Grèce : accalmie sur le front des feux, des questions brûlantes

Que le réchauffement rende la nature plus sensible au feu est normal. Que l’on ne fasse rien pour protéger les forêts est un problème. C’est apparemment le cas en Grèce.

 

feux,grece,incendies,gestion foretsReboisement peu actif

Comme le montrent les images satellites 1 et 2 de la Nasa (clic pour agrandir), l’une de 2004 et l’autre d’hier, en août les feux sont toujours au calendrier, en nombre impressionnant. Sont-ils en augmentation? Cela se discute

La chaleur méditerranéenne assèche les forêts. Les feux démarrent alors plus facilement. Mais je le redis, ce n’est pas la chaleur même intense qui enflamme les bois. L’auto-combustion a besoin de températures de plus de 100° pour se déclencher.

Ces feux se déclenchent parfois naturellement, par la foudre, mais la plupart du temps c’est par l’action humaine: accident, imprudence, malveillance.

Et dans des forêts ni replantées depuis d’autres feux, ni entretenues, le feu est un ogre. Si l’État, qui détient plus de 70% des forêts grecques (strictes ou partiellement boisées), ne fait rien, alors dans quelques décennies il n’y aura plus de forêts dans ce pays. Et ce ne sera la la faute au réchauffement. Images 3 et 4: Athènes et sa région. Les forêts y sont le parent pauvre de l’aménagement du territoire.

Selon ce document du parlement européen sur le reboisement de la forêt grecque:

« Commencé en 1880 de façon symbolique, il est généralement peu actif puisque la superficie totale reboisée n’atteint pas 200 000 ha un siècle après, en incluant les opérations de régénération des forêts existantes. 

Depuis quelques années, les grands incendies qui ont désolé le pays n’ont pas été compensés par la reconstitution forestière. 

 

feux,grece,incendies,gestion foretsPessimisme d’État

Par ailleurs, la correction torrentielle est connue en Grèce et fait l’objet de boisements spécialisés. De l’avis de tous les responsables forestiers grecs, les reboisements sont pratiquement inexistants en dehors des zones déjà forestières. 

Le pâturage anarchique, un personnel forestier mal formé et sans autorité, une population locale non sensibilisée à ce problème entravent fortement le reboisement des 3 millions d’ha potentiellement reboisables, aussi bien pour la production ligneuse que pour la protection des sols et des sites. »

Les forêts atteintes mais non compensées par un reboisement contiennent un risque: l’érosion massive.

« Aux incendies s’ajoutent d’autres préoccupations. Parmi elles, le risque renforcé d’inondations. Moins de forêt, c’est un écoulement incontrôlé des eaux et une érosion des sols. Eleni Myrivili, la "Madame climat" de la mairie d’Athènes, est désespérée. "Si vous voulez la vérité, j'ai envie de pleurer (...) Aujourd'hui, je suis très pessimiste sur l'avenir de cette ville. (…) 

Toutes ces forêts extraordinaires ne seront plus là pour maintenir des températures plus basses, pour donner de l'oxygène, pour piéger les émissions de CO2, pour retenir l'eau, pour apporter une biodiversité qui rend cette ville vivante", énumère-t-elle. "Je ne sais pas si on réalise à quel point on dépend de ces forêts périurbaines pour notre survie dans les villes. »

 

feux,grece,incendies,gestion foretsEffectifs

Sur l’île d’Eubée, gravement touchée, la population ne croit pas à la fatalité.

« Yiannis Alexiou a fait le choix de ne pas abandonner ses murs. Il déplore surtout le manque d’initiative de la part du gouvernement face aux incendies. Il avait déjà vécu une situation similaire sur l’île il y a 20 ans et, depuis, "il n’y a eu aucune initiative pour protéger la forêt. Tout est resté en l’état. Chacun se débrouille seul. Moi, j’ai planté des arbres qui brûlent difficilement et mis des réservoirs d’eau là où il faut pour protéger ma maison. »

Mais les autorités semblent avoir abandonné même les pratiques les plus élémentaires que les anciens connaissaient:

« … avant on réalisait une large tranchée en coupant les arbres en ligne droite pour stopper les incendies. A l’époque, les gens tiraient un revenu de la forêt. Mais c’est révolu (…) C’est devenu de la forêt vierge, avec des hautes herbes, un combustible rêvé pour le feu. »

De plus les services de prévention et d’extinction ne sont pas coordonnés. 

« Les feux peuvent être évités à condition d’avoir suffisamment d’effectifs sur le terrain qui interviennent avant que l’incendie ne prenne de l’ampleur. Cela n’a pas été le cas, on a laissé le feu se développer. » 

 

feux,grece,incendies,gestion foretsDes questions

Mais aussi:

« Quand il y a "plusieurs menaces à la fois, les pompiers donnent la priorité aux maisons. Ils laissent la forêt brûler et le feu se propage. De plus, les services des pompiers attendaient des moyens aériens pour aller éteindre les incendies. Mais en raison des températures très élevées, les avions ne pouvaient pas décoller", raconte le fonctionnaire. »

Des régions sont abandonnées aux flammes faute de moyens, ou au bénéfice d’autres priorités:

« "Ils sont où les nôtres? On les supplie de venir et personne n’arrive", hurle un habitant. La colère est à son comble dans la petite station balnéaire d’Asimnio, au nord de l'île grecque d’'Eubée, en proie aux flammes depuis une semaine. Les femmes sont montées sur les toits, hurlent et pleurent, interpellent les hélicoptères qui survolent le village mais ne s'arrêtent pas. » 

Quant aux rumeurs d’incendies volontaires, elles sont persistantes et nombreuses. Malades mentaux, antisociaux, terroristes, écoterroristes, opposants politiques, fêtards bourrés en mal de sensations fortes, et autres, il y a des candidats potentiels. Des arrestations ont déjà eu lieu. Quand plusieurs dizaines de feux prennent au même moment en pleine nuit, on peut se poser des questions.

 

feux,grece,incendies,gestion foretsProcessions pour le chaud

En Grèce, en Turquie (pas de Canadairs), en Algérie, le manque de moyens et d’anticipation pour protéger les forêts est désespérant. L’incurie des pouvoirs est dénoncée. Mieux préparés, mieux équipés, pompiers et sauveteurs auraient probablement limité l’ampleur de ces incendies.

Malheureusement rien ne changera en Grèce, ni en Italie, ni en Turquie. Tout cela recommencera régulièrement, encore et encore, et l’on fera des processions, comme au Moyen-Âge, et l’on portera au bout d’une pique une effigie nommée Réchauffement. 

Sans effet.

On se rappellera alors peut-être Madame de Sévigné en juillet 1675, à Paris. Elle « assiste à la procession de la châsse de Sainte-Geneviève:  « J’ai été… voir passer la procession de Sainte-Geneviève… Vous allez me demander pourquoi on l’a descendue : c’était pour faire cesser la pluie, et venir le chaud » (lettre du 19 juillet 1675). Eh oui ! La population subit, même l’été,  les rigueurs de la période qualifiée de  « petit âge glaciaire », entre le début du XIV° et la fin du XIX°, connue pour correspondre à un cycle glaciaire bien répertorié. »

 

Les temps changent...

Heureusement le réchauffement a commencé peu après cette période. 

 

 

 

Catégories : Environnement-Climat 0 commentaire Lien permanent

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