L’Ukraine et l’Otan : Volodymyr Zelensky recule

Depuis le début de l’invasion russe le président ukrainien Volodymyr Zelensky tient une posture de résistance très spectaculaire. L’ex-comédien est régulièrement cité en modèle sur les médias européens.

 

ukraine,russie,zelensky,poutine,guerreSigne

On le voit et l’entend vanter la détermination du peuple d’Ukraine et sa victoire sur le Russe. Il harangue et accuse l’Occident. Il appelle à la venue de Brigades internationales, si possible avec des personnes ayant quelque expérience militaire – mais y en a-t-il encore à l’ouest à part les soldats de métier et les mercenaires?

Veut-il faire de l’Ukraine un Viêt Nam? Est-il prêt à sacrifier un million de compatriotes pour une guerre de 20 ans qu’ils perdront? Car qui peut croire que l’Ukraine vaincra la Russie? Certaines sources disent que l’armée russe est freinée par la résistance. Comment le vérifier? Comment vérifier les informations en général quand l’information est elle-même une arme de guerre des deux côtés?

Zelensky le croit, ou fait semblant de le croire. Il ne faut pas démoraliser la population. Sa dernière communication réaffirme qu’ils vont gagner, ou plutôt que tout va bien se passer, ce qui est assez sibyllin. Il termine par un signal étrange: un clin d’œil (vidéo en fin de billet à 0’15’’). Ce signe peut signifier une forme de complicité, mais aussi d’atténuation ou de mise en dérision de ses propres propos.

Un chef de guerre sérieux ferait-il un tel signe, qui le ramène à son passé de saltimbanque – ce qui n’est pas un reproche, mais tient du cabotinage? 

 

ukraine,russie,zelensky,poutine,guerreDéfaite

Il semble toutefois tempérer sa posture bravache. Dans une interview diffusée hier aux États-Unis:

« Le président ukrainien Volodymyr Zelensky affirme ne plus vouloir insister pour obtenir l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan, une des questions qui ont officiellement motivé l’invasion russe de son pays, dans un entretien diffusé par la chaîne américaine ABC. »

Il précise:

« S’agissant de l’Otan, j’ai tempéré ma position sur cette question il y a déjà un certain temps, lorsque nous avons compris » que « l’Otan n’était pas prête à accepter l’Ukraine. »

Enfin, il retrouve une posture de héros, alors qu’il vient de faire cette concession majeure à Vladimir Poutine. C’est une sortie honorable:

« L’Alliance a peur de tout ce qui est controversé, et d’une confrontation avec la Russie », a-t-il déploré. Il a ajouté ne pas vouloir être le président d’un « pays qui implore à genoux » pour une telle adhésion. »

Mais s’il veut éviter une destruction encore plus importante de son pays et de ses villes, éviter une souffrance accrue et des myriades de morts, il doit accepter la défaite. 

 

ukraine,russie,zelensky,poutine,guerreRéalisme

Il n’a simplement pas le choix et la défaite est déjà actée même si l’armée russe n’a pas conquis le pays entier.

Par ailleurs il accepte toute négociation sur les territoires sécessionnistes de l’est:

« Autre ouverture apparente en direction de Moscou, il se dit prêt à un « compromis » sur le statut des territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine dont le président russe Vladimir Poutine a reconnu unilatéralement l’indépendance juste avant de lancer sa guerre fin février. »

Miser sur la résistance et penser que l’on gagnera me semble particulièrement irréaliste. Il est vrai que personne ne croyait au début en la victoire du Nord-Viêt Nam. Mais la comparaison ne va pas plus loin. 

Ces récents propos sont un premier pas. Ils ne suffiront pas. Il faudra un accord écrit, signée, ratifié.

S’il survit à la guerre, s’il reste en poste, s’il négocie ensuite un statut de neutralité en Ukraine, deviendra-t-il un traître? Sacrifié pour la paix? Il doit y être prêt, comme un gouvernant responsable et pas bravache ou cabotin. Son clin d’œil à la caméra est une gaminerie mais je ne veux pas le réduire à cela. Il fait preuve de courage.

Toutefois le réalisme doit s’imposer, en vue d’arrêter les dégâts. C’est du moins ce que les propos de Zelensky sur l’Otan laissent à penser. Le rapport des forces ne semble pas permettre d’autre issue.

À moins d’un changement inattendu à Moscou.

 

 

PS: en 2018 le Monde diplomatique publiait ici un article bien documenté sur les relations entre la Russie et l’Occident et sur les armes nucléaires et annonçait ce qui se passe aujourd’hui: la guerre froide était revenue. L’image 3 en est extraite.

 

 

 

Catégories : Politique 16 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Force est d'admettre qu'on marche sur des pincettes en ce moment...

  • Certes, on peut être pessimiste sur l'avenir d'une Ukraine indépendante.
    Pourtant l'hymne ukrainien dit le contraire, mais si tragiquement :
    « L’Ukraine n’est pas encore morte »
    En ukrainien : Ще не вмерла України (Chtche ne vmerla Ukraïny)

  • De bonnes nouvelles ! vivement la paix, c'est tellement déprimant de voir ces images de jeunes soldats décédés alignés sur le sol. Que ce soit des russes ou des ukrainiens c'est terrible et c'est vrai que faire un clin d'oeil dans ce cas est déplacé.

  • Voici un petit coup de projecteur sur les attitudes de Zelensky, qui rappellent un peu celles des dirigeants arméniens durant la dernière guerre

    https://eurasianet.org/armenians-see-unhappy-parallels-between-zelenskiy-and-their-own-wartime-leaders

    Vu la manière dont tout cela s’est terminé, on peut craindre en effet que cela ne tourne pas à la faveur de l’Ukraine. Mais sait-on jamais, les Arméniens (dont le pays est aujourd’hui devenu un protectorat russe de facto) se rappellent non sans amertume que l’Ukraine, au moins, bénéficie du soutien et de l’émotion internationals qu’ils n’ont pas eus. Cela suffira-t-il? Nul ne peut le savoir à ce stade.

  • "Car qui peut croire que l’Ukraine vaincra la Russie?"

    Personne ne le croit, mais vous oublier que la façon de faire la guerre a changer.
    Lorsque qu'une armée est trop faible pour se battre normalement contre une autre, le meilleur moyen de gagner est la guérilla.
    Comme exemple on peut prendre l’Afghanistan, l’Irak, la Tchétchénie. Les armées se sont fait balayées, mais une fois au pouvoir le pays était difficilement contrôlable.
    Est-ce que le président Zelensky et les ukrainiens sont prêts à aller jusque là ? rien n'est moins sur.

    "Il semble toutefois tempérer sa posture bravache."
    Il est pas stupide non-plus, il se rend bien compte que les Européens et l'Otan n'interviendront pas.

    "Toutefois le réalisme doit s’imposer, en vue d’arrêter les dégâts."
    Vous parlez de Zelensky, comme si c'est lui la cause de la guerre, et Poutine? Aucun reproche?
    Donc pour arrêter la guerre ou une agression, la victime doit se laisser faire?

  • Zelensky n'est pas le déclencheur de cette guerre, c'est une situation plus générale du pays, de ses dirigeants, de la Russie et ses dirigeants, dans un cadre historique particulier.

    Ma critique a été faite en parlant d'invasion russe, en soulignant l'impérialisme de Poutine et en considérant que les frontières ne peuvent être forcées parce qu'un prince l'a décidé.

  • Il ne recule pas, il souhaite négocier dans le but de : 1) arrêter la guerre; 2) rediscuter des rapports entre son pays et Moscou.

    Lorsque vous souhaitez signer un contrat et qu'un paragraphe ne vous convient pas : vous capitulez et signez ou vous négociez ? Moi je négocierai !

    Reculer pourrait signifier qu'il veuille arrêter les combats pour épargner son peuple !

    Si l'on remonte le temps, il faut se demander pourquoi l'empire des tsars revint à la vie sous forme de l'Union soviétique !

    La question qui s'impose est la suivante : est-ce que le Président russe souhaite retrouver l'URSS ? Il l'aurait fait entendre il y a de cela quelques semaines : info ou intox ?

  • @ Lise:

    "Reculer pourrait signifier qu'il veuille arrêter les combats pour épargner son peuple !" - oui, c'est aussi ce que je pense. Dans ce sens reculer n'est pas négatif.

  • En fait, plus que d’éventuelles concessions de Zelensky, l’issue dépend surtout de ce que veut réellement Poutine. Et cela, lui seul et son cercle le plus proche le savent.

    La Russie est maintenant trop engagée pour se contenter de vagues promesses de non adhésion à l’OTAN et de neutralité, même désarmée. Il lui faudra du concret.

    À cet égard, je ne suis pas certain que le maintien de Zelensky à son poste soit une option pour Poutine, quoiqu’on ait déjà vu des dirigeants qui s’étaient distanciés de lui être miraculeusement maintenus au pouvoir après avoir été durement remis en place et avoir prêté allégeance.

    Zelensky serait-il prêt à de telles compromissions pour se maintenir au pouvoir tout en faisant cesser la guerre? Je n’en suis pas certain, tout comme je ne suis pas sûr que Poutine soit disposé à lui faire confiance pour cela. Il s’est trop compromis avec les USA et l’UE.

    Il se pourrait également que Poutine souhaite aller encore plus loin en exigeant par exemple l’adhésion de l’Ukraine à l’OTSC (sorte de mini-OTAN russe), voire à l’Etat de l’Union que la Russie forme déjà avec la Biélorussie, en vue de la recréation d’une URSS réduite aux anciennes républiques slaves.

    Certains pensent Poutine malade, et c’est une idée qui m’a également traversé l’esprit. Peut-être cette union est-elle un grand dessein qu’il espère pouvoir réaliser pour laisser une trace dans l’Histoire. Le fait qu’il pense que le temps lui est compté expliquerait alors la soudaineté et la violence de son action.

    Ce n’est qu’une hypothèse, mais si elle est exacte, on peut craindre que rien, sinon une reddition sans condition du pouvoir ukrainien, ne pourra faire cesser cette guerre. Ou alors un enlisement des forces russes accompagné de pertes massives, qui pourrait aboutir à des mutineries dans l’armée et in fine à un coup d’état militaire.

  • "Certains pensent Poutine malade, et c’est une idée qui m’a également traversé l’esprit."
    C'est un diagnostic (sauvage, comme l'on dit en parlant de certains usages de la psychanalyse) qui a été fait de manière plus générale dans un ouvrage de 1976 "Ces malades qui nous gouvernent", sauf que vous faites peut-être allusion à une maladie plus mentale que physique. C'est distrayant et même intéressant, sans être utile.
    Diagnostic ou argument à manier avec précaution en se souvenant de l'enferment psychiatrique des opposants politiques sous Staline.

  • Vous n'avez visiblement pas saisi le fond de mon commentaire, une maladie psychique est rarement fatale.
    Je pensais plutôt à quelque problème phyique grave, ainsi l'aspect étonamment lisse et légèrement bouffi du visage de Poutine (un homme de 69 ans tout de même) pourrait tout aussi bien être dû au botox qu'à de la morphine. Se souvenir du président Pompidou vers la fin, sachant que la médecine a tout de même fait des progrès depuis.
    Ce n'est qu'une hypothèse, mais un homme se sachant condamné, et pressé d'inscrire son nom dans l'histoire, pourrait être tenté par le "quoi qu'il en coûte", les conséquences ses actes dussent-ils plonger la Russie et la société russe dans une profonde et durable récession.

  • J'ai eu la même réflexion, Olivier: gonflé, peut-être malade, pressé par le temps.

  • @hommelibre: Oui j’avais lu votre commentaire allant dans ce sens, et je m’étais dit que nous avions eu la même intuition.

    Pour le coup, je m’étais senti moins bête

  • Alors nous sommes deux à être moins bêtes!
    :-D

    Mais il faudrait pouvoir vérifier...

  • L'idée d'un Putin malade, au visage gonflé par l'usage de la cortisone (ou autre médicament ayant le même effet) a été émise par Cohn-Bendit sur LCI il y a quelques semaines. Je ne sais pas si c'est parce que les "grands esprit se rencontrent", cependant je ne la trouve pas plus instructive pour le travail pour la paix dans le monde que les causes décrites par Guy Mettan sur son blog du jour.
    J'ajoute volontiers mes félicitations pour la mise en perspective que fait hommelibre à contre-courant dans essai sur Zelensky.

  • Merci Mère-Grand.
    C'est une démarche difficile tant il y a de pièges. Je cherche les sources les moins suspectes, ce n'est pas évident.

    Ensuite il y a le regard général porté sur les événements. Et les mots choisis. Chaque choix en exclut un autre et ici c'est brûlant. Mais je ne veux pas me résoudre à voir le monde en un manichéisme inapproprié et dangereux. La mise en perspective atténue le manichéisme.

    J'ai aussi lu le dernier billet de Guy Mettan et je trouve très utile ce qu'il écrit.

Les commentaires sont fermés.