L’imprécation victimaire d’une génération sacrifiée

Le 16 juin dernier Jean-Dominique Michel (JDM) publiait un texte écrit par un jeune homme de 27 ans. Le titre, Coronacolère, donnait un aperçu du contenu. Je n’ai pas été déçu. Je commente aujourd’hui des extraits ce texte et de sa présentation.

 

climat,génération sacrifiée,covid,réchauffementLeurre d’apocalypse

JDM commence par l’auto-accusation.

« J’ai une conscience poignante du ratage de ma génération qui a laissé advenir un modèle de société dysfonctionnel à tant d’égards : qui, il y a trente ans, aurait milité pour qu’advienne le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui avec son urgence climatique, l’effondrement des écosystèmes, la précarisation de l’emploi, l’ascendant pris par les industries sur les systèmes démocratiques, la perpétuation des disqualifications et des inégalités, la violation continue de la dignité comme des droits humains et sociaux, bref, ce bourbier que le philosophe Fabrice Midal appelle « l’ère du désastre. »

J’apprends avec curiosité et émerveillement qu’une conscience peut être poignante, ce qui est original. Mais surtout je découvre que Monsieur Michel, dont j’ai apprécié le plaidoyer en faveur du Pr Raoult, croit en l’urgence climatique et nourrit une vision très apocalyptique du monde.

Il est selon moi dans l’exagération. Par exemple l’effondrement de certains écosystèmes localisés a laissé place ensuite à une régénération rapide là où l’on a aidé la nature. L’urgence climatique est un leurre destiné à entretenir une panique que je ne partage pas du tout.

 

 

climat,génération sacrifiée,covid,réchauffementPada malgame

L’emploi a été bien plus précaire par le passé qu’aujourd’hui, par exemple au XIXe siècle. Les inégalités demeurent parce qu’inhérentes à la condition humaine.

D’ailleurs les objectifs d’une science de l’environnement ne devraient pas être politiques. Il ne faut pas tout mélanger et lier: réchauffement, pollution, chômage, inégalités, démocratie libérale,  Droits de l’Homme, etc.

Un tel amalgame est susceptible de conduire à une pensée unique et totalitaire. Je me méfie toujours de ce que veulent nous vendre les prophètes du désastre global et de l’apocalypse imminente.

Vient ensuite le texte proprement dit du jeune homme de 27 ans. À ma surprise ce texte est larmoyant, bien dans la mode victimaire actuelle. Il en fait une affaire de génération sacrifiée. Une belle formule creuse:

« Ma génération, avant le Covid, était déjà soucieuse et énervée. Les manifestations pour le climat et pour les femmes qu’elle a menées en 2019 en étaient l’expression. »

Ça commence mal pour ce jeune homme nourri au lait victimaire féministe et climatiste: tout pour les femmes, rien pour les hommes. On le sait: tout va tellement bien pour eux!

En plus:

« … cette génération est l’héritière du monde fantasmé et insoutenable de leurs parents … »

Ah, l’insoutenable légèreté du monde fantasmé des parents! Cette phrase est belle comme un camion (électrique Tesla, of course).

 

 

climat,génération sacrifiée,covid,réchauffementUn monde meilleur

Il détaille quelque peu les combats d’alors qui étaient, paraît-il, si dérisoires:

« Elle est si fière d’être l’héritière de mai 68 pour ceux de gauche, et si fière d’être le bourreau de l’État providence pour ceux de droite. D’un côté comme de l’autre, les causes que cette génération avait à défendre étaient dérisoires face aux défis que ma génération doit relever. Descendre dans la rue durant les années 70 pour avoir le droit de faire la fête et l’amour paraît en effet ridicule face à la lutte pour la survie climatique que ma génération doit mener, pour elle-même et ses propres enfants. Mais blâmer les post-soixante-huitards serait se tromper d’ennemi. Le capitalisme sauvage, réelle cause des inégalités et de l’effondrement climatique, doit rester dans notre ligne de mire. »

La génération de ses parents, si encore on peut la présenter comme un ensemble homogène et unique, a fait plus que Descendre dans la rue durant les années 70 pour avoir le droit de faire la fête et l’amour. C’est réducteur, jeune homme.

Mais ils ne sont même pas coupables selon ce jeune homme: c’est le capitalisme sauvage qui est le grand Satan des pseudo-écolos larmoyants. Ben tiens… Au passage je signale à ce jeune homme de 27 ans que le capitalisme a produit un monde meilleur: plus riche et plus facile à vivre, avec moins de famines et d’inégalités que par le passé, une meilleure santé, plus de libertés et de solidarités, entre autres.

 

 

climat,génération sacrifiée,covid,réchauffementGénération sacrifiée

Plus loin:

« Ma génération, avant le Covid, était déjà pauvre et énervée. Consciente qu’elle n’atteindra jamais le niveau de vie dont ses parents ont joui, elle a dû se résigner. Tampon entre deux siècles, que dis-je, entre deux millénaires, ma génération n’est pas née avec un smartphone dans les mains mais doit pourtant maîtriser nombre d’outils informatiques pour trouver un emploi. »

Pauvre, sa génération? Il se moque du monde. Les ados sont un des plus gros marchés pour de nombreuses firmes. Sa génération a un niveau de vie qu’aucun de ses parents n’a jamais connu. Se résigner? Elle a surtout joui du bien-être que le travail de ses parents a généré.

Le désenchantement est à la mode. Heureusement, tant de malheurs frappent cette génération que, par miracle, elle se sent une mission planétaire:

« Fatiguée d’enchaîner des stages, souvent non-rémunérés, fatiguée de se battre pour des salaires permettant à peine de payer ses assurances maladies et loyers, ma génération sait qu’elle doit changer le monde. »

On dirait Les Misérables. De telles prémisses présagent mal du monde qu’il veut s’inventer.

Il insiste:

« Ma génération, pendant le Covid, s’est sentie sacrifiée. (…) Pour quoi, pour qui, avons-nous sacrifié notre avenir économique ? (…)Pour un virus qui tue moins que la grippe. Et pour des gens de plus de quatre-vingt ans. »

 

 

climat,génération sacrifiée,covid,réchauffementFabrique à héros

Il a raison: il faut tuer les vieux.

Je passe sur ses gémissements à cause des métiers du social sous-payés, alors que

« d’autres professions, dont l’unique objectif est de réaliser la plus grande marge à la fin du mois, sont surévaluées. Quelle noble cause que de vouloir faire encore plus de fric, alors que ceux qui s’engagent professionnellement pour le bien commun n’arrivent pas à payer leurs factures. »

Ben oui, c’est ainsi. On a des métiers du social grâce aux richesses apportées par les autres métiers.

Enfin, lyrique, ce jeune homme de 27 ans, comme le désigne JMD, termine ainsi son imprécation:

« Ma génération s’est sacrifiée pour sauver ses grands-parents d’un coronavirus, elle se sacrifiera pour sauver la planète que leurs parents leur ont léguée. Et vous, alors, nés avant la chute du mur, quel sera votre sacrifice ? »

C’est beau le sacrifice. Ça donne de l’importance. Alors j’ai des suggestions. Par exemple, il peut renoncer au superfétatoire smartphone et à internet, des trucs à la con, inutiles et capitalistes, de la génération de ses parents. Ce serait héroïque.

Il doit en être capable: à 27 ans, ce jeune homme tient un discours d’adolescent, émouvant, simpliste et peu rationnel. De quoi alimenter une fabrique à héros bon marchés.

 

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Catégories : Environnement-Climat 16 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • J'ai corrigé le titre et remis celui d'origine. L'ancien était le résultat d'une erreur de manip au chargement.

  • Si je peux comprendre la démarche qui consiste à rester critique sur des prises de position tranchées comme celles de J-D Michel et ceux qu'il mentionne en illustration de son propos, j'avoue ne pas avoir accès à l'intention qui semble se cacher derrière un tel billet.
    J'ai presque le sentiment que c'est un besoin d'exister, de contrer, de se faire valoir, de contester en utilisant tout ce qui se présente et en fouillant dans les failles.
    Je suis reconnaissant à J-D Michel pour ce qu'il fait. Quelles que soient ses intentions. Car nous avons besoin de ces discours un peu dissonants pour relativiser le matraquage médiatique qui nous propulse dans une ère triste à mourrir. Et je fais partie de ceux qui sont, non pas fiers, mais reconnaissant, d'avoir pu profiter de l'héritage "soixante-huitard" qui n'a jamais et n'aura plus avant longtemps offert une telle liberté au monde.
    Ce gamin de 27 ans fait peut-être quelques erreurs de jeunesse dans le choix de ses mots, mais ce qu'il dit est le reflet d'une réalité que sa génération traverse et que nous devrions être capables d'écouter avec d'autres oreilles.

  • " Ce gamin de 27 ans fait peut-être quelques erreurs de jeunesse...."
    gamin de 27 ans ? c'est ça le problème M. Jenni !
    Mon mari et moi à 27 ans ( 1973 ) nous débarquâmes en Suisse avec un petit de 2 ans et après une période de travail dans la recherche aux USA. Cherchez l'erreur....

  • "... j'avoue ne pas avoir accès à l'intention qui semble se cacher derrière un tel billet".

    Moi non plus. Donc je le prends tel qu'il est. Un discours, plus: un réquisitoire contre – encore une fois – ceux qui ont apporté le progrès technologique. Lequel progrès contribue à une aspiration profonde de liberté, dont chacun ici bénéficie.

    La génération qu'on accuse de ne pas avoir pris les choses au sérieux a grandi dans la menace d'un refroidissement climatique. Pourquoi aurait-elle dû croire du jour au lendemain aux annonces réchauffistes?

    Beaucoup de bonnes choses ont été faites à l'époque. Alors le réquisitoire de cette génération est erroné, et cette erreur va se figer dans les décisions qu'ils prendront. Déjà les radicaux imposent une cristallisation des discours sur l'état du monde et sur ses causes, pire encore: sur les seules solutions acceptables à leurs yeux.

    Il me semble important de répondre à cette interpellation, et de contribuer à rendre dissonant le matraquage médiatique dont ce jeune homme est un relais.

  • Pourquoi ne pas fumer de l'herbe et partir en stop pour Katmandou, comme son pépé ? C'est une façon comme une autre d'accéder à l'intention cachée de notre présence sur terre. Nous lui souhaitons d'ores et déjà un bon karma.

  • Mea culpa, je n'ai pas été très clair.
    C'est bien de ce billet ici que je parle et qui mélange les questions environnementales et celles des mesures sanitaires, et non ceux de J-D Michel qui me semblent nécessaire et de santé publique.
    Que J-D Michel soit conscient du besoin de changer nos habitudes pour limiter la dégradation de l'environnement je lui en suis reconnaissant. Mais son combat est ailleurs et je goûte peu une charge supplémentaire à son encontre. Il a suffisamment d'ennemis sans devoir encore se farcir les climatosceptiques. Et je n'ai jamais lu ses billets comme des discours. Au contraire chaque prise de position est étayée, les références mentionnées. Et il donne la parole à d'autres.

  • Rabbit, je suis très preneur de certaines de vos réparties.
    La dernière est une jolie multiplication de pirouettes. C'est bondissant!

  • En fait je parle très peu de JDM. Mon propos concerne essentiellement le jeune homme dont il a publié le texte, et les extraits principaux sont de lui.

  • Cette jeune génération énervée devrait poser les portables, laisser internet de côté, abandonner le cannabis et l'alcool, et changer de nourriture!

  • @ Dominique Degoumois : entièrement d'accord avec vous et surtout pour le portable !

    L'addiction au portable est juste détestable et partout : dans la rue, dans les transports publics, dans les escaliers, dans tous les commerces, etc... on a droit à la crise de jalousie, aux courses à faire, aux déballages des vies privées, etc...

  • Bon, ça c'est le billet climatosceptique de trop pour moi. Au revoir le blog de l'homme libre.

  • Nier l'impact des activités humaines sur notre planète n'est pas une bonne idée. Toute créature voit son anatomie, sa morphologie et son métabolisme influencés par l'environnement dans lequel elle vit. Mais, de par ces activités elle façonne ce dernier.
    Je ne suis pas un écolo-bobo. Je travaille dans les transports.
    ce qui ne m'empêche pas de m'intéresser aux nouvelles technologies qui pourraient remplacer les énergies fossiles.
    Mon électricité vient du renouvelable grâce au programme SIG vert. Je ne me prive pas de tout, mais je regarde ce dont j'ai besoin ou non. Par exemple, n'ayant pas besoin de voiture,
    je prends les transports publics.
    Je ne jetterai pas la pierre à ceux qui ne peuvent pas faire autrement que de prendre leur voitures. Je pense aux artisans et à ceux qui commencent leur journée de travail très tôt le matin, viennent de loin et ne peuvent pas compter sur un train ou un bus.
    On a un problème avec le climat, faisons tous un effort de nous poser la question de ce que l'on a vraiment besoin ou non. Je ne dis pas de vivre comme des ascètes, soyons raisonnables, c'est tout. Ne nous invectivons pas, cela ne mène à rien.

  • J'oubliais de préciser que je n'approuve pas la négation de la gravité de la Covid-19. Ce jeune homme pourrait se retrouvé confronté à la maladie.

  • On vit une époque formidable : on découvre qu'il existe des virus, que la maladie itou, que parfois les malades meurent. mieux encore en 2020 on apprend, wouahhh, qu'il faut se laver les mains, prendre soin de soi, de sa santé. Quelles découvertes !
    Notre société à voulu cacher la mort, comme si mourrir était honteux. Elle a voulu - su nom du ridicule risque zéro - faire croire que la vie pouvait être sans risque, qu'à la moindre alerte il fallait se cacher, peu importe les dégâts autres que ceux annoncés, comptés macabrement chaque jour.
    Je pense souvent à nos anciens, tous ceux qui ont entrepris, construit, fait ce pays, dans la sueur, la dureté et parfois dans le malheur. Quel pays aurions nous aujourd'hui s'ils avient eu la mentalité contemporaine ? Il faut que les gens apprennent que la vie c'est prendre des risques, c'est parfois se tromper, mais c'est sans cesse recommencer, avancer, croire en l'avenir mais surtout pas pleurnicher sur son -prétendu triste - sort.
    Chaque génération a ses propres défis, pleurer sur le passé ou le présent n'a jamais éclairé l'avenir. Or l'avenir compte.

  • Christian, je suis d'accord avec vous: faisons déjà ce que nous pouvons dans notre environnement immédiat. Par exemple en deux ans j'ai réduit de 90% ma consommation d'électricité. À l'époque j'ai acheté une voiture à pot catalytique dès qu'elles sont apparues, alors qu'il n'^y avait pas d'obligation et que c'était plus cher. Je travaille aussi à cerner me besoins. Sans excès il est possible de faire beaucoup.

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