Incendies en Gironde : une tradition séculaire met le feu aux bois

Victime: la forêt millénaire de la Teste-de-Buch. Elle est morte. Un règlement vieux de cinq siècles l’a terrassée. Indirectement, en tous les cas. Car c’est une forêt usagère.

 

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Cela signifie que le propriétaire du sol d’une forêt n’est pas propriétaire des arbres. La forêt est co-gérée avec des associations (syndics) d’usagers qui décident des coupes ou travaux et utilisent une partie de ses ressources à des fins privées.

Deux projets ont créé une bronca chez les défenseurs de la nature. Le premier est l’élargissement des voies de passage (pistes forestières) pour les camions de pompiers.

Le gouvernement avait planifié cet élargissement considéré comme urgent ainsi que l’abattage d’arbres pour le réaliser, puis avait freiné. Le système du XVe siècle avait toujours force de loi.

« L’abattage des arbres gênant la circulation des véhicules d’incendie et de secours, sur les chemins et pistes de la forêt usagère de la Teste-de-Buch ne peut être réalisé sans l’aval des syndics. »

Après diverses péripéties les travaux ont commencé… la veille du premier feu. Ce retard est semble-t-il la conséquence d’interventions d’élus femmes et hommes, écologistes et macronistes, pour faire respecter la réglementation forestière lors de ces aménagements. Mais, on le sait selon la citation précédente, ce n’est pas la réglementation qui a force de loi mais le régime ancien dit des baillettes et transactions.

Bref on a perdu environ un an au moins. J’ai déjà mentionné l’alerte de 2016 pour la forêt locale. 

En 2019, nouvelle alerte: le département est le seul en France qualifié de rouge dans le risque incendie. 

 

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On savait, on savait, on n’a pas fait à temps:

« « Les feux de forêts : l’impérieuse nécessité de renforcer les moyens de lutte face à un risque susceptible de s’aggraver ». C’était le titre en 2019 d’un rapport du sénateur Jean-Pierre Vogel (LR), rapporteur spécial des crédits du programme « Sécurité civile ». Sur sa carte de la France métropolitaine, la Gironde y était déjà le seul département en rouge : celui enregistrant le plus d’incendies. De quoi en faire une priorité ? Les faits répondent aujourd’hui à la question. »

Et cette réponse est accablante pour les autorités et les défenseurs de la nature.

La sénatrice Verte de Gironde, Monique de Marco, affirmait: 

« La gestion proche d’une évolution naturelle de la forêt usagère permettant la préservation de sa biodiversité exceptionnelle n’est pas du tout incompatible avec la mise en place de toutes les voies d’accès incendie nécessaires. »

Qu’est-ce qu’une évolution naturelle? C’est une évolution où l’homme n’intervient pas. Pousse ce qui pousse, selon la faune et le climat, brûle ce qui doit périodiquement pour nettoyer et le cas échéant régénérer ladite forêt.

Dans le cycle naturel on ne débroussaille pas. Le feu s’en occupe grâce à la foudre qui joue la pyromane. Dès lors il n’y a pas à déplorer ces feux, c’est naturel et les usagers n’y ont pas vu de menace (alors que les responsables forestiers eux lançaient des alertes).

 

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L’Association de Défense des Droits d’Usage et de la Forêt Usagère (ADDUFU) manifestait le 13 juillet (les feux ont commencé le 12) devant la sous-préfecture d’Arcachon au prétexte:

« Nous venons d’apprendre que l'Etat organise une coupe de pins vifs en Forêt Usagère pour élargir des pistes forestières permettant la circulation des camions de pompiers.

Nous sommes toujours favorables aux mesures de protection du massif forestier par contre l’Etat a organisé ce travail sans aucune concertation et en bafouant les Droits des Usagers comme il avait essayé de le faire, sans succès, avec la demande de plan simple de gestion. »

Le plan de simple gestion est une autre affaire. Un propriétaire d’une parcelle a voulu exploiter le bois de sa parcelle et a déposé une demande en ce sens aux autorités (Plan de simple gestion). Mais l’ADDUFU s’y est opposée, ainsi que des élus EELV et jusqu’à la ministre de la transition écologique. Elle:

« … pense qu’accéder à une telle demande [celle du Plan Simple de Gestion, ndlr] créerait un précédent mettant illégitimement fin à cette gestion de la forêt, vertueuse et respectueuse de l’environnement. »

Le président de l’ADDUFU conteste toutefois être cause de blocages et retards et signale que divers prélèvements de bois sont régulièrement autorisés. Mais cela ne semble pas suffisant. 

On peut comprendre la crainte que cette exploitation projetée ne fasse tache d’huile et que la forêt n’en soit affaiblie. 

 

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Pourtant cette gestion dite vertueuse n’a pas eu la vertu de protéger cette forêt qui est aujourd’hui en cendres. 

Comme quoi une tradition n’est pas toujours bonne et la vertu pas si vertueuse.

Les causes aggravantes des feux ne sont pas simplement la sécheresse et ce vent particulier que les pompiers ne peuvent maîtriser:

« L’intensité de ces incendies est la conjugaison de plusieurs phénomènes (…) une sécheresse établie depuis plusieurs semaines, des épisodes venteux (...) avec des changements de direction qui ont obligé (les pompiers) à modifier leur stratégie en permanence et un très faible taux d’humidité de l’air. »

Mais surtout:

« À cela s'ajoute "la conception même de cette forêt avec des pins très anciens, de très grande hauteur", "une essence particulièrement inflammable" et des arbres plantés de manière "très resserrée". Un cocktail "qui donne une puissance phénoménale à cet incendie", qui risque encore de se prolonger. »

L’ADDUFU avait lancé une pétition pour s’opposer au Plan de gestion. Sous les 31’000 signatures on pouvait lire diverses imprécations, par exemple: « Défendez ce rempart millénaire contre le déplacement des sables et contre l'avidité des crevards, promoteurs de panneaux solaires et vendeurs de pâte à papier. » Plus besoin aujourd’hui. La Teste-de-Buch, c’est fini. Dit avec une touche de cynisme: le problème est réglé, il n’y a plus de forêt.

Sur le long terme la forêt globale des Landes est menacée. Il faudrait progressivement y implanter des variétés de feuillus mieux à même de préserver l’humidité et peu inflammables.

Et agrandir la flotte des Canadairs afin d’en garder sur place dans ce sud-ouest à haut risque. Emmanuel Macron affirme que c’est la plus moderne d’Europe? Que doivent être les autres… Il veut lancer un grand plan pour replanter la forêt. Blabla. Je pense qu’il ne fera rien. 

 

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En attendant « Frédéric Laby, directeur territorial Landes-Gascogne de la coopérative forestière Alliance, gérant 50 % des surfaces de pins, (…) n’en pointe pas moins l’insuffisance des moyens mis en œuvre au départ du feu de Landiras, l’absence de Canadair sur ce secteur dévasté et la coordination insuffisante des états-majors avec les 2 500 bénévoles des associations de Défense de la forêt contre l’incendie (DFCI), cette première semaine. »

La forêt de La Teste-de-Buch est particulière, bien plus ancienne que les pinèdes landaises. Autrefois ressource en bois, elle glisse vers un abandon. Selon le site dédié spécifiquement à cette forêt:

« La faillite du système économique du passé, la rigidité des anciennes transactions et aussi, mais surtout, la rigidité des mentalités locales ont figé la situation sur le plan politique (instrumentation du conservatisme) et juridique (salves de procédures judiciaires), interdisant depuis 30 ans aux propriétaires qui le souhaitent de remettre en marche leur forêt. 

Ainsi, la forêt tend à retourner à un état apparemment « sauvage » : arbres malades et morts sur pied ou effondrés, développement du taillis, broussaille, ronces, fougères inextricable, chablis en travers des chemins ou en équilibre précaire… Etat sanitaire déplorable. Risque d’incendie maximum. Le Préfet est obligé de prendre un arrêté – principe de précaution – qui interdit l’accès à la population et aux touristes. Il se trouve des « spécialistes de l’environnement » pour trouver cette situation normale. »

 

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La question est très complexe. Elle n’évoluera donc que très lentement et il est possible qu’après le méga-feu de 1949, après celui-ci de 2022, d’autres incendies majeurs mangeront les forêts landaises.

Les chemins vertueux peuvent être semés d’embûches et parfois le Vert tue la vertu. Quant au réchauffement il n’est pas la cause de tout.

 

 

 

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Catégories : Environnement-Climat 1 commentaire Lien permanent

Commentaires

  • Belle démonstration de l'incapacité des pouvoirs publics à prendre les bonnes décisions. Également l'illustration d'une idéologie écologique désastreuse. Avec un mélange des deux qui nous coûte très cher. Et, pendant ce temps, on continue d'invoquer le Dieu Climat.

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