L’endoctrinement, ça marche. Exemple.

Ça se passe sur TPMP. J’y trouve parfois des faits divers dont la nature et le traitement laissent songeurs. Ici, le père d’une jeune fille violée témoigne. L’agresseur est un récidiviste libéré de prison avant la fin de sa peine. Cela fait polémique en France.

 

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Je n’écris ni pour commenter cette agression ni pour alimenter la polémique. L’agression est terrible et a déjà été dénoncée par tous les bords. 

Autre chose retient mon attention.

C’est un très court instant du témoignage du père, ici à partir de 7’30’’, ou ici, Il faut l’écouter pour bien capter mon propos. Le père expose avec force et émotion que sa fille veut se battre, et que sa femme et lui se battront avec elle. Il parle de sa fille, puis dans une portion de phrase marquée de multiples hésitations en stroboscope, il dit (à 7’46’’):

« … c’est… ça… suffit.. cet … ces violences… sur…sur sur… faites… faites… »

Il cherche ses mots, et trouve soudain, comme par un déclic, comme si d’un coup il enfilait un costume:

«  … sur… sur… faites… faites faites aux femmes… »

Violence faite aux femmes est une expression particulière, sortie de livres, de manifestes, de banderoles. Ce n’est pas une expression naturelle et spontanée participant au langage quotidien, et à mon avis encore moins quand on est un père confronté à un drame qui touche intimement sa famille. On ne pense pas aux autres, on ne pense qu’à sa fille.

L’expression ne vient visiblement pas de lui. Il l’a entendue quelque part, la répète et se glisse dedans comme s’il changeait de peau. 

 

 

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Peut-être l’a-t-on coaché, lui a-t-on suggéré cette expression, ou l’a-t-il intégrée inconsciemment. 

Les hésitations sont à mon avis l’instant, la seconde précise, du passage de son émotion authentique vers la répétition d’un slogan politique, vers une dépersonnalisation au profit de la doctrine.

En une seconde il passe du statut de porte-parole de sa fille et de sa femme, à celui de porte-parole des associations féministes concernées. En une seconde sa fille ne s’appartient plus. Ce n’est plus tout-à-fait d’elle que l’on parle. Elle devient un objet représentatif d’une catégorie.

L’endoctrinement a produit son effet, en direct, « en temps réel », sous nos yeux, à la télévision. 

De manière générale la télé produit peu de témoignages authentiques. L’émotion est maximisée, prévisible, centrale, et la personne qui s’expose sait en gros ce que l’on attend d’elle pour l’avoir déjà vu ou pour être poussée dans une direction par une personne dont c’est le métier. Même la narration de la violence devient prévisible.

Ici l’on parle au présent, comme si la chose se passe maintenant. C’est un style typique de nombreux témoignages télévisés.

 

 

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Tous les reportages avec témoignage ont le même genre de ton et de parler, peu naturels, forcé par moments. On sait ce que l’on aura, et qu’on en aura pour nos mouchoirs. 

Mais la vérité intime de la personne, où est-elle? L’authenticité de sa parole, où l’entendre dans ce théâtre médiatique?

(Je me demande si l’authentique reviendra à la télévision, et comment.)

D’un coup le père parle non plus au nom de sa fille, mais de toutes les femmes ayant été agressées gravement. Je ne crois pas que l’on puisse opérer un tel basculement psychique sans y être préparé. On ne devient pas icône et porte-parole par la seule douleur d’un drame. 

Il faut un temps d’exposition assez long pour que l’on nous accorde le statut d’icône, lequel permet de parler au nom de tout le monde. Ce père montre comment l’endoctrinement opère et le moment où l’on entre dans ce processus de politisation-dépersonnalisation.

 

Pour le reste, Hanouna en intervieweur, ça ne le fait pas. Il  était particulièrement mauvais. Il ne devrait pas jouer à ça. Il en fait trop, appelle des réponses attendues à des questions fermées, force une compassion de comédie. Je ne dis pas qu’il est une mauvaise personne mais un mauvais intervieweur.

 

Je n’ai pas trouvé de possibilité d’intégrer la séquence ou l’émission sous mon billet. Outre le lien cité plus haut, on peut aussi chercher sur les replay de Canal+/TPMP. Le titre et la date:

Le cri du cœur d'un père dont la fille a été violée par un prisonnier libéré à cause du Covid-19 TPMP - 15/04/2021

Sous ce lien, ou celui-ci, à partir de 53’15’’ et surtout à 53’25’’.

 

 

 

Catégories : Politique, société 7 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Vous relevez bien le paradoxe de notre époque. Ce qui est mis en avant comme intolérable, ce n'est pas l'offense, aussi grave soit-elle, à une personne. C'est l'offense à un groupe désigné comme des victimes permanentes. Même quand l'offense est dérisoire, comme dans l'affaire de l'eau d'Evian.

  • Scandaleuse affaire mais les femmes de gauche n'osent plus dénoncer ce type de violences, parce que les violeurs ne sont pas "français"! C'est comme à Telford pendant 40 ans et le 31/12/2015 à Cologne, france culture à mis 3 semaines pour en parler et leurs récits étaient très pensée unique c'est tout juste si on n'accusait pas les femmes n'avoir harcelées leurs violeurs! virginie dépentes est restée muette sur tout ça bien sûr! Avec dupons-machin à la tête du ministère de la justice le pire est possible tous les jours!

  • Je pense que ce père a tout simplement conscience qu'il sera moins écouté en témoignant à titre personnel. Par contre, s'il fait de son témoignage, un objet politique récupérable par la bonne conscience majoritaire, il a l'impression que lui et sa fille, auront leur chance. Donc double réification. L'important, ce n'est plus les faits, mais comment ils s'insèrent dans un discours convenu.

  • Et s'il était difficile de rester soi-même et totalement authentique sur le plateau de Hanouna ?
    Je ne jetterais pas la première pierre à quelqu'un qui cherche ses mots dans de telles circonstances. Les Français sont très forts pour la prise de parole en public, et on est souvent bluffées par les enfants qui s'expriment face micro avec une belle prestance. Mais ce n'est pas donné à tout le monde.

    Aller sur un plateau de télé, c'est risquer de sortir le mot qui trahit notre "vrai" visage, c'est risquer le dérapage, la petite phrase qui dévoile qu'on est une mauvaise personne ou du moins sous influence.

    Le sujet est difficile, émotif pour ce père. Il sait qu'il marche sur des œufs.
    Qu'aurait-il dû dire, afin de ne pas tomber dans un cliché malencontreux, du moment qu'il avait l'intention de généraliser le propos ?

  • Pas convaincu, Calendula. Rien ne montre une progression pouvant donner corps à une éventuelle intention de généraliser. Il y a une rupture dans sa continuité.

    L'idée de Cheunbaba plus haut est intéressante, J'ai aussi une autre hypothèse: formuler des propos si conformistes et accuser "quelque chose" est un moyen de donner un sens à la douleur, et de trouver un autre coupable que lui-même. Car, quel sentiment d'impuissance et de culpabilité doit ressentir un père qui n'a pas su protéger son enfant.

  • Le vrai viol (car il y a énormément de fausses accusations chez #metoo), celui qui a été instruit et validé par un jugement, est un traumatisme qu'il faut absolument condamner. Mais ici le problème est plutôt la médiatisation excessive des violences "faites aux femmes" :
    1- cette expression est un mensonge par omission puisque les violences "faites aux hommes" existent également, que ce soit le viol, l'agression sexuelle ou les violences conjugales. Quant aux violences "de rue", ce sont largement les hommes qui en sont les premières victimes.
    2- Une société démocratique ne devrait pas séparer les sexes quand il s'agit de comptabiliser les victimes. Or, on le fait systématiquement et seulement quand les victimes féminines sont majoritaires. Par exemple, la mortalité routière n'est pas sexuée et en France, quand on atteint les cent-mille morts de la Covid, on ne dit pas que les deux-tiers sont des hommes.
    3- Les statistiques ministérielles montrent que le nombre de viols avérés ne cesse de diminuer sur une longue période. Par contre, on constate que les accusations de violences sexuelles ne cessent d'augmenter. C'est bien le signe d'une véritable campagne idéologique qui ne repose pas sur des faits réels.
    4- La multiplications des accusations sans preuve et médiatisées pénalisent les hommes innocents, mais aussi les femmes qui sont de réelles victimes. Elles se retrouvent parmi la foule des accusatrices qui manipulent, fantasment ou mentent. Et l'on finira par douter de tout.

  • @hommelibre,

    Je ne cherchais pas à convaincre, seulement à semer l'ombre d'un doute ! ;-))) Ce n'est pas la première fois que nous sommes en désaccord sur un sujet et j'apprécie de pouvoir discuter de ces désaccords calmement.

    Comme je suis tellement négative face à Hanouna, j'ai essayé de me mettre à la place de ce monsieur qui pense que d'aller dans cette émission va lui permettre de faire connaître une problématique qui dépasse tout de même leur cas particulier Un délinquant qui a séquestré et violenté sa compagne, condamné à 4 ans fermes, a été libéré de façon anticipée pour cause de prison trop pleine en temps de covid.
    Il a récidivé. Les parents portent plainte contre l'Etat.
    Ont-ils tort de faire connaître le cas de cette récidive et le cas du délinquant déjà violent envers une autre femme ?

    La responsabilité de père n'est pas directe. Je ne suis pas sûre que sa motivation soit seulement celle de se dédouaner. On ne peut pas être derrière sa fille de 17 ans en permanence, ce n'est pas une exigence raisonnable.

    Ce passage de votre billet m'a fait penser que le père voulait généraliser :

    "Il parle de sa fille, puis dans une portion de phrase marquée de multiples hésitations en stroboscope, il dit (à 7’46’’):

    « … c’est… ça… suffit.. cet … ces violences… sur…sur sur… faites… faites… »

    Il cherche ses mots, et trouve soudain, comme par un déclic, comme si d’un coup il enfilait un costume:

    « … sur… sur… faites… faites faites aux femmes… »

    Je comprends votre idée : on reprend des formules que l'on entend dans les médias. Le tort de ce père, c'est de ne pas avoir inventé un terme à lui, comme "l'abus de force envers une personne physiquement plus faible" ou " incapacité de retenir ses pulsions face à une proie facile" ou " sentiment d'impunité après avoir été libéré de façon anticipé" ( si on prend l'aspect de la récidive).
    Porter plainte contre l'Etat, c'est signifier que si le gouvernement prétend se soucier de " la violence faite aux femmes", il faut que ses services soient cohérents.
    Qu'on trouve qu'il n'y a pas de raison de s'attacher particulièrement à la problématique du viol par un récidiviste violent, c'est une chose, mais si le gouvernement prétend que pour lui c'est important, alors il faut le prendre au mot.
    Citer p.ex. Marlène Schiappa en disant " la violence faite aux femmes" n'est pas complètement bête. Ca pourrait même être une sorte de claque.
    Je sais que le père n'a pas dit explicitement qu'il cite M. Schiappa , mais peut-on exiger de lui qu'il ait un discours très construit ?

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