Fâcheries

Il m’arrive de me fâcher. Je peux même être soupe au lait et monter les tours comme un chamois, ou devenir cassant. Ce n’est pas très fréquent. Il faut que l’on touche le mauvais bouton et que l’on insiste un peu.

 

colere,facherie,Je suis d’une époque où l’on valorisait la colère. L’exprimer était admirable. Cela pouvait même passer pour un pied de nez aux oppressions de toutes sortes.

Car il est vrai que parfois la colère peu nous rétablir dans notre sentiment d’être soi-même et replacer nos frontières personnelles, quand l’autre a empiété sur notre territoire psychique.

Une altercation verbale est une forme d’agression mais évidemment moins grave que d’en venir aux mains. Tout n’est pas du ressort des tribunaux.

Elle n’est cependant pas anodine. Elle peut éveiller des sentiments négatifs ou franchement mauvais, que l’on risque de cultiver en soi si l’on n’y prend garde. Laisser place au mal en soi c’est l’accepter.

Je choisis de résister. Résister à l’envie vivace d’en découdre. Du moins je m’exerce à cette résistance.

Mais je n’arrive pas à oublier en quelques minutes une scène avec altercation. J’ai besoin de temps, comme je pense la plupart des êtres humains.

Et surtout j’ai besoin de m’analyser. Ai-je envers l’autre une rancoeur que je souhaite assouvir par une mesure de vengeance? Cultivé-je ainsi de petites colères, de celles qui polluent l’esprit et embrouillent les relations?

M’en débarrasser est de mon ressort. Je n’attends pas que l’autre présente des excuses (moi-même en pareille situation n’en présente pas toujours). Chacun est comme il est, je ne vais pas jouer au procureur pour chaque malentendu ou mot de travers que l’on m’aurait adressé. Je prends sur moi.

C’est un long travail intérieur de lâcher prise sur ses fâcheries. De ne pas en vouloir aux autres, au monde, car en vouloir nous maintient dans le mal. Et c’est ma responsabilité d’éradiquer le mal en moi quand il assombrit mon coeur.

On peut toujours trouver des raisons de se fâcher, et même de rester fâché. On en a même peut-être le droit. Mais aujourd’hui je trouve beaucoup moins de charme et d’utilité à la colère, et je continue à apaiser mes réactions, à les mettre en attente ou les freiner, à être moins spontané, à ne pas réagir trop rapidement.

Ce n’est pas encore gagné, il me reste du chemin, mais j’y travaille.

 

 

 

 

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Commentaires

  • La pensée chrétienne du Dimanche.

  • Je ne le voyais pas sous cet angle mais pourquoi pas?

  • En se fâchant ou non, il faut toujours dire à l'autre ce qu'on a sur le cœur, que cela lui plaise ou pas! Sinon, cela reste en nous, et finit par nous faire du mal, voire pourrir notre vie.... Exprimer, c'est aussi évacuer, ne l'oublions pas! L'ami véritable comprendra et pardonnera!

  • C'est bien souvent une mauvaise interprétation de la parole qui provoque la colère de celui qui la reçoit et qui se dit offensé. Vous avez donc raison de prôner le dialogue avant la fâcherie. Celui qui l'a provoquée a donc le droit et le devoir de s'expliquer. Celui qui se sent victimisé doit au moins écouter avant de couper les ponts. Cela éviterait bien des drames.

  • @ Jacques Davier : entièrement d'accord avec vous même si cela peut faire mal à l'autre voire à soi-même.

  • Pour moi cela dépend de la manière, des circonstances, du sujet en litige, entre autres. J'essaie de hiérarchiser les sujets par importance (réelle ou subjective). J'ai changé en partie mon point de vue. Je cherche à comprendre mon intention avant de défendre mes besoins. Par exemple il peut y avoir un enjeu de pouvoir même dans de bonnes causes.

    Cela ne m'empêche pas parfois d'être direct et même sec, bien que je n'apprécie pas trop, mais cela peut être efficace. Et c'est de l'adrénaline.

    Plaire ou déplaire n'est pas la question pour moi, c'est plutôt l'utilité et l'intention profonde de la chose. Et aussi mon propre bien-être. Est-il utile, puis-je assumer, de me mettre peut-être en péril? Cela en vaut-il la peine? Suis-je offensé au point où ma vie en bascule, ou au moins où la situation me devient insupportable? Et ce que j'ai à dire à l'autre est-il assez important pour secouer la chose comme un rocher que l'on veut faire rouler?

    Et puis, ma perception est-elle juste? Et sinon juste, au moins un peu universelle? Par exemple je suis vite réactif envers un comportement que je trouve trop directif. Mais est-il vraiment directif? Mon critère d'analyse qui aboutit à "directif" est-il objectif, donc un peu universel, ou non? Ou est-ce un amalgame feutré entre une personne extérieure réelle dans une situation donnée, avec un souvenir personnel non lié à cette personne?

    Il y aurait beaucoup à dire sur la nécessité d'une "méthode morale". Retenir certains ressentis n'est pas forcément une mauvaise chose pour moi.

    Dire les choses difficiles est un art.

  • AH! J'aime la colère! Je peux la servir à ceux qui sont sincères et honnêtes. S'ils ont une sale tronche mais francs, je veux bien leur servir une colère pleine de musique et d'épithètes. Je sais qu'après un tel orage, le ciel peu revenir bleu, rasséréné, laissant briller le soleil des amitiés explosives.

    Mais quand le hasard vous fait découvrir que l'autre ou les autres ont trahi votre confiance et qu'en plus ils ont mis des années de préméditation pour que la dernière trahison soit mortelle, justement, dans vos moments les plus difficiles à vivre, quelle colère puis-je encore avoir?
    Malheureusement ces Saintes et Saines colères ne peuvent être servies que lorsque l'atmosphère reste saine. Autrement, c'est la nausée qui vous monte à la bouche avec une amertume insupportable. C'est le dégoût qui ne trouve pas assez d'adjectifs pour l'évacuer.
    Oui! je réserve La Colère à ceux que j'aime, ce sont des points d'orgue entre deux entêtés dans une confrontation. Dieu merci! Ce n'est pas un affrontement. Un simple duel pour éclaircir le ciel sur chaque tête.

  • Joli point de vue, Marlène. J'aime.

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