Souveraineté : y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Souveraineté et nationalisme sont deux choses très différentes. La souveraineté commence, pour moi, par l’individu. Précisément par son corps. Rien ne peut lui être imposé sans son consentement. « Mon corps m’appartient ! »

 

souveraineté,souverainisme,Du corps à la rue

Le corps est notre premier territoire souverain, placé sous notre propre gouvernance. « JE » est mon corps, d’abord, mon corps qui offre à la pensée des outils neuro-physiologiques de communication pour que j’incarne cette pensée et l’élabore dans le monde.

Le corps est le fondement de l’individualisme, de la souveraineté individuelle. Nous sommes entrés dans une ère, que j’espère durable, où l’esclavage n’a plus de place. La souveraineté individuelle le remplace.

Le deuxième territoire souverain est la maison. N’y entrent que celles et ceux qui y sont expressément invités. La souveraineté sur la maison est limitée par le droit éventuel de propriété et par les lois et règles en vigueur dans la société. Mais l’organisation de la maison est placée sous la gouvernance de ceux qui l’habitent, ceux qui en ont la responsabilité, la famille en premier lieu.

Au-delà de la maison, dans la rue, au travail, la souveraineté est collective. La loi n’est pas celle de l’individu ou d’une famille, mais d’un groupe plus large sur un territoire plus large que la maison. La souveraineté et les pouvoirs qui y sont associés sont partagés entre tous les membres de cette collectivité.

On s’implique dans la gestion de ce territoire, parce que l’on y a des intérêts et des attaches.

 

souveraineté,souverainisme,De Dubaï à Marbella

Michel Onfray, dans un débat avec Éric Zemmour, disait de la souveraineté (de mémoire): « Quand vous êtes dans une voiture qui part de travers, la souveraineté c’est d’en reprendre le pilotage. »

Ce n’est pas compliqué. C’est normal et c’est bien. 

Donc on s’attache et l’on finit par appartenir à la terre. S’attacher à un territoire par naissance ou par choix c’est se nourrir de ses particularités locales, de ses paysages, odeurs, lumières, de sa végétation, des sons de la langue, de la manière dont les visages expriment les nuances de la pensée et la complexité des émotions.

Appartenir c’est se reconnaître, c’est se sentir « chez soi ». Quoi de plus légitime?

Dans son monde, même la jet set multimillionnaire aime avoir ses coins préférés et retrouver un même agencement des suites dans les hôtels de luxe de la planète. Passer trois jours à Dubaï, deux à Shanghaï, un weekend à Marbella, oui, mais dans les mêmes hôtels et avec les mêmes boutiques de luxe partout.

Mais les petits vivent sans matelas de billets, sans hub aéroportuaire, sans jetlag, sans agenda planétaire. Leur appartenance se limite au local, à la rue, à une terrasse de café où l’on a ses habitudes, au voisin que l’on salue ou non, à l’épicerie du quartier. Les grands votent par leur chéquier, les petits par un bulletin dans l’urne.

 

souveraineté,souverainisme,De l’appartenance à l’identité

Il m’apparaît en conséquence comme normal et légitime que ceux qui se reconnaissent dans une partie du monde, qui y vivent et y sont assimilés, aient un pouvoir de décision sur les lois et la gestion de leur cité plus grand, voire exclusif, par rapport à ceux qui ne se sont pas vraiment ancrés.

Quand je suis invité, je n’ai pas le pouvoir sur le lieu et les gens. C’est normal. Toute autre attitude serait désagréablement intrusive et de mentalité colonialiste.

Le territoire sur lequel s’exerce notre souveraineté collective doit être délimité. De même que je ne vais pas décider de l’aménagement de la ville de Jakarta, je ne laisse pas aux Indonésiens le pouvoir de décider ce qui est bon pour Genève. Ce qui n’empêche pas les échanges d’idées et de population, de manière régulée et respectueuse.

De l’appartenance naît l’identité, reconnaissance d’un lien mutuel entre soi et un territoire donné, et passage obligé dans la construction des individus. Ce facteur identitaire doit être pris en compte comme un effet normal et positif de la souveraineté. Ne pas respecter les identité locales, régionales, nationales, c’est réellement du colonialisme social et une agression culturelle. 

Un peu comme si nous allions en Afrique en conquérants, voulant convaincre les locaux qu’il leur faut établir un monde « no frontières » où leur propre culture indigène serait considérée comme une tare ou comme un bien relatif, voire négligeable.

 

souveraineté,souverainisme,La diversité uniforme

Respecter le corps, la maison, la famille, la collectivité culturelle, les frontières, c’est respecter la souveraineté et donc les individus. Cette souveraineté n’est pas une idée égoïste ou xénophobe, ni passéiste. Son aspect conservateur est très positif.

Ce n’est pas de l’isolationnisme, comme on l’entend parfois dire, c’est une question de hiérarchie naturelle entre citoyens du monde. Les habitants réguliers, de souche dit-on parfois, ou assimilés et intégrés de longue date, acquièrent un droit local que d’autres n’ont pas.

Le souverain, roi ou peuple, n’a en principe pas d’autorité plus haute que la sienne propre. C’est à la fois une force et un risque. Toutefois une souveraineté raisonnable n’interdit pas des unions spécifiques, restreintes ou larges, au sein d’une communauté plus grande d’États ou de régions ayant des intérêts en commun. 

Reconnaître l’importance des frontières dans la construction des identités devrait faire partie de toute pensée politique moderne. C’est plus compliqué à gérer qu’une structure unique dirigée d’en haut, mais c’est aussi une condition pour réaliser un monde multipolaire plus que diversitaire. 

Chaque pays dispose d’un socle culturel propre. La « diversité uniforme » tentée par les progressistes en occident tend à gommer ou au moins neutraliser ce socle. Cette diversité uniforme, ce grand « même », laisse perplexe par son manque d’universalité et de réciprocité: si un Africain est admis à chanter sa race et son pays, un Européen blanc faisant de même risque d’être lynché ou aau moins discrédité moralement. L’Internationale a lobotomisé beaucoup de cerveaux.

Or la souveraineté individuelle, familiale, culturelle, politique, vaut pour tout le monde. Mais, paradoxalement, on doit aussi accepter qu’elle puisse être un facteur de différenciation et de hiérarchisation des rapports humains.

 

Dans un autre texte je poserai quelques idées sur le nationalisme.

 

 

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Commentaires

  • Bonne entrée en matière pour définir la Nation et ses droits, face à une immigration sauvage et imposée.

  • Merci Hommelibre,

    Excellent exposé. J'y adhère entièrement.
    Votre exemple d'une maison et de ses hôtes est bien placé.

    En effet, la souveraineté répond et fait écho à l'éthique de l'homme. Elle se détermine et se construit avec sa volonté et son courage. Pour moi elle devient indiscutable et c'est un droit, un dû à l'indépendance, en toutes matières, qui ne doit pas être bafoué,
    C'est une ligne rouge avant d 'éventuels conflits.
    On y mesure la force et l'intelligence d'un homme, d'une nation et de son état face aux rapports de forces dans l'adversité.

    Le nationalisme et patriotisme sont un phénomène historique humain en géopolitique. C'est une nécessaire défense immunitaire collective. Ce sont nos institutions qui se font parler d'elles en matière de sécurité, d'économie, du social et du culturel. Elles ont un rôle de régulation (qui a sauté chez nous) et de stabilisation (on y observe plutôt de la pacification au lieu d'un équilibre).
    En effet, la plupart des citoyens qui composent un pays aspirent , naturellement, à son indépendance, donc à sa souveraineté nationale, ils aiment guère qu'on décide à leur place depuis l'extérieur, par d'autres qu'eux-mêmes. Ni que leurs institutions jouent double jeu.
    O retrouve ce besoin de souveraineté à tous les niveaux - éthique et organisationnel - de la société.

    Prosaïquement c'est: Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse. Autrement c'est la guerre.

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