Garder ses distances

L’injonction faite pendant la pandémie de Covid visait à se protéger et à protéger les autres. Cela peut s’appliquer à d’autres situations. 

 

distance,relations,La distance physique est en général posée instinctivement. On sait, on sent la distance idéale quand on parle avec quelqu’un, celle qui n’est ni trop près – ce qui semblerait ambigu ou envahissant – ni trop loin, pour montrer que l’on est présent à l’interlocuteur ou l’interlocutrice.

Certaines personnes, plus tactiles que d’autres, transgressent parfois nos limites. À nous d’anticiper ou d’ajuster cette distance.

La distance émotionnelle est plus difficile à tenir mais elle est si importante. L’objectif: être en capacité d’entendre des récits de personnes qui nous émeuvent, sans pour autant adhérer émotionnellement à ce récit.

Bien sûr nous pouvons faire preuve de compassion devant une souffrance, mais je suggère de ne pas prendre en soi-même cette souffrance au nom d’une solidarité humaine pas forcément bien placée. Compassion et empathie ne sont pas identification.

 

distance,relations,Garder ses distances donne de l’espace et de la liberté. On évite de se lancer trop rapidement dans un échange, on laisse du temps pour ressentir, évaluer.

Intellectuellement la distance est tout autant nécessaire. On ne peut adopter sans réflexion critique une quelconque idéologie, aussi séduisante soit-elle.

Plus jeune j’étais plutôt spontané. Trop parfois. Pas assez réfléchi. Je change depuis quelques années. Certains diront que c’est l’âge. Pas seulement. C’est aussi un changement de philosophie. Dorénavant je pense qu’il est souhaitable de garder une distance ou une certaine réserve.

Cela vaut aussi, évidemment, pour les relations amoureuses. Se laisser guider principalement par le désir ou le ressenti n’est pas assez structurant à mon avis. 

Paradoxalement je dirais que garder une distance est une excellente manière de se rapprocher des autres.

 

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Commentaires

  • J'ai appris il y a longtemps une astuce employée par les thérapeutes lorsqu'ils sont face à un patient. Cela consiste à ajouter une troisième personne (virtuelle) en plus de soi-même et du patient. Cela peut être une personne qui représente une autorité morale, un "maître " qui a eu de l'influence sur nous (un professeur, un spécialiste de la médecine, un autre thérapeute).. Je pense aussi que l'âge et l'expérience permettent de "cataloguer" assez rapidement une personne et de voir ce qu'elle souhaite réellement et si on est en mesure de répondre à ce souhait, à cette attente. Parfois c'est non, parfois oui, l'important étant de ne pas se faire abuser.

  • De temps en temps, un peu de philosophie ne fait de mal. A mon avis, les idées de ce texte peuvent également être illustrées par la guerre en Ukraine. Images de destructions massives, de blessés et de morts, interview des victimes, discours du président ukrainien, etc, ont été notre quotidien, contrairement à bien d'autres conflits tout aussi dévastateurs. Sans doute faut-il y voir la proximité de cette guerre, la volonté politique d'y associer les pays européens, de faire entrer un nouveau pays dans l'OTAN et l'Europe, et, bien entendu, le moyen de nous faire accepter les punitions infligées aux Russes mais qui se retourneront contre nous. Toujours est-il qu'il est difficile de rester insensible à ce qui se passe là-bas. Alors, comment garder ses distances ? Comment réfléchir objectivement sans se laisser entraîner dans une compassion excessive pour les victimes ? Enfin, comment ne pas s'associer à la solidarité, voire à une politique interventionniste ? Homme-libre donne peut-être une réponse : ne pas se laisser guider uniquement par le ressenti. Mais aussi fixer des limites à ce qu'il convient d'accepter de la part de ceux qui voudraient aller toujours plus loin.

  • J'avoue que je trouvais quelque peu déprimant de garder une certaine distance il y a de cela quelques mois.

    Je me rends compte que, oui , cela n'empêche nullement les rencontres, bien au contraire ! Dès lors, je rappelle gentiment que la distance n'empêche nullement de se parler, de faire un bout de chemin à deux ...

    J'apprécie la dernière phrase d'Henri qui résume très bien ma pensée !

    Excellent week-end à tous et toutes !

  • Je vois qu'une de vos vidéos a été déclarée "age restricted " par Youtube??!! La grosse blague! Repostez-la sur Odysee:

    https://odysee.com/

    et sur Rumble!

  • Homme Libre, Si vous voulez passer un bon moment ce week-end, je vous conseille ce film peu connu mais excellent de ce cher Bourvil: Le Tracassin ou les plaisirs de la ville. J'adore la scène du lit au début:

    https://www.youtube.com/watch?v=zsKDhYd2Ioc

  • Si on transpose la distance de sécurité et la retenue nécessaires à la tempérance au niveau des frontières nationales, une question se pose ( si on veut bien envisager les choses de tous les côtés) :
    Quelle distance les pays limitrophes de la Russie peuvent-ils mettre entre eux et cet immense voisin ?
    Comment créer un environnement qui permette d'être en paix et sécurité ? Les frontières sont-elles suffisantes ?

    Au niveau individuel, la distance est en principe ajustée par des signaux subtils, des reculs et des raidissements du corps. On peut p.ex. croiser les bras devant son buste.
    Parfois, ça ne fonctionne pas. On en vient aux mains, on sort une arme ou on profite de la faiblesse physique de l'adversaire pour le blesser, le harceler sexuellement ou le violer.

    En géopolitique, tout cela se joue avec d'autres gestes., p.ex. la dissuasion nucléaire, la diplomatie, les alliances, les recours aux instances internationales.
    Et parfois, ça ne fonctionne pas.
    On n'arrive arrive pas à créer l'espace de sécurité et ça se termine par une guerre, commerciale ou vraie. Celle qui tue des milliers de personnes..

    Garder ses distances, garder la tête froide, ne pas agir sur la base d'émotions comme l'humiliation ou l'empathie trop forte, c'est un très bon conseil.
    Aussi au niveau géopolitique, pour tous ceux qui envisagent d'envahir leur voisin en violant ses frontières..

  • Henri, on ne peut comparer la guerre d’Ukraine, à nos portes, avec une épidémie. Si l’on peut être atteint moralement par cette guerre, cela ne peut être comparé aux effets mortels du covid. Nul d’entre nous, bien que l’on puisse être psychiquement marqué par un conflit provoqué par un autocrate, n’en est mort ici dans nos contrées.

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