Les paradoxes de la directive Zappelli

La cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait est une chose importante. On peut avoir des contradictions. Mais avec globalement une logique et une continuité entre le dit et le fait. Comment comprendre le fossé qui sépare le «Je dis» du «Je fais»?

Justice_Palace.JPGAinsi en est-il de la directive du Procureur général genevois Daniel Zappelli. Le ProcGen se plaignait récemment de ne pouvoir faire administrer la justice de la bonne manière, c’est-à-dire en tapant fort du côté des sanctions. Il citait en exemple les dealers qui n’en faisaient qu’à leur tête.

Et hop, retour de bâton.

Hier la Tribune lâche cette info, sous la plume de Catherine Focas: le PG a commis une circulaire à l’intention des magistrats, donnant des barèmes de peines à appliquer justement pour les dealers. Et là, c’est la famille bisounours et la caressothérapie: les dealers ne risquent au fond pas grand chose. Les explications du parquet étant au demeurant peu convaincantes, on se demande comment le PG a pu se tirer une balle dans le pied avec autant d’élégance que de naïveté.

Cette circulaire devait rester secrète. On comprend pourquoi...

En tous cas, c’est raté. Envoyer un tel document à tous les magistrats, y compris à ceux qui ne rêvent que d’être un jour calife à la place du calife, et psalmodier dans la presse qu’il n’a pas les moyens de sa politique, ou c’est de la naïveté ou il demande à être flagellé.

Paradoxe donc du discours public et de la pratique cachée. En public «je veux en faire plus et j’y suis empêché par le Code pénal», mais en cachette «j’en fais délibérément moins».


Autre paradoxe: d’un côté on criminalise à fond la fumette, de l’autre il faut avoir sur soi et destiner à la vente au moins 2,5 kilos de résine de cannabis pour mériter le Tribunal de police. Sous ce seuil ce ne sont que des jours-amendes.

A voir le peu de gravité donné à l’usage de stupéfiants, on se demande toujours pourquoi l’Etat ne libéralise pas et n’en fait pas lui-même le commerce, comme l’acool. Il gagnerait des sous, garantirait la qualité, réduirant l’influence des mafias et économiserait sur le boulot inutile de la police.

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Je crois avoir compris: Monsieur Zappelli travaille pour l’économie genevoise. Plus il y a de dealers travaillant presque librement, plus il y a de clients qui viennent dépenser leur argent à Genève. Car j’imagine qu’un acheteur venant de Mies, Ferney ou Cluses, va au moins boire un café dans notre région, faisant ainsi gonfler les recettes de nos tavernes et donc leurs impôts. De plus les dealers dépensent aussi dans notre cité. Donc c’est bon pour les recettes fiscales. Grâce à quoi le ProcGen espère avoir enfin les suppléments financiers dont le parquet aurait bien besoin pour traiter les affaires en temps raisonnables - voire les traiter, tout simplement.

Car quand deux plaintes documentées pour dénonciation calomnieuse sont déposées et qu’un an et plus après le dépôt, il n’y a pas la moindre information sur ce que le PG en a fait, on peut en effet penser que la justice ne gère plus grand-chose. Peut-être par manque de moyens. Ou parce que certaines classes d’infractions n’intéressent pas le procureur. Qui, conséquemment, fait son boulot plus selon ses humeurs ou à la tête du client que selon les tables de la loi. Il faut parfois s’accrocher pour garder un sens civique et ne pas tout envoyer promener...

Bon, en tous cas ne nous plaignons pas des dealers à Genève: le ProcGen a été élu, il fait son boulot.

Ou ne le fait pas.

C’est comme ça.


Et s’il tient un double langage, c’est son droit. Na.

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