Législatives  en France : la messe est dite

Merluche a presque réussi son coup et pavoise tel Dieu le père. La Marine reçoit comme une grâce divine les 89 sièges qui feront gonfler les voiles de son parti. Macron, le jeune Emmanuel, a délaissé sa posture christique de sauveur. Il a la gueule de bois.

 

melenchon-21.pngMerluche

Ite missa est pourrait-on leur dire en latin, ce qui se traduit de manière triviale par: Casse-toi,  c’et fini. 

Jupiter a senti le vent du boulet. Il devra composer malgré sa tendance autocratique. Il va méditer sur la versatilité des français qui l’élisent président sans lui donner les moyens de sa politique. C’est l’emmerdeur emmerdé.

EM se retrouve presque dans la situation des pays à représentation proportionnelle, sans majorité mais avec un poignée d’alliés potentiels chez les Républicains. Tentera-t-il de construire une majorité avec ces 61 députés LR? Ceux-ci deviendront-ils les supplétifs de la macronie, au risque de disparaître ensuite complètement faute d’identité claire? Ce n’est pas certain. Leur disparition provoquerait un déplacement de presque la moitié d’entre eux vers la droite nationale.

Dans ce cas de figure très hypothétique on verrait dans une poignée d’années deux blocs dominants, RN et LFI, ayant remplacé la gauche molle du PS-Verts et la droite molle des LR-UDI.

La France échappe au moins à un gouvernement rouge vif. Perso je suis allergique au bonhomme. Mais la presse française garde ses vieux réflexes pro-Merluche et anti-Le Pen, par exemple dans le Parisien:

« Ce recul notable de la majorité au profit de la gauche et de l’extrême-droite… »


marine-le-pen.pngRépublicain

Pourquoi extrême-droite et pas extrême-gauche? Je rappelle que Clémentine Autain, proche de Jean-Luc Mélanchon, menaçait il y a peu d’un troisième tour dans la rue. LFI serait donc un parti de séditieux qui cache sa véritable intention. La fascisation progressive des esprits de gauche pourrait engendrer des lendemains sombres.

Sandrine Rousseau, wokiste et LFI élue à Paris, révèle en direct par sa violence de ton la violence de la pensée et des intentions politiques. Je n’approuve pas les politiciens qui jouent de la colère comme d’un argument marketing. Mais on le sait: Mélenchon a imprimé à sa formation son ton belliqueux et son regard de prédateur fou. Et quand il parle les gens sont électrisés. Dangereux ça. 

Le grand perdant est Éric Zemmour. Il n’a aucun mandat et l’on ne sait pas ce que va devenir son parti Reconquête. La bulle initiale de sa pré-candidature, à l’automne dernier, s’est dégonflée. Il s’y est mal pris. Sa tentative de pomper les électeurs de MLP a échoué. Celle-ci sort même renforcée et s’installe plus profondément dans le paysage français, au-delà de ses bastions, et dans la ruralité. 

Zem a presque gagné sur un point cependant: introduire les sujets qui fâchent en tête des débats. Mais cela ne suffit pas. 

On voit déjà reparaître le cordon dit sanitaire anti-fasciste. C’est ridicule. Un député LREM affirmait ainsi que le RN est l’extrême-droite fasciste, sans aucun autre argument. Il ne serait pas républicain… On n’est pas obligé d’aimer, moi-même j’ai de fortes réserves sur ses compétences et son style de discours, mais le réflexe pavlovien de diabolisation n’est plus prenable. L’extrême-droite, c’est autre chose.


france22-11-macron.jpgConservatrice

Pas républicain le RN? Pas moins que LFI. Qui définit ce qu’est d’être républicain? Et qui décerne les certificats d’appartenance au camp du bien? Le politiquement correct recommence déjà à empoisonner l’air des français. Cela suffit, assez de morale.

Les immigrationnistes ne vont pas lâcher leur os si vite. Zemmour continuera-t-il? Et avec qui? Ceux qui se sont ralliés à lui resteront-il dans son frêle esquif? Il y a probablement une place à côté du RN, qui s’embourgeoise. Mais une place qu’il faudra thématiser, et surtout épurer des anciennes tendances droitistes qui sentent la naphtaline. 

La gauche mélenchoniste est devenue conservatrice. En témoignent les propos de son chef sur la France des révoltes et des révolutions. On se croirait au politburo d’un régime soviétique défendant le passé nagtional.

Il faut repenser une droite moderne, forte et crédible. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait les personnes capables de cette évolution idéologique des droites, et peut-être de leur nécessaire unification.

Par exemple la souveraineté a le vent en poupe, même si c’est un concept bardé de limites qu’on ne peut appliquer sans nuances. Ce conservatisme n’est pas un système de blocage ou une vision absolutiste. D’ailleurs une partie de la gauche y fait référence. 

Cette droite peut aussi reprendre un discours environnemental conservateur et raisonnable pour protéger le homeland sans terroriser les populations par les annonces outrancières des activistes climatiques. Et elle garde par tradition une sensibilité populaire et sociale, ainsi qu’un goût prononcé pour la liberté individuelle et la libre entreprise. 

Alors au boulot. Car on ne sait ce qui peut se passer dans cinq ans. Il faudra être prêt.

 

 

 

Catégories : Politique 9 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Je ne vois pas de succès chez Merluche. Toute la gauche réunie, c'est 131 sièges, c'est un score faible qui inaugure une gauche absente du pouvoir à minima 10 ans. L'extrême gauche va être leader de la gauche donc sans espoir d'atteindre le graal.
    Macron a fermé les yeux sur le régalien, justice et sécurité, et naturellement le RN profite.
    Pour moi, le basculement, ce sont les incidents du stade de France. Un niveau d'hypocrisie gouvernementale qui a mis en colère une partie de la population. En Parlant des supporters anglais au lieu des délinquants, tout le monde a compris que le gouvernement continuerait à faire l'autruche.

    Mon opinion est qu'un match de foot a couler le parti de Macron. Il a révélé le manque de courage de peur de diviser la France entre français de souche et migrants extra européens. Sauf que, c'est déjà le cas, et les banlieues préfèrent une stigmatisation des délinquants si au final les quartiers sont libérés.

  • En effet le succès est un terme inadéquat. J'ai écrit ce billet quand il y avait une projection de 160 à 200 sièges pour Nupes. Mélenchon roucoulait.

    Au final il doit déchanter

    J'ai écouté Julien Dray. Il mentionne aussi l'affaire du stade de France. Mais aussi la déclaration de Mélenchon: la police tue. Le détail des reports montre aussi que les reports de voix et le niveau d'abstention invalident le fameux "front républicain".

  • Bonne analye, Homme-libre. J'ajouterais que les LR n'ont pas fait beaucoup d'obstruction concernant le passeport vaccinale ton peut s'attendre à une certaine collaboration avec le groupe macroniste pour la réforme des retraites et d'autres thèmes. A la fin de l'article vous employez le mot "homeland" ce qui se traduit par "patrie",

  • Je suis un vilain francophone et phile pour user d'un anglicisme. Vous avez raison, forcément, Gilbert. mais celui-ci j'aime bien.
    :-)

  • A noter aussi que le RN sera le premier groupe d'opposition (LFI n'a que 75 élu et la NUPES est en réalité une force "inter-groupe). Je pense que droite comme gauche peuvent se dépêcher de faire la fête car le Mac est capable de tout comme par exemple d'entrer officiellement en guerre et de faire passer toutes sortes de décisions via le conseil de défense, court-circuitant ainsi l'assemblée.

  • Monsieur Goetelen,
    Le stade de France, oui, mais le roitelet est également allé étreindre le guignol de Kiev, champion de la diplomatie n'a fait que des bourdes. Zemmour a en effet fait l’erreur de s’isoler mais il a semé la graine d’un souverainisme retrouvé. C’est à lui que, malgré lui, le RN donné pour mort est ressuscité. Mais diaboliser la gauche ou la droite ne mène à rien et est tout simplement stupide. Tant Monsieur Mélanchon que Madame Le Pen l’ont déclaré publiquement: ils respectent la démocratie (retrouvée) et les institutions et sont tous deux prêts à ce que leurs représentants au Parlement votent les propositions de loi émanant de la majorité si elles rejoignent les propositions figurant dans leurs programmes politiques respectifs !

  • Vous avez raison. Il ne faut pas diaboliser les "extrêmes". Mélenchon n'est pas Staline et Marine Le Pen n'est pas Hitler. On voit bien que le front républicain a du plomb dans l'aile. Les électeurs ne suivent plus aveuglément les élites et les directives des partis. Ils se méfient aussi des médias et des injonctions moralisatrices du "camp du bien".
    Tout cela va dans le bon sens, mais, les convictions ont plus de chance d'aboutir quand elles émanent d'un collectif. Et toute organisation suppose un consensus, une direction et un leader. Le demi-échec des "Gilets jaunes" l'a bien montré. Les partis politiques sont donc indispensables en démocratie. mais à une condition : ne pas trahir ceux qui leur font confiance.

  • Un peu hors sujet mais je suis en train d'écouter cette interview très intéressante de Uli Windish à propos de la démocratie Suisse https://www.youtube.com/watch?v=FadF89NPHRk

  • Et une petite blague sur le premier ministre Elisabeth Borne.. Une chose qui me frappe c'est qu'elle parle comme un serveur vocal : "pour accéder à votre dossier, tapez 1, pour effectuer une réclamation, tapez 2, pour être mis en relation avec un conseiller, tapez 3......."

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel