Air polaire déconfiné, courte vague de froid et retour du printemps

Fin de la brève période hivernale. Pas de record cette semaine. Quelques gelées matinales, une bise supportable, et déjà le thermomètre grimpe l’après-midi. Point de comparaison: à Genève, les derniers coups de froid vifs de fin mars, du 22 au 30, datent des années 1901, 1915, 1962, 1971. Les minima oscillaient alors entre -4° et -6,1°.

 

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La longue situation dépressionnaire sur l’Atlantique, avec ses vents d’ouest, tempêtes et douceurs, a cédé. Un puissant anticyclone a pris place sur l’Angleterre. De l’air froid est descendu sur l’Europe.

Cet anticyclone se décale maintenant vers la Russie et va aspirer sur son flanc ouest de l’air doux du sud. Une période particulièrement agréable est annoncée.

Le 27 mars j’ai enregistré trois courtes séquences de projections météo pour les 10 jours suivants, soit jusqu’à demain dimanche. La première, du site Windy.com, montre l’évolution des températures à 4’000 mètres. Au nord l’air froid est en rose. Il circule vers l’est, confiné par le courant jet. Au sud il se met à circuler vers l’ouest.

L’évolution des masses d’air est intéressante: descente de l’air froid, grand tourbillon anticyclonique, bulle froide qui se détache et se dilue lentement dans l’atmosphère sur les Pyrénées. En fin de période les vents, porteurs d’air plus chaud, soufflent à nouveau d’ouest-sud-ouest. Cela nous vaudra la belle période, qui s’annonce plutôt douce malgré quelques fraîcheurs matinales.

 

 

La deuxième montre l’évolution des températures au sol. On y voit la grande nappe froide, en particulier les refroidissement nocturnes.

 

 

 

Dislocation

Dans la troisième enfin, du site Ventusky.com, on voit les vents d’altitude, les courants jet ou jet streams, à environ 10 km d’altitude. Le courant jet circumpolaire confinait le froid arctique dans les hautes latitudes. Ce courant oscille selon les conditions et la rotation de la Terre. Cet hiver il était costaud et comprimé comme dans une gorge montagneuse entre le froid très intense de cet hiver 2019-2020 en Arctique, et l’air chaud subtropical aspiré par les dépressions atlantiques.

Le barrage a finalement cédé, le courant jet s’est enfin disloqué. Cela permet une descente d’air polaire, pas trop froid – on est en avril, pas en février – et qui va rafraîchir l’atmosphère, légèrement, en s’y diluant.

En fin de période la situation dépressionnaire tend à se réinstaller. Un courant de sud-ouest revient, avec son ruban de douceur.

 

 

Selon une théorie climato-réchauffiste de plus de 20 ans d’âge, le réchauffement fera refroidir l’Europe. En cause: de fortes et fréquentes montées d’air chaud tropical, air qui ralentirait le courant jet autour du Pôle nord, ferait fondre la banquise et en conséquence ralentirait le Gulf Stream. Je n’entre pas dans le détail de cette théorie, qui reste discutable comme toute théorie. Je me contente d’observer.

 

 

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Les hivers deviennent-ils vraiment plus froids en Europe? L’image 1 est un graphe statistique du mois de février à Genève depuis 1900.

Dans la réalité hivernale je choisis février parce qu’il est le mois le plus sujet aux vagues de froid intense. On constate que la tendance depuis un siècle est à un adoucissement faible et lent.

On constate que les minima, donc les éventuelles vagues de froid, étaient légèrement plus bas il y a 100 ans que ces trente dernières années. On voit également des maxima plus hauts. Je cherche le signal annoncé par la théorie: des vagues de froids sévères ou des hivers rigoureux.

Je n’en trouve pas. La tendance est à un réchauffement progressif dans ses variations naturelles, avec quelques séquences plus intenses comme celle qui suit le récent épisode majeur d’El Niño de 2015-2016. Mais je ne vois pas le refroidissement européen hivernal.

Le modèle intellectuel qui gouverne cette théorie dit que les oscillations fortes et dislocations du courant jet sont dues au réchauffement, et qu’elles sont néfastes. Or elles ont toujours existé. Elles sont normales et utiles car elles contribuent au brassage nécessaire des masses d’air.

 

 

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Certaines années l’oscillation déborde largement de sa zone habituelle. C’était le cas lors de l’hiver 1956, « l’hiver du siècle ». Sur cette page d’infoclimat il est possible de générer une animation des masses d’air en février 56. On y voit clairement la descente d’air sibérien comme un long appendice ou une virgule.

L’image 2 illustre la situation du 11 février 1956, lors d’un des pics de froid, à 1’500 m d’altitude.

L’image 3 concerne l’hiver 1962-1963. Un long hiver glacial et sans fin.

« Dès la mi-novembre 1962, le gel se généralise et persistera, presque sans interruption jusqu’au début du mois de mars 1963. Avec des températures en-dessous de -20°, la mer du Nord gèle pendant plusieurs jours et l’on assiste même à la formation d’une petite banquise. »

Et si vous avez la nostalgie de l’âge de glace, l’hiver 1879-1880 devrait vous faire rêver:

« Dès la seconde quinzaine de novembre, il gèle pendant treize jours, toujours à Paris. Le 3 décembre, il fait - 13,7 °C ; le 9, - 24,2 °C ; le 10 à une heure du matin, - 25,6 °C, température la plus froide jamais égalée depuis à Paris. D’ailleurs, un peu partout, cette nuit du 10 décembre fut appelée la grande nuit. »

 

Le déconfinement de l’air arctique, venu caresser nos têtes cette semaine, est une chose bonne et normale, même si tardive. 

 

 

 

Catégories : Environnement-Climat, Météo 0 commentaire Lien permanent

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