Le grand retournement (2): le Grand Satan se mord la queue

En suite du billet précédent «l’inévitable prochaine guerre», on peut se demander si les velléités de paix manifestées par nombre d’occidentaux sont bien réalistes. On peut même se demander si d’une part elles sont historiquement un progrès ou un danger, et si la réalité n’est pas plus dure que nos rêves.

shoah1.jpgJ’ai longtemps cru le contraire: «I had a dream»… J’ai rêvé que suite à l’horreur et à la violence extrême de l’Holocauste un tel drame ne serait plus jamais possible, que la conscience humaine se tournerait vers d’autres chemins. Or, il y a eu depuis le génocide au Cambodge, au Ruanda, dans les Balkans, bref, cela ne s’est pas arrêté. A se demander même si la Shoah, plutôt que d’ouvrir les consciences, n’a pas plutôt ouvert la boîte de Pandore et banalisé un peu plus la part monstrueuse de l’humain.

Le deuxième point que je relève est le retournement des valeurs: ce qui semblait être un progrès à une époque apparaît aujourd’hui comme chose à bannir.


Un premier exemple: le brassage des cultures.

Dans les années 60-70, il était bien vu d’être multiculturel. S’ouvrir à l’autre, l’accueillir, était une valeur positive et progressiste. La découverte des autres croyances était à l’honneur. «L’étranger» avait même un côte supérieur à «l’indigène»: les philosophies orientales prospéraient sur le dénigrement des valeurs et de la pensée occidentale. Le principe selon lequel l’herbe est toujours plus verte ailleurs fonctionnait à plein. Il a fallu que cet engouement sombre dans la crédulité d’occidentaux devenus des pigeons pour des gourous malins pour que peu à peu cet engouement diminue d’intensité.

Aujourd’hui l’islam est vu comme le diable (qui souvent le rend bien à l’Occident surnommé le Grand satan ou décrit comme un repère de détraqués dans le péché jusqu'à la moëlle), l’ouverture est synonyme de menace et d’envahissement culturel, s’ouvrir à l’étranger serait mettre la patrie en péril et de perte d’identité. Bref, virage à presque 180°.


Deuxième exemple: la mondialisation

Aux 19e et 20e siècles la gauche a voulu instaurer l’internationalisme. L’internationale en était l’hymne. C’était la mondialisation avant que le terme ne soit utilisé. Il s’agissait de lutter contre les nationalismes - avec raison d’ailleurs quand on voit les horreurs qu’ils ont produit au 20e siècle: Hitler, Franco, etc.
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Ce que le politique n’a pas su faire, soit abattre les frontières, le commercial l’a fait, avec la libre circulation des biens et des personnes dans des espaces de plus en plus étendus (Europe, marché nord-américain, etc). La mondialisation économique a réussi là où l’internationalisme idéologique a échoué. Le système libéral a accompli que que le système socialiste avait esquissé.


Troisième exemple: l’écologie

Les écologistes ont été initialement des gens qui voyaient large. Ils parlaient des interactions au-delà des frontières et ont oeuvré pour que des solutions globales, mondiales, soient mises en place pour diminuer la pollution et le gaspillage. Aujourd’hui on les voit dans des combats de quartier à défendre trois arbres, à empêcher telle ou telle construction, bref, le langage du progrès a fait place à celui de l’interdit.


Quatrième exemple: le féminisme

La démarche féministe a été entre autres motivée par les 150 ans de codes napoléon qui avaient interdit aux femmes d’un certains nombre de droits sociaux et en faisaient des citoyennes de seconde zone. Rétablir pleinement leurs droit était évident, pour de nombreux hommes aussi. La libération sexuelle a été largement soutenue par les féministes dans les années 70.

feminisme3.jpgPuis la rérive a faite de l'homme le supposé exploiteur de la femme depuis la nuit des temps. Le marxisme se recyclait. Aujourd’hui on en est à faire des lois contre les hommes, comme cette loi américaine sur le harcèlement: un homme qui regarde une femme plus de 9 secondes se retrouve en procès. Le féminisme en vient à criminaliser, culpabiliser et castrer les hommes et à rétablir un puritanisme dont nos arrières grand-mères elles-mêmes n’auraient pas voulu.


Cinquième exemple: le progrès

Ce qui hier était le progrès: matériel, intellectuel, est devenu aujourd’hui une forme d’aliénation. On refuse le CERN parce qu’il créerait un trou noir, on refuse les avions et les voitures à cause de la pollution, bref on met les pieds aux murs et l’on projette le mot «Fin» sur l’écran de nos rêves.


Je ne sais pas où mènera ce retournement. Une chose est sûre: je refuse clairement et fermement d’y participer. Je veux bien que l’on étudie les conséquences du progrès et que l’on développe des technologies propres; que l’on mettre davantage de respect entre hommes et femmes; que l’on fasse respecter nos valeurs occidentales; mais je refuse de reconstruire un monde dont plusieurs générations ont tenté de s’affranchir parce qu’il n’était qu’oppression, hiérarchie, soumission, sang peine et larmes.


(A suive: rêver encore, ou l'héritage de Victor Hugo)

Catégories : société 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "on refuse les avions et les voitures à cause de la pollution, bref on met les pieds aux murs et l’on projette le mot «Fin» sur l’écran de nos rêves."

    Le problème n'est pas la voiture, mais trop de voitures, trop de vitesse et en ville trop de bruit et de pollution atmosphérique. S'en parler des morts sacrifiés chaque année, chaque mois, chaque jour sur l'autel du dieu voiture. Ca ne vous interpelle pas: 40000 morts annuels aux Etats-Unis, 5000 en France, 3500 au Royaume-Unis, et on peut continuer la liste.

    S'en parler que le pétrole qui permet de faire rouler toutes ces voitures n'est pas inépuisable. Alors je me répète, vive la fin du pétrole et des énergies fossiles. Mais que de dégâts avant d'y arriver. Donc le retournement que vous refusiez ou non d'y participer, il aura lieu le jour où certaines ressources se feront beaucoup plus rares. Seriez-vous partisan de la formule: après moi le déluge? Je ne le pense pas, mais sait-on jamais, certaines personnes placent leur confort personnel comme valeur suprême.


    "l'homme le supposé exploiteur de la femme"

    Allons, il n'y a rien de "supposé" dans les rapports hommes-femmes dans les trois monothéismes qui ont dicté les conduites pendant de si nombreux siècles.


    "On refuse le CERN parce qu’il créerait un trou noir,"

    Qui "on"? Et puis il faudrait que la réalité des trous noirs soit démontrée. Pour l'instant ce n'est qu'un objet théorique.


    "n’a pas plutôt ouvert la boîte de Pandore et banalisé un peu plus la part monstrueuse de l’humain."

    La mémoire humaine est de courte durée. La volonté de dominer par tous les moyens n'a jamais freiné la recherche d'armes de destruction massive. Tant que les inégalités perdureront, les massacres aussi. Plus il y d'humains sur cette planète, moins chaque vie humaine a de valeur. Comment vont réagir les Etats-Unis puissance décadente face à la Chine puissance montante? Vont-ils accepter leur faillite alors qu'ils possèdent toutes les armes de destruction massive possibles? Pourquoi hésiteraient-ils à s'en servir?


    "Le système libéral a accompli que que le système socialiste avait esquissé."

    Le système socialiste n'a jamais existé qu'en théorie. Ce que vous appelez "socialiste" n'était que du capitalisme monopolistique d'Etat. Vous devriez lire Lénine qui est très clair sur ce sujet.


    "Aujourd’hui on les voit dans des combats de quartier à défendre trois arbres, à empêcher telle ou telle construction, bref, le langage du progrès a fait place à celui de l’interdit."

    En quoi est-ce un progrès de tout recouvrir de béton? Est-ce votre idéal de vie? Qualité de la vie opposée à quantité de béton. Pour moi c'est vite choisi. D'ailleurs ce bétonnage n'est imposé qu'à ceux qui n'ont pas les moyens de se payer une villa avec un parc autour. Et avec plus que trois arbres. Société à 2 vitesses. Vous n'avez pas compris que c'est dans bien des cas le profit à court terme qui dicte l'abattage d'arbres parfaitement sains. C'est vrai qu'à Genève nous sommes riches et nous pouvons tout nous permettre jusqu'à étouffer. Demander donc à votre médecin l'incidence de Genève et de sa pollution multiforme sur les maladies chroniques.

  • Johann, trop de voiture, oui. Il n'est d'ailleurs pas possible de poser dans les rues autant de voitures qu'il y a d'habitants ou de gens qui travaillent. Sans les transports en communs ce serait l'immobilité totale. Toutefois la voiture reste un élément de liberté dans la mobilité, un symbole, un produit donnant du travail, bref elle ne va pas disparaître même si le pétrole disparaît. Il faut de nouvelles solutions énergétiques et la technologie y travaille. Mais la résistance affiché de la conseillère d'Etat écolo Michèle Künzler de renoncer à la traversée de la rade illustre cette politique devenue restrictive.

    Les morts sur les route, bien sûr que c'est terrible, l'équivalent d'une petite ville détruite de la carte chaque année, et ce sont de terribles drames familiaux. Mais ce n'est pas l'outil qui est en cause: c'est la manière dont il est utilisé.

    Je pense qu'il faut avoir à l'esprit de préserver au mieux notre mode de vie, qui n'est pas le fait du hasard mais la suite logique d'une évolution depuis la roue, les technologies d'irrigation, les outils médicaux, les calèches, etc. Donc certainement pas après moi le déluge. Ni fuite en avant ni retour en arrière. Mais trouver de nouvelles voies technologiques.


    Non, l'homme n'est pas exploiteur de la femme. Ce qui est écrit dans certains textes religieux est loin d'être le comportement de la majorité des hommes. Le problème a été le code Napoléon. Mais même dans cette époque les femmes étaient fortes, beaucoup étaient dominantes - et quand je parle avec des femmes de leurs ancêtres féminines, beaucoup étaient des dominantes. J'ai encore eu un échange à ce sujet avec une dizaine d'étudiantes aujourd'hui. C'est impressionnant: mère qui abandonnent leur enfants, femmes qui maltraitent physiquement ou psychologiquement maris et enfants, etc. Bref, la réalité est loin de l'évangile féministe.


    Sur le trous noirs, le "on" représente par exemple un certains nombre d'internautes ici et ailleurs. Les trous noirs semblent bien avoir été "photographiés" en rayons X, confirmant la théorie et démontrant leur existence. De plus leur effets gravitationnels sont observables.


    Nous sommes d'accord sur la propension humaine à la domination. Malheureusement. Elle est répartie assez largement, et pour moi ce thème doit continué à être développé et exploré par toutes les personnes de bonne volonté pour qu'un jour cette propension soit désamorcée dans l'individu.


    Sur le socialisme, certes ce qu'on a vu est un capitalisme d'Etat et un monopole. L'idée est que la mondialisation était souhaitée, et qu'elle se réalise par d'autres - plus efficaces? Alors que les descendants de ceux qui la souhaitaient s'y opposent aujourd'hui.


    Bétonner tout, non! Mais par exemple l'abattage des tilleuls pour le nouveau musée d'Ethnographie me semble justifié. Améliorer la vie en ville, oui. Mais pas freiner presque systématiquement les projets.


    Bonne soirée.

  • @ hommelibre:


    Permettez que je vienne mettre mon grain de sel... ou de poivre? Atchoum! ;o)


    " Mais la résistance affiché de la conseillère d'Etat écolo Michèle Künzler de renoncer à la traversée de la rade illustre cette politique devenue restrictive. "

    Y a pas eu une votation sur ce sujet??? La majorité (des votants, certes...) n'a-t-elle pas décidé en connaissance de cause??? La Michèle aurait-elle bourré les urnes (et ce n'est pas ne contrepèterie!!)???


    Mon cher hommelibre, tout est relatif! Pour vous, le refus du projet de traversée de la rade est restrictif, pour d'autres, il s'agit de continuer à profiter librement d'une rade ouverte au large, sans verrue "pontuesque" (?), qui tel un amas de chaînes, obstruerait et défigurerait notre Costa del Sol... J'en fais peut-être un peu trop, non? ;o)

    C'est l'éternel problème: être libéral ou libertaire est à double tranchant. La liberté de l'un affrontera inévitablement la liberté de l'autre. La liberté de certains, celle de tous... et vice versa.

    Les libertariens affirmeront que la démocratie (même directe) n'est rien d'autre que la dictature de la majorité (sur l'idéal individualiste)!

    En forçant un peu (beaucoup?) le trait, on pourrait dire que soit on est liber**** (au choix) et on refuse toutes notions de lois, de limites ou de contraintes, soit on est plus ou moins étatiste, communiste!!!


    Pffffff..! Moi et mes théories fumeuses..!


    Bon courage! ;o)


    =:oB

  • L'avis de Brian: la votation à laquelle vous faites référence portait sur deux projets. Ils ont tous deux été refusé, d'assez peu finalement, et pas pour les raisons que vous évoquez. Ce qui a fait pencher la balance, c'est que le Conseil d'Etat a proposé des projets mal ficelés (voire pas ficelés du tout) sur le plan financier, à un moment où l'Etat affichait des déficits chroniques astronomiques. Nul doute que si les projets avaient été proposés un peu plus tard, avec un financement assuré, l'un deux serait aujourd'hui en exploitation !

    Mais surtout, ce qu'il faut dire, c'est que la votation précédente sur le PRINCIPE d'une traversée de la rade a été plébiscitée par l'électorat de l'époque et que cette votation a conduit à l'acceptation d'une loi qui est toujours en vigueur et qui force le Conseil d'Etat à étudier et proposer un projet de nouvelle traversée de la rade. Le véritable scandale dans cette affaire finalement, c'est que depuis l'arrivée de Cramer au Conseil d'Etat, la traversée de la rade a été jetée aux oubliettes et que Künzler essaye de continuer cette politique.

  • Au sujet des trous noirs, je rejoins en partie Johann: les trous noirs restent des objets théoriques. Ils n'ont jamais été photographiés. Ce qui a été photographié, c'est des sources importantes de rayons X correspondant parfaitement aux modèles théoriques d'émissions d'ondes à haute énergie aux abords des trous noirs, là où la matière est déchiquetée par l'écrasante gravité.

    Toutefois, il faut bien avouer que si le trou noir peut théoriquement exister, dans l'immensité du cosmos, ils ne peuvent qu'avoir été créés quelque part. Donc quand on voit des objets dont les effets correspondent parfaitement aux modèles et qu'on a aucune autre explication valable, je pense qu'on peut raisonnablement penser que l'existence de trous noirs est confirmée non ?

  • wrong, black holes have beenobserved all over the Universe. plus the danger of CERN is a much easier to do particle called a strangelet, whcih the same company acknolwedge in internal documents it will do with 70% chances, despite denying it in public (strangelets can cause the explosion of earth into a nova), to check those secret documents here:
    http://www.cerntruth.com/?p=125
    Bottom line is we reject the fact that we are 'just humans'. It doesnt seem tob e enough the 'rapture of life', but we are limited, we are just evolved water, a very light, easy to break type of matter. A bit more of humility and realism about the human condition would help
    regards

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