Balance ton Cœur de porc

Vous l’avez peut-être lu ou entendu il y a deux semaines: la première greffe d’un cœur de porc a réussi. C’est un grand pas pour les êtres humains. Un peu moins pour les cochons.

 

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On sait que le porc est génétiquement très proche de l’homme. Toutefois celui dont on a pris l’organe était quelque peu « humanisé »:

« … trois gènes habituellement responsables du rejet rapide des organes de porc par l’organisme humain ont été « supprimés » de l’animal et remplacés par six gènes humains qui doivent aider à « l’acceptation immunitaire » de l’organe animal par l’homme. Un des gènes a également été supprimé « pour empêcher une croissance excessive du tissu cardiaque du porc. »

L’opéré, David Bennet, à l’article de la mort, ne survivait que sous assistance respiratoire. Il était inéligible pour une transplantation d’un cœur humain. Il a alors accepté cette xénogreffe qui est une première mondiale. Pour le moment il se porte bien. Les médias ont fait de lui une célébrité, presque un héros. On le surnomme parfois Pig Heart, ou Cœur de porc.

Les dons d’organes humains ne suffisent pas à la demande. Cette transplantation inaugure donc une voie d’espoir pour de nombreux malades qu’elle seule peut sauver. J’ignore si le suidé sacrifié apprécie, mais on s’en fiche un peu de l’avis d’un porc.

Il faut aussi savoir qu’une première tentative avait eu lieu en Inde, par le Dr Baruah. Le patient était décédé sept jours après l’intervention.

 

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Bennett, lui, est vivant. Mais voilà que le héros vacille. On balance son passé. Le monsieur n’est pas un ange. En 1988 il a poignardé sept fois un homme par jalousie.

« La femme de Bennett s’était assise sur les genoux d’Edward Shumaker pendant qu’ils parlaient et buvaient ensemble. David Bennett a alors vu rouge et a sorti un couteau pour poignarder Shumaker, alors âgé de 22 ans, dans le dos, l’estomac et la poitrine. La victime a survécu à l’attaque, mais est restée paralysée des membres inférieurs, dans un fauteuil roulant pendant 19 ans et souffrant de diverses complications médicales. »

Bennett a été condamné et a purgé sa peine selon les règles en vigueur. Il n’aurait toutefois pas payé l’important dédommagement imposé par la justice.

La soeur de la victime a déclaré:

« Bennett a eu une bonne vie après son séjour en prison. Et maintenant, il a une nouvelle chance avec un nouveau cœur. J’aurais préféré que cette greffe aille à un patient qui la méritait. »

Un autre média pose la question comme ceci: « Est-ce que David Bennett était la bonne personne pour recevoir cette chirurgie révolutionnaire? »

 

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J’ai lu d’autres commentaires dans ce sens. Le héros est devenu un paria, un exclu.

Mais comment pourrait-on soigner une personne selon son mérite ou son passé judiciaire? On créerait deux classes d’humains: ceux qui méritent des soins, ceux qui ne les méritent pas. Vive la démocratie.

En fait cette idée est mauvaise. Je peux comprendre le ressentiment de la famille de la victime. Elle perçoit une forme d’injustice. Mais on ne va quand-même pas enquêter sur les personnes hospitalisées et nécessitant une lourde intervention, ni les soigner différemment selon leur passé.

Avoir fait de la prison pour un crime de sang comme celui de Bennett n’exclut pas définitivement le sujet de la communauté humaine. Même pendant l’exécution de sa peine il reste un humain comme les autres. Seule sa liberté de mouvement est limitée, ce qui est déjà considérable.

Déclarer maintenant qu’il ne méritait peut-être pas cette chance et l’exposer à la vindicte populaire au prétexte d’information c’est lui faire subir une deuxième peine. Cela fait partie des méthodes nauséabondes et fachoïdes actuelles. Mais que font les woke pour dénoncer ce cas de discrimination d’un membre d’une minorité – celle des criminels?

 

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Et surtout qu’en pensent les médecins? Selon le Washington Post:

« Dans une déclaration écrite, les responsables ont déclaré que l'hôpital de Baltimore fournit « des soins vitaux à chaque patient qui franchit ses portes en fonction de ses besoins médicaux, et non de ses antécédents ou de ses circonstances de vie. »

C’est même une obligation solennelle:

« It is the solemn obligation of any hospital or health care organization to provide lifesaving care to every patient who comes through their doors based on their medical needs," officials at the University of Maryland Medical Centre told The New York Times.   Any other standard of care would set a dangerous precedent and would violate the ethical and moral values that underpin the obligation physicians and caregivers have to all patients in their care. »

D’ailleurs l’institution qui gère les transplantations d’organes aux États-Unis ajoute:

« … les attitudes punitives qui excluent complètement les personnes reconnues coupables de crimes de recevoir un traitement médical, y compris une greffe d’organe, ne sont pas éthiquement légitimes. »

Cela semble évident. Cependant le populisme victimaire ne s’en satisfait pas.

Pour le reste cette transplantation ouvre certes des perspectives positives. Mais elle a encore ses limites et ses inconnues, par exemple:

« Bien que les cœurs de porc soient similaires aux cœurs humains et donc de bons candidats à la transplantation, il existe des risques imprévus, tels qu’un éventuel transfert des virus porcins à leurs hôtes humains. »

David « Cœur de porc » Bennett, lui, va mieux. Il  est content.

 

 

Catégories : Santé, société 10 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Le sieur Bennett et son passé n’ont aucune importance dans l’équation, il s’agit d’un cobaye à qui l’on offre un sursis qui risque d'être de brève durée. Pour une vie very chouette à la ciclosporine, malgré le bricolage des gènes de rejet de l’ami Pig. Et les gènes de Bennett on en fait quoi ?

    Cette filière est évidemment sans avenir, elle exclut près de 1,8 milliards de musulmans et 14 millions d’israélites, même si beaucoup ne sont pas de stricte observance, sans compter les végétariens nombreux sous nos latitudes. Ségrégation...

    Enfin vous soulevez le problème : que faire en cas de transmission à l’homme d’un virus porcin, un mutant bien jojo du virus de la fameuse peste porcine par exemple, inoffensive jusqu’à présent pour l’espèce humaine ? On abat tout l’hosto, soignants, personnel et malades, comme dans le cas d’un élevage ?

    Pour le coup qu’on n’en a pas fini des task-forces et d’Alain Berset en conférences de presse...

  • au delà la question sur la personne choisi, une question me turlupine, même 2.
    Qu'en pensent les antispécistes? Végane et autre défenseur des animaux?
    A-t-on demandé si le porc était d’accord de donner ses organes? Déjà qu'il était pas trop d'accord de les donner à la charcuterie, je ne suis pas certain qu'il veuille bien les donner à la science.

  • Pour un vegan antispéciste (dont je fais partie), le fait d'exploiter un animal pour ses organes est hors de question...Normalement ce cas précis de transplantation ne fait pas débat parmi les antispé, cependant il y a beaucoup d'autres sujets beaucoup plus ambigus, notamment la consommation de produits pharmaceutiques testé sur animaux (ce qui est à minima obligatoire pour obtenir une AMA)....La plupart antispécistes se résignent à utiliser ces médicaments en se disant que la recherche et la médecine devrait évoluer vers des méthodes sans tests sur animaux). De ce fait, peu d'antispé font la démarche d'une médecine naturelle ce qui est regrettable. Ces deux dernières années on a vu au moins 90% des autoproclamés vegans se précipiter sur une médication injectable sensée "sauver l'humanité" (rien de moins). Le paradoxe est énorme étant donné que cela enfreint totalement l'éthique antispé en acceptant le sacrifice de millions d'animaux de plusieurs espèces au prétexte d'apporter du réconfort (à mon avis illusoire) aux humains. Heureusement il reste une frange de vegans fidèles à leurs principes même si je pense qu'en cas d'urgence totale (accident grave par exemple) il est raisonnable d'accepter des soins et une médication existante. La question restera cependant posée dans le futur si ces transplantations se généralisent et où il faudrait théoriquement pouvoir signifier aux services médicaux le refus d'une greffe dans le cas d'une prise en charge d'urgence où le sujet est inconscient. Dans ce cas, le port d'une carte informative ou l'ajout de cette spécificité dans la carte vitale (carte d'assuré social en France) pourrait être une solution

  • Ces commentaires me font penser à la vaccination anti-Covid. Un débat a bien eu lieu au sujet des choix à faire en cas de pénurie de lits de réanimation à l'hôpital. Le non-vacciné devrait-il :
    - laisser sa place à un vacciné ou à une urgence concernant une autre maladie ?
    - être soigné mais obligé de payer les frais d'hospitalisation ?
    En somme, on punirait ce patient parce qu'il n'est pas un bon citoyen. Sauf que, en France et ailleurs, la vaccination n'est pas obligatoire. Il n'est donc pas hors-la-loi, tout comme ce monsieur Bennett qui a purgé sa peine.
    Comment peut-on en arriver là ?

  • Ce qu'il y a de plus important dans l'affaire sont les avancées médicales que cette transplantation plus ou moins expérimentale permet. Si elles sont positives, elles se généraliseront et la question de la moralité des patients soulevés par certains deviendra anecdotique.

  • La promotion de la part d'Omar du porc à un être qui s'interroge sur sa destinée, pas loin d'un philosophe, me paraît très légèrement exagérée ;-)
    Comment vais-je déguster une côtelette si j'ai l'impression de devoir me justifier face à elle, ou à son âme?
    L'oeil était dans la côtelette et ...

  • Vous pouvez manger la côtelette et sauver une vie en même temps!
    N est ce pas extraordinaire?!

  • Comme le fait remarquer Omar, nous vivons une époque quasi miraculeuse et les gens ne s'en rendent même pas compte ...

  • Sur l'aspect santé de ce billet, le mieux sera des organes artificiels. Plus der problème d'exploitation animale, plus de rejet. Beaucoup de chemin est déjà accompli.

    Actuellement certains médicaments sont extraits de l'animal, comme les enzymes pancréatiques de porc pour les diabétique totaux (sans plus de pancréas), sans quoi ils meurent..

    Je ne suis pas végan, j'ai été végétarien pendant des années puis j'ai cessé pour différentes raisons. Je ne suis pas antispéciste. Il y a derrière cela une question philosophique que je ne sais pas résoudre.

    D'accord avec Gilbert sur un meilleur recours aux médecines naturelles, je les ai pratiquées et j'en connais un peu l'intérêt et les limites. Elles n'ont cependant pas réponse à tout.

  • Les médecines naturelles n'ont certainement pas réponse à tout mais la médecine allopathique ne peut pas non plus se prévaloir d'être efficace pour tout. Je pense que si les médecines naturelles étaient mieux connues, étudiées, perfectionnées, elle pourraient apporter beaucoup de solutions supplémentaires. Sans parler du nombre de plantes réellement efficaces qui sont interdites sous prétexte de leur dangerosité alors même que des médicaments comme le fentanyl provoque des dizaines de milliers de décès chaque année rien qu'aux USA. A noter aussi que des plantes sont régulièrement brevetées par les laboratoires de pharmacie afin de créer de nouveaux traitements, y compris des chimiothérapies. C'est le cas du Céphalotaxus. Il y a aussi toutes une connaissance des plantes qui s'acquiert en marchant simplement dans la nature ou dans des jardins botaniques et en laissant notre main se laisser guider vers la plante qui va nous guérir. C'est une vision mystique de la médecine à laquelle j'adhère totalement.

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