Eugénisme, domination, génétique et égalité (2)

Suite du billet précédent.

Eugénisme = racisme

Le fait d’émettre l’hypothèse d’une incidence génétique sur le comportement pose parfois problème. A une certaine époque, soit environ de 1850 à 1940, une théorie s’est construite en parallèle aux conclusions de Darwin sur la sélection naturelle et l’évolution des espèces. Francis Galtion était le cousin de Darwin. Il vivait dans une idéologie de classes où les dominant devaient être protégés et valorisés: c’était l’eugénisme. Il préconisait les mariages entre gens de même classe, refusant la mixité au prétexte d’un soi-disante décadence de la société française. Il voulait sélectionner les humains comme on sélectionne une race chez les animaux.

eugenisme1.jpg«En 1869, dans Hereditary Genius, une étude consacrée au génie des grands hommes britanniques, il conclut à son caractère héréditaire[2]. Il lui paraît alors nécessaire de maintenir les lignées des grands hommes de la nation par une organisation rationnelle des mariages, une discipline qu’il désigne sous le nom de « viriculture ». En 1883, Galton publie Inquiries into human faculty and its development : la viriculture y devient l’eugénisme que Galton considère comme la « science de l’amélioration des lignées » et qu’il entend appliquer aux êtres humains sur le modèle de l’élevage sélectif des animaux.»

Au 19e siècle se développaient très fortement le nationalisme et le racisme avec les races supérieures et inférieures. L’eugénisme allait s’articuler avec ces idéologies. Il allait devenir un thème courant dans la société de l’époque, repris dans des débats et par les politiques. Précisons toutefois en quoi consistait cet eugénisme dans certains aspect pratiques.


Eugénisme = nazis
eugénisme3-racisme_italie.jpg
«Pour Charles Richet, le prix Nobel français de médecine de 1913, « lorsqu’il s’agira de la race jaune, et, à plus forte raison, de la race noire, pour conserver, et surtout pour augmenter notre puissance mentale, il faudra pratiquer non plus la sélection individuelle comme avec nos frères les blancs, mais la sélection spécifique, en écartant résolument tout mélange avec les races inférieures ». Il faut ainsi qu’une autorité conduise l’ « élimination des races inférieures » puis celle des « anormaux .»

On sait où cela a abouti: à la défense de la race aryenne et à la shoah:

«Le régime nazi consommera tragiquement les noces du racisme et de l’eugénisme, en s’attaquant avec ses lois de stérilisation aux Noirs nés de l’occupation de la Ruhr par les troupes coloniales françaises en 1923 (un épisode dénoncé comme la Honte noire avant même l’avènement du nazisme) puis en appliquant méthodiquement le programme d’élimination des « races inférieures » aux Juifs et aux Tsiganes.»

L’eugénisme et le racisme allaient en sens inverse du christianisme, de l’humanisme, du socialisme et du libéralisme, qui eux prônaient l’égalité et le respect de tous les humains. Il a fallu attendre la fin du 20e siècle pour que le racisme soit définitivement enterré: il n’y a pas de race supérieure ou inférieure.


eugénisme2.jpgL’égalité à marche forcée

On parle aujourd’hui beaucoup d’égalité. Les humains ne sont pas égaux en qualités, compétences, santé, caractère. Comment obliger les humains à être égaux et par exemple éviter à ceux qui ne sont jamais malades de devoir payer pour les autres? En tuant ceux qui ont des gênes de domination dès la naissance. En stérilisant les récalcitrants à la politique du parti. En n’autorisant que les mariages entre «bons». En quelques générations on arriverait, par croisements et manipulation génétiques, à une égalité totale: même visage, taille, poids, QI, beauté. Le meilleur des mondes égalitaires.

C’est une provocation bien sûr. Mais aujourd’hui le simple fait de se demander si la génétique peut influer sur le comportement, sans d’ailleurs y répondre, est suspect aux yeux de certains. Cela fait partie des nouveaux tabous. Peut-on se demander l’importance éventuelle de la génétique sur le comportement? Pour ma part la réponse est oui. S’il doit être un jour démontré que cela n’a aucune incidence, il faudra en prendre acte.

En dernier point, les inégalités ne doivent pas être considérées comme des exclusions. L‘humain a développé la fraternité et la solidarité. L’éventuelle incidence génétique dans les différences n’implique en aucun cas à mes yeux une différence de valeur et de droit.

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Commentaires

  • "la génétique peut influer sur le comportement, sans d’ailleurs y répondre, est suspect aux yeux de certains."

    oui suspect au yeux de tenants de la théorie "gender" qui apparement a pas mal d'adeptes dans notre chére éducation nationale.

    http://webu2.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/mixite.html

    " 75 % des personnages centraux des histoires racontées sont masculins, et leurs sentiments sont stéréotypés (les hommes éprouvent majoritairement de la colère, le courage, la force, et sont dans des positions de commander ou d'exercer une profession hors du foyer ; les femmes, elles, éprouvent majoritairement de l'amour, de l'affection, la peur, la dépendance et sont plus souvent en position de s'occuper du foyer). "

    mettre en avant les différences entre les hommes et les femmes, c'est véhiculer des stéréotypes mais bien sur !!!!

    "Eviter aussi de sous-entendre que les garçons et les filles auraient des capacités, ou une intelligence différentes"

    de quel droit alors que c'est prouvé que les garçons et les filles oonts des aptitudes différentes.

    "Répertoire d'activités pour l'école primaire pour promouvoir l'égalité filles/garçons. Les petits égaux"

    comment on confond égalité et similitude.

    http://www.creteil.iufm.fr/ressources/service-commun-de-documentation/dossiers/dossiers-thematiques/egalite-filles-garcons-femmes-hommes/bibliotheque-de-liens/

    "FILLES ET GARÇONS DEVANT L'ENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE (Pdf). La relative éviction des filles des filières scientifiques et techniques est un phénomène connu de tous, à tel point qu'il peut sembler "naturel", que les filles semblent moins aptes ou moins attirées que les garçons par les sciences ou les techniques. La question de leur compétence en maths est alors souvent posée. De nombreuses recherches anglo-saxonnes se sont intéressées aux différences entre filles et garçons en matière d'attitude et de réussite dans les domaines scientifiques. A partir de certaines de ces recherches, qui se sont déroulées dans un contexte d'idéologie dominante masculine, on s'accorde à considérer comme valablement démontrées des différences telles qu'une meilleure aptitude verbale chez les filles, de meilleures aptitudes visuelle et spatiale chez les garçons. Cependant, l'unanimité à leur sujet n'est pas totale chez les psychologues et beaucoup de résultats de recherches, qui ne parviennent pas à mettre en évidence de différence selon le sexe, ne sont jamais publiés."

    oui mais bien sur !!!!!!

    qui se sont déroulées dans un contexte d'idéologie dominante masculine,

    j'imagine que dooren kimura apprécierait beaucoup ce genre de délires féministes.

    "Orientation scolaire atypique et insertion professionnelle (Pdf). Risque de chômage, temps partiel contraint, salaires inférieurs, accès plus difficile aux emplois de cadres… la liste des disparités professionnelles entre hommes et femmes est longue. Ces inégalités, patentes dès l’entrée dans la vie active, sont bien souvent interprétées comme le fruit d’une orientation scolaire différente. On peut dès lors, légitimement penser que les écarts sont moindres pour les filles et les garçons qui ont choisi "

    "cela ne suffit pas à combler le retard qu’elles accusent en début de vie professionnelle."

    faux mais nos chéres théoriciennes n'en sonts pas à un mensonge prés !!!!

    http://www.la-cause-des-hommes.com/spip.php?article298

  • "comment on confond égalité et similitude."

    C'est bien l'une des confusions dans le discours et la pensée actuelle.

  • merçi HL pour ce billet, en espérant qu'il aura beaucoup de commentaires éclairés lucides intéressants.

  • 2-3 pistes de réflexions en vrac :

    Plus une espèce est intellectuellement complexe, dans le monde animal, plus le temps d'apprentissage du jeune au contact de l'adulte augmente. Assertion non prouvée par moi, mais en règle générale admise car facilement observable et somme toute logique.

    En conséquence de quoi, plus une espèce est intellectuellement complexe, plus la part le l'acquis par rapport à l'inné augmente. Assertion non prouvée, mais logique.

    Malgré tout, au sein d'une espèce, chaque individu demeure unique. Deux frères / soeurs humains avec à peine une année de différence d'âge, élevés identiquement par les mêmes parents dans le même milieu vont néanmoins souvent développer des caractères bien différents.
    Donc, la part importante de l'acquis chez l'humain ne permet en rien de gommer suffisamment la part de l'inné pour l'occulter.


    Autre réflexion :

    La connaissance actuelle du fonctionnement du cerveau est encore lacunaire.
    Des chercheurs ont trouvé dernièrement (ma mémoire me fait défaut mais c'était dans les 2 dernières années) qu'un gène est responsable de la sensibilité de certains récepteurs à la dopamine (si ma mémoire est bonne, mais si c'est une autre substance cela ne change pas le résultat final, j'y arrive), ce qui en substance explique la différence de réponse d'un individu à l'autre face aux addictions : en bref, l'addiction à de très nombreuses drogues serait génétique dans une certaine mesure.
    Cela reste du domaine de la recherche, mais cela ouvre bien des perspectives dans la façon d'aborder les problèmes d'addictions...

    Quant à l'eugénisme actif, que penser de nos sociétés riches qui vaccinent contre bien des maladies, alors que pour des raisons essentiellement financières nous refusons ces vaccins et soins à un quart de la population mondiale ?

    Bonnes réflexions à vous !

  • extrait d'un livre qui donne un exemple de domination masculine
    livre "j'étais médecin dans les tranchées" de louis Maufrais.

    "Nous sommes en haut d'une grande côte qui descend en pente douce jusqu'à Saint-Quentin. Pour dormir, on nous a donné un abri dans un chemin creux, au bord de la route. À côté de moi, il y a Livrelli, puis Chevillas, un peu plus loin, les deux chirurgiens Louvard et Andrieu, et, au-delà, les deux infirmières.
    Pour passer le temps, nous trois de l'ambulance, nous nous amusons à observer discrètement la méta¬morphose de nos deux filles. Jusque-là, en plein travail, elles faisaient figure de subordonnées. Mais, au repos, elles se conduisent en maîtresses de maison. Elles ne manquent ni de stratégie ni de tactique, il faut dire. J'en aurai d'ailleurs la preuve six mois plus tard, quand je recevrai une lettre de Louvard m'annonçant son mariage, et celui d'Andrieu."

    d'autres exemples aussi terribles dans le livre de marie Rounet
    " du coté des Hommes"

    "mais j'ai su très vite que la maison était à la femme, le monde exté¬rieur à l'homme. Pas à n'importe quelle femme de la maisonnée. A la maîtresse. A ma mère chez moi. A ma grand-mère chez elle, et non à ma grand-tante, sa sœur, qui vivait avec elle depuis toujours.
    J'habitais chez ma mère, tout me le disait. Armoires, placards, organisation et déroule¬ment de l'ordre étaient à elle. Si petit et si lourd de tâches que fût le royaume, il lui appartenait en exclusivité. Père et enfants y étaient tolérés, gracieusement, à condition, tou¬tefois, de respecter ses règles à elle — telle chose était là et pas là, mes affaires devaient être rangées et non semées partout, je devais me tenir tranquille, plier mon pyjama et ainsi de suite. J'habitais chez elle, mais autrement que ne l'aurait perçu un garçon de mon âge, car j'étais en puissance d'occuper un jour une place similaire, non dans ma maison d'enfance mais dans celle qui un jour serait mienne. J'étais princesse en puissance de devenir reine. J'avais une envie cuisante de tout ce qui m'était interdit : fouiller dans les tiroirs, sous les piles de linge, dans les papiers de famille, les sacs à main, la vaisselle. Quand ma grand-mère mourut, puis ma mère, et dernièrement la dernière aïeule de la famille, la tante Jeanne, ce fut moi qui débarrassai, triai, choisis ce qu'il fallait donner au brocanteur et ce qu'il fallait garder. Malgré le chagrin, surtout dans la maison de mes parents, j'eus une volupté incroyable à faire cela. Revanche sur des ordres domestiques auxquels il me fut interdit de toucher, satisfaction d'une vieille curiosité retenue depuis longtemps.
    Quand les hommes étaient au travail, quand le dimanche mon père était en train de courir la campagne, mon grand-père en train d'attendre la touche de la carpe au bord de la rivière, les femmes jouissaient de leur bien.
    Moi aussi, mais le mien était minuscule : un des deux tiroirs de l'armoire — l'autre était à ma sœur —, la moitié du grand tiroir du bas, et une caisse glissée sous une table — elle contenait mes jouets, mes « choses », et je devais la tenir dans un ordre strict. C'était tout. Le reste était à ma mère.
    Y compris les enfants. C'est elle qui pre¬nait les décisions nous concernant, qui dirigeait l'habillement, refusait ou donnait son autori-sation pour une sortie, une promenade, don¬nait une gifle ou une volée suivant l'impor¬tance du manquement. C'est elle qui touchait l'argent des vendanges et en restait la gérante exclusive — mon père ne savait même pas à combien se montait le pécule.
    C'est ma mère qui distribuait le goûter, je veux dire l'accompagnement du pain. Cela n'allait pas sans pleurnicheries de ma part, récriminations, insistance. Je n'étais pas docile comme certaines de mes copines. Quand je désirais quelque chose, je le demandais jusqu'à ce que j'obtienne soit une gifle, soit la capitu-lation de ma mère. C'est toujours d'elle qu'il fallait faire le siège. Moi, je savais qu'un jour dans le futur il y
    avait, déjà prévue, une semblable place de pouvoir, mais un garçon de mon âge ? Après avoir été chez sa mère, il serait chez sa femme. Il n'est pas sûr qu'il ne le sût pas, confusé¬ment, déjà.
    Aujourd'hui encore, j'ai le sentiment
    — profond, chevillé, physique — que four¬
    neaux, réserves de linge, espaces divers
    m'appartiennent et c'est avec soulagement que
    je renvoie tout le monde, après les repas, pour
    faire cuisine nette.
    J'ai en tête des moments de grande puis¬sance quand, aux jours de canicule, mon époux, mes fils, les brus et les enfants dorment ou lisent sous les chênes et que je fais mon train. J'étends le linge, je pose les écrans trans¬lucides entre moi et le paysage.
    C'est un moment où la pensée marche for-tement, où je rumine des mots, des émotions, où j'essaie de saisir, car le geste efficace libère l'esprit, ce qui s'agite en moi.
    C'est vrai aujourd'hui comme au temps où cette maison n'avait aucun confort. Rien n'allégeait les nécessités de la vie. J'étais allée chercher l'eau en bas de la colline et les seaux étaient lourds. J'avais lavé le linge à la main. Mais la vaisselle séchait au soleil sur le muret de pierres et j'étais souveraine. Mes hommes
    — mari et fils — étaient chez moi comme
    autrefois mon père habitait chez ma mère.
    Tous étaient du seuil et de l'errance comme
    ces garçons qui rôdaient tandis que nous étions ancrées sur le trottoir. Nous fermions la porte. Ils n'avaient pas de chez-eux. Us devraient le trouver.
    Dans le cœur brûlant de l'été, je voyais par¬tir mes fils vers la crête avec leur attirail de pêche. Ou alors ils allaient arpenter le ruisseau. Ou bien ils grimperaient dans le chêne avec des livres. La plate-forme aérienne inconfor¬table et dangereuse serait leur maison fragile et provisoire en attendant d'autres maisons aussi fragiles et provisoires.
    Un bureau fut le « chez-eux » des hommes quand c'était possible et dans un certain milieu. Sinon une remise, un jardin potager, comme mon beau-père, lorsqu'il se chamaillait avec sa femme, avait le recours du jardin. Mon père eut son garage de mécanicien. Il y gar¬dait une partie de ses affaires de chasse, long¬temps il y éleva ses chiens. Quand il fut à la retraite, ma mère lui abandonna un petit bahut. Comme elle nous avait octroyé les tiroirs de l'armoire, elle lui définit un espace. Il cher¬chait bien à mordre sur la maison, mais quelle guerre ! Il installait dans un coin d'une vitrine du buffet une pince d'écrevisse particuliè¬rement grosse qui lui rappelait une pêche mira¬culeuse, la tête d'un loup qu'il avait lui-même naturalisée et vernie, quelque oiseau empaillé, mais il ne devait pas exagérer. Ces dépouilles — il disait : « mes souvenirs » — étaient
    seulement tolérées et non point aimées : ce qui avait trempé dans le formol « puait » et la huppe était un « nid à poussière ».
    Il n'aurait pas ouvert l'armoire pour y cher¬cher ce dont il avait besoin. S'il demandait qu'on lui donne un mouchoir ou des chaus¬settes, ce n'était pas pour se faire servir mais parce qu'il était entendu qu'il allait mettre du désordre en cherchant intempestivement. Si jamais — par extraordinaire — ma mère entendait le bruit de l'armoire : « Qu'est-ce que tu veux ? » criait-elle. Et quand il répon¬dait : « Mon cache-nez gris », « Un tricot de peau », elle s'empressait : « Attends. Je te le donne. Tu me dérangerais tout. »
    Souvent, je l'ai entendue raconter à ses amies — et toutes renchérissaient — qu'il demandait « même un mouchoir ». La vérité était autre. Une interdiction tacite de ma mère l'empêchait de se servir lui-même, plus forte qu'un tour de clé. Pour les papiers officiels aussi il devait demander.
    Les armoires avec leur jeu au carré des piles de linge furent longtemps les secrétaires et les coffres-forts des femmes les plus humbles. On trouvait de tout dans le dédale des plis impec-cables et que n'ai-je pas trouvé en fouillant avec délices dans ces armoires interdites par les maîtresses de maison à ma curiosité d'enfant.
    Photographies, livrets de famille, carnets de comptes, enveloppes bien rangées où était réparti l'argent mensuel, trimestriel ou annuel,
    des calepins où étaient inscrites les dates de naissance, de décès, de mariage de toute la parenté, des lettres, des contrats de mariage, des livrets militaires, des boîtes à bijoux conte-nant des médailles du travail ternies, des chaînes d'argent devenu noir, des faire-part de deuil, des images pieuses, des certificats d'études et ces sortes de diplômes que l'on donnait à l'occasion du baptême ou de la com-munion solennelle, des économies secrètes, j'ai trouvé tout cela en débarrassant ces maisons qui n'étaient pas miennes.
    Le linge l'avait gardé. Aussi bien était-il lui-même un papier de famille.
    La femme avait la haute autorité. Elle savait où entrer exactement la main sans rien déran-ger, les « bons du Trésor », la photographie en militaire d'un père ou d'un frère, le contrat pour l'électricité avec la « Sorgue et Tarn », le carnet de la mutuelle. C'était son bien.
    Mon père, curieusement, était sans rien. Son portefeuille lui-même était dans l'armoire. A cause de son métier, il n'avait en poche qu'un petit porte-monnaie ordinaire patiné de l'inévi-table cambouis. Son chez-lui n'était pas fixe. Il était dans un rayon étroit de quelques dizaines de kilomètres, une déambulation vers la montagne ou la mer, le bord des rivières et des torrents. Il y transportait son mobilier de cartouches, d'hameçons, de cannes, de boîtes.
    Je me suis souvent demandé si, après son
    veuvage, il lui était venu ce prurit de curio¬sité, l'envie de fouiller, comme je le ferais, de tout ouvrir, de tout lire.
    Sûrement pas, car il me téléphonait : « Je ne sais pas où sont mes Damart... mes cale¬çons longs... mes polos d'été... où sont ces pantoufles toutes neuves qu'elle avait mises de côté ? » Il me semblait entendre ma mère : « Oh ! toi, tu ne trouverais pas de l'eau dans la mer ! »
    Quand j'arrivais, je voyais bien qu'il n'avait pas cherché. Il se contentait d'ouvrir la porte et de regarder, retenu à la frontière de ce qui n'était pas son domaine par un interdit que n'avait pas effacé la mort.
    Parfois, exceptionnellement, il lui était arrivé de se trouver à la maison, un dimanche avec femme et filles, mère et tante. Un dimanche, par exemple où une pluie diluvienne empêchait tout projet de chasse ou de pêche.
    Au milieu des voix croisées qui parlaient de choses incompréhensibles, de points de tricot, de roux de sauce, d'un chiffre brodé, de la fille Estival qui portait ceci ou se peignait comme cela, de Lilette pas sérieuse, il marquait son impatience en levant les yeux au ciel, en regar-dant par la fenêtre si le temps s'améliorait, s'il pourrait enfin « aller faire un tour », c'est-à-dire partir chez lui, dehors.
    Quand il était parti, nous étions soulagées.

  • Si vous êtes vraiment un homme libre, prouvez-nous que vous êtes libéré. Lisez ou écoutez le professeur Faurisson vous parler de la Shoa nanas.
    Non ne vous énervez pas pas. Lisez jusqu'au bout et faites-vous votre propre avis. Si vous êtes ce que vous prétendez, vous n'en ressortirez pas intacte.
    Bien à vous.

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