Sarkozy: «Nicolas m’a tuer»

Comment le  gagnant d’il y a cinq ans, qui avait su emmener avec lui une partie de l’électorat populaire, des ouvriers, des enseignants, qui avait tout, a pu ainsi tout perdre? Si au début de l’été, quelque embellie avait pu faire illusion, le constat dure et se répète: une telle côte de désamour n’est pas porteuse de bonnes nouvelles pour le locataire de l’Elysée.

Le rejet dont Nicolas Sarkozy est l’objet fera sans doute longtemps gloser les éditorialistes. Ce sera plus facile quand il ne sera plus président, quand il y aura moins d’enjeux. Quelles sont les pistes pour donner sens à ce désamour?


sarkozy-1.jpgLa politique libérale

Il a été élu pour cela, on ne peut donc l’incriminer. Mais les français peuvent-ils accepter chez eux ce que Madame Thatcher ou Monsieur Reagan ont fait à l’étranger? Sont-ils prêts à abandonner le rôle central de l’Etat au profit d’une liberté plus grande mais moins sécurisante? Ce n’est pas certain.

Sa politique n’a pas produit les résultats escomptés sur deux points essentiels: le pouvoir d’achat et l’emploi. L’appauvrissement est vécu comme une punition et une injustice par ceux qui en sont les premières victimes, soit ceux qui n’avaient déjà pas beaucoup. Sa volonté d’attirer l’argent, et pour cela de jouer le jeu de ceux qui en ont, n’est pas fondamentalement erronée. Simplement cela n’a pas marché. Il n’a pas été suivi, ou n’a pas su convaincre ceux qu’il fallait. Au fond c’est un président assez isolé.

Paradoxalement l’impact le plus populaire de sa politique est son volet interventionniste: le soutien aux banques au plus fort de la crise financière. Il semble admis que cela ait amorti le choc sur l’emploi.

L’appauvrissement général des pays occidentaux est difficilement évitable. Personne n’aime entendre cela et les politiques se gardent bien de le dire. Nicolas Sarkozy pouvait difficilement à lui seul inventer de nouveaux pans de l’industrie pour créer un ou deux millions d’emplois! L’échec de sa politique de l’emploi et du pouvoir d’achat n’est pas dû à sa seule politique, mais à une évolution plus structurelle de la société. Mais dans l’isoloir, bulletin de vote à la main, l’électeur se moque bien de ces questions.


Les promesses et les réformes

Trop de promesses, beaucoup non tenues. La promesse de sauvetage de l’aciérie de Gandrange par exemple, martelé à la télévision comme un sermon de la messe pascale, n’a été suivie d’aucun effet. Pas plus que l’intention affirmée haut et fort d’encadrer les banques et de réguler la finance. Quand l’acte ne suit pas l’intention, le crédit personnel fond.
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Peu des réformes entreprises sous l’impulsion du président sont lisibles, et l’on ne voit guère de résultats dans le pays. La réforme la plus marquante est peut-être celle des retraites. Mais là encore elle n’a pas d’incidence positive directe sur la vie quotidienne.

Tant le président que le gouvernement et ses relais d’élus semblent avoir manqué de pédagogie depuis 4 ans et demie. La lisibilité d’un possible bilan est très faible. Pour une législature qui a placé les réformes comme un phare ce déficit pédagogique est dramatique. Avec Chirac il n’y avait pas besoin de bilan: on savait qu’il n’en faisait pas trop. Sarkozy a été plus ambitieux mais sa communication a échoué.


L’homme des riches

Cette critique récurrente est probablement une cause majeure du divorce entre Sarkozy et ceux qui l’ont élu. Le Fouquet’s le soir de son élection, l’augmentation de ses honoraires à l’Elysée, et d’autres signes le privent de légitimité quand il doit parler de la souffrance de ceux qui vivent de très peu. Il n’est pas audible en matière sociale.


La sécurité

La campagne contre les Rroms a-t-elle eu un impact négatif? Difficile à évaluer. C’était facile de s’en prendre à cette communauté, identifiable, localisable. La loi est la loi, certes. Mais il est resté l’impression désagréable que ces actions étaient un rideau de fumée pour occuper l’opinion.


La République irréprochable

Les affaires qui sortent régulièrement laissent un parfum de malaise. La justice n’ayant pas tranché on ne peut lui faire de procès d’intention. Mais pour quelqu’un qui prônait la République irréprochable, la proximité avec les personnes mises en cause n’est pas du meilleur effet et alimente la suspicion.

Toutefois on sait combien en politique des adversaires peuvent faire des coups. Les témoins qui déballent dans la presse ne m’intéressent pas. Je pense que l’on a tort d’instruire en public, par petits bouts, bribes de témoignages ici, documents là, tous éléments auxquels on fait dire ce que l’on vient sans rien prouver pour autant. Ce qui est certain est que quelles que soient les conséquences judiciaires des affaires en cours, il est probable qu’elles ne seront pas résolues avant l’élection de 2012. Rien donc n’empêchera qu’elles continuent à saper le pouvoir actuel.


sarkozy-2.jpgLe petit Nicolas

Le style, le ton, le français approximatif desservent Nicolas Sarkozy. On pouvait croire que sa familiarité était une réelle intention de déstatufier la fonction présidentielle. En réalité son mode de fonctionnement personnel, celui du «petit Nicolas», du gamin de petite taille qui a besoin d’être comme les grands, n’a pas passé. Le «Casse-toi pauvre con» voulait montrer que, bien que petit, Sarkozy était prêt à en découdre. Mais c’était une faute de style majeure pour un président en visite officielle. Peut-être faudrait-il faire l’impasse sur la question de la personnalité, et considérer qu’après tout son omniprésence est en adéquation avec la 5e République, qui donne ce pouvoir au chef de l’Etat. Après le minimalisme de Chirac, l’énergie et le volontarisme de Sarkozy étaient intéressants. Mais l’ensemble de tous ces points plombe le chef de l’Etat et, cinq ans après, cette énergie pourrait bien ne pas suffire à lui donner un second mandat.


Un autre candidat à droite

Nicolas Sarkozy est son propre ennemi. Le petit Nicolas en lui «l’a tuer». Certes la bête politique n’est pas tout-à-fait à genoux mais cela va être de plus en plus difficile de réparer ce désamour. Il peut espérer un sursaut au dernier moment. Il en fera un challenge personnel de plus: remonter la pente malgré le rejet qui s’est emparé d’une partie du pays.

Mais la droite doit-elle prendre un tel risque? Ne devrait-elle pas dès maintenant proposer un autre candidat? En 1988 Michel Rocard avait réveillé la gauche en tentant de prendre la vedette à Mitterrand. Pourquoi ne pas mettre quelqu’un dans les pattes de Nicolas Sarkozy? Un plus solide que Borloo, Morin ou Villepin?

Il semble que la droite accepte de se laisser plomber, par une loyauté qui n’a plus lieu d’être. Tant pis pour elle. Si elle veut perdre elle sait quoi faire: laisser tout pouvoir à Sarkozy. Elle est bien partie pour.

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Commentaires

  • Personnellement, il ne m'a pas déçue.
    De toute façon, il y a belle lurette que je ne crois plus aux promesses des "politiciens".
    Lors du deuxième tour des dernières élections présidentielles, je me suis dit que nous n'étions décidément pas gâtés avec le choix entre une mégalomane et un mégalomane.
    J'ai voté blanc ; je suis responsable de l'élection de Nicolas Sarkozy.
    En tant qu'individu, il m'indiffère. En tant que président de la république, je ne l'aime pas - et c'est un euphémisme.
    Mauvais gestionnaire, il n'a même pas la stature d'un président. Et j'ai honte, en tant que française, d'être représentée par un chef d'état qui s'exprime comme un loubard de banlieue.

  • Personnellement il m'a très déçus en tant que handicapé, citoyen et père de famille évoluant dans une république en perdition; collectivement, il est rejeté!Plus vite lui et sa bande seront virés, plus vite des gens compétents et de bonne volonté, pourront mener une politique honnête, à la hauteur des enjeux.

    Concernant sa politique extérieure c'est une catastrophe dont le prix sera très élevé pour nous comme nos enfants. Les valises et le pétrole ça suffit.

    Nos éducations nationales, qui sont des usines de fabrication de salariés dont on a plus besoin fonctionne à plein régime. Ce faisant, elles alimentent les pôles emploi et compagnie.Ils ont mis en faillite un système social en faisant tout et n'importe quoi pourvu de faire plaisir aux électeurs.

    Pas besoin de vous dire qu'en Suisse et dans d'autres petits pays mieux gérés, vous pouvez donner des leçons à nos tares de politiciens.

    -Douillet dans un ministère, c'est comme un "broutard" au milieu d"un salon. C'est du domaine de l'escroquerie et du copinage. Il faudra rendre des comptes un jour ou l'autre.

    Comme je l'ai indiqué en septembre 2010 je plains les familles entières qui vont se retrouver à la rue...

    Le Français se "broutardise" tout comme bien d'autres Européens...

    Définition du -broutard: "veau arrivé à terme pour l'abattage."

  • .../...

    Source "réalinfos"

    Vrais Chiffres Chômage AOUT 2011, 8 MILLIONS env de demandeurs d’emploi et travailleurs pauvres et précaires, intermitents.
    304 000 RADIATIONS en AOUT juste pour :
    - defaut actualisation 209 200 + 6,1 % ( + 3,3 % sur 1 an )
    - radiation administrative (punis) 42 600 – 11,1% ( – 0,2 % sur 1 an ).
    - mystérieuse rubrique « autre cas » 52 200 – 8,1 % ( – 3,9 % sur 1 an )
    Ces 3 seuls motifs de sorties représentent à eux seuls 66,1 % du total des sorties des listes des demandeurs d’emploi, ce mois ci.
    Les radiations pour maladie, maternité, retraite 34 700 – 5,2 % (- 3,6 % sur 1 an) 7,5 % des sorties totales
    Les radiations pour entrée en stage 26 100 – 14,7 % ( – 16,9 % sur 1 an ) 5,7 % des sorties totales
    Quand aux sorties des listes pour « reprise d’emploi déclaré », 95 300 – 4,6 % (- 2,7 % sur 1 an) et ne représentent que 20,7 % des sorties totales des 5 listes.
    Décryptage donc des vrais chiffres connus ( AOUT 2011 ) des demandeurs d’emploi, ceux dont les médias conventionnels ne parlent quasi jamais.
    Les Médias « conventionnels » en France c’est une CATASTROPHE, pas plus tard que le 23 mai, ils titraient TOUS suite à interview de Monsieur Christian Charpy, directeur général de Pôle-Emploi, que les radiations administratives ( punitions) étaient d’environ 2 000 par mois, TOUS dans la propagande, sans exception .. la réalité etant environ 40 000 par mois ! et vous pouvez toujours leur dire, qu’ils se plantent etc, ils en ont strictement RIEN A FAIRE, ils ne publieront JAMAIS un article, pour rectifier, JAMAIS.
    Ils occultent donc, les catégories D et E quasi systématiquement, les DOM TOM quasi systématiquement, et encore pire, une énorme partie des radiés mensuels (des centaines de milliers tout les mois, radiés, pour autre motif que reprise d’emploi ), et ils ne parlent évidemment JAMAIS des centaines de milliers de demandeurs d’emploi qui ne dépendent carrement pas du tout de pôle emploi pour diverses raisons. ( explications plus bas, environ 3 millions en tout ne sont comptés nulle part )
    Aout 2011, les chiffres sont toujours catastrophiques.
    Les chiffres des travailleurs précaires et pauvres toujours énormes, en même temps que celui du chômage de longue durée qui ne cesse d’augmenter + 25,6 % en 1 an, et de très longue durée (+ de 3 ans) + 19,8 % sur 1 an ( pour seules catégories A B C ) donc + dans la réalité.
    A noter que 41,3 % des demandeurs d’emploi inscrits, ne sont aucunement indemnisés, ni par les Assedics, ni par la solidarité nationale (RSA ou ASS), ni par rémunération stage, etc, encore pire si l’on compte donc, les non inscrits à Pôle emploi qui ne sont pas indémnisés non plus, pour une énorme partie d’entre eux.
    Plus de 8 millions de demandeurs d’emploi et travailleurs précaires par intermittences, soit 25% à 30% de la population active, on est très très très loin des annonces mensongères de environ 9,5% de chômeurs (seule catégorie A, inscrits chez pôle-emploi qui sert à la propagande)
    DOM TOM compris en chiffres bruts Pôle Emploi, on est à quasi 5 MILLIONS officiellement. ( 4 898 600 exactement, données bruts ) + 3,2 % sur 1 an.

  • En politique comme ailleurs, mais surtout en politique, les belles promesses rendent les fous joyeux. Et les belles promesses, c'est bien connu, n'engagent que ceux qui les tiennent...

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