Les sécheresses, des plaies immémoriales

Les pluies d’orages, mêmes longues et traînantes, ne désoifferont pas les sols. Une sécheresse se construit dès le début du printemps, quand les végétaux sont encore peu développés, et parfois même en hiver. Sans eau à cette période les graines ne se constituent pas de manière optimale.

 

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C’est le cas notre année 2022. La situation hydrologique est très tendue selon les régions. Le Verdon est au plus bas et le lac de Sainte-Croix n’a plus que 40 cm d’eau – pour 2,50 m en moyenne.

La tendance des nappes phréatiques en France est à la baisse (image 1, clic pour agrandir).

Cette sécheresse s’inscrit dans une suite de sécheresses de cette dernière décennie. Une suite rapprochée attribuée au réchauffement. C’est possible mais pas certain. De telles suites ont déjà eu lieu dans le passé, en particulier dans la décennie 1940-1950 marquée par huit années de sécheresse plus ou moins intense, dont 1947 et 1949.

Dans ce premier document il est question des sécheresses successives de ces années. L’analyse est détaillée dans le temps et rend compte du déroulement différencié de ces épisodes.

Quelques années furent plus marquantes: 1942, 1945, 1947 et son « été du siècle », 1949.

Le XXe siècle ne manque pas de sécheresses durables, voire extrêmes, avec de très hautes températures. L’année 1947 par exemple: 32° en avril à Mont-de-Marsan, 34° à Reims au début juin, 35° ailleurs, puis 40° à Angoulême en juillet, 41° à Poitiers.

 

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La sécheresse de 1921 fut dramatique dans de nombreuses régions. Juillet est le plus chaud depuis plus d’un siècle, avec 38° sur les 3/4 de la France, et 42° à Vesoul, entre autres.

Et bien sûr la référence ultime de ce siècle, 1976. La sécheresse avait commencé en automne de l’année précédente. Puis: vague de chaleur début mai (30° en Normandie et à Paris), deuxième vague début juin (30° sur le nord asséché de la France), l’eau manque. À fin juin on traverse le Rhône à gué, image d’archive 4.

« À la fin du mois de juin 1976, le cataclysme de la sécheresse est tel que dans le Médoc, on a retrouvé le vieux rite des Rogations, procession religieuse pour demander l’eau au Ciel ! »

Troisième vague de chaleur sur deux semaines fin-juin - début juillet (35° sur le nord et le nord-ouest). J’ai déjà traité ici l’année exceptionnelle 1976 avec plus de détails.

La sécheresse de 2022 est déjà bien engagée. L’agriculture va souffrir, les prix monter. Plus que les inondations les sécheresses sont des plaies. Aussi loin que l’on remonte dans le temps elles ont ravagé de vastes territoires et affligé leurs populations.

Je peux encore citer les États-Unis, où les épisodes de La Niña assèchent le sud. Les années 1950 ont connu les sécheresses parmi les plus sévères. Par exemple l’Arkansas. Les vagues de chaleur y sont récurrentes et les records de chaleur remontent fréquemment à la première moitié du XXe siècle (Malvern, 46° en 1930; Prescott, 48° en 1897; Waldron, 46° en 1922; Calico Rock, 46° en 1934; etc). 

L’image 2 montre la variabilité des températures sur plus de 100 ans en Arkansas. L’image 3 recense les périodes de sécheresse intense (en jaune).

 

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Aux États-Unis un terme désigne les sécheresses extrêmes: mega drought. Ces méga-sécheresses peuvent s’étendre sur plusieurs décades. Leur intensité est variable. En langage populaire on désigne sous ce terme l’intensité des sécheresses, en science leur durée.

Les années 1930 ont subi les sécheresses du Dust Bowl :

« La sécheresse s’est produite en trois vagues : 1934, 1936 et 1939-1940, mais certaines régions des Hautes Plaines ont connu des conditions de sécheresse pendant jusqu’à huit ans. »

Aux USA on utilise un index pour définir les périodes de sécheresse, une combinaison des relevés de températures et de l’humidité. Les relevés nous donnent 125 ans de recul. Mais avant? 

Des chercheurs ont établi des chronologies très précises et complètes sur les 1200 dernières années, grâce à une dendrochronologie très performante.

« Les dendrochronologues ont montré que les données sur les cernes produisent un historique remarquablement précis des sécheresses et autres changements climatiques. »

Ils ont pu retrouver les signes nets d’anciennes méga-sécheresses durant les siècles passés. Ils ont même identifié la cause principale du départ des populations indiennes Pueblo du nord du Colorado: une méga-sécheresse étalée de 1276 à 1297.

 

Ce bref retour en arrière montre que les sécheresses, mégas ou non, font partie des sociétés humaines de manière presque habituelle, y compris en climat tempéré. Le réchauffement actuel semble navoir quune influence faible sur les sécheresses en regard du passé.

 

 

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Catégories : Environnement-Climat, Météo 1 commentaire Lien permanent

Commentaires

  • J'imagine que tout cela est connu par les scientifiques du Giec; C'est donc à eux, et non aux journalistes, de nous dire si ces périodes de sécheresse viennent corroborer, ou non, le réchauffement climatique. La durée et la fréquence de ces événements devraient alors être pris en compte. Mais j'ai plutôt l'impression que les médias n'attendent pas la parole des spécialistes pour parler aussitôt de réchauffement climatique. Le moindre pic météo, dans un sens ou dans l'autre, devient une preuve à leurs yeux.

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