Les square people, l’exemple d’Orly 3

Les catégorisations binaires sont nombreuses. L’une d’elle, née dans les années 1940 selon Wiki, a été portée par la beat generation des années 1950-60. Son origine: la communauté jazz nord-américaine.

 

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Initialement elle était utilisée « en référence aux personnes déconnectées des tendances musicales. »

Par extension la beat generation (Kérouac, Ginsberg, etc) en a fait un qualificatif dénigrant à l’égard de ce qui n’était pas moderne, ou hip. Les adhérents au mouvement beat, ou beatnick, « …ont exprimé leur aliénation de la société conventionnelle, ou « carrée », en adoptant un style vestimentaire, des manières et un vocabulaire « branché » (hip) empruntés aux musiciens de jazz. Ils préconisaient la libération personnelle, la purification et l'illumination à travers la conscience sensorielle accrue qui pourrait être induite par les drogues, le jazz, le sexe ou les disciplines du bouddhisme zen. »

Pour se distinguer et critiquer le monde ils traitaient les square people de conventionnels et démodés. Ou aussi: « Peu excitant, peu aventureux, grand public ou ennuyeux. »

Et encore: « Un individu visiblement non branché, un individu traditionnel, un hétéro. Quelqu'un d’ignorant ou désintéressé des sous-cultures souterraines. L’antithèse d'un hipster. »

Une génération en a rejeté une autre sur de si maigres concepts.

 

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Si l’on compare les square people à la beat generation, les premiers sont traditionnels (trop), peu imaginatifs, rigides, fermés, alors que les seconds, imaginatifs et ouverts, font les belles soirées du monde du spectacle de l’underground.

Il existe encore, cependant, un sens valorisant à square: il désigne parfois une personne honnête et loyale. Ou quelqu’un qui assure avec rigueur. Une personne appropriée, décente, simple, acceptable.

L’autre soir j’ai zappé sur un long documentaire sur la rénovation de l’aéroport d’Orly, L'aéroport d'Orly : au coeur de la machine, (2018). On a construit un troisième terminal. J’admire toujours comment des femmes et des hommes sont capables de mettre en place des organisations géantes d’une extrême complexité. Un aéroport relève de ce genre d’organisation.

Il faut voir les prouesses de la construction, le réseau de câbles et de conduites sous les pistes, l’incroyable machine qui traite tous les bagages en automatique du guichet jusqu’à l’avion, les tomographes issus de la recherche médicale pour en analyser le contenu, le génie informatique partout présent, le haut de gré de technologie qui concerne presque chaque domaine d’activité. Le seul système de tri, contrôle et acheminement des bagages a coûté 30 millions d’euros.

La sécurité et la ponctualité des vols demandent à la fois une infrastructure exceptionnelle et du personnel de haute compétence et sens des responsabilités. Des gens sérieux, quoi que le Petit Prince puisse dire de ceux-ci.

 

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Dans le documentaire quelques cadres de l’aéroport, dont le directeur d’alors Régis Lacote (image 2), parlaient de leur travail dans le processus. Tous ces personnages étaient carrément (si j’ose dire) square, carrés, solides, dépourvus de fantaisie mais capables de faire marcher à la perfection jusqu’au moindre petit mécanisme en jeu dans les va-et-vient célestes et leur réceptacle terrestre.

La créativité pour concevoir l’ensemble puis réaliser chaque partie est inouïe. Il n’y a pas de poésie au sens d’arrangement de mots supposés inspirés, ici on est dans une autre poésie, technologique, métallique, organisationnelle, qui réalise mieux que les mots le rêve de voler. Les maîtres d’oeuvre n’ont pas dévié d’un millimètre de leur plans, pas vacillé d’un ressenti. Une poésie qui livre un ensemble organisé comme un ballet, comme un grand tableau vivant.

Les poètes beat voyaient la poésie comme une expérience vivante, directe. Ginsberg peut aller se rhabiller. Concevoir et faire marcher un aéroport est une expérience vivante inouïe que seuls les square people peuvent mener et administrer. La moindre poésie littéraire serait ici une catastrophe. Ce n’est peut-être pas comparable, mais quand-même.

Les square people, les gens carrés, ont été mal vus et dénigrés, mais ils sont toujours là. Ce sont eux qui font marcher le monde pendant que des artistes branchés vont chanter de ville en ville en utilisant des avions sûrs et des déplacement bien organisés.

Square is beautiful.

 

 

« Ce sont les gens carrés en affaires qui les mènent souvent le plus rondement. » Jean Delacour dans son dictionnaire humoristique.

 

 

Ici le tri des bagages à Roissy:

 

 

À Orly:

 

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Commentaires

  • Quand la sécurité est en jeu, on ne peut évidemment improviser. Les ingénieurs qui ont mis ces systèmes au point sont forcément des gens "carrés". Dans leur profession, on calcule et on anticipe en s'appuyant sur la science, c'est entendu.
    Mais ces mêmes personnes, dans leur vie privée, peuvent très bien commettre des erreurs, faire fausse route et se retrouver par curiosité dans des situations délirantes. On peut être tantôt sérieux et tantôt original, voire complètement dingue. C'est sans doute ce qui fait le charme de la vie et qui permet de décompresser.
    Mais bien sûr, quand on exerce un métier, il faut suivre les règles du jeu.

  • Henry, pas toujours facile de décompresser quand on travail dans un métier technologique. C'est surement aussi vrai dans d'autres secteurs. Pour ma part j'ai "tenu" 20 ans, en comptant mes études et je suis passé à autre chose.

  • Ce article me fait automatiquement penser au petit texte de Charles Bukowsky (que je met en lien) intitulé "la grande défonce". Un regard acide sur la beat generation, son argot, se codes, son "in et out", tout en tapant aussi sur les tenants du monde "carré" lorsque ses membres opposent une posture morale face au monde chaotique et jouisseur des beatnicks . En bref, une sorte de ni-ni voguant entre conservatisme et anarchie avec humour. http://www.24601.fr/sl/la-grande-defonce-charles-bukowski/

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