L’indien d’Amazonie n’aime pas l’homme blanc

Le Matin dimanche de ce jour publie sous la plume (d’indien) de Virginie Lenk l’interview d’un chaman yanomami, Davi Kopenawa. Il s’agit d’une longue diatribe anti-blanche. 

 

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Le chaman dit : « le blanc » pour « les blancs ». Cela fait bien, cela donne une sorte d’autorité sentencieuse. Il parle donc de tous les blancs. Et voici ce qu’il dit sur la Covid-19.

« Nous entendons le cri du monde et de la nature. La nature s’est unie avec le virus pour se venger. Elle se venge contre le peuple de la ville. »

Ainsi ce chaman surfe sur la culpabilité des humains et la vengeance d’une terre considérée comme une personne. C’est l’hypothèse Gaïa d’une terre qui serait un être vivant. 

Autrefois j’ai été sensible à cette théorie. Aujourd’hui je n’ai plus cette vision mystique d’une relation humanisée entre la planète et son espèce dominante. L’anthropisation et la moralisation de la Terre ne sont pas pertinentes.

Nous ne sommes pas coupables d’utiliser les ressources de la planète. Nous ne sommes même pas coupables de la polluer. Polluer n’est pas un péché, et dépolluer ou éviter de le faire n’est pas une posture de sainteté.

 

 

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Il dit aussi à propos de la forêt : « Il faut écouter le son des arbres, de la terre, le chant des oiseaux, de la pluie. (…) L’homme blanc ne veut pas apprendre. La forêt lui parle mais il n’arrive pas à écouter. Il ne sait plus rêver. »

Mais non, c’est parfaitement faux. Quelle idée stupide. Moi je rêve tous les jours. Les femmes et les hommes blancs rêvent. Leurs rêves s’expriment dans leurs livres, dans leurs inventions, dans leurs amours, entre autres.

Beaucoup de femmes et d’hommes blancs écoutent les arbres et la forêt. Ils écrivent de la musique avec les chants des oiseaux. Ils racontent la pluie, étudient les nuages.

Plic! Ploc! fait la pluie sur les feuilles et les étangs.

Oui, de nombreux blancs rêvent et écoutent les arbres. 

Mais pourquoi le chaman-gourou ne s’en prend-il qu’aux blancs? Les bruns d’Afrique écoutent-ils les forêts qu’ils incendient par leurs brûlis? Les jaunes d’Indonésie sont-ils particulièrement vertueux en rasant leurs forêts au profit de l’huile de palme?

Le cha-cha-man doit être de mèche avec les haters de l’occident et de la liberté.

 

 

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Ils ont les mêmes croyances et préjugés racistes sur les blancs. Ils sont aussi conservateurs, voire réactionnaires, ou du moins passéistes. En effet ils voudraient un monde figé, sans interactions avec autrui, un monde qui ne bouge pas.

« Je fusionnais avec l’esprit de la forêt. Notre vie était merveilleuse. Je suis nostalgique de nos ruisseaux, de nos rivières… Tout a changé à mon adolescence avec l’arrivée d’un groupe de missionnaire. La route est passée, a raclé la terre, arrachant les arbres, amenant la grippe et la malaria. »

Éloge d’un monde fermé sur lui-même, petit. Un monde peu enclin aux échanges, à une évolution et au modernisme – tout ce qui nous était promis au nom du progrès.

Non, monsieur Davi Kopenawa, l’homme blanc ou les hommes blancs ne sont pas de simples sourds comme vous le suggérez. D’ailleurs « l’homme blanc » ne vous donne pas  autorité morale sur lui. Vous dites des sottises reprises des tabloïds à deux sous. 

 

 

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Commentaires

  • Oui c'est une vision caricaturale de la civilisation occidentale mais il est exacte que cette forêt est de plus en plus réduite et les rivières polluées par l'extraction de l'or et des autres minerais. Pour la capacité à rêver, notre civilisation propose beaucoup de rêves technologiques (voitures, avions, fusées) et à tendance à tout bétonner, Peut-être cet homme verra les points positifs et appréciera de ne plus être dans une forêt infestée de parasites et de dangers et de ne pas devenir un vieillard édenté dès l'âge de 40 ans comme ses ancêtres...Pour ceux qui avaient la chance de vivre aussi vieux.

  • Comme vous, je n'aime pas certains discours moralisateurs actuels.
    Cependant, il faut noter que les Amérindiens n'imposent pas leur mode de vie, contrairement à d'autres communautés.
    Si l'on veut préserver notre mode de vie, préservons notre environnement.
    Je ne suis pas un écolo en Birkenstocks, je mène une vie normale tout en regardant si telle chose m'est nécessaire ou non.
    Et je suis toutes les informations sur les nouvelles technologies, surtout dans le domaine des transports et de l'énergie.
    Le fait de polluer n'est pas un péché en soi, dites-vous. Mais ces étendues de plastique dans l'océan nous poussent à trouver des solutions pour recycler le plus nos déchets.
    Je serais bien malheureux si je ne pouvais plus savourer une daurade, par exemple...

  • @ Christian:

    C'est juste, ils n'imposent pas leur mode de vie à d'autres. On leur doit cela.

    Je réagis à la ennième accusation de l'homme blanc, et je tords le cou à d'anciennes croyances que j'avais sur le "bon sauvage".

    D'accord avec vous sur la nécessité de recycler nos déchets. Si je dis que polluer n'est pas un péché, ce n'est pas une absolution mais le souhait d'une posture plus rationnelle qu'émotionnelle ou morale sur le sujet.

    Merci pour votre comm.

  • Quoi de plus naturel que cet appel de détresse. Il fait écho à notre propre nostalgie individuelle de l'enfance, surtout si nous l'avons vécue heureuse à la campagne, dans ou près des champs et des forêts, entourés d'animaux et sans souci des charges et des contraintes que la vie adulte moderne, citadine, dépersonnalisée et souvent solitaire nous a réservée.
    Ce n'est pas sans raison que notre vision du Paradis terrestre nous renvoie un temps où nous étions nus et innocents, une image que nous nous ne pouvons pas nous empêcher d'associer à celle de ces populations tribales d'Amazonie ou d'ailleurs qu'ont décrit les premiers ethnographes et que nous savons figée dans le temps, comme si l'histoire était passée à côté d'elles en les laissant à l'abri.
    Claude Lévi-Strauss voyait dans le passage de chasse et cueillette à l'agriculture une sorte de chute dans le destin de l'homme et nous avons, en effet appris qu'il a entraîné non seulement des pertes dans le domaine de la vigueur et de la santé des individus, mais qu'elle est aussi à l'origine des sociétés de masse et de la surpopulation.
    Ce constat était pendante déjà du domaine de la nostalgie et si rêve d'une sorte de retour il y a, il est maintenant plus, ou autant, du domaine de la science fiction que de l'écologie.
    Davi Kopenawa ne retrouvera pas sa vie d'avant, qui était d'ailleurs plus celle de ses ancêtres que la sienne. Tout ce à quoi lui et ses descendant peuvent aspirer, c'est à une disparition sans extermination ni réduction à un sort d'esclaves des nouveaux maîtres du monde.

  • Mais ils ne font pas moins la guerre avec leurs voisins. Les Yanomami sont surnommés "Le peuple féroce", Selon Wiki sous Conflits endémiques:

    "Les Yanomami d'Amazonie pratiquaient traditionnellement un système d'escalade de la violence en plusieurs étapes. Tout d'abord, un duel de coups sur la poitrine ou un duel de gifles sur le flanc. Pour les infractions plus graves, comme le vol de nourriture ou lorsqu'un homme convoite la femme d'un autre, un combat de masse a lieu. Les deux hommes se donnent des coups à tour de rôle sur la tête à l'aide d'une masse en bois. Une nouvelle escalade peut se traduire par des raids sur les villages concernés dans le but de tuer au moins un membre de la faction hostile ou d'enlever des femmes. Enfin, le stade le plus élevé de violence est le Nomohoni, une forme de traîtrise. Les ennemis sont généralement invités sous un prétexte amical et ensuite massacrés."

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Conflits_end%C3%A9miques

    La cause des guerres serait surtout au départ des accusations de sorcellerie. Pas si sympa, au fond.

  • "Pas si sympa, au fond."
    Seuls les rêveurs et les romantiques qui n'ont jamais été mêlés de près à ce sociétés imaginent, selon le mythe rousseauiste, que ces sociétés ont échappé à la dualité du Bien et du Mal (quoi que cela puisse signifier).
    Or on trouve de tout dans les descriptions et les commentaires des divers anthropologues qui les ont connus de près.
    Il n'en demeure pas moins que, comme presque tous les peuples (sauf peut-être les Européens actuels) ils sont non seulement fiers d'être ce qu'ils sont, mais se désignent eux-mêmes de telle manière à être les seuls ou les meilleurs êtres humains.
    C'est ce que l'on nomme l'esprit de clocher chez nous, sauf que dans le cas où la mythologie est encore vivante chez eux, leurs récits d'origine atteste cette unicité ou pré-éminence.
    On peut imaginer les conflits intériorisés ou extériorisés que cela fait naître, notamment chez les jeunes et chez ceux qui se sont mêlés à la société moderne.

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