Cocovir : le coût d’une vie

De combien sera la chute? Selon différentes sources relayées dans les médias les pays occidentaux pourraient perdre entre 5% et 10% de PIB. Toutes s’accordent à annoncer la pire crise économique depuis la grande dépression de 1929.

 

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Les autorités justifient l’arrêt presque total de l’économie et de nombreuses activités par la protection des citoyens. Ce confinement semble avoir cassé la dynamique de la transmission.

L’expérience d’autres pays suggère pourtant que le confinement n’était pas la seule option, et l’on ne sait pas encore si même c’est la meilleure. Mais c’est, classiquement, historiquement, la mesure première lors de toute épidémie de vaste ampleur. Jean-François Mabut le rappelle sur son blog:

« C’est ainsi qu’aux "gestes barrière" qui ne sont que des usages évidents et quasi ancestraux en période de maladie contagieuse (se laver, garder ses distances, isoler et soigner les malades, mettre à l’abri les personnes fragiles), … »

Je comprends qu’on ait craint le pire, en l’absence de recul sur ce virus, et devant la rapidité de sa contagion et la gravité de ses effets sur certains malades. On a tous en mémoire la grippe espagnole, ses trois vagues et ses dizaines de millions de mort.

 

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Mais il y a des bugs. Les premières protections, les masques, sont l’objet d’une… mascarade politique. Ce qui s’est passé, la lenteur de mise à disposition, les stocks nus de l’État français par exemple, les commandes annoncées qu’on ne voit pas venir, le détournement1 de stocks, est invraisemblable.

Le manque de masques pendant des semaines a rendu le confinement quasiment obligatoire. Mais pour chaque entreprise à l’arrêt c’est l’activité de sous-traitants, de transporteurs, de détaillants, de commerçants, c’est toute une chaîne d’approvisionnement qui s’interrompt.

Par exemple des producteurs de fleurs ont perdu leur année en perdant la saison du printemps. C’est aussi la détérioration de stocks de nourriture périssable dans les restaurants. En bout de ligne c’est l’emploi qui est atteint.

On peut faire une longue liste des pertes présentes et à venir. Pour certains comme les acteurs culturels, seuls de lourds sacrifices ultérieurs permettront, peut-être, de se remettre à flot. On s’en remettra – on se remet toujours, heureusement. Peut-être trouvera-t-on même des vertus à cette crise, après-coup.

Cette pause du confinement a permis de réduire la propagation du virus. Mais combien de personnes a-t-on sauvées et à quel prix pour l’ensemble de la société? Que coûte une personne sauvée?

 

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Différents décomptes ont été diffusés dans la presse. Le Matin en ligne donne quelques chiffres:

« Bryce Wilkinson estime par exemple, dans un article pour The New Zealand Initiative, cercle de réflexion libéral, que dépenser 6,1% du produit intérieur brut du pays pour sauver au maximum 33’600 vies serait justifié. »

Le PIB de la Nouvelle-Zélande était, en 2018, de 205 milliards de dollars. 6,1%, c’est 12 milliards. La Suisse a un PIB de 705 milliards de dollars. La crise pourrait coûter près de 70 milliards de francs pour contrer les effets économiques désastreux du confinement.

Examinons le cas suisse. À ce jour il y a eu 30’000 cas confirmés soit un peu moins de 0,5% de la population globale, et 1’500 décès. 1’500 décès sur 30’000 personnes, soit 0,5% de morts parmi les personnes atteintes. (En comparaison la grippe saisonnière tue moins de 0,2% des patients infectés.)

Ce chiffre varie selon les sources et le moment de publication. Il va jusqu’à 2%. C’est beaucoup.

Le confinement et le frein à l’économie servent donc à éviter un trop grand nombre de morts, et surtout à préserver les services d’urgence d’une submersion dramatique.

 

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Pour Bryce Wilkinson cité plus haut, dépenser plus ne va cependant pas de soi:

« Avant de dépenser davantage, il faut se demander si l'on ne sauverait pas plus de vies en investissant dans des routes plus sûres, ou d'autres mesures sanitaires. »

Combien coûte donc le sauvetage d’une vie? En France, 3 millions d’euros. Aux USA, 9 à 10 millions de dollars.

En Suisse on va dépenser au moins 70 milliards de francs, soit 10’000 francs par habitant. Combien par personne sauvée? Supposons que 100% des habitants de Suisse soient contaminés. Si l’on veut éviter tous les décès potentiels, soit 35’000 (0,5% de la population contaminée), chaque personne sauvée coûte 70 milliards divisés par 35’000, soit 2 millions de francs.

À partir de quel prix cela n’est plus supportable pour l’économie? À partir de quel coût laisser mourir 35’000 personnes est préférable à les sauver? Cette réflexion ne peut trouver de place dans notre culture, du moins pas ouvertement.

Quel que soit notre élan pour sauver des gens, il y a forcément une limite. Dix millions par vie sauvée? Trente millions? Et dans la balance, que pèse le désastre économique et ses conséquences sociales? Je pose la question, je n’y réponds pas. Je n’ai pas les éléments pour capter toute la complexité de la question.

Par contre, alors que je fais partie des sujets à risque par mon passé récent de santé, je ne souhaite pas de nouveau confinement généralisé. Ce sera ma responsabilité de me protéger. J’accepte qu’il y ait un risque.

Notez, on peut aussi bien rendre l’âme d’une mauvaise grippe. Mais on n’est jamais prêt à mourir.

Pour sourire quand-même, la parodie de chanson du Corona en haut à droite vous déridera, je l'espère.

 

 

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Commentaires

  • Réfléchir en terme de rapport vies sauvées/coût est tentant, mais simpliste. D'ailleurs, dès que l'on se pose la question du "juste prix de la vie", on a un dilemme, voir un malaise. Et pour cause: on ne pose jamais la question comme cela. On va toujours dire que "la vie n'a pas de prix", voir même "la santé n'a pas de prix". Pourtant la vie a évidemment un prix, prix d'ailleurs connu et calculé par les assurances. Ce qui est important, ce n'est pas le coût de chaque vie, c'est les moyens humainement possibles à mettre en place pour sauver des vies. Car c'est ce qui défini notre humanité et nous différencie des comptables. Parfois, comme pour les assureurs, on doit arrêter un chiffre, péremptoire.

    Mais lorsqu'une épidémie se produit, ou n'importe quelle catastrophe de même ampleur, la question qui se pose est "qu'est ce qui est juste de faire" ou "qu'est ce qui est humain de faire" ?

    Par exemple, comme dans le cas de la France, perdre des vies parce que l'on a voulu faire des économies de bouts de chandelles pour faire plaisir aux technocrates de Bruxelles est inadmissible. Par contre, perdre des vies parce qu'en dépit de moyens importants et de la meilleure volonté, c'est quelque chose que nous devons accepter.

    Je tiens d'ailleurs à dire ici que si chaque pays avait eu, dès le début de l'épidémie, les stocks de masques, de respirateurs, de médicaments, etc. ainsi que des protocoles d'action efficaces, la majorité d'entre eux auraient pu se passer de confinement. On serait directement passé de l'arrivé de la maladie à la situation de dé-confinement que nous connaissons actuellement, avec masques, distance sociale, lavages de main, fermeture de certains lieux trop dangereux (stades, disco, etc.). Ce n'est ici que mon avis.

    Pour revenir sur le sujet, c'est pour cela que je trouve inutile, voir dangereux, de réfléchir à la tête de pipe. La société doit mettre en place un système cohérent et fonctionnel de santé, de services publics, trouver un équilibre avec la nécessaire liberté et le fonctionnement de l'économie, et ensuite seulement faire les comptes. Il y a un devoir de moyens, pas de résultats.

    Pour revenir plus dans le sujet: il n'y a pas de "juste prix". Il y a juste un prix correspondant aux moyens que l'on aura bien voulu se donner et que l'on aura considéré comme acceptable humainement et socialement. Et après une catastrophe, on pourra juger du dimensionnement des moyens pré-existants. C'est ainsi que l'on se dira que peut-être finalement, acquérir des stocks de masques, de blouses et de respirateurs, n'est pas un investissement à fond perdu.

    Et c'est pour cela qu'il ne faut pas réfléchir par tête de bétail. Je le redis, c'est dangereux et ça nous expose aux logiques comptables de nos systèmes économiques. C'est d'ailleurs pour cela que je milite pour un état fort. C'est à l'homme de décider ce qui est raisonnable, humain, éthique est acceptable, pas aux marchés.

  • Merci pour ce point de vue et cette analyse.

    En partie d'accord, par exemple: "On serait directement passé de l'arrivé de la maladie à la situation de dé-confinement que nous connaissons actuellement..."

    En urgence on ne compte pas. Mais les comptes reviennent tôt ou tard. La moyenne, c'est aussi la balance. Balance des gains en vies humaines, pertes en tissus économique. Quand la seconde devient-elle un problème plus grave que la première?

    Je crois que la question peut être posée sans être inconvenante. Ensuite les gouvernements décident.

    Pour l'État fort, tout dépend d'où on met la limite à "fort".

  • Il ne faut pas se faire de soucis avec le vaccin, ils vont réussir a en tuer bien plus!

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