Réchauffement : France culture prend l'eau à Jakarta

Une partie de la presse met à peu près tout ce qui touche à l’environnement sur le compte du réchauffement. Même quand elle sait que ce n’est pas le réchauffement. Exemple.

 

jakarta,submersion,subsidence,france culture,réchauffement,climatNappes

La radio française France culture annonce que Jakarta, capitale de l’Indonésie, va être transférée sur une autre île, Bornéo, au milieu de la jungle. Les députés ont décidé de ce transfert en janvier dernier et la construction de la nouvelle capitale peut cette fois commencer. Elle est prévue pour durer 25 ans.

La ville nouvelle a déjà son futur nom: Nusantara. Le projet est devisé à 33 milliard de dollars et la ville devrait être intelligente (connectée) avec un objectif: zéro émissions de carbone. Attendons de voir.

Mais pourquoi changer de capitale? J’en ai déjà parlé: la ville s’enfonce dans les eaux à cause de la trop grande densité de bâti et de l’épuisement de la nappe phréatique trop sollicitée.

L’image 4, de la Nasa, montre l’extension de l’urbanisation entre 1974 et 2004.

J’ai déjà parlé de l’enfoncement des villes – la submersion ou subsidence. Venise, Jakarta en font partie. Le réchauffement n’y est pour rien. C’est le poids du bâti, le type de sols sur lesquels ces villes ont été construites.

C’est aussi l’exploitation intensive des nappes phréatiques qui, vidées, font que les couches profondes du sol se tassent, l’eau n’offrant plus assez de résistance souterraine. Et la ville s’affaisse. Chaque année Jakarta se tasse ainsi de 18 centimètres, voire 25 selon les études. Les jours de la ville sont comptés, ou au moins ses années.


jakarta,submersion,subsidence,france culture,réchauffement,climatOcéans

Selon France culture, sous le titre « L’Indonésie change de capitale pour raisons climatiques »: 

« Et en effet : présentement, Jakarta est devenue irrespirable, saturée de pollution. Surexposée, aussi, aux catastrophes naturelles. Ainsi les inondations, impressionnantes, s’abattent et s’engouffrent dans la métropole à échéances régulières, engendrées par les pluies diluviennes, par la montée des océans et par l’affaissement de sa zone côtière sous le niveau de la mer. Chaque année, Jakarta perd en effet 18 centimètres d’altitude, du fait notamment du pompage massif des eaux souterraines. »

France Culture s’enfonce, de plusieurs mètres d’un coup. Jakarta est saturée de pollution, comme toutes les grandes villes, mais ce n’est pas la raison essentielle du transfert. Par exemple on ne change pas Pékin d’endroit parce qu’elle est polluée.

Les inondations sont-elles alors la raison? Oui, davantage. Mais pas à cause de pluies diluviennes. Elles y sont habituelles et atteignent une moyenne de 1800 mm par an. 

Ni à cause de la montée des océans (30 cm en 300 ans), trop lente et variable, qui ne peut expliquer l’enfoncement de la ville. L’article se termine ainsi:

« … l’Indonésie est la toute première à pointer directement le réchauffement climatique. Preuve que nos cartes, nos territoires, nos frontières humaines et naturelles, notre géographie tout entière sont sur le point d’être redessinés, engloutis, déplacés. »

 

jakarta,submersion,subsidence,france culture,réchauffement,climatEffondrement

Cela ne prouve rien du tout. C’est anti-scientifique de prendre l’affirmation d’un gouvernement pour une preuve. Jakarta ne s’enfonce qu’à cause d’elle-même.

Un autre média, écolo lui, Novethic, reprend le même sujet et la même antienne. Le titre d’abord: 

« À cause du réchauffement climatique, l'Indonésie va déplacer sa capitale ».

Non, ce n’est pas dû au réchauffement. L’article commence ensuite par cette phrase: « Jakarta s’enfonce ». Oui, c’est juste. Mais ce n’est pas le réchauffement. Selon le même média, Heri Andreas, un expert de l’affaissement des terres, déclarait en août 2018 dans une enquête de la BBC:

« Si nous examinons nos modèles, d’ici 2050, environ 95 % du nord de Jakarta sera submergé ». 

« Le quartier nord de Jakarta se serait déjà enfoncé de 2,5 mètres en dix ans. Dans certaines régions, les spécialistes notent un affaissement allant jusqu’à 25 cm par an. "C’est le double de la moyenne mondiale des mégalopoles côtières", souligne la BBC. Au total, 40 % de la surface de la ville se situe en dessous du niveau de la mer. »

Bonjour les inondations.


jakarta,submersion,subsidence,france culture,réchauffement,climatUrbanisation

Et encore:

« Le pompage des nappes phréatiques est sans précédent pour une ville de cette taille, atteste à Reuters Fook Chuan Eng, spécialiste à la Banque mondiale, Les gens creusent de plus en plus profond, le sol s’effondre. »

Voilà ce qui se passe. Le réchauffement n’y est pour rien. Il est faux de le citer comme cause, surtout d’en faire un titre alarmiste. Sauf à vouloir délibérément entretenir la panique.

Donc non, Jakarta ne s’enfonce pas à cause du réchauffement. Jakarta s’enfonce sous son propre poids, à cause de la densité de population et d’habitations, et du pompage immodéré dans la nappe phréatique.

Je me demande si le fait de désigner le réchauffement plutôt que l’urbanisation sauvage n’est pas destiné à obtenir des fonds de la communauté internationale, au nom de la supposée urgence climatique.

 

 

Catégories : Environnement-Climat 10 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "Ni à cause de la montée des océans (30 cm en 300 ans),"
    Vous avez des preuves de cela ? Parce que la géodésie, en 1722...

  • Pour prendre un peu de hauteur, essayons de penser la planète sans ............les humains! Du coup on règle tous les problèmes!

  • J'ai fait deux billets sur le sujet. Le premier reprend les mesures du marégraphe de Brest. Les premières mesures datent de 1716, ensuite un trou, puis cela reprend au milieux du 18e siècle.

    https://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2020/01/23/ocean-atlantique-plus-30-cm-en-trois-siecles-304016.html

    Le billet qui le suit montre des relevés autour du monde. Les résultats sont assez variables. Mais cela reste faible.

  • "Les premières mesures datent de 1716" Pour mesurer une altitude, il faut une base. Comment déterminer une base sûre en 1716, that's the question... Pour rappel, les premières mesures venant du niveau de la mer à Marseille jusqu'à Genève par deux voies différentes donnaient une différence d'un mètre sur la pierre du Niton. Il a fallu attendre les satellites pour avoir une idée plus précise des altitudes terrestres. Pour la mer, c'est une autre paire de manches.
    J'avais un projet de billet pour vous répondre. Le voici :
    Le niveau des océans
    Plus de 70% de la surface de la Terre. Calculer le niveau exact est certainement un problème parmi les plus complexes qui soit. La méthode couramment utilisée, c’est d’utiliser des marégraphes
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Mar%C3%A9graphe
    Sauf qu’il y a un nombre de paramètres impressionnant qui agissent sur le niveau des mers. La pression atmosphérique, les phénomènes du genre oscillations océaniques (El Niño…) peuvent provoquer des creux jusqu’à 100 m par rapport au géoïde. Il y a la température, la densité (salinité), les forces de Coriolis et les principaux courants marins qui mêlent tout ça. Il y a l’évaporation et les précipitations. La formation de glace ou leur dégel. Et puis il y a la gravimétrie, qui agit sur l’eau comme sur tout autre corps. Et après tout ça, il y a la précision des mesures. Qui peut croire que la trajectoire d’un satellite de mesure est précise au millimètre près ? L’attraction terrestre serait-elle égale en tous points ? Difficile à croire. Donc faire un modèle cohérent en prenant compte tous ces paramètres paraît aussi aléatoire que prévoir le climat à la fin de ce siècle…
    On parle couramment de 20 cm depuis le début du 20ème. Mais il manque les preuves du terrain. L'érosion des côtes n'en est pas une, vous savez cela aussi bien que moi.
    Cela dit, je veux bien admettre que si toutes les glaces fondent, le niveau des mers va augmenter. Comme vous, je m'intéresse à l'aspect idéologique de cette question...

  • J'entends bien toutes les conditions qu'il faudrait réunir pour avoir des certitudes. Les différences de mesures dans le monde sont d'ailleurs là pour montrer que ni le réchauffement ni l'expansion des océans ou leur remplissage ne sont des choses homogènes.

    L'intérêt du marégraphe de Brest est l'ancienneté des mesures, mais aussi le fait qu'il s'agit d'un édifice fixe, qui donne au moins une référence initiale et une courbe d'évolution par rapport à cette référence initiale. Cette piste n'est pas absolue mais elle a le mérite d'exister.

    Et en tous les cas un enfoncement de 18cm par an, voire 25, n'a rien à voir avec une montée de l'océan de 1-1,5-2 mm par an.

    D'accord avec votre conclusion, of course.

  • Moi je l'aurais appelle JAKART'EAU! surtout avec "france culture" l'esprit d'ouverture! Ah ah ah l'imposture!

  • C'est très rassurant que les fluides non-newtoniens se conforment aux lois de la nature, que ce soit à l'échelle d'une éprouvette ou d'une île de 1000 kilomètres de long.

  • il y a une différence notoire entre une éprouvette et ...un océan, l'éprouvette est totalement insensible à l'attraction lunaire, en revanche l'océan lui l'est! Lui l'est ....sans jeu de mot! Les océans sont montés de près de ...125 mètres ces 30'000 dernières années, alors pourquoi avoir toujours peur?

  • L'idée d'Homme Libre était, me semble-t-il, de montrer que les médias interprètent à leur façon la montée du niveau de l'eau. Le facteur réchauffement, s'il joue un rôle, reste modeste, je peux vous l'assurer puisque que j'habite le bord de mer depuis longtemps. Le facteur humain au niveau des agglomérations (enfoncement de la masse urbaine) est certainement plus conséquent. Donc, on nous ment sur ce point particulier.

  • En effet Henri.

    De même parler de l'érosion des côtes à chaque tempête en l'attribuant au réchauffement est abusif. Certes des lignes de côte et des plages ont régressé par endroits. Cela tient parfois aux installations humaines, constructions et digues, qui ont cassé le mouvement naturel des vagues, et à un facteur proprement inhérent à l'érosion.

    En Vendée c'est l'inverse qui s'est produit en quelques siècles: on a gagné sur la mer, par les dépôts des rivières et par l'assèchement de marécages..

    https://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2018/10/29/ciel-de-sel-de-fumee-et-de-poussiere-295181.html

Les commentaires sont fermés.