Les Échappées : la complainte des femmes à vélo

Deux Cosette ont réalisé un film sur la très grande difficulté existentielle des femmes cyclistes. Elles-mêmes ont fait un périple de 3’000 km pour rencontrer « des femmes qui font du vélo, qui réparent des vélos, qui construisent des vélos. »

 

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Leur film est intitulé Les Échappées. La présentation sur le Forum de la télévision suisse romande commence ainsi:

« Dès qu’une femme sort de chez elle, dès qu’elle est à l’extérieur, elle n’est pas à sa place quelque part. Mais rien que d’être à vélo, de se montrer, heu, on occupe l’espace public donc oui ça fait passer des idées même sans forcément parler. »

Le petit livre rouge féministe féministe en hors d’œuvre d’une épopée cycliste, on n’y avait pas encore pensé. Et ça continue: 

« Le monde fonctionne comme ça, des familles avec un monsieur qui fait des choses, la femme qui fait rien qui regarde son chéri faire. (…) J’ai pas envie que la femme se dise Ah putain le dimanche matin mon mec y part et moi je reste avec les gamins. »

Quelle image négative des femmes. Heureusement elles vont les sauver, ou les « inspirer » comme elles disent dans leur récit.

Pourtant personne ne les empêche de partir avec leur chéri et de mettre les gamins dans une remorque ou sur de petits vélos. À moins que pour son chéri ce soit le seul moment de décompression de la semaine, ce à quoi ma foi il a droit. Mais bon, les femmes pro-féministes ont besoin d’être victimes pour justifier leur idéologie et l’attention accrue qu’elles exigent – et l’argent des sponsors.

 

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Les 6 minutes de l’interview sont du même tonneau. Le journaliste est d’une complaisance qui confine à la condescendance. Il leur parle avec d’infinies précautions, presqu’avec commisération, comme à des enfants fragiles. Pas de question qui dérange, surtout pas.

« Vous avez voulu montrer qu’aujourd’hui encore il existe des barrières qui empêchent certaines femmes de faire du vélo et montrer aussi des exemples vertueux de celles qui sont en quelque sorte des pionnières. »

Louise Roussel et Océane Le  Pape, les deux Cosette co-réalisatrices, en sont persuadées et veulent nous en persuader. Les métiers mécaniques sont le plus souvent occupés par des hommes. Et alors? Aucune femme n’en est empêchée à ma connaissance. Ce sont leurs propres choix qui les dirigent plutôt vers les métiers sociaux que techniques. Quant aux pionnières, elles ont posé leurs marques il y a au moins un siècle.

Je connais aussi pas mal d’hommes cyclistes. Je le suis moi-même, très en amateur. Ils savent remettre en place une chaîne (et même pas toujours), régler la hauteur de la selle ou réparer une crevaison. Mais changer les freins est déjà hors de portée de beaucoup. Les hommes ne sont pas tous, comme par nature, des as de la mécanique (et beaucoup de femmes savent mettre les mains dans le cambouis). C’est un stéréotype réducteur qui entretient la dépendance féminine à leur égard. C’est du très, très mauvais féminisme.

 

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Les barrières seraient liées à ce que l’on attend d’une fille et ce que l’on attend d’un garçon. Ah bon? Pour ma part cela fait longtemps que je vois les filles faire du vélo, des adolescentes, des femmes adultes. Roussel et Le Pape doivent avoir pas loin d’un siècle de retard.

Des femmes sont empêchées de partir en voyage parce qu’elles se penseraient incapables de réparer un vélo (pour info, des hommes aussi). Elles s’empêcheraient elles-mêmes de partir à l’aventure.

Mais enfin, l’aventure, c’est une nature, un tempérament. Ça ne se fabrique pas comme ça parce que madame Roussel étale sa théorie. Il y a plein d’hommes qui ne partent jamais à l’aventure.

Moi je l’ai fait sans que l’on m’y pousse. À 18 ans j’ai fait le sud de la France en Vélosolex (ah, Brigitte Bardot en Solex, photo). J’ai d’abord fait Genève-Saint-Paul-de-Vence en 24 heures non stop par Grenoble, le col de la Croix-Haute, la Haute-Provence. Puis le plateau d’Albion, Saint-Michel-de-Frigolet dans les Alpilles. Puis le Languedoc, Sète, Perpignan. Je dormais à la belle étoile. Ce n’est pas une très grande aventure, objectivement, mais pour moi c’en était une.

 

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Le journaliste pose des questions fermées qui contiennent déjà leur réponse et qui banalisent la doxa misandre. Le sexisme roucoulant n’en est pas moins pernicieux:

« Est-ce que l’on peut conclure que les hommes volontairement ou non d’ailleurs maintiennent les femmes dans une sorte d’ignorance notamment sur le plan mécanique? »

Mais comment peut-on poser une telle question? Comment supposer que les hommes pourraient maintenir volontairement les femmes dans cette ignorance? Les écoles de mécanique sont ouvertes aux deux sexes.

Qu’un homme veuille les conseiller alors qu’elles réparent un pneu crevé ferait partie d’un système où les femmes seraient considérées comme moins douées. Cette généralisation est ridicule et décontextualisée. Elles sont ancrées dans l’idée que les femmes sont forcément, globalement victimes.

Encore un point. Les femmes seraient empêchées de rouler en vélo avec leur enfant sur un siège parce que les infrastructures routières sont insuffisantes à les protéger.

 

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Le même problème se pose pour les hommes, rien de spécifique aux femmes, mais elles n’en parlent pas. Madame Roussel affirme que ce sont plutôt les femmes qui ont la charge des enfants (encore un stéréotype) et donc qu’elles en sont plus gênées en vélo. 

Où est la preuve? Je ne la vois pas. Je regarde souvent les parents en vélo avec leur progéniture, et je vois plus d’hommes que de femmes avec leur bambin sur un siège ou dans une charrette. Ce n’est pas une statistique, mais ce qu’elles disent ne colle pas avec ce que je vois. Et les femmes qui ont envie de faire du vélo ou d’y emmener leurs enfants le font. Faudrait pas trop les prendre pour des nunuches.

Et pour illustrer à quel point ces deux jeunes femmes sont dans l’erreur les photos d’archive qui accompagnent ce billet datent de 1896 à 1953. Des femmes en vélo, court vêtues, sportives, qui occupent sans vergogne l’espace public même sur des échasses. Peut-être y en avait-il moins que d’hommes, mais cela reste à prouver – sauf dans les compétitions.

Elles sont plus que des militantes, ce qui suppose déjà une rigidité idéologique. Elles sont des messies. Mesdames Roussel et Le Pape devraient revoir leur catéchisme et se détendre un peu. Elles ont l’air si crispées (image 6, capture d’écran). 

La soumission au féminisme contribuerait-elle au délitement intellectuel occidental, où le sens critique disparaît peu à peu au profit d’idéologies implacables et émotionnellement totalitaires?

Il faut se méfier de ce totalitarisme émotionnel qui agglutine et cristallise des loyautés parasites, comme la sororité victimaire cycliste.

Pour le reste, regarder un film sur des femmes en voyage à vélo peut m’intéresser. Mais de grâce pas de victimisation, pas d’idéologie, seulement leur plaisir, leur sueur, leur débrouillardise, et des questions ouvertes. Il y a de si jolies choses autour du vélo, féminin ou masculin. Mais ce n’est que mon avis. Chacun peut faire le sien sur le replay de l’émission:

 

 

La vidéo de 6’ est ici sur le site RTS, à partir d 52'11''.

 

 

 

 

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Catégories : Féminisme, société 9 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • La prochaine fois ce sera les femmes et la pêche, pratique insupportable et machiste qui les contraint à tenir leur ligne...

  • Et les femmes et la pétanque, sport machiste par excellence avec des boules peu maniables et trop lourdes pour elles et des règles incompréhensibles.

  • #balancetoncochonnet !

  • :-DD

  • Excellents commentaires sur une victimisation indécente mais habituelle chez les néo-féministes. Homme-Libre a bien démonté le mécanisme menteur de ce film. Mais le pire, dans cette affaire, c'est le fait qu'elles croient à tous ces bobards victimaires. Et celui qui les interroge est persuadé, lui-aussi, que tout est fait pour nuire à la gent féminine.
    Alors, si tant de gens sont persuadés que les femmes sont infériorisées par la société patriarcale, une question se pose : d'où vient cette idéologie ? Les médias, presse, radios, télés, ne cessent de faire de nos compagnes des sous-êtres discriminés. Mais il existe aussi un autre lieu de misandrie : l'école. Pour avoir moi-même exercé dans ce milieu, je l'affirme : depuis plus de vingt ans, en France, L’Éducation nationale (et donc le pouvoir politique) a effectué ce virage victimaire auprès des élèves qui sont formatés dans ce sens. La réaction de ces deux réalisatrices en est l'illustration. Malheureusement, ce n'est pas comme cela que l'on bâtit une société apaisée. Cette guerre des sexes ne peut déboucher que sur le séparatisme. Mais c'est peut-être le but !

  • Vous l'avez dit: "La soumission au féminisme contribuerait-elle au délitement intellectuel occidental, où le sens critique disparaît peu à peu au profit d’idéologies implacables et émotionnellement totalitaires?" et la réponse est "oui" !

  • "Mais c'est peut-être le but !"

    Bien évidemment et tout cela est orchestré en haut lieu, tout comme le réchauffisme, la théorie du genre, la théorie critique de la race, l'antispécisme. Il n'y qu'a voir ce qu'on nous montre dans les publicités. Ça s'appelle "diviser pour régner" On détruit tous les fondements et les valeurs de la sociéṱé occidentale et la classe moyenne pour reconstruire une autre société, mais pour le pire, car il n'y aura plus que les hyper riches et puissants et les pauvres soumis.

  • A force de vouloir imiter les hommes, les féministes se noient dans leurs revendications !

  • "On détruit tous les fondements et les valeurs de la société occidentale et la classe moyenne pour reconstruire une autre société, mais pour le pire, car il n'y aura plus que les hyper riches et puissants et les pauvres soumis."
    On peut éventuellement avoir une interrogation sur l'intention et les auteurs, mais le résultat semble bien être celui que vous dénoncez.

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