Belle histoire 10 : soixante grammes de poussière

En décembre dernier, le Faucon Pèlerin japonais larguait sur Terre plus d’un gramme de matière capturée dans le ciel. Capturée assez loin: sur l’astéroïde Ryugu à 440 millions de kilomètres.

 

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Son retour confirme le succès du Faucon Pèlerin, nom français de la sonde japonaise Hayabusa 2. Elle a arraché cette poussière d'étoile, selon le terme d'Hubert Reeves, au moyen d’une technologie innovante: tirer une balle dans le sol et en aspirer les poussières, en deux secondes (voir l’excellente courte vidéo 1 ci-dessous). Cette méthode a été mise au point après l’échec de la première mission Hayabusa.

« A l’ouverture du premier compartiment de conteneur abritant la précieuse poussière d’astéroïde, l’un des scientifiques japonais Hirotaka Sawada a déclaré avoir été étonné par la quantité récoltée : « c'était davantage que ce que nous espérions et il y en avait tellement que j’étais réellement impressionné ».

Ces échantillons sont aujourd’hui étudiés de près:

« Les outils sont devenus si performants que sur un grain d’un millimètre, il est possible d’analyser tous les éléments chimiques du tableau périodique ! Cela permet de remonter à l’origine de la matière, aux briques élémentaires qui composent cet astéroïde. »

 

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Depuis deux jours un autre lot de poussière d’étoile vole vers sa nouvelle maison, la Terre: la sonde américaine Osiris-Rex, construite par Lockheed Martin. La sonde a utilisé une technologie similaire du Touch-and-go pour sa récolte, mais un jet de gaz remplaçait la balle de la sonde japonaise. Cependant ce ne fut pas de tout repos:

« Lors du lancement, les données disponibles sur Bennu (découvert en 1999) laissaient penser que sa « surface était lisse avec un régolithe composé de particules de quelques centimètres de large tout au plus », explique la NASA.

Mais une fois sur place, les photos d’Osiris-Rex ont dévoilé un monde bien différent. « Il était devenu évident que récupérer des échantillons sur Bennu serait beaucoup plus dangereux que ce que l’on pensait auparavant », car la surface est « principalement couverte de rochers massifs, pas de petites roches ». Une différence importante.

« Osiris-Rex a été conçu pour naviguer dans une zone de près de 1 700 mètres carrés sur Bennu, soit à peu près la taille d’un parking de 100 places. 

 

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Maintenant, elle doit manœuvrer dans un périmètre de moins de 85 mètres carrés, une zone d’environ cinq places de stationnement ». Impossible d’apporter la moindre modification physique sur la sonde qui se trouve à des centaines de millions de kilomètres. »

Eh bien, les ingénieurs ont su s’adapter et la capture contient un peu plus de 60 grammes de poussières d’étoile – ou d’astéroïde formé en même temps que notre soleil.

Pour Patrick Michel, co-investigateur de cette mission OSIRIS-REx et directeur de recherche au CNRS:

« De telles opérations ont un niveau de complexité, et donc de préparation, qui est difficile à véritablement exprimer. Ce sont donc des moments historiques et des succès qui démontrent que l’intelligence humaine et le travail d’équipe sont des atouts énormes, qu’il faut vraiment exploiter au maximum, car ils permettent de relever les plus gros défis ».

Les échantillons sont attendus pour la fin de l’été 2023, le 24 septembre précisément. Atterrissage prévu dans le désert du Nevada.

 

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Ces missions sont toujours des exploits: fiabilité des calculs des ingénieurs au mètre près sur plusieurs centaines de millions de km, technologies innovantes, maîtrise du voyage spatial. Elles coûtent cher mais elles créent des emplois et de la connaissance sur nos origines et notre environnement planétaire. Et c’est un domaine pas encore mangé par la politisation ambiante, un domaine où l’on peut encore rêver librement.

Je ne parle pas d’humains dans cette histoire. Pourtant ils sont là. Si l’on voit surtout l’exploit mécanique et technologique, derrière cet exploit il y a des femmes et des hommes dont la recherche est la vie, et dont le succès fait partie de la belle histoire de l’humanité.

 

(Crédit images Nasa et Lockheed Martin. Cliquer pour les agrandir.)

 

Hayabusa 2, capture de poussières:

 

Osiris-Rex, capture de poussière (images de synthèse + réelles):

 

Osiris-Rex: descriptif non sonore du système de capture en images de synthèse:

 

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Catégories : Belle histoire, Science, Univers 2 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • oui ! belle histoire !! ça devrait être assez simple d'embarquer une caméra de 40 mégapixels et de filmer pendant 24heures la voute céleste depuis cet astéroide......Mais non tout ce à quoi on a droit c'est un morceau de caillou filmé pendant 1 minute.....

  • 24 heures de vidéo de la voûte céleste depuis un angle inhabituel, c'est tentant. On a quand-même de belle images avec Hubble.

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