Une autre Afrique

J’ai repris et modifié un ancien texte sur l’Afrique, celle que j’ai connue il y a quelques années. C’est une manière de réponse au film Black Panther dont je parlais précédemment.

 

afrique,nigeria,blanc,marchéVolupté

J’étais parti dans le sud-ouest du Nigeria afin de voir travailler des guérisseurs traditionnels. Je suis revenu avec des images, des odeurs, des visages, des regards. 

Comme cette enfant de deux ans, dans le village d’Idofé, un nom que vous ne trouverez sur aucune carte. Un ruban rose orne ses cheveux. Elle me regarde intensément et arbore un grand sourire. Elle marche difficilement: elle a mis ses pieds dans les sandales trop grandes de sa mère!

Elle fait ce que font tous les enfants du monde. Dans ce village où l’on m’avait accepté, où j’étais seul, loin de tout, confiant, et seul blanc, je revois exactement la scène. La place du village devant la case d’accueil où je dormais; l’assombrissement rapide du ciel au crépuscule équatorial. Et cette petite fille, si fière d’entrer à sa manière dans le monde des grands!

Cette Afrique c’est aussi la chaleur, épaisse comme une matière – et c’est une matière avec 90% d’humidité et 33°! Dans cette matière règne une odeur acre et voluptueuse, si typique.

 

 

afrique,nigeria,blanc,marchéSinges

Ce sont les marchés où des femmes solides et de fort caractère parlent haut. Elles vendent de tout, y compris des médicaments en vrac, mélangés dans de grands plats en bois léger. À coté, une tête de singe exposée – comme on a chez nous les étals de boucherie. Mais sans réfrigérateur les mouches sont au festin. 

À côté encore, une étagère fragile remplie de bocaux avec de l’eau de vie et soit des herbes, soit un serpent, soit encore des objets non identifiables à mes yeux. Nos propres officines de campagne devaient ressembler un peu à cela il y a deux siècles.

Ah, si elle pouvait disposer d’électricité abondante et stable partout, l’Afrique subsaharienne décollerait peut-être.

Cette Afrique et ses rencontres, ses échanges intuitifs. Ses soirs dans le village, la lueur dansante des lampes à pétrole, les cris des singes et des oiseaux nocturnes, la viande qui bout dans une casserole. 

Une langue que je ne comprends pas (tous ne parlent pas anglais) et que l’on me traduit. 

 

 

afrique,nigeria,blanc,marchéAttachante

Une initiation nocturne sur un chemin de brousse, sous un arbre appelé Grand fromager, pour « voir ce que les yeux ne voient pas ».

Il fallait essayer. Sinon comment en parler sans avoir fait l’expérience?

Cette Afrique de la corruption, les points de contrôle où l’on ne passe qu’en payant. Pour beaucoup de militaires c’est le seul salaire. Lagos la capitale et ses bouchons légendaires, mégapole tentaculaire qui s’enfonce dans la mer sous son propre poids.

Les bandits qui vous demandent votre voiture. Il ne faut pas résister si l’on veut rester vivant. Les guerres dont on voit rarement la fin. Mais même cela n’a rien de commun avec la caricature imagée de l’Afrique dans le film Black Panther.

Ce que j’en ai vu est minime. Je n’en connais pas vraiment la dureté. J’en garde cependant un souvenir fort. 

Cette Afrique est compliquée pour un voyageur étranger, mais si attachante. Et chaude comme un cœur battant.

 

 

Catégories : Divers 3 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • En effet B;ack Panther est un pafait exemple d'appropriation culturelle (musique, technologie etc.) que les racialistes reprochent justement aux blancs, mais dans le cas de ce film pas de problème. Ironique n'est-ce pas?

  • Hola Homme Libre,

    Vous parlez bien de ce vécu, des sensations, odeurs, un plaisir de lire votre billet par ce matin pluvieux.

  • J'ai aimé, Colette, cette relation sensorielle.
    Je n'ai pas mentionné la pluie: chaque orage, ou presque semble apporter la fin du monde. Le ciel est comme la végétation: luxuriant.

    Ici pluie aussi, et plus frais.

    Bonne soirée Colette.

Les commentaires sont fermés.