Internet gratuit? Ok, mais qui paie?

La fermeture du site de téléchargement de proche en proche (peer-to-peer) Megaupload déclenche la bagarre: les hakers des Anonymous ont attaqué des sites gouvernementaux américains, qui ont été fermés quelques heures, ainsi que le site de l’Elysée comme on l’apprend ce soir.

P2P2.jpgDeux mots sur le peer2peer. Il s’agit d’un échange de fichiers entre internautes, qui se connaissent ou non. Il ne s’agit donc pas forcément d’envoyer ou de recevoir une chanson ou un film entre amis. La quantité des échanges est impressionnante. Des programmes informatiques font partie du lot.

Ces programmes coûtent souvent cher, et nombre d’indépendants ou de petites entreprises ne peuvent les acheter neufs. Le P2P est pour eux une solution, au moins au début tant que leur activité ne génère pas encore les revenus suffisants pour payer.

Pour les films ou les chansons, le prix de location d’une vidéo ou d’un  téléchargement légal est abordable, sauf pour les ado ou les étudiants au budget limité.

Le problème de la protection des créateurs est bien évidemment posée de manière aiguë par internet. On a vu des textes de blogs piqués par des lecteurs peu honnêtes qui en ont fait un livre, livre qu’ils ont ensuite vendu. Les internautes qui téléchargent n’en font en principe pas un commerce. La question est difficile à trancher.

D’un côté, si je prête un CD à un ami qui l’enregistre, puis qui passe sa copie à un autre ami qui l’enregistre, et ainsi de suite, on ne peut l’empêcher. Il y a même un effet publicitaire: le bouche à oreille fait connaître des créateurs et des oeuvres. D’un autre côté les échanges sont si nombreux et si rapides sur le net que l’on n’est plus dans le simple cas de figure précédent. On est devant une sorte de «commercialisation gratuite» à grande échelle.

La gratuité du net pose une question cruciale: qui paie les créateurs? Et de quoi vont-ils vivre si leurs oeuvres sont reproduites sans être payées? Imagine-t-on une entreprise où les gens bossent sans être payés parce que certains estiment de leur propre chef qu’ils peuvent se servir gratuitement? A moins de devenir des hommes et des femmes sandwiches: Sting chantant sous la bannière de Fanta, ou Madonna affichant le logo de Sony en permanence en fond de scène. Il y a eu trop d’argent, et une déconnection de comment se fait l’argent: on ne paie plus, la gratuité est presque un droit. Certains d’ailleurs l’expriment en terme de droit humain... On confond l’accès à une information, un loisir ou une connaissance, et le prix de production et de diffusion. Tout gratuit? Je veux bien: mais qui me paie alors pour vivre?

Suite donc à la fermeture de Megaupload les Anonymous lancent des attaques en s’introduisant dans des sites illégalement. N’est-ce pas eux qui prétendent faire la leçon au monde de la finance et moraliser la société?

Ah ah ah ah ah!!!!

Oups... Excusez-moi, j’ai failli y croire...


Plus d’infos sur le P2P ici.





Une histoire en Haute-Provence:

CouvDiable.jpg

 

Catégories : société 11 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Les droits d'auteur furent une des plus grosses escroqueries de tous les temps. La solution ultime était la licence globale où on paye une dizaine d'euros dans une limite raisonnable de téléchargement, mais la politique de toujours s'enrichir plus des majors est celle qui a eu le dernier mot. En même temps avec un président des riches et de la finance farouchement pour une loi dans le sens des majors, c'est carrément utopique. De toute façon le cabotin de la République n'aura jamais mon vote.
    Quand aux Anonymous, j'ai envie d'ajouter, on a les internautes qu'on mérite. Bientôt les consommateurs qu'on mérite pour les majors : le néant.

  • un internet libre serait plus cohérent qu'un internet gratuit et éviterait les lois liberticides qui se multiplient et qui criminalisent le simple citoyen. Récemment la France a voté une loi contre la copie privée qui implique que ceux qui souhaitent faire une copie privée d'un de leur bien doivent être des experts en droit pour se justifier devant la justice. Les droits des consommateurs sont donc de plus en plus mis à mal par des lois faites surtout pour protéger les majors en utilisant l'éventail de la protection des artistes. Alors que des solutions alternatives et viables pour les artistes existent. Il est vrai que ces solutions rendraient les majors obsolètes...

  • L'internet, cela me fait penser aux musiciens de rue. Personne ne leur demande d'être là à jouer et pourtant sans eux, la ville n'aurait pas le même charme et les habitants y perdraient quelque chose de magique. Maintenant le coup du chapeau pour l'Internet, cela marche encore moins bien que pour les musiciens de rue parce qu'il n'y a pas le contact direct, le sourire, la discussion possible, face à face, et les petites pièces de monnaie qui tintinabulent dans le chapeau.

    Franchement, je ne sais pas quelle est la solution, John. Nous savons que nous méritons salaire pour notre travail car de notre job nous en sommes fiers et nous obtenons un lectorat fidèle non négligeable. Mais qui paie et combien? ça c'est la question à un million. Ouvrir des abonnements et pour sûr nos lectrices et lecteurs se vexeront de notre abandon à la gratuité en nous abandonnant à nous-mêmes. Et en plus, il faudrait payer notre hébergeur et faire gaffe à tout ce qu'on recycle, nos copié-collé, reprises partielles d'articles,etc. qui servent nos propos. On ne parle même pas des photos, de Y-Tube...Nous sommes des chevaliers à la rose, John, et devons accepter le sacrifice. C'est embêtant mais c'est ainsi.

  • La fermeture de Megaupload a surtout été le fait que ces personnes faisaient commercent avec des produits piratés. Ces personnes savaient qu'ils jouaient avec le feu. Quand aux protestions des moteurs de recherche google au nom des libertés individuelles; Google oublie qu'il a aussi osé protesté quand W.Bush voulait traquer les pédophiles sur le net et ne s'est pas gêné de l'autre côté de divulguer des listes de dissidents politiques chinois au régime de Pékin.

    D.J

  • "La solution ultime était la licence globale où on paye une dizaine d'euros dans une limite raisonnable de téléchargement"
    Je ne veux pas payer une licence globale pour un téléchargement qui ne m'intéresse pas. Si un produit a une valeur pour moi, je suis prêt à payer à hauteur de la valeur que il représente pour moi. Si quelqu'un veux donner son produit gratuitement (parce qu'il ou elle a une autre source de revenu pour subvenir à ses besoins), je le prends volontiers s'il peut m’être utile.

    Et comment l'argent récolté par une licence globale serait-il redistribué aux créateurs d'œuvres? Tout pour Jacques Brel et Elvis Presley, rien pour le groupe "Les chats de gouttière" de Veyrier ?

  • @benpal
    Vois ne comprenez pas c'est pas grave sans doute etre vois reste au minitel
    Moi par contre je veux une licence globale Que fais t on on retourne chez neanderthal ?
    Les artistes des multinationales n'on pas plus perfume en recettes. C'est juste de la pleurnicherie . Comment faisait on a l'epoque des vhs ?
    Vous avez qu'a adapter le marche au lieu de jouer les justiciers du dimanche

  • Mais sans doute monsieur a la solution miracle au lieu de stigmatiser ses concitoyens .
    Certains seraient pret a verser tout leur salaire pour des conneries d
    autres cherchent le moins cher. Je ne vois pas ce qu'il y a de choquant a refuser la vaseline

  • « Et en plus, il faudrait payer notre hébergeur et faire gaffe à tout ce qu'on recycle, nos copié-collé, reprises partielles d'articles,etc. qui servent nos propos. On ne parle même pas des photos, de Y-Tube... Nous sommes des chevaliers à la rose, John, et devons accepter le sacrifice. »


    Hommelibre: 0 / pachakmac: 1



    Hommelibre, n'avez-vous pas honte d'avoir ôté le pain de la bouche des artistes, scientifiques, revues, etc... dont vous reprenez les créations, plus ou moins telles quelles, Monsieur "YouTube à qui mieux mieux"!!!! Vilain garnement, va!
    Regardez Leonard Cohen: il est obligé de sortir un nouvel album et de remonter sur scène à passé 77 ans, tout ça parce que vous avez vilement "emprunté" (volé, oui!!) sa chanson « Hallelujah » dans un de vos récents articles!!! Et on peut constater à sa dégaine, qu'il a à peine de quoi s'acheter des vêtements, le pauvre homme!!! Honte à vous!

    Certes, j'en fais de même.... mais ne cherchez pas à détourner la conversation, Hommelibre! Là n'est pas la question!!! ;o)


    Cela dit, les Monty Python, au hasard !, ont vu les ventes de leurs produits (Dvds, t-shirts, gadgets, etc...) exploser grâce à la caisse de résonance qu'est le net, et YouTube en particulier...


    Les gens sont prêts à desserrer leur bourse pour de la qualité. En revanche, comme disait ma grand-mère: « De la m*rde gratuite, c'est encore trop cher...! Et ça reste de la m*rde!! »



    =:oB

  • Brian, quand on a une grand-mère d'une telle sagesse, la descendance ne peut qu'être pétrie de bon sens!

    Bon, je reprend entre Pachakmac et vous.

    Si nous étions payés pour nos blogs, bien sûr il faudrait payer l'hébergeur et tout le reste, ce serait logiques. Mais en demandant qui me paie, je pensais en plus général à tous les artistes qui écrivent, composent et doivent vivre.

    Plus précisément, Brian, vous amplifiez quand-même! Garnement, va!!! Grrrr....

    Youtube à qui mieux mieux, non. Je n'ai pas compté, mais peut-être une fois sur dix, ou moins, c'est par période.

    Les vidéos sur youtube peuvent être désactivées par les ayant-droits s'ils le souhaitent et elle ne sont pas intégrables sur un blog. De plus je ne crois pas que beaucoup de gens gardent les Youtube, la qualité sonore n'est souvent pas celle d'un CD ou d'un téléchargement légal audio, et si l'on vent séparer la vidéo du son le son y perd. Donc les vidéo sont plus une promo pour l'artiste. De plus j'essaie de trouver assez souvent des choses originales qui permettent de découvrir une version ou un artiste.

    Par exemple ce billet sur une chanson magnifique de Léo Ferré, ou mon texte ne sert qu'à appeler la chanson, et ces deux versions: qui par exemple connaît la version étonnante de Monica Passos?

    Sur les articles, normalement je cite la source, l'article d'origine, par un lien en grisé. Je nomme souvent directement la source, voire le ou la journaliste. Je ne cite que des extraits, et citer la presque intégrale d'un article est rarissime. D'ailleurs à mon avis je mets en valeur l'auteur. Je suis moi-même cité sur d'autres blogs, et pour moi c'est ok. De plus je regarde une info sous plusieurs angles et je fais ma synthèse, je réécris quasiment toujours. Parfois en réécrivant mon texte contient plus d'info que chaque article sur le même sujet, et c'est souvent un sujet que l'on retrouve facilement sur la TdG, google actualité, yahoo actualité. Mes billets renvoient souvent à lire plus dans le ou les grands médias.

    Pour les images, je cherche des images sans droits autant que possible, cela veut dire que je vais voir sur le site mentionné (ou les sites si elle apparaît plusieurs fois) s'il y a une mention ou non de copyright. Le principe des images sur le net est que sans mention de copyright elles sont considérées d'usage public - tout en faisant attention aux images familiales, par exemple. Et encore: les gens qui mettent leur bébé en train d'éclater de rire acceptent que cela sera repris partout sur internet. Concernant des séquences d'infos: les médias peuvent empêcher leur apparition libre, et obliger à faire regarder sur leur propre média.

    Je me suis parfois planté et les auteurs d'images sous © (je ne l'avais pas vu) se sont manifesté, j'ai corrigé et appris à faire plus attention. Les images Nasa ou de ce genre là sont sourcées en général, soit par une mention spécifique en-dessous du texte, soit dans le texte même. Mais je n'exclus pas de faire encore des impairs. J'essaie d'y être attentif.

    Enfin, il n'y a aucun objectif commercial dans l'usage d'un extrait de texte, par exemple.

    Tout cela pour vous dire que je suis justement assez attentif à cela. Mais si par exemple youtube était interdit à cause de ceux qui font un usage commercial des oeuvres ou qui comme Megaupload vendent une application pour accélérer le téléchargement, je m'en passerais. Mais comme dit plus haut une maison de disque ou un artiste peut demander la désactivation de son clip. Gérard Manset, par exemple: on ne trouve de loin pas toutes ses chansons en clip, il l'a empêché. La plupart ne le font pas parce qu'il y a à l'évidence un aspect publicitaire à être sur youtube.

    L'aspect pub, que vous mentionnez aussi, satisfait tout le monde: artiste et blogueur. Tout dépend ensuite du volume utilisé. Si en place de mettre un clip je passe tout un concert enregistré en public et vendu en dvd, j'estimerais outrepasser l'usage commun. Mais si un clip donne envie de voir le dvd et de le louer ou l'acheter, c'est bien. Après tout les clips passent aussi sur des chaînes télé gratuites.

    Bien à vous!

  • Oups, Brian: oublié le lien pour Monica Passos:

    http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2010/02/04/la-memoire-et-la-mer.html

  • @ Hommelibre


    Ne vous sentez pas obligé de vous justifier... je vous taquinais un chouïa, c'est tout!


    Le problème de l'internet, des droits d'auteur et des téléchargements illicites payants ou gratuits, c'est la quadrature du cercle!

    La personne qui achète un bien à souvent l'impression d'être prise entre le marteau de la loi et l'enclume du créateur... C'est tout juste si le fabricant ne décrète pas où, quand et comment l'acheteur doit utiliser ce qu'il vient d'acquérir... un peu à la manière de la marque à la pomme! ;o)

    Après, on peut comprendre que les consommateurs aient envie de se rebeller un brin, et de devenir des consommacteurs.

    Quelque part, même Jésus était un hacker-voleur avant l'heure; il a multiplié un petit pain, qu'il a sans doute acheté le matin chez son boulanger, sans que ce dernier voit l'ombre d'un kopeck sur ces nouveaux petits pains... C'est non seulement du vol, n'ayons pas peur des mots, mais également une forme de concurrence déloyale! L'artisant doit se lever à des heures impossibles, il doit acheter ses matières premières rubis sur l’ongle, il doit éventuellement payer un/des employé(s), et tout ça pour quoi? Pour voir un gugusse, dont le père a le bras long (encore un pistonné!), fabriquer des petits pains sans lever le petit doigt, comme d'autres enfilent des perles... C'est à vous décourager d'être un honnête commerçant!


    Bonne soirée.



    =:oB

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