Ouragans : le Long Island Express ou l'Alzheimer météorologique

NYC: « C’est du jamais vu, c’est historique. » « C’est le réchauffement climatique », tac, tic, tac, égrènent les infos qui diffusent les propos des autorités new-yorkaises sur les inondations.

 

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L’ouragan Ida, de catégorie 4 à son atterrissage puis rétrogradé en dépression tropicale avant de toucher New York, a inondé celle-ci. On recense des dizaines de personnes mortes. Des lignes du métro ont été transformées en torrents, des rues en fleuves, des places en lacs.

C’est une très forte intempérie. 

Mais est-elle historique, ou assiste-t-on une nouvelle fois à une sur-dramatisation politique?

L’un des très gros ouragans ayant touché la Grosse Pomme au XXe siècle est bien documenté. C’était en septembre 1938. De catégorie 5 d’abord, puis 3 lors de son atterrissage, c’était un monstre. Selon Wiki:

« Cette tempête est remarquable par sa vitesse exceptionnelle de déplacement, près de 110 km/h. Cette vitesse exceptionnelle permit à l’ouragan d'atteindre très vite les côtes du nord-est du continent américain, plutôt que de perdre de sa puissance dans les eaux froides de l’Atlantique nord6, vitesse qui lui valut le surnom de « Long Island Express. »

Pour la statistique le Long Island Express a laissé près de 700 morts et environ 30’000 maisons dégradées ou détruites, y compris des fermes. 

 

 

ouragan,ida,hazel,1938,new york,Hazel

À New York, « L’onde de tempête déplaça les bancs de sable autour du phare de Cedar Point, créant une digue naturelle entre l’île et l'actuel Cedar Point County Park. Les vagues dessinèrent les contours de l’actuelle baie de Shinnecock en déblayant une partie considérable de la barrière sous-marine qui séparait Shinnecock Bay de l’océan Atlantique. »

« L’ouragan souleva des lames d’une hauteur de 4,30 m à 5,50 m tout le long des côtes de Long Island et du Connecticut, avec des vagues de 5,50 m à 7,60 m de hauteur entre l’est de New London et Cape Cod. L’onde de tempête fut particulièrement violente le long des côtes de Rhode Island, balayant des centaines de résidences estivales dans la mer. »

Ses vents (jusqu’à 260 kmh) et l’onde de tempête ont créé un désastre comme on n’en avait pas vu dans la région depuis des décennies. Le précédent ouragan de catégorie 3 y fut celui de 1869, nommé Hurricane #6.

Dans le Connecticut, État voisin de New York, l’ouragan de 1938 reste comme le pire désastre connu dans la région. Pire que 2021.

En octobre 1954 l’ouragan Hazel avait déjà inondé le métro. Cette année-là trois ouragans avait frappé et inondé la région de New York en seulement deux mois: Carol, Edna et Hazel. 

Il y a aussi Donna en 1960, Agnes en 1972, Gloria en 1985.

Ce n’est pas tout. En mars 1913 la Grosse Pomme a été submergée comme rarement. Des records inégalés depuis ont été battus.

 

 

ouragan,ida,hazel,1938,new york,Records

« La rare combinaison d’inondations simultanées sur le cours supérieur de la rivière Hudson et la rivière Mohawk a conduit à une crête qui reste le débit de crue record sur la rivière Hudson à Albany, avec une altitude de 21,45 pieds et un débit de crue estimé (affecté par la marée) de 240 000 pieds cubes par seconde. 

Les débits maximums enregistrés sont toujours valables pour la rivière Sacandaga à Hope, NY (par USGS : débit maximum, 32 000 pieds3/s, 27 mars 1913, hauteur de jauge, 11,0 pieds, à partir des marques d’inondation sur le site alors en usage), l’Hudson Rivière à Fort Edward, NY (par USGS : débit maximum, 89 100 pieds3/s, 28 mars 1913, sur le site à environ 14 milles en amont) et sur la rivière Mohawk à Little Falls,NY (par USGS : débit maximum (depuis au moins 1898) avant réglementation par Hinckley Reservoir, 34 800 pieds3/s, 27 mars 1913 (d’après le rapport de RE Horton, 1913), au site 01346500 "à Little Falls »).

Plusieurs ponts, autoroutes et voies ferrées ont été endommagés ou détruits par l’inondation. Plusieurs centaines de cas de typhoïde ont été signalés, probablement dus au fait que l’usine de filtration de la ville d’Albany a été submergée par les eaux de crue. »

 

 

ouragan,ida,hazel,1938,new york,Bourrasques d’Alzheimer

2021, 1954, 1938, et probablement d’autres événements extrêmes avant, mais moins bien documentés faute de moyens techniques: quel est le pire? Très difficile à dire.

2021 serait dû au réchauffement, affirment rapidement les autorités, qui ont une mémoire digne d’Alzheimer quand il s’agit du climat. Alors avant, ce n’était pas le réchauffement? Non. Mais c'était pareil, voire pire? Tant pis. Alors c’était quoi? Un événement naturel, normal bien qu’extrême.

Entre une cause réchauffiste et une cause naturelle, la différence n’est pas nette.

De plus la ville de New York connaît un climat favorable aux extrêmes et aux phénomènes surprenants. L’urbanisme y contribue:

« Un dernier phénomène climatologique mérite d’être signalé, celui-là propre à Manhattan. Les tours qu’on y a construites sont autant d’obstacles artificiels à l’écoulement du vent. Cela peut causer des bourrasques inattendues et des courants ascendants lorsque le vent s’engouffre entre les gratte-ciel. Ça peut être très désagréable pour qui aime porter un chapeau ou se réfugier sous un parapluie. »

Amazing.

 

 

 

1954, ouragan Hazel:

 

 

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Catégories : Environnement-Climat, Météo 12 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • La méthode est toujours la même. On veut, à juste titre, convaincre les indécis que le réchauffement climatique existe. Alors on utilise un fait divers qui donne une image violente et catastrophique. Or rien ne prouve une corrélation entre ce phénomène météorologique et le climat, comme le montre Homme-Libre.
    On fait la même chose avec chaque "féminicide". Dans le but de sensibiliser l'opinion public, on présente ces actes comme un fléau national, alors qu'il s'agit de meurtres marginaux, quand on sait que 99,999 % des hommes ne tuent pas leur femme.
    Une centaine de décès par an ne constitue pas un génocide et un nouvel ouragan destructeur n'est pas forcément le signe du réchauffement climatique.

  • Ce qui augmente, c'est la fréquence de certains événements météorologiques. Deux exemples: 1) les inondations de l'Aude; 2) les tornades sur le lac Majeur.

    Quand des arbres plus que centenaires sont déracinés, cela montre que de tels phénomènes ne se sont pas produits durant un siècle (le 20e).

  • Un siècle, oui. C'est pourquoi on parle de tempêtes ou de crues centenales.

    Pour l'Aude il semble que la crue de 1891 a été plus forte que celle de 2018:

    https://www.keraunos.org/actualites/faits-marquants/1850-1899/pluie-orage-inondation-crue-aude-24-25-octobre-1891-episode-mediterraneen-carcassonne

  • Même s'y il a bien quelques "bourrasques d'Alzheimer", la fréquence grandissante de ces évènements météorologiques extrêmes ne peut être niée.
    Donc ne cachons pas tous ces désastres sous le tapis, bien commode, de la normalité climatique.

  • Dans un nouveau billet j'apporte plus d'information sur cette question des ouragans:

    https://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2021/09/06/nombre-d-ouragans-pas-d-augmentation.html

  • @Pierre-Alain et Les pieds dans le plat.
    Le réchauffement climatique existe mais il n'explique pas tout comme le voudraient certains médias. Le GIEC nous dit que la fréquence et l'intensité de ces phénomènes devraient augmenter. C'est possible et même probable, sauf que chaque évènement météorologique est annoncé comme la conséquence du climat et seulement du climat. C'est un peu comme les accidents de la route qui augmentent avec l'intensité du trafic et cela ne fait aucun doute. Mais un accident particulier n'est pas forcément dû à la quantité de véhicules. Il est le résultat de nombreuses causes : vitesse, vétusté du véhicule ou de la chaussée, inattention, alcool, etc. Depuis longtemps, Homme-Libre démontre que les sinistres météorologiques sont le résultat de nombreux facteurs humains comme le bétonnage, les construction anarchiques, la concentration des populations, la culture intensive, etc. Or les médias ramènent tout uniquement au réchauffement de la planète. On nous explique que les dégâts comme les morts, c'est la faute au climat, comme si nous n'étions pas capables de saisir la complexité des origines d'une catastrophe. On nous prend pour des imbéciles. C'est ce que dénonce Homme-Libre et il a raison. On n'a pas besoin de nous mentir à ce point pour nous faire comprendre que nous devons, dès à présent, prendre des mesures drastiques pour lutter contre l'élévation de la température moyenne de notre Terre.

  • "C'est un peu comme les accidents de la route qui augmentent avec l'intensité du trafic et cela ne fait aucun doute."

    Le nombre d'accidents a diminué en France avec l'intensification du trafic.

    https://www.politologue.com/accidents/departements/

  • @ Les pieds dans le plat.
    L'augmentation du nombre de véhicules sur la route booste logiquement la probabilité d'un accident. Le réchauffement climatique rend les pics météorologiques plus fréquents. Mais, dans les deux cas, on peut agir sur d'autres facteurs et réduire les dégâts. On le voit pour la circulation routière (limitations de vitesse, contrôles plus fréquents, véhicules plus fiables, etc). De la même façon, on peut intervenir dans divers domaines pour diminuer les conséquences du réchauffement de la planète, même si celui -ci progresse, car les causes des désastres ne sont pas uniquement climatiques.
    C'est pourquoi un fait météorologique doit être situé dans un contexte multifactoriel, ce que ne font pas les médias qui nous infantilisent.

  • Monsieur Homme Libre,

    "Pour l'Aude il semble que la crue de 1891 a été plus forte que celle de 2018:"

    Oui, mais je ne parlais pas de l'intensité des précipitations, mais de la fréquence des précipitations engendrant de crues. De mémoire sur les 20 ou 30 dernières années 8 crues, contre 8 crues pour les cent annnées qui ont précédés. Et trois depuis octobre 2018.

  • @ Pieds dans le plat:

    Merci pour cette précision.

    Mais là encore, des documents issus des archives et statistiques disent autre chose. Par exemple celui-ci tiré des Annales Géographiques, « Les crues meurtrières, du Roussillon aux Cévennes ». Il tient compte d’une surface plus grande que le seul département de l’Aude et de sa rivière et affluents, et l’intérêt est qu’il montre que les crues extrêmes sont habituelles dans cette région.

    La topologie montagneuse, la mousson provençale (crues cévenoles ou méditerranéennes), l’humidité de la Méditerranée, l’aérologie qui fait remonter des paquets tropicaux (surtout depuis une vingtaine d’années), fait de la région une des plus extrême en Europe du point de vue météo.

    Si les crues peuvent suivre des cycles d’intensité, ou se déplacer périodiquement sur un site plus qu’un autre, ce sont des aléas connus et courants. Je ne sais pas jusqu’à quel point les archives sont précises, mais l’époque moderne depuis une cinquantaine d’année produit des mesures de plus en plus précises. On documente donc mieux les crues actuelles.

    Comme le dit aussi ce document, et qui relativise en partie les augmentations éventuelles récentes (augmentation est entre guillemets):

    « D’une manière générale, la distribution des 67 crues meurtrières répertoriées depuis le XIVème siècle montre une « augmentation » progressive des événements jusqu’à nos jours. Le développement des médias et une meilleure diffusion de l’information, prenant systématiquement en compte les « petits » drames (1 à 2 victimes) à partir du XIXème siècle, y sont sans doute pour beaucoup. »

    Il faut ajouter l’urbanisation qui en trente ans a accentué tous les effets des crues habituelles.

    « D’autres éléments d’appréciation vont carrément dans le mauvais sens. Il s’agit en particulier de l’anthropisation massive des lits majeurs et vallées inondables, depuis une quarantaine d’années ; et ce, le plus souvent au mépris de la réglementation. Reconnaissons que ces terroirs relativement plats et proches des voies de communication ont fait l’objet de convoitises et de valorisation foncière de la part des particuliers comme des communes. D’une part, l’urbanisation et ses formes annexes perturbent les flux des crues importantes, provoquant des surcotes de la ligne d’eau ou des phénomènes torrentiels. Et surtout, elles s’accompagnent de la multiplication des enjeux : en particulier, par rapport à la situation du milieu du XXème siècle, le nombre de personnes menacées (et pas forcément joignables) a pu décupler ou centupler en certains tronçons inondables, tant dans les habitations que sur les axes de passage (circulation routière quasi-permanente) ou les lieux de séjour momentané (campings). »


    Lien:

    http://w3.geode.univ-tlse2.fr/permanents/antoine/annalgeo_crues.PDF

    Le tableau récapitulatif qui débute en 16e page montre une répartition temporelle des événements comme suit (en gardant à l’esprit que l’on n’a pas forcément les chiffres de tous ces événements tout le long de leur parcours, et que la région est plus vaste que l’Aude seule):

    - 18 événements de crue dans la région au 19e siècle,

    - 17 événements dans la première moitié du 20e siècle,

    - 11 événements dans la seconde moitié du 20e siècle.

    La liste s’arrête à 1999. Dans toutes ces crues, le record de pluie appartient au passé. Mais je ne veux pas construire une certitude sur un ou deux records, je souhaite plutôt montrer les grandes variations dans la météorologie, notre manque de recul, et la prudence qu’il faudrait avoir dans les prévision pour le futur.


    Ici deux autres billets où j’ai documenté ces crues du sud:

    https://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2020/10/07/crues-subites-dans-le-sud-pas-d-influence-du-rechauffement-309620.html

    https://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2020/10/05/comment-se-proteger-des-inondations-catastrophiques-309578.html

  • Les fréquences pour l'Aude:
    de 1891 à 1990: 8 crues;
    de 1991 à 2021; 11 crues,

    Les dernières:
    - octobre 2018;
    - octobre 2019;
    - janvier 2020;
    - mai 2020;
    - septembre 2021.

    Il n'y a pas photo.

    http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/impacts-du-changement-climatique-sur-les-phenomenes-hydrometeorologiques/changement-climatique-et-episodes-mediterraneens

    https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/changement-climatique-mediterranee-rechauffe-plus-vite-reste-planete-57341/

  • Cela ne me semble pas si simple.

    Pour être certain d’une augmentation, de fréquence ou de volume, il faudrait des repères solides sur les crues passées. Ce n’est pas toujours le cas. Les observations les plus solides sont faites par les satellites et n’ont que 40 ans de recul. Or certains cycles météorologiques sont plus longs.

    L’évaluation du volume reste parfois aléatoire. Voir document, dès la page 13):

    https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/014000280.pdf

    Extrait:

    « La quantité d’eau précipitée peut être mesurée ponctuellement à partir de pluviographes dont la densité sur le terrain ne permet pas toujours d’apprécier les phénomènes locaux. La lame d’eau totale peut être estimée à partir de l’imagerie radar, quand elle existe, calibrée avec des mesures de pluviographes de la zone »

    Même plusieurs années consécutives de crue ne signifient rien. J’ai déjà documenté le fait. Il faut parfois chercher des informations parallèles pour identifier une tendance.

    Par exemple, sur l’ensemble de la France, les crues et inondations augmentent-elles? Sur ce site on voit bien une augmentation vers la fin du XXe siècle, puis une diminution depuis. On voit aussi que plus la technique a augmenté au XXe siècle, plus les infos sont nombreuses. On ne peut déduire de ce graphique qu'il y a eu plus de crues au XXe siècle car nos moyens de comparaisons sont insuffisants.

    https://bdhi.developpement-durable.gouv.fr/visualiseur

    De l’autre côté des Pyrénées, au sud, en Catalogne, d’autre infos sont utile sur la pluviométrie de la région.

    Les principales crues appartiennent au passé:

    https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1631071308000503

    Ce site montre même une tendance à la réduction des crues extrêmes:

    https://journals.openedition.org/soe/3474

    Non, je ne souscris pas à une augmentation particulière ou extrême. Les variations naturelles depuis des décennies suffisent.

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