Comment l’Homme fabrique des catastrophes naturelles

On le sait, la présence humaine aggrave les conséquences des extrêmes météorologiques. Dans de nombreux cas la part anthropique de ces désastres est indiscutable. Un article publié dans cairn.info fait le point à partir d’études de terrain.

 

 

anthropique,catastrophes,katrina,tsunami,Duvat et Magnan

La présence humaine ne fabrique pas les tempêtes, les ouragans, les tsunamis, et autres extrêmes. Mais elle contribue à en aggraver l’effet. Un effet qui en lui-même est déjà impressionnant.

Imaginons la puissance des phénomènes qui ont érodé les montagnes, aplani les continents, dessiné les côtes. Nos tempêtes actuelles ne sont probablement que peu de choses par rapport à celles qui dans un lointain passé ont creusé des vallées, des profondes gorges, fait tomber des pics.

 

Quatre facteurs de catastrophes

Imaginons la puissance des tremblements de terre qui ont accompagné l’émergence de chaînes de montagnes. Une partie d’entre elles a peut-être surgi très lentement, mais on peut aussi imaginer des séismes de force 10, 12, ou davantage.

Les auteurs de l’article décrivent leurs observations à partir de cas relatés dans leur livre Des catastrophes… naturelles? (Virginie Duvat et Alexandre Magnan, ed. du Pommier).

La présentation du livre donne le ton:

« Penser que les catastrophes naturelles sont la conséquence des colères de notre planète et que nous n’y pouvons rien est un leurre. Certes, tempêtes, tremblements de terre et autres tsunamis sont bien des événements naturels, mais les dégâts considérables que ces événements provoquent sont à mettre au crédit des sociétés humaines… Nous, humains, sommes des fabricants de catastrophes… pour le coup, plus si « naturelles » que ça… »

Les auteurs identifient quatre facteurs de catastrophes d’origine anthropique.

 

anthropique,catastrophes,katrina,tsunami,Espaces exposés aux aléas

« En premier lieu, l’homme occupe toujours davantage d’espace à l’échelle de la planète et les littoraux constituent depuis plusieurs décennies, et encore aujourd’hui, des lieux privilégiés d’extension et de densification du peuplement. Ce facteur entraîne logiquement l’occupation croissante d’espaces qui sont naturellement soumis à l’influence d’aléas naturels. »

Ainsi,

« …les sociétés humaines s’exposent d’elles-mêmes de plus en plus à des phénomènes naturels qui, en retour, sont de plus en plus susceptibles de produire des effets catastrophiques. »

 

Dégradation des zones tampons

L’expansion imprudente des habitats menace les systèmes naturels de protection.

« … les sociétés humaines, en modifiant les milieux naturels dans lesquels elles s’implantent, tendent à détruire les fonctions protectrices et la résilience de certains écosystèmes comme les dunes, les récifs coralliens, les mangroves et les forêts littorales en général. Or, il est établi que ces écosystèmes jouent un rôle tampon face aux aléas naturels en atténuant leurs impacts, parce qu’ils absorbent l’énergie des vagues ou la force des vents, par exemple. »

 

anthropique,catastrophes,katrina,tsunami,Se croire en sécurité absolue

Depuis le XXe siècle une grande partie des êtres humains se croit en sécurité partout. À tort.

« … il est désormais reconnu que les sociétés humaines, particulièrement dans les pays développés, se croient fréquemment, de manière consciente ou non, relativement à l’abri des forces de la nature, et donc des événements extrêmes générateurs de catastrophes. Ce facteur s’explique en grande partie par la prégnance d’une culture « ingénierique » du développement et du rapport à l’espace, aux ressources et aux risques (Paskoff, 2004). »

L’image 2 montre comment le développement humain très dense dans une zone à risque a contribué à faire de l’ouragan Katrina un drame majeur (image 3 également).

 

La déconnexion

Le développement de la présence humaine dans un contexte de technologie toute-puissante, ou considérée comme telle, a facilité la perte de contact avec les événements naturels et leur anticipation.

anthropique,catastrophes,katrina,tsunami,« Ce processus conduit en effet à son tour (i) à un déficit de connaissances sur le fonctionnement de l’environnement direct, ce qui nuit à la capacité des populations littorales à repérer les signes avant-coureurs de la catastrophe, (ii) à une perte de la mémoire des événements extrêmes et des catastrophes passées et, finalement, (iii) à un déclin souvent très marqué de la conscience du risque. »

 

L’article analyse ensuite en détail les exemples de l’ouragan Katrina, du tsunami de 2004 aux Maldives et de la tempête Xynthia.

 

La lutte contre le CO2 anthropique, l’urgence climatique, les politiques d’énergie renouvelables, ne changeront rien aux événements météorologiques et à leur puissance destructrice (mais aussi utile pour réguler le climat). Il faut des actions régionales et locales, comme la construction de digues adaptées, de maisons en dur sur les îles menacées, de rétablissement de zones tampons, entre autres.

 

 

Article ici.

 

 

Catégories : Environnement-Climat 4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Depuis que l'univers existe, la terre a été victime de catastrophes naturelles, voir par exemple https://www.tdg.ch/naissance-regne-et-mort-des-dinosaures-112503760738. Alors de grâce ne nous laissons pas emporter par le catastrophisme anxiogène. Le Covid nous suffit...

  • Comme le montre Homme-Libre, les catastrophes naturelles ont sans doute aujourd'hui des conséquences plus graves qu'autrefois sur la population et les constructions. Si le climat a une influence, la responsabilité de l'Homme est souvent déterminante. Malheureusement, les médias, bien souvent, ne tiennent pas compte des erreurs commises par ce dernier. Ils mettent trop facilement les dégâts produits par les tempêtes, les inondations ou les incendies, exclusivement sur le compte du changement climatique. Faut-il y voir de l'ignorance ou de la malhonnêteté ?

  • @ Henri:

    Votre question va là où il faut.
    Certains sont sincères mais aveuglés peut-être par le déferlement, Le premier qui met en question l'info crue, non nuancée, s'extrait du groupe et perd son confort, voire sa place.

    D'autres je pense mettent le paquet pour forcer les choses. Ils ne savent pas où nous en serons en 2100, y compris sur le plan économique et énergétique.

    Nuancer fait relativiser l'alarmisme anxiogène. Relativiser est moins dramatique, donc moins rentable pour tous les groupes et chercheurs qui depuis quelques années attirent de plus en plus de fonds.

    Le problème est que le climat se déroule sur un temps relativement long et que l'urgence proclamée comme l'accusation unique des éléments va s'émousser. Ils faudra trouver d'autres événements pour réalimenter l'urgence. Je crains que l'on ne voie pas rapidement la sortie de ce tunnel médiatique qui véhicule un vrac d'infos non nuancées, souvent contradictoire pour qui cherche, et dont le crédit semble en partie reposer sur une hystérie entretenue.

    Quelqu'un pense-t-il encore par lui-même dans ce haut débit apocalyptique? Pas sûr. Je dirais qu'ils se tournent derrière en rond, chacun s'alimentant de l'info et du ton du précédent, et ainsi de suite.

  • Juste une question pour ceux qui mettent les catastrophes naturelles sur le dos des pollueurs. Seraient-ils d'accord de renoncer, ne serait-ce qu'une journée par semaine à l'usage d'internet ? voir à ce propos https://www.fournisseur-energie.com/internet-plus-gros-pollueur-de-planete/

Les commentaires sont fermés.