Langue : quelques règles simples de féminisation

Je découvre sur le blog Civitas ce que Bernard Pivot a dit de l’écriture inclusive: « C’est du scribouillage, du bricolage, du tripatouillage. On ne peut pas l’utiliser. C’est illisible, donc c’est idiot. »

 

langue,féminisation,inclusif,épicèneDouble sexisme

Et celles et ceux qui l’utilisent sont donc des idiot-E-s. Je me demande d’ailleurs comment elles et ils peuvent écrire dans ce charabia politique sans éclater de rire. Mais non, ils se prennent au sérieux.

Dans le billet sus-mentionné, l’auteure (ou l’autrice, ou l’auteuse, ou l'autoresse) raconte être tombée « … sur une banderole évoquant un impératif adressé à « tous et à toutes » ; l’ordre des mots choque à plus d’un titre, d’autant que la culture actuelle de la féminisation tendrait plutôt à faire la part belle au genre « sous-représenté. »

Pourtant cela ne devrait pas choquer. Il est en règle avec un ordre fondamental: l’ordre alphabétique. Dans cet ordre, tous précède toutes. De même, Mesdames précède Messieurs, Madame précède Monsieur, Français précède Françaises. 

Faire la part belle au genre sous-représenté ne me paraît pas une bonne idée. Un tel privilège est déraisonnable. D’une part je ne pense pas que le genre féminin soit sous-représenté. D’autre part on installe durablement un double sexisme qui, lui, serait légitime en vertu de la victimisation féministe. Cela ce n’est pas l’égalité, c’est une lutte de pouvoir.

 

 

langue,féminisation,inclusif,épicèneNeutre inclusif

Cet ordre alphabétique prend référence sur le substantif, pas sur l’article. Ainsi, dans ces quelques mots: Une femme et un homme, femme est devant homme parce que le F précède le H, et cela indépendamment du fait que l’article une devrait suivre l’article un à cause de son E final. 

Au début, à l’écrit, cela demande une petite mise en route. On doit parfois s’arrêter, vérifier l’ordre, ou anticiper sur toute une portion de phrase. À l’oral le dialogue est plus fluide si l’on ne respecte pas ces règle et si l’on s’en tient au masculin neutre inclusif.

Pour éviter l’idiotie inclusive je privilégie le redoublement, si ce n’est pas trop lourd dans la phrase. Par exemple j’ai écrit « … celles et ceux » au début du deuxième paragraphe, puis j’ai terminé par le neutre pluriel inclusif: « … ils se prennent au sérieux ». On comprend qu’il s’agit de tous et toutes.

Je n’abandonne pour autant pas la forme neutre française qui reprend la forme masculine (ex: il pleut). Celle-ci est facilement compréhensible par le contexte.

Je reviens rapidement sur la féminisation des métiers et fonctions. Cette féminisation existe depuis longtemps pour certains métiers, par exemple meunier-meunière, mais pas pour d’autres. On peut continuer à féminiser. Mais cela ne va pas toujours tout seul.

 

 

langue,féminisation,inclusif,épicèneAppendice greffé

Si meunière est simple, auteure ne l’est pas. En regardant les différentes féminisations selon les mots, il n’y a pas de raison d’écrire auteure plutôt qu’autrice ou auteuse. Ou même autoresse, comme il y a doctoresse ou pécheresse.

Auteure est plus élégant, comme docteure. Autrice se voit de plus en plus, mais pas doctrice. De même que l’on dit: sauteur-sauteuse, pourquoi ne pas dire: auteur-auteuse, docteur-docteuse?

Certaines disent même médecin-médecine. Bonjour la confusion.

Pour les fonctions, comme juge, la féminisation avance aussi. Mais j’aime la forme neutre masculine inclusive: Madame le Maire plutôt que Madame la Mairesse. Cela dit, quand une femme sera élue à la présidence de la république française, je doute qu’on lui dise: Madame le Président.

Évitons le salmigondis idiot de l’écriture prétendument inclusive, qui en réalité met toujours le masculin en premier et relègue le féminin à la queue comme un appendice greffé sur le masculin. Bien que mon billet ne soit pas exhaustif, on voit qu’il existe différentes possibilités de féminiser sans être idiot-E. 

La forme masculine neutre inclusive devrait encore être en usage pendant longtemps. Elle est admise, connue, très pratique faute de mieux (un neutre dédié par exemple comme en allemand) et personne sauf les idiot-E-s n’y voit du sexisme.

 

 

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Commentaires

  • "Celles et ceux", ou "toutes et tous" sont lourds. "Ceux qui aiment le chocolat" inclut aussi les filles. "Bonjour à tous" est compris par les femmes.
    On comprend que "Bonjour Messieurs" ne s'adresse qu'aux hommes et on lui préfère naturellement "Bonjour Mesdames est Messieurs".
    Evitons autant que possible les formules redondantes !

  • Quand on dit "les habitants ont été réveillés par une explosion", il n'y a aucun doute : les femmes ont également entendu ce bruit. Quand on appelle les citoyens aux urnes, on n'imagine pas que les femmes puissent être privées du droit de vote. Quand on demande aux adolescents de ne pas abuser de l'écran, personne ne pense que les filles ne sont pas concernées.
    Le mot ayant le genre masculin est donc neutre et employé pour désigner les deux sexes. Pourquoi alourdir le texte avec des répétitions inutiles ?

  • Pour éviter des lourdeurs de répétition, il serait sage de n'employer qu'un genre, celui de l'auteur.
    Un homme utilisera "tous", une femme "toutes", avec une mention "inclusif" avant le texte pour informer qu'il est adressé à tous les genres.

    Il y a un ridicule à dire : Mes chères concitoyennes et cher concitoyens.
    Lorsqu'une personne s'adresse à tous, nul besoin de faire une liste de genres, tout le monde comprend.
    Le français doit être préservé de la politique et des lourdeurs. Je me prononce pour que l'accord soit fait avec le genre de l'auteur :
    Une femme dira "bonsoir à toutes", un homme dira "bonsoir à tous".

    Ainsi la langue ne devient pas plus complexe. Parce qu'à vouloir la compliquer, outre la lourdeur et la lisibilité, c'est la place du français dans le monde qui va encore diminuer.
    La vigueur de la langue, c'est l'accessibilité à tous, et non en la réservant à une élite.

    L'apprentissage du français est suffisamment difficile pour ne pas y rajouter une couche.

  • Motus, je trouve votre idée intéressante et à creuser. Si le code est clair (inclusif de tous les genres) cela peut marcher. Chacun traduira automatiquement.

    Par contre en littérature, cette règle peut gêner certaines nuances et c'est alors la logique de l'auteur qui prévaut, à mon avis. Je n'ai pas d'exemple là maintenant, s'il m'en vient un je le posterai.

  • @ Michel:la lourdeur est réelle, mais dépend du nombre de répétitions et de leur rapprochement. J'emploie le redoublement avec parcimonie.

    Dans un texte, si la base est posée, on peut ensuite simplifier sans que cela ne change le sens. Si donc je pose un e fois un redoublement, qui veut dire: "tout le monde", je peux ensuite passer à une autre forme (en général le masculin neutre inclusif) et la personne qui lit comprend.

    Comme vous le dites, il y a aussi des évidences (Mesdames et Messieurs). Le Mesdames se plaçant en premier selon l'ordre alphabétique, qui est neutre et ne laisse pas de place à des considérations "discriminatoires".

  • Les querelles stériles et infinies sur le language sont autant de bonnes raison pour ne rien changer.

    Parce que précisément une langue change lentement, en dehors des impératifs matériels et idéologiques, il cesse d'être un outil politique pour rester un bien commun.

  • Voici ce qu'avait déclaré l'Académie française, au sujet de l'aberration qu'est le langage inclusif :

    "Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

    Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

    Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète."

  • Merci pour ce morceau de bravoure, Hommelibre! Comme d'hab', le traitement des sujets ré-hausse le niveau des pseudo-débats où se nichent les pires dingueries. Je partage entièrement cet avis.
    Ce qui est aussi scandaleux, c'est l'outrecuidance de certains abus de pouvoir même en matière de langue.
    Cet énième chapitre à la féminisation des locutions ne set la cause de personne, en effet.
    Bien cordialement

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