories : Environnement-Climat 2 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Très bon article bien détaillé qui pose les enjeux. C'est fascinant de voir depuis nos pays, où la moindre parcelle appartient à quelqu'un ou à la collectivité, qu'en Colombie, la forêt appartient à qui la prend. Quitte changer le moeurs en cours, l'état ne pourrait-il pas nationaliser les forêts qui ne font pas déjà l'objet de titres de propriété ? Sans pour autant interdire d'y vivre mais sous conditions de ne pas déboiser. Votre idée est bonne de faire un marché équitable mais les termes en paraissent bien compliqués. C'est peut être faisable.

  • On voit que le problème c'est l’État. Est-il impuissant, corrompu ? Une politique nationale à la hauteur des enjeux est-elle envisageable ? Ce qui se fait chez nous serait donc impossible dans ce pays ? Non, je ne le pense pas. Mais le seul moyen d'obliger le pouvoir politique à agir est peut-être la sanction, non contre le peuple mais contre les gros profiteurs qui ont leur argent et leurs biens à l'étranger.

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