La gifle de Will Smith : des femmes en redemandent

Première conséquence: l’acteur a démissionné spontanément de l’Académie des Oscars après avoir réitéré sa grande contrition. L’Académie continue son enquête pour peut-être décider d’une sanction disciplinaire. Qui n’aura plus d’effet puisqu’il n’y est plus.

 

will smith,gifle,chris rockContrition

Chris Rock, l’agressé, n’a toujours pas porté plainte. Si Will Smith s’en sort plutôt bien avec ses pairs on ignore si cet incident aura une influence sur le nombre des entrées de son nouveau film, et si oui laquelle.

La crainte d’être boycotté et de devenir un paria, objet d’une exclusion morale, doit être présente à son esprit. Cela va très vite aujourd’hui. Et à la clé des pertes de revenus et peut-être une mise à la retraite. 

À Hollywood les stars se négocient à coup de millions de dollars, alors on ne badine pas avec leur réputation. La meute des petits juges sur les rézos peut annuler une existence médiatique pour un acte sans tenir compte de l’ensemble d’un parcours et d’une carrière. 

La culture de l’annulation dévore aussi ses propres enfants.

Dans mon premier billet sur cet incident je déplorais le torrent d’excuses faites par l’acteur juste après son acte, et aujourd’hui il continue. Pas un mot de défense, d’explication de son ras-le-bol de voir sa femme prise pour cible d’humour, surtout sur sa maladie. Rien pour recadrer l’humoriste. Il est dans la totale culpabilité et contrition.

Pourquoi à ce point?


will smith,gifle,chris rockExemple

J’évoquais le risque de désamour du public, et donc des revenus qu’il tire, comme tout acteur, de cet amour. Le temps des bad boys semble terminé, il doit maintenant être gentil.

Cela suggère que ces célébrités vivent dans le luxe mais sans vraie liberté. Elles sont surveillées et se surveillent. De leur prison elles prêchent la bonne parole inklusive. Elles n’ont plus de marge de manoeuvre. On regrette presque Charles Bukowski, sombre et alcoolique avancé, tout sauf correct. Ou Gainsbourg draguant ouvertement Whitney Houston sur un plateau télé. Ils ne s’excusaient pas pour plaire au public sentimental.

Hollywood est une bulle de plasma qui étend ses tentacules morales et idéologiques sur le monde.

Une autre raison de ses excuses est l’exemple donné. Les films de Will Smith plaisent à un public assez jeune. Ils pourraient considérer que gifler est normal dans les relations humaines, on pourrait même craindre que cela ne devienne une mode ou un défi internet. L’image détournée en multiples mèmes fait déjà la joie de rieurs.

Will Smith donne donc un coup de frein à la vague médiatique. Il aurait pu assumer, s’expliquer, trouver une posture moins manichéenne, mais tout ce qui aurait pu la justifier auprès des jeunes personnes devait être banni. Le mauvais exemple est comme un virus.


will smith,gifle,chris rockIndéfendable

D’autres gifles ou coups n’ont pas la même couverture médiatique, par exemple ces deux joueuses de foot de Rosières-Saint-Julien et Sainte-Maure-Troyes, en Champagne (image 4).

Dans la bande dessinée les gifles ne sont pas rares et les femmes y ont la main leste. 

Mais le pompon de la giflolâtrie revient à deux femmes suisses romandes. C’est le Matin Dimanche d’hier qui les cite, parmi dix célébrités régionales, sept hommes et trois femmes.

Les hommes ont des avis mitigés. Par exemple Christophe Israël, journaliste, considère que l’acteur finira « au Panthéon des beauf ». Et lui des hommes lobotomisés. Beauf, c’est comme raciste et autres fariboles: un jugement défavorable pour déclasser et annuler la personne et ce qu’elle fait.

Pour Sébastien Jubin c’est un retour au Moyen-Âge. Des points de vue stéréotypés et superficiels.

Et que disent les femmes? Deux sur trois sont fans. Par exemple la journaliste Virginie Lenk. Elle commence ainsi:

« C’est indéfendable. C’est mal. Mais Dieu que c’est bon. »

et termine comme ça:

« … Pour tous ceux d’entre nous qui sont déjà un peu morts à force de ne plus écouter leurs tripes et leur cœur. La gifle de Will Smith, elle m’a fait un bien fou et franchement, j’en redemande. »


will smith,gifle,chris rockÉgoïsme

La deuxième femme est la politicienne socialiste Géraldine Savaqry. Extrait:

« Est-ce que Chris Rock se serait permis des plaisanteries sur la double mastectomie d’Angelina Jolie ou l’aphasie de Bruce Willis ? »

Elle se met ensuite à la place de Will:

« Est-ce qu’on reste assis, complice passif de l’offense ? Non, on se lève et on se casse. On se lève et on casse. Will Smith a fait ce que tout le monde est censé faire : protéger plus vulnérable que ce soit. »

L’ennui ici est que la/les femmes sont présentées comme plus vulnérables (y compris, ici, psychologiquement). Heureusement il y a un homme fort et protecteur. Un fantasme féminin?

Enfin Nicole Lamon, rédactrice en chef adjointe. Elle en veut à Will qui, en réagissant, a en quelque sorte volé la vedette à son épouse:

« Que ce soit son époux, un playboy habitué à capter le regard de l’Amérique depuis des décennies, qui la prive d’existence pour se faire le héros controversé de l’épisode, est immature est pitoyable. Dans ce contexte, la gifle au comique est un acte d’un égoïsme absolu. » 

Elle n’avait qu'à bouger elle-même. Mais elle n’a peut-être pas voulu exister de cette manière. Et puis, immature et pitoyables sont des arguments... pitoyables.

Hollywood-Babylone pète, le monde commente. Il faut dire que cet incident spectaculaire est bienvenu: les audiences de la cérémonie étaient en baisse, elles ont remonté.

Paraphrasant Boris Vian on peut chanter: Fais-moi mal, Willy Willy Willy!

 

 

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Commentaires

  • Moi aussi j'aurais bien vu la femme bafouée se lever et gifler le comique. Car, je le répète, la gifle est la réplique la plus appropriée au service de la femme en colère, et croyez bien que ces dames ne s'en privent pas. Donc, rien de viril dans la réaction du mari. On voit bien que nos sociétés se féminisent de plus en plus. On attendait un bon direct en pleine poire et on a eu une petite tape sur la joue. Sans compter le mea-culpa de l'agresseur en larmes qui se confond en excuses. En somme, un pugilat de gonzesse. Mais où sont les hommes, les vrais ? Je crains que le néo-féminisme soit en train de les "déconstruire".

  • Crétinisation de la société des USA (mais pas que) !! Plus les gens deviennent stupides et plus ils sont violents, incapables de gérer leurs émotions, d'utiliser le langage comme moyen de résoudre les problèmes relationnels. Le récent accident mortel lors d'un tournage est aussi révélateur de la déliquescence morale des personnes qui avaient la responsabilité de la sécurité. Et que dire d'un président qui dit un jour que les russes ont envahi l'Iran puis quelques jours plus tard récidive en disant que les russes ont envahi...la Russie.

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