Affiches du 15 mai (1): quelle est celle qui sert de papier-cul?

Quelques images fortes dans les affiches de campagne. De la castagne, de la vulgarité, de la douceur. Une palette d’émotions. Chaque parti ou groupe d’intérêt a son langage. Je propose une nouvelle fois une analyse visuelle et textuelle de la forme, de la manière de communiquer, sans prendre parti sur le fond, sur le contenu des positions. Ce qui ne m’empêche pas de dire ce mon avis sur le message véhiculé. Ce n'est qu'un point de vue, appuyé sur les éléments mis en images des affiches. J'aime tenter de décoder les images au-delà de ce qu'elles veulent nous montrer.

De l’émotion donc. C’est très délicat l’émotion en politique. Elle inspire des réactions non argumentées où les connotations personnelles peuvent prendre le dessus. On ne réfléchit plus, on réagit. Cliquer sur les images pour les agrandir.


Aff15maiMcg.jpgJe commence par l’affiche du MCG. Le visuel est plus sobre que d’habitude. On retrouve la bande jaune et rouge et le logo. Mais pas d’image. Uniquement du texte. Le «Assez» appelle d’emblée à la réaction émotionnelle d’exaspération. Assez de quoi? On regarde vite le texte qui suit. Il parle de pollution. Puis il continue...

Chic, on va pouvoir y foutre la merde qu’on a dans la tête. La bonne affiche défouloir. On pourrait même pisser dessus, tiens. Allez, passons-y toutes nos frustrations. C’est fait pour. Votre mari est alcoolique? Votez MCG. Votre femme vous fait ch...? Votez MCG. Vous avez des hémorroïdes? Votez MCG. Vous en avez marre de la pollution? Cassez les voitures des frontaliers. Ou mieux: piquez-la leur et roulez sur ces cyclistes de merde qui veulent des pistes cyclables.

Le langage c’est une partie de l’identité. L’identité MCG c’est la merde. Le caca. A partir de son langage l’affiche appelle à tout. Il faut juste se boucher le nez et essuyer ses semelles quand on est passé à proximité. Parce que le texte parle de chier, donc de merde, d’étron, d’anus, de cul, de matière brune molle. On voit presque la diarrhée couler, avec des glaires si possibles.

Pas fatiguante cette affiche. Il n'y a rien à décoder au-delà car il n'y a rien au-delà. Tout est présent (c'est d'ailleurs la seule force de ce genre de discours: le langage ne veut pas dire autre chose que ce qu'il dit). Cela pourrait même être plus explicite, en mettant en filigrane une cuvette de chiottes. Un affiche très utile: on peut la déchirer et l’utiliser comme papier Q.

Certains seront peut-être surpris de ce langage de ma part. Je réagis au texte. Je développe ce que la violence langagière de l’affiche suggère. Car ils n’ont même pas eu les couilles, même pas eu les couilles d’aller au bout de l’étron qui leur sert de paysage mental. J’en rajoute à peine. Tout est contenu dans l’affiche. Je tiens le langage de l’affiche. Je suis cohérent avec le contenu textuel: «Avant de faire ch... les genevois».  S'il est écrit "chier" c'est parce que le MCG pense "chier". Propos que l'on garde habituellement pour d'autres circonstances, moins publiques. Vulgarité et violence rare pour une affiche politique. Degré zéro de la réflexion et de l’argumentation. Cerveau zéro neurone. Même la pollution devient maintenant un argument anti-frontaliers.

- Ah bon, c’est une votation sur les frontaliers?

- Non, c'est une déclaration de guerre.

Au fait, s’ils roulent en France le long de la frontière, les frontaliers, la pollution ne vient pas? C’est comme le nuage de Tchernobyl qui avait contourné la frontière française?

Question: comment ont-ils compté 70’000 voitures? L’une après l’autre? Et tous les très nombreux frontaliers qui prennent le tram ou le bus, ils les ont comptés aussi? Faut arrêter les trams si on veut arrêter les frontaliers. Allez, Messieurs, montez à l’assaut du 12 et du 16. Ça suffit ces trams qui pullulent de sales frontaliers pollueurs...

Il faudrait être cohérent et casser les voitures des frontaliers qui viennent à Genève. Et en retour eux casseront les voitures des genevois qui passent la frontière. Le MCG veut faire de Genève un ghetto. Mais ça on le sait depuis qu’il avait proposé de parquer les SDF aux Vernets transformés en camp de rétention.

Les décideurs (s’il y en a plusieurs...) du MCG ont dû consommer trop de champignons irradiés. Il reste des séquelles.



Aff15maiVerts1.jpgAllez, l’affiche Plaine de l’Aire maintenant, soutenue par Greenpeace, le parti communiste, sauvons les arbres, etc.

Compliquée, chargée en visuel. On voit un volcan poursuivre deux carottes. En pleine forme, les carottes. Le volcan crache des débris: voitures, immeubles. La société - opposée ici à la nature - est considérée comme un ensemble de débris. Donc par extension votre chauffage central, votre téléphone, votre tram, votre scanner quand vous faites un examen à l’hôpital, votre défibrillateur, bref, tout ce que la société produit et qui est symbolisé ici par des bagnoles et un immeuble, tout ça c’est du débris, de la saleté qui pollue la pure nature. Cela pourrait être sympa. Et ils ont compris que le public réagit aux images et injonctions primaires. Ils ont appris les règles de la manipulation des foules. Mais c'est sans compter sur le message subliminal contenu dans l'affiche. Une vision paranoïaque. L'écologie ne fait pas envie.

Rien à dire sur le texte, il n’y en a pas. Je pense que l’image est faite pour toucher les enfants entre 5 et 10 ans.

 

 

 

Aff15maiVerts-2.jpgDans le même registre l’affiche des Verts. Image enfantine elle aussi, avec l’ombre d’un possible T-Rex - un très méchant - et une machine superposée qui veut attraper l’agneau - un très gentil. On en rajoute pour bien s’assurer que tout le monde a compris. Le prédateur est à nouveau opposé à l’agneau.

Le message de ces deux dernières affiches est clair: l’écologie milite pour un monde pur et bon, où le mal est aux mains de prédateurs représentés par le progrès technique et la civilisation. Le sentiment du restrictif, du crispé, de la peur, revient en force ici: il est possible au final que l’on ne puisse pas être écologiste et heureux. Le simplisme de l’affiche le suggère, en posant la nature - et donc ses défenseurs - en victimes sacrifiées à la modernité.

A part l'exaspération en haut de l'affiche, comme pour le MCG, il n'y a aucun véritable argument, sinon l’impression que l’écologie est incompatible avec le mode moderne. Pour aller au bout de cette représentation du monde non argumentée, il faudrait remplacer la petite fleur en bas par une bougie...

Mais il faut reconnaître que c’est reposant un monde où il y a les gentils d’un côté, et les méchants de l’autres. Pas besoin de se poser de questions. Le monde est simple. Merci les Verts. de nous montrer qu’il n’y a pas besoin de penser.

A part cela les Verts ont bien fait de changer un peu de look pour cette votation. Cela renouvelle l'intérêt.

 

Voilà, c’est assez pour aujourd’hui. A suivre.

Catégories : Politique 12 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • C'est amusant de voir que certains dans notre petite Genève, petite Suisse, petite Europe, nous proposent un monde enchanté et gouverné par l'idée d'un bien-être sylvestre pendant que des milliards d'habitants des grands pays dans de grands continents rêvent au jour où ils pourront avoir leur frigo, leur voiture et leur air climatisé. Qu'ils sont donc stupides et que nous sommes sages!

  • @Hommelibre la Migros avait déjà testé ce genre de vente mais avec des signes astrologiques,cette mode ne dura pas mais entretemps tous ceux ayant tenté l'expérience perdirent leur vraie personnalité et ce dans une fosse d'aisance!

  • Eh bien, John, vous vous êtes lâché ! Excellent pour les zygomatiques.
    C'est tout à fait ça: une déclaration de guerre. Ils vont avoir du boulot, au MCG, pour essayer de faire croire qu'ils n'ont rien contre les frontaliers...
    Quant aux décroissants, leur vision du monde est elle aussi d'un manichéisme confondant. A vous désespérer du genre humain. Ou comment passer du rire aux larmes en un seul billet.

  • ce billet est nul archi nul. Zéro pointé.

  • @ Gilles Daplont:

    Courageux, courageux, ça... Diffamer... C'est le MCG qui vous envoie faire ses basses oeuvres? En êtes-vous membre? Allez, courage, annoncez-vous, dévoilez-vous. Assumez. Soyez un homme.

    Votre adresse courriel est: GD@yopmail.com, venant de IP 66.232.107.140 .

    Yopmail c'est: une machine à fabriquer des adresses courriel anonymes et jetables, afin de le pas être repéré. A lire ici: http://www.yopmail.com/ . Donc tout cela est bidon.


    Donc deux diffamations dans un seul commentaire! Vous faites fort. Et vous faites honneur au MCG, pas de doute: vos méthodes et les siennes vont très bien ensemble. On voit quel genre de personne soutient ce parti.

    Enfin tout est sauvegardé et je vais voir ce que je fais de cela. Il doit y avoir moyen de remonter à vous.

  • Dites Souaille je veut bien un petit quelque chose de se que vous verse les cartels colombiens de la drogue. Remarquez que ces derniers sont devenu des enfants de choeur comparé à ceux du Mexique.

    Pour le billet en question. Le MCG n'est pas contre les 70'000 voitures française qui passent la frontière mais contre ce qu'il y a dedans. Quand la grande majorité des frontaliers prendront les transports en commun; le MCG accusera ces même frontaliers qui piquent le boulot aux genevois de piquer les places assises des bus, des trains et autre trams.

    Cher Hommelibre c'est vrai que vous vous êtes un peu lâché. Mais des fois ça fait un bien fou. Bravo!!!!

  • @hommelibre

    Cela fait longtemps que je m'offusque des calomnies et diffamations qui sont lancées dans les commentaires mais aussi dans les billets. Je trouve le commentaire de Gilles Dalont particulièrement répugnant.

    Vous-même vous ne vous gênez pas parfois de blesser des individus et des partis sous prétexte que vous ne partagez pas leurs points de vues.

    Initiez le cercle vertueux.

  • @ Rudny:

    J'en conviens: je peux être blessant.

    Suivant avec qui, cela fait partie du débat. C'est aussi une part de moi. J'y travaille mais je ne la renie pas entièrement. Parfois je pense utile de réagir fortement. Parfois je vois que ce n'étais pas approprié. J'ai déjà présenté mes excuses ou révisé ma position dans certains cas. Je suis moi-même parfois attaqué durement sur mes positions. Je suis certainement blessé par les calomnies ou les mensonges, pour le reste j'assume.

    Mais dans le cas présent je ne pense pas blesser - ou alors pas plus que l'affiche du MCG ne blesse les frontaliers et les cyclistes. J'en connais dans mon quartier, des frontaliers avec lesquels je parle. Certains se sentent comme des pestiférés, voire menacés physiquement. Moi-même je ne l'avais pas encore vue avant de la prendre en photo. Je suis resté choqué un moment par ce texte, par le fait que des gens, qui briguent des mandats, osent un tel texte.

    Et je suis très étonné que personne à ma connaissance, dans les médias par exemple, n'ait relevé la violence de ce texte. Il pourrait tomber sous le coup d'incitation à la haine et à la violence.

    Le texte de cette affiche est extrême. Bloquer des voitures cela veut dire bloquer, pas autre chose. C'est une menace, une menace physique, violente.

    Alors quand je lis dans la même phrase: "Avant de faire chier ... bloquons les voitures", j'y vois une violence inacceptable. J'aurais pu répondre de manière plus mesurée. Oui je me suis lâché. Mais ici je ne le regrette pas. Non je n'ai pas de respect pour des gens qui écrivent et revendiquent ce texte - et j'ai certainement tort de ne pas les respecter. Car je ne fais rien de mieux en ne les respectant pas. Mais je n'ai quand-même pas de regret sur mon billet.

    J'avais été critiqué pour mon billet sur Sandrine Salerno et ses propos sur les hommes et les hôtesses du salon de l'auto. Mais là aussi il ne faut pas oublier la violence des propos qu'elle a tenus.

    Je ne sais pas si ma manière de réagir dans ces cas-là est la meilleure. Mais j'espère qu'elle suscite quelques réflexions.

  • Peut-être que je ne suis pas bon pour initier le cercle vertueux, comme vous le suggérez, Rudny. J'ai l'impression de le faire parfois pourtant.

    Pour simplifier: j'ai des hésitations entre le guerrier et le philosophe. Les situations où j'ai déposé les armes ont eu des effets négatifs sur ma vie. Et je me pose réellement la question: est-ce une bonne chose que de déposer les armes? Je questionne actuellement des choix fondamentaux que j'ai fait jusque là, et dont je ne suis plus certain du fondement aujourd'hui.

  • @hommelibre
    Permettez-moi de saisir le prétexte de votre dernière note, dans laquelle vous faites référence à la vertu, à la philosophie et à la guerre, pour pérorer quelque peu sur certains aspects des sujets évoqués.
    Guerrier ou philosophe ne devrait pas nécessairement être exclusif. La tradition japonaise, par exemple, reconnaît de nombreuses voies tendant à la perfection, parmi lesquelles celles des traditions guerrières aussi bien que commerciales ou plus purement esthétiques, sans que certaines ne soient nécessairement ni supérieures ni méprisables.
    En Occident nous sommes actuellement submergés par une vague de bons sentiments, qui tirent en partie leur origine dans la culpabilité liée à l'efficacité des techniques nées de notre civilisation. Les aspects destructeurs de cette efficacité sont ainsi reconnus et mis en avant de manière exclusive, alors que d'autres, dont bénéficient maintenant tous les peuples du monde, sont niés ou passés sous silence: qui voudrait retourner dans une monde sans anesthésiants, sans anti-biotiques, sans réfrigérateurs et sans moyens de transports motorisés, et j'en passe? Qui n'est pas légitimement fier chez nous des démarches philosophiques qui ont mené à l'élaboration des divers textes qui entérinent ce que nous appelons les Droits de l'Homme?
    Oser défendre nos accomplissements, sans nier pour autant les qualités autres, ne devrait pas passer pour un acte de violence. Résister, par la force si nécessaire, à ceux qui font appel à notre pacifisme uniquement pour nous trouver désarmés face à leurs propres violences non plus. Savoir utiliser le langage de la force avec ceux qui ne comprennent que celui-là ou qui ne respectent que celui-là est une nécessité, comme savoir dire non à des exigences qui lèsent nos intérêts légitimes ou nient nos propres valeurs.
    Des guerres sont menées sans cesse dans le monde, et cela de plus en plus depuis la généralisation des moyens d'information de masse, des guerres de désinformation, d'intoxication, d'asservissement idéologiques, des guerres où tous les coups sont permis, en particulier celui de la culpabilisation: elles ne sont souvent pas moins meurtrières que celles qui reposent sur des échanges d'obus, même si leurs effets sont moins visibles et mettent plus de temps à se manifester.

  • Au-delà de son ton outrancier, l'affiche du MCG pose un vrai problème: les limitations de circulation aux voitures ne doivent être réservées qu'aux résidents?

    Actuellement, le trafic pendulaire encombre nos routes et c'est aux résidents que l'on veut imposer des restrictions.

    Tant que ce problème existera, des mouvements comme le MCG fleuriront, car l'injustice est flagrante.

    Cela dit, je n'approuve pas le texte de l'affiche qui est excessif ni le commentaire de M. Daplont qui est tout simplement ordurier et diffamatoire. C'est tellement gros qu'on en vient à se demander si ce n'est pas une provocation d'une personne hostile au MCG !

  • Cher John, je découvre à l'instant le commentaire de ce soi-disant Daplont. Qui pour ce qui me concerne est signé: c'est la deuxième fois que l'on m'attaque de la sorte, quasiment dans les mêmes termes et la première c'était Corto.
    Le style étant quasiment identique, tout porte à croire qu'il s'agit à nouveau de la même personne. Et honnêtement, je ne pense pas qu'il soit au MCG, même s'il soutient certaines de leurs thèses.
    La première fois, je n'avais pas porté plainte, jugeant le personnage au bord de la folie. Mais le fait qu'un fou puisse s'exprimer librement sur internet en racontant n'importe quoi sur les personnes qui lui déplaisent pose un problème de fond.

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