Marine Le Pen et son ami Russe

Les chars russes s’installeront-ils à Paris si Marine Le Pen gagne le 24 avril? Bien sûr que n0n. Mais le procès d’intention est lancé sur la soumission de la candidate au chef du Kremlin.

 

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C’est une des grosses polémiques du second tour en France. MLP avait été critiquée pour avoir contracté un prêt en faveur de son parti auprès d’une banque privée russe. Ses adversaires la qualifiaient de nervi de Poutine.

Ses anciennes déclarations sur le président de la Fédération de Russie sont auscultées à l’aune de la guerre d’invasion en Ukraine. Et encore récemment elle a déclaré que Poutine pourrait devenir un allié. Les reproches pleuvent.

Pour comparaison rappelons-nous que jusqu’à la récente invasion en Ukraine Jean-Luc Mélenchon était favorable à Vladimir Poutine. Par exemple en Syrie: 

« Jean-Luc Mélenchon n’a toutefois aucune critique à adresser à Vladimir Poutine. Au contraire. « Il va régler le problème [c’est-à-dire] éliminer Daech. »

Et aussi:

« Lors de l’émission de France 2, il conteste le bombardement délibéré des populations d’Alep par la Russie. « Non […] ce que vous dites ne correspond pas aux faits, je ne vais pas dire que je suis d’accord. […] Vous partez de la propagande nord-américaine », rétorque-t-il aux journalistes qui l’interrogent sur ce point. »


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En 2014 il déclarait également, à propos de la Crimée:

« Bien sûr la Crimée est « perdue » pour l’Otan ! Bonne nouvelle ! Il faut espérer que, du coup, la bande de provocateurs et d’agités qui dirigent la manœuvre va se calmer quelque temps. »

Poutine a été un allié très fréquentable pendant des années. Comme je l’ai déjà fait, je condamne clairement cette invasion et l’attitude impérialiste du président russe  mais je ne peux oublier que notre occident a manoeuvré pour encercler et affaiblir la Russie et créer ainsi une tension. Les richesses du Heartland attirent les mouches et l’Ukraine est de longue date une cible de l’impérialisme américain.

Reprocher à Marine Le Pen une forme d’allégeance à Vladimir Poutine me paraît déraisonnable. Lui reprocher sa position alors que Mélenchon s’en sort avec panache n’est pas correct.

Sachant que ce thème risque de lui pourrir les derniers jours de campagne elle a contre-attaqué de manière audacieuse et risquée. Elle a envisagé l’après-guerre et les relations avec la Russie et Poutine:

« La candidate du RN, Marine Le Pen, a plaidé mercredi pour un « rapprochement stratégique entre l’OTAN et la Russie », « dès que la guerre russo-ukrainienne sera achevée et aura été réglée par un traité de paix. »


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« C’est l’intérêt de la France et de l’Europe, mais aussi je crois des États-Unis qui n’ont (...) aucun intérêt à voir émerger une étroite union sino-russe. »

Cela peut choquer alors que la guerre est toujours en cours, mais cela me paraît normal. Parfois les nations ennemies se réconcilient, et il faut le souhaiter. La France et l’Allemagne se sont réconciliées et ont mis en place les bases de l’Union européenne alors qu’ils venaient de se livrer à la plus terrible des guerres, après plusieurs autres. La France et l’Angleterre se sont rapprochées après avoir été en guerre pendant des siècles.

J’ai déjà appelé de mes vœux une Europe moins dirigiste et plus large, incluant la Russie d’une manière positive – c’est difficile mais il faut y travailler. La Russie est notre cousine, et est la porte de l’Eurasie et de la Chine. Un marché de 5 milliards de consommateurs. C’est là qu’est notre avenir.

En assumant la nécessaire réconciliation ultérieure avec la Russie, fût-elle de Poutine, MLP est dans la realpolitique prônée au final par la plupart des états. Ce faisant elle espère diminuer l’impact négatif de ses anciennes prises de parole sur Poutine. Elle les place dans une perspective géopolitique à long terme.

Avec 48 % d’intentions de vote, sa position n’est pas si minoritaire et la moitié des français ne sont pas des gros fachos.

À suivre.

 

Catégories : Politique 10 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Ce qui m'inquiète le plus c'est l'escalade U.S. , escalade non seulement verbale mais militaire en donnant à l'Ukraine des armes de plus en plus lourdes, des armes offensives qui risquent de stopper les négociations. On sent que l'on sollicite de plus en plus les pays occidentaux, non seulement pour armer l'Ukraine, mais pour intervenir militairement. Il est fort possible que ce conflit dégénère et qu'un compromis ne soit plus possible. J'ai l'impression que Biden a envie que cette guerre continue en impliquant de plus en plus les pays de l'OTAN. Que fera alors Macron s'il est élu ? On connaît sa proximité avec les américains et cette Europe pro-OTAN. Marine Le Pen est pour une France plus indépendante, me semble plus disposée à négocier avec Poutine et ne pas se soumettre à la stratégie américaine et à leurs intérêts.

  • L’agenda politique donne toujours l’occasion de révéler encore plus l’hypocrisie et l’incompétence des candidats.

  • @ Bob : Commentaire court et tellement juste !

  • La Russie n'est pas un pays comme les autres. C'est une fédération d'Etats à la taille d'un continent.Penser que les européens la feront rentrer dans leur organisation comme la Hongrie ou la Tchéquie, c'est naïf.

  • Pour l'UE, en effet je ne pense pas à cela, par contre à des accords privilégiés entre l'UE et l'équivalent créé par les Russes. oui. Comment je ne sais pas, mais au moins cela devrait être déjà pensé.

    Pour l'Otan, cela paraît très difficile avant longtemps, mais cela pourrait être un gage de paix et de sécurité si la Russie y est associée d'une manière ou d'une autre.

    Actuellement ce n'est pas réaliste mais nous pouvons garder une ouverture.

  • @ Jean-Charles : la Russie est un Etat à elle seule, l'ancienne URSS n'existe plus depuis l'0uverture des frontières à la suite de l'effondrement du Mur de Berlin en 1991.

    La Hongrie avait été le premier pays à franchir la frontière : je me souviens des directs TV : on y voyait les célèbres "Traban" de l'Est"
    et la jeunesse de l'Allemagne de l'Est sauter par dessus le Mur après y avoir ouvert une brèche ...

    Or, Poutine aurait déclaré qu'il voulait retrouver l'ex-URSS : il a déjà annexé la Crimée en 2014 dont les habitants seraient contents ... selon déclaration de la Russie !

  • « J'ai l'impression que Biden a envie que cette guerre continue en impliquant de plus en plus les pays de l'OTAN »

    C'était déjà visible avant l'invasion russe. Biden et la mouvance "néocon" piétinaient d'impatience dans l'attente que Poutine franchisse le Rubicon. Et ils continuent d'attiser les tensions. Je pense que ça finira très très mal. Il y a un très grand risque de dérapage du côté de l'enclave de Kaliningrad: Pour s'y rendre par voie terrestre, les forces russes doivent emprunter un couloir sur territoire polonais ou lituanien depuis le Belarus (il y a un accord en temps de paix sur ce passage pour le transit civil). Mais ce franchissement à été interdit aux Russes, d'autant plus à l'armée.

    La suite... on ose même pas imaginer.

  • Si les pays vendeurs d'armes veulent vendre, il faut qu'il y ai des conflits sans ça ceinture! Sur youtube *La raison d'état* d'André Cayatte, avec Michel Bouquet justement! Là les gaullistes ont dû tousser fort sous la couverture en cachemire Hermès!

  • Remarque générale :
    Il ne faut pas partir de l'idée que les dirigeants russes auraient la même logique que les dirigeants des pays européens.
    De plus, les responsables politiques des ex-pays du Pacte de Varsovie ont leur façon d'envisager la situation.

    La peur règne de tous les côtés.
    Les dirigeants russes ont très peur d'être envahis par les pays de l'OTAN et les petits pays de l'Europe de l'Est ont très peur que leur indépendance et souveraineté soient menacées par l'armée russe.

    La création d'associations ou d'alliances futures exige beaucoup d'imagination et d'optimisme. Il faudrait de la souplesse et de la bonne volonté de tous les côtés.
    En ce moment, il y aurait des préalables très exigeants auxquels les états de l'Est de l'Europe auraient beaucoup de peine à consentir. La Russie pourrait-elle accepter de fonctionner sans privilèges spéciaux ?
    Et surtout : comment faire confiance ?

    Quand l'Ukraine a renoncé aux armes nucléaires sur son sol, en 1994 (Mémorandum de Budapest), il y a eu des garanties écrites et on constate que ça ne vaut plus rien.

    « 1. La Fédération de Russie, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et les États-Unis d’Amérique réaffirment leur engagement envers l’Ukraine, conformément aux principes énoncés dans l’Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, de respecter son indépendance et sa souveraineté ainsi que ses frontières existantes.

    2. La Fédération de Russie, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et les États-Unis d’Amérique réaffirment leur obligation de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de l’Ukraine, et qu’aucune de leurs armes ne soit utilisée contre l’Ukraine, si ce n’est en légitime défense ou d’une autre manière conforme aux dispositions de la Charte des Nations Unies."

    https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9morandum_de_Budapest?msclkid=dec34d84bd7211ecaaa82e1d87311733

    Comment fonctionner dans un monde où même les traités écrits et très officiels ne pèsent que le poids du papier sur lequel le texte est imprimé et l'encre des signatures ?
    On peut passer des heures à se convaincre que les torts sont d'un côté ou de l'autre, que celui qui agresse n'est pas réellement responsable.
    Il y a les mots et les actes. Des tentatives de modifier une réalité en nommant les actes avec des mots choisis, alors que valent les papiers signés !?!
    Une guerre qu'on n'a pas le droit d'appeler "guerre", un pays qui est à "dénazifier". On devrait commencer par définir tous les mots, se mettre d'accord sur ce qu'est un "nazi" et s'il est acceptable de dénazifier depuis l'extérieur par la force armée.

    Tout est devenu possible, donc il sera possible, un jour, de se réconcilier, mais il faudra vraiment du temps pour surmonter les réels dégâts ( humains, matériels et psychologiques tant du côté russe qu'ukrainien) causés par cette intervention spéciale.

  • Calendula, je rejoins vos questions. Sur les mots et sur le reste.

    Pour moi l'intervention spéciale est bien une guerre d'invasion, même si elle se limite à une partie du territoire ukrainien. Je n'exonère pas Poutine de sa responsabilité, quelles que soient les considérations par ailleurs.

    Les traités ne sont pas respectés, malheureusement de tous les côtés. C'est une situation réellement dangereuse.

    Une réconciliation sera sûrement longue à venir. Et comment faire confiance? C'est je crois ce que l'on se demande à l'est comme à l'ouest. Mais il faudra bien trouver quelque chose pour sortir de cela.

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