Iceberg géant : l’Antarctique fond-il ?

Les océans vont-ils monter brutalement? Que se passe-t-il en Antarctique? Récemment un iceberg géant s’est encore détaché de sa base glaciaire. Il est est grand comme l’agglomération de Paris: 1’270 km2. De quoi impressionner.

 

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Ce n’est pas nouveau. Un grand iceberg se forme environ tous les deux ans. C’est normal. La taille? Elle n’est significative que de la quantité de glace flottante poussée par le glacier, et de conditions plus générales que nous verrons plus loin.

Le bloc s’est détaché de la barrière de Brunt, à l’ouest du continent blanc. C’est la région la plus chaude du continent. Pendant les mois d’été la température moyenne est au-dessus de 0° sur plusieurs stations. Il n’est pas rare que des vagues de chaleurs de quelques jours descendent d’Amérique du sud avec des températures proches des 20°. C’est pareil dans l’hémisphère nord. On y observe aussi des effets de foehn.

Avec une vague de chaleur et un bon ensoleillement estival la glace de surface fond facilement. Elle laisse de grandes flaques comme on le voit sur le documents de la Nasa de 2020 (image 2, les 4 et 13 février), ainsi que des parties découvertes. Un peu de glace de mer a fondu.

Selon Le Matin de l’époque:

« On voit très nettement à quel point les calottes glaciaires ont fondu sur les îles situées à la pointe nord de l’Antarctique, soit celles qui sont les plus proches de la pointe de l’Amérique du Sud. Sur la petite Eagle Island, on distingue sur la photo du 13 février des taches bleu ciel: environ 1,5 km2 de manteau neigeux est saturé d’eau de fonte. Entre le 6 et le 11 février, la calotte glaciaire aurait diminué de 10,6 centimètres sur cette petite île, ce qui représente la fonte de 20% de la neige tombée cette saison. »

 

 

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C’est donc dans la partie la plus chaude de l’Antarctique. L’image 3 montre la localisation d’Eagle Island, et et l’infime surface touchée par rapport à la péninsule antarctique, elle-même n’étant qu’une petite partie de l’ensemble du continent. L’image 4 montre la base Espéranza située dans la région. La neige et la glace y sont relativement peu abondantes et fondent fréquemment en été. Le réchauffement peut certaines années y favoriser un amollissement de la glace mais pas une fonte totale.

La glace se reforme ensuite et les chutes de neige remplacent la masse perdue. La Nasa annonçait d’ailleurs en 2015 que l’Antarctique avait globalement repris de la masse de glace (image 5).

J’en viens à ce mega-iceberg. C’est la portion terminale de la langue de glace du glacier, l’ice sheet ou aussi appelée la barrière de glace. Tout glacier s’écoule du haut vers le bas. Il glisse sur son socle. Il va relativement vite. Par exemple le glacier de Pine island avance de 800 mètres par année. Soit 10 km en 12,5 ans.

On parle de feuille de glace (ice sheet) parce qu’elle est posée sur la mer. Elle flotte et s’avance vers le large. On parle aussi de barrière parce que les courants la ralentissent. Elle freine ainsi l’écoulement du glacier. La glace est comme un barrage de détritus sur une rivière. À un moment la pression qui pousse est trop forte, l’ice sheet ne peut avancer de 10 km en 12 ans. C’est le vêlage. 

 

 

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La feuille de glace oscille et se brise avant, à cause de la houle, des tempêtes, les marées, ainsi que le précise ce document:

« Les périodes de ces oscillations s’échelonnent de 5 minutes à quelques heures. Dans ces gammes de valeurs, les principaux forçages océaniques sont la houle et les ondes d’Infra-Gravité. De plus, nous avons pu démontrer que les mouvements associés à la vibration du glacier entraînent une torsion favorisant sa fracturation. A plus grande échelle, les courants de marée ainsi que la hauteur de surface impactent sur l’évolution de la langue de glace. Les effets des courants se concentrent principalement sur l’ouverture des crevasses principales tandis que la hauteur de surface tend à moduler la vitesse d’écoulement du glacier. »

Autre chose fait glisser les glaciers: la chaleur du substrat. En l’occurrence l’ouest de l’Antarctique est tapissé de près d’une centaine de volcans sous-glaciaires ou sous-marins. L’un d’entre eux, découvert en 2014, semble en activité – ou en voie d’entrer en activité. On connaît encore très peu ce qui se passe sous les glaciers et dans les profondeurs.

Ceci encore: sous la feuille de glace l’eau va et vient et creuse et déstabilise l’ancrage de cette feuille (image 6). Tous ces éléments réunis sont naturels et normaux. Un glacier a des cycles. La glace qui se détache ne fera pas monter les océans. Solide ou fondue, la masse est identique. 

 

 

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Le seul risque éventuel est que la cassure de la barrière retienne moins la descente du glacier, et que celui-ci s’amincisse et perde plus de glace qu’il n’en reçoit par les précipitations.

C’est une hypothèse insuffisante. La barrière se reformera et ralentira à nouveau le glacier. D’ailleurs une observation par satellite sur six ans montre que le glacier (ici, Pine Island), s’épaissit et s’amincit alternativement. 

L’équipe qui a mis en place de nouveaux altimètres radar en 2010 a découvert que la dynamique des glaciers est différente de ce que l’on croyait jusque là:

« Ce que nous avons trouvé, cependant, était une image très différente. Le plus grand changement d’altitude se produisait dans les marges à écoulement lent du glacier et l’amincissement dans le tronc principal à écoulement rapide avait diminué d’environ un facteur cinq depuis son pic il y a un peu plus de dix ans. »

L’Antarctique se réchauffe depuis 400 ans, selon une étude. La partie ouest, la plus fragile et sensible au réchauffement, ne contient que le 5 % des glaces du continent.

 

 

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Néanmoins l’alarmisme se déchaîne comme sur ce blog de journaliste:

« Le Pine Island Glacier, celui qui en Antarctique contribue le plus à l’élévation du niveau de la mer, connait un recul irréversible, selon le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement situé à Grenoble. Il pourrait à lui seul entraîner une élévation du niveau de la mer d’un centimètre d’ici 20 ans, prévient l’étude publiée dans Nature Climate Change. »

Recul irréversible? C’est à prouver! Tous les glaciers avancent et reculent, par périodes ou cycles. Une balance des vents, et donc des précipitations et des masses d’air, peut inverser une tendance. On sait en tous cas que les glaciers alpins ont toujours varié. On peut lire la situation de recul comme une détérioration grave. Mais ce n’est qu’un point de vue, pas une réalité prouvée.

En 2019 un iceberg 15 fois grand comme Paris s’était détaché de la barrière de glace d’Amery, sur la côte est. 

Le journal La Croix annonçait:

« En Antarctique Ouest, un glacier grand comme la Floride, le glacier Thwaites, est en train de se détacher trop vite du continent, du fait de l’action d’eaux profondes relativement chaudes. Une hausse du niveau des mers de plus de 3 mètres pourrait s’ensuivre. »

 

 

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Or selon Helen Amanda Fricker, professeure au centre d’océanographie Scripps à l’université de Californie San Diego:

« Les barrières de glace doivent perdre de la masse car elles sont constamment en train d’en gagner. Elles veulent conserver leur taille. Il est vraiment important d’éviter la confusion pour le grand public, ce n’est pas dû au changement climatique", dit la scientifique. Un iceberg trois fois plus grand s’est détaché il y a deux ans en Antarctique, rappelle-t-elle, ce qui avait créé une certaine panique à l’époque. »

Elle joute:

« La calotte glaciaire doit perdre de la masse, c’est normal. C'est délicat à expliquer car on ne veut pas que les gens croient que le changement climatique n’existe pas. Mais cet événement n’est pas un signe de changement climatique. »

Candide sincérité: l’information scientifique objective sur des événements liés au climat est en partie conditionnée par la nécessité de maintenir la croyance populaire en un changement (forcément apocalyptique), lequel permettra d’imposer au monde un nouvel ordre contraignant.

De quoi devenir réchauphobe.

D’ailleurs les spécialistes ne savent pas « … comment expliquer la hausse du niveau des océans ? Pour beaucoup, y compris les experts du Giec, elle est due en partie à la fonte des glaces en Antarctique. Le spécialiste de la Nasa assure, qu’au contraire, la contribution de ce continent à la hausse du niveau des mers est négative. “Cela signifie qu’il y a un critère qui n’a pas ou pas suffisamment été pris en compte jusqu’à présent“, avertit Gerhard Krinner. »

 

 

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Il y a beaucoup d’informations contradictoires et peu de certitudes. Nous manquons cruellement de recul historique.  La température de l’air joue un rôle limité dans le temps en surface, mais les courants et les sources chaudes sous la mer sont actives tout au long de l’année.  

On peut par exemple mentionner cette source de chaleur:

« De récentes mesures par radars aéroportés révèlent qu’une partie du substrat continental proche du pôle sud est marquée par la présence d’une importante source de chaleur. La portion de la calotte glaciaire qui repose sur ce socle rocheux est donc soumise à une fonte basale marquée. (…) L’étude indique que l’existence de ce point chaud est attribuable à deux facteurs principaux. D’une part, la présence de roches fortement radioactives dans le substrat continental, et d’autre part celle d’une circulation souterraine d’eau chaude – remontant vers la surface par des failles géologiques. »

On se demande pourquoi seul la région ouest fondrait et pas celle de l’est. Selon d’autres études récentes:

« Il est difficile, voire impossible, que le réchauffement atmosphérique fasse fondre de façon significative l’Inlandsis Ouest-Antarctique sans faire fondre l’Inlandsis Est-Antarctique adjacent. (…) 

 

 

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Trois nouvelles études confirment que le flux de chaleur géothermique, et non le réchauffement climatique dû à l’homme, est la cause dominante de la fonte de l’Inlandsis Ouest-Antarctique", écrit le géologue James Edward Kamis. »

Il semble par ailleurs que l’Inlandsis ouest ait fondu complètement il a a 10’000 ans puis s’est reconstitué. Il n’y aurait donc pas de recul irréversible  – je ne vois pas pourquoi il y en aurait un.

Il y a aussi le mode de circulation annulaire des vents, aussi nommé Oscillation Antarctique. Le mode annulaire est une ceinture de vents puissants qui entraînent le courant marin circumpolaire. Elle est en phase positive, ce qui génère depuis une bonne période des remontées d’eaux plus chaudes du fond de la mer. Son régime peut durer des décennies avant de se modifier vers le froid. Quel est sa part dans les vêlages des glaciers et le réchauffement global? 

Notons que cela a toujours existé. Les vents, les courants changent dans le temps. Malgré les périodes chaudes de notre ère interglaciaire, l’Antarctique est demeuré cette immense réserve de glace et de froid extrême. Et la surface des océans ne montre pas d’empressement à monter: environ 10 cm par siècle.

 

Images: © Nasa, Esa, Noaa, AntarcticGlaciers,org, Tom Jordan - British Antarctic Survey.

 

 

 

 

Courte modélisation des flux des glaciers antarctiques par la Nasa:

https://www.youtube.com/watch?v=PxfV3KesOUc

 

 

 

Catégories : Environnement-Climat 5 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Encore une étude fort bien documentée. Bravo ! 10 cm d'élévation du niveau de l'eau par siècle ( 100 mm en 100 ans) soit 1 mm par an, si mes calculs sont exacts. Je devrais avoir suffisamment de temps pour remonter le mouillage de mon bateau en Bretagne. Et on pourra bien, sans se presser, construire des digues comme au Pays-Bas ou remblayer les rivages comme à Monaco. Inutile de précipiter l'évacuation des habitants du Bangladesh pour les conduire ensuite dans les zones désertiques de Sibérie, toujours hors d'eau...
    Ouf ! je vais avoir le temps de déguster mon verre de whisky dans lequel je viens de jeter deux glaçons. Je sais, les connaisseurs ne le font jamais mais, en cette période de pandémie, j'ai l'impression de boire du gel hydroalcoolique et ça me rassure. Je vais également avoir l'occasion de vérifier le phénomène décrit par Homme libre. En pesant whisky et glaçons, avant et après leur fonte, je devrais obtenir le même résultat.
    A votre santé et surtout... pas de panique !

  • Je suis aussi amateur de whisky on the rocks et j'ai étudié à fond la fonte des glaçons. Mon étude indépendante( revue par
    mes pairs) montre que c'est le whisky qui fait fondre la glace et pas l'air de mon appartement.

  • Henri:

    :-DDD.!

  • Par contre, si demain il n'y aurait plus aucune activité humaine en ce monde, pas d'humains en quelque sorte, la neige retomberait-elle en plaine ?

    Et est-ce vraiment important...?

    Pour l'économie peut-être, mais sans ça ? Qu'il neige à 200 ou 1000 mètres, qu'est-ce que ça peut bien fiche ?

    QUI connaît l'exact niveau, la bonne altitude de ce qu'il faut...ou non ?

  • J'ai ajouté en fin de billet un lien vers une courte modélisation du flot des glacier, à voir aussi ici: https://www.youtube.com/watch?v=PxfV3KesOUc

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