À propos de gifle

Hier un ami me demandait pourquoi, dans mon dernier billet, donner tant d’importance à un fait anecdotique, soit à cette touriste australienne empêchée d’allaiter en plein air à Disneyland.

 

gifle,disneyland,allaitement,maÿlis,bordeaux,violence conjugaleApparence altruiste

Il connaît comment j’écris ainsi que mon côté parfois provocateur. Là il trouvait que je m’étais énervé pour pas grand chose. Je suis partagé. 

Sur le style, d’accord, je m’énerve parfois, disons que mes détestations sont assez transparentes. Il m’arrive de réagir viscéralement, c’est mon ressenti. Ce que je ressens n’est pas définitif, mais il faut quand-même le prendre en compte. 

Sur le fond, ce genre de scène autour de l’allaitement est assez rare pour ne pas en faire la une du jour.

Néanmoins c’est un détail ajouté à d’autres détails, avec en musique de fond la mise en cause peu bienveillante de notre culture. Et puis il est troublant de constater la facilité avec laquelle la direction d’une entreprise mondiale se défausse, d’abord sur la mère qui aurait dû aller chercher un centre d’allaitement dans le Parc, puis sur la sécurité qui aurait pris une décision qui n’est pas dans le règlement.

Tout cela pour sauver son image, donc sa clientèle, suite aux jugements négatifs du tribunal populaire, je veux dire les rézos zozios. 

Les bonnes morales qu’on nous distille à longueur d’année fondent devant la menace. Elles sont polluées par des calculs et visées égoïstes non dites sous une apparence altruiste et droitzumaniste.

J’en viens à la gifle. Pas celle reçue par Emmanuel Macron, on l’a déjà presque oubliée, mais celle supposément reçue par une autre mère allaitante, Maÿlis, près de Bordeaux. L’affaire a fait le tour du net.

 

gifle,disneyland,allaitement,maÿlis,bordeaux,violence conjugaleLa gifle à Maÿlis

Dans une file d’attente le bébé de Maÿlis pleure. Il a faim. La maman a prévu des vêtements qui rendent l’allaitement très discret, le sein n’est pas apparent. Néanmoins:

« … une dame se met à hurler. «Elle m’a répété : Vous n’avez pas honte ? Il y a un feu rouge, des voitures qui s’arrêtent, des enfants qui peuvent vous voir, raconte Maÿlis. La dame hurlait, m’insultait (...) : Vous devez prévoir les repas de votre fils, vous auriez dû faire ça chez vous. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait comme ça en public, c’est n'importe quoi». Cette dame ne s'arrête pas là : «Je me suis pris une gifle en pleine poire, avec bébé dans les bras. »

L’article donne d’autres détails, ainsi que la vidéo de Maÿlis, qui aurait porté plainte. Des centaines de femmes ont posé sur le net en allaitant, comme soutien à Maÿlis. Comme on n’y était pas on ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. On doit croire sur parole faute de mieux, et tenter de construire sa réflexion sur les seuls éléments disponibles, en sachant que c’est forcément incomplet.

Mais au mois de juin, le quotidien Libération publie un article plus que troublant, disponible ici pour les abonnés et repris en résumé sur actu.fr. Extrait:

« Dans un article publié sur le site de fact checking de Liberation, Checknews, deux journalistes qui ont mené une enquête minutieuse relèvent de nombreuses incohérences dans le récit de la jeune femme. »

 

gifle,disneyland,allaitement,maÿlis,bordeaux,violence conjugaleLe troisième jour

Elles ont interrogé tour à tour les services de police, censés avoir récolté la plainte de Maÿlis, la procureure de Bordeaux, des employés du point relais, et son avocat. Aucune trace de dépôt de plainte, dont elle fait mention dans la vidéo. Ni de témoins de l’agression.

Après vérification auprès du commissariat central, la Procureure de Bordeaux, Frédérique Porterie a confié à Libération : « En l’état, l’hypothèse d’un fait imaginaire se précise de plus en plus. »

Alors, vérité démontrable ou nouvelle invention victimaire? Affaire à suivre?

Les gifles ont bon dos. Ce dernier exemple date d’août 2020. Katalina, jeune parisienne, dépose une plainte au commissariat contre son compagnon centrafricain, Cyprien. Attention, à lire attentivement:

« Cyprien l’a tirée par l’oreille, puis lui a mis une gifle, l’a traînée par les cheveux dans l’appartement avant de lui donner des coups de poing. Toute cela parce qu’elle lui avait demandé de s’occuper de leur fils de 18 mois. Aux policiers, elle dit que "ce n’est pas la première fois que ça arrive", qu’il la frappe quand il est en colère. »

Seulement voilà. Elle est entendue à nouveau par la police trois jours plus tard. 

 

gifle,disneyland,allaitement,maÿlis,bordeaux,violence conjugaleEn premier

Et la version change radicalement:

« Ré-entendue par la police trois jours plus tard, elle dit qu’en fait, c'est elle qui l’a giflé en premier. Parce qu’il lui tirait l’oreille, certes, mais c’était comme un jeu entre eux; ensuite, il ne lui a donné qu’une gifle, en retour. C’était la première fois qu’il levait la main sur elle. »

L’article précise encore ceci:

« Ils vivent ensemble depuis 6 ans, ils ont pour projet de monter une société d’informatique ensemble. Cyprien n’a pas de casier, pas d’antécédents de violence. L’enquête de voisinage n’a rien donné, personne ne les a jamais entendus se disputer. Katalina a refusé d'aller à l’hôpital se faire examiner ; enfin, les policiers qui l’ont reçue n’ont repéré aucune trace visible de coups. »

Elle avoue aussi:

« J’ai exagéré. J’ai menti sous le coup de l’émotion. Ce n’était qu’une gifle. Je ne lui ai pas adressé la parole depuis 2 mois ; je veux en parler avec lui… savoir s’il me pardonne. »

Cyprien a été relaxé. « … à la sortie de la salle d’audience, Katalina se jette dans les bras de Cyprien. Ils se serrent fort l’un contre l’autre sans rien dire ; elle rit, des larmes coulent sur ses joues à lui, elle les essuie de la main. »

Comment un couple apparemment plutôt tranquille arrive-t-il à se déchirer en inventant de la violence? Je l’ignore, il faudrait connaître leur histoire particulière.

 

gifle,disneyland,allaitement,maÿlis,bordeaux,violence conjugaleProportions cataclysmiques

Comment arrive-t-on à inventer devant la police? Je l’ignore également. Mais c’est loin d’être exceptionnel.

En son temps j’écrivais que je pouvais admettre qu’une femme gifle un homme trop entreprenant. C’est une gifle culturelle, une claque, une manière de poser une limite. Son but n’est pas de faire mal physiquement mais d’envoyer un message sans équivoque si nécessaire. 

Il me paraît en général préférable d’user de mots pour poser ses distances, mais je n’exclus pas que le passage par le corps puisse être pertinent, pour autant que cela soit proportionné et ne mette pas la femme en danger d’une réaction trop vive.

Mais par les temps qui courent où il est difficile de distinguer l’imagination et l’invention de la réalité, où les accusations non prouvées sont trop nombreuses, et où le moindre geste ou mot mal perçu prend des proportions cataclysmiques, je ne suis plus très sûr que cela soit une bonne idée.

Une fois devant la justice, une fausse accusation connaît souvent le même emballement qu’une vraie.

 

 

Maÿlis:

 

 

 

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Commentaires

  • #MeToo nous a appris une chose :
    Il ne faut plus dire "la vérité sort de la bouche des enfants", mais de celle des femmes.

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