Père infanticide: la perpétuité, et des questions

Son acte avait profondément choqué. En juin 2008 il donnait la mort à son fils de 6 ans de manière atroce. La Cour criminelle du canton du Jura vient de le reconnaître coupable d’assassinat. Elle retient donc la préméditation. Il est condamné à la perpétuité.

ciel-colore.jpgQuoi qu’il se soit dit sur ce drame, cet acte est insupportable. Encore un enfant qui paie la violence d’une séparation. Et le prix en est sa vie.

On sait combien une séparation peut être douloureuse. On sait aussi comment les ex-partenaires peuvent faire monter la pression, par des attitudes, des mots blessants, des procédures avec mensonges, des forfanteries, etc. Mais en arriver à ça est au-delà d’une classique manipulation des enfants, par un parent qui les dresserait contre l’autre - ce qui est pourtant déjà très toxique pour les enfants. La sévérité de la condamnation doit être entendue comme un signal fort: aucune mansuétude pour un tel crime.

La réflexion qui suit est forcément incomplète car pour l’être il faudrait connaître personnellement les protagonistes, leurs caractères, la manière dont la séparation est advenue. Mais on peut suggérer qu’une médiation avant divorce serait à même de faire baisser le niveau de tension dans le couple en séparation. Les ex-partenaires doivent dialoguer et poser les conflits ailleurs que dans la vie des enfants. On sait bien comment l’un fait monter l’autre, qui fait monter l’un, etc. Le mécanisme d’une séparation est souvent terrible. Raison de plus pour faire parler.

De plus l’hébergement alterné devrait non seulement être le système par défaut mais appliqué dès la séparation, à chaque fois que les conditions matérielles et géographiques le permettent. Cela évite qu’un des deux parents ne prenne trop d’ascendant sur les enfants et ne réussisse à les dresser contre l’autre. Car ce genre de comportement, qui est criminel, incite au crime en retour.

Mais quelle que soit la souffrance d’un parent délaissé, dénié, souffrance qui est parfois très grande et qui peut déclencher des comportements pathologiques, jamais, jamais on ne doit en arriver là.
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Je ne sais pas dans quelles conditions la séparation s’est faite ni si des services officiels ont été appelés dans cette affaire, avant le crime. Mais on sait que souvent les services de la protection de l’enfance n’étudient que trop schématiquement les dossiers et rendent des rapports souvent incomplets ou biaisés. Je ne sais si ce fut le cas ici, mais en tout état de cause ces services devraient développer une plus grande compétence pour évaluer avec objectivité et sensibilité la situation des enfants.

Une dernière chose à propos de ce crime. Il est très différents des infanticides maternels qui ont régulièrement défrayé la chronique. Les conditions ne peuvent être comparées. Par contre, le résultat est le même. Le père assassin est décrit par la Cour comme suit: «Elle relève l’absence de scrupules de cet homme qui a agi de sang-froid et le caractère odieux et barbare de ce crime. «Les mobiles du prévenu relèvent d’un égoïsme primaire».

Je reste perplexe quand je lis les circonstances aggravantes que l’on attribue généralement aux pères, et aux circonstances atténuantes dont bénéficient les mères infanticides. La pathologie de déni de grossesse est devenue l’excuse habituelle. N’y a-t-il pas aussi un égoïsme primaire, dans la mesure où les mères infanticides sont assez conscientes de la gravité de leur acte pour le cacher aux autres? Comment peut-on les dédouaner à ce point et charger sans nuance un père infanticide? Je crains qu’il ne faille encore beaucoup de temps pour réaliser l’égalité juridique hommes-femmes.

Un autre cas, plus proche de celui-ci, illustre encore ce biais juridique habituel. C’est celui de la mère infanticide de Chamoson. Elle avait noyé un de ses enfants et avait tenté de tuer les trois autres. Terrible, aussi terrible que ce père condamné. Cette mère a été elle condamnée à 12 ans de réclusion. On avait fait d’elle une victime de son ex qui l’avait délaissée, la mettant au désespoir. Mais dans l’affaire du Jura, que vivait ce père? Rien n’est écrit à ce sujet.

Hommes-femmes devant la justice: deux poids deux mesure. Rien de nouveau.

Catégories : société 8 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "«Elle relève l’absence de scrupules de cet homme qui a agi de sang-froid et le caractère odieux et barbare de ce crime. «Les mobiles du prévenu relèvent d’un égoïsme primaire»."

    L'enfant gisait dans son lit égorgé, pratiquement décapité... il n'avait que six ans? Cela ne vous interpelle pas John?
    En revanche, ce qui m'a intriguée, c'est le flou artistique sur l'identité de ce boucher qui est désigné sous le prévenu, cet homme, l'assassin...

  • Patoucha, bien sûr que c'est un acte totalement insupportable. C'est indiscutable. Et quel qu'ait pu éventuellement être le contexte il n'y a pas d'excuse. On croit parfois être sortis de la barbarie et elle revient par une porte détournée.

    Je compare à d'autres situations, dont celle de Chamoson, parce que là on trouve des foules d'excuses. Je relève le 2 poids 2 mesures.

    Mais surtout, comment prévenir? Comment accompagner les couples en séparation pour si possible éviter cela? Et d'une manière générale comment protéger les enfants des comportements des adultes?

  • La justice a donné une sentence exemplaire, on ne peut que la félicitée.
    Cependant il y a une ombre au tableau (enfin en France du moins) c'est que les mères infanticides prennent des peines de prison dérisoires par rapport aux pères infanticides (3 ans pour Courjeaut triples meurtre) et bien d'autre cas encore.
    Donc la question que l'on peut se poser sur ce point c'est que puisque les femmes ne sont pas responsable de leurs crimes (selon les verdicts rendus) alors elles devraient être déchus de leur droits puisque les deux sont fondamentalement liés.

  • Bonjour,
    je partage avec vous le choc qu'a provoqué en moi cette histoire. Néanmoins, je ne suis pas d'accord avec certaines de vos propositions, par exemple:

    "De plus l’hébergement alterné devrait non seulement être le système par défaut mais appliqué dès la séparation, à chaque fois que les conditions matérielles et géographiques le permettent. Cela évite qu’un des deux parents ne prenne trop d’ascendant sur les enfants et ne réussisse à les dresser contre l’autre."

    Des études prouvent aujourd'hui que la garde alternée est néfaste pour la santé psychologique d'un enfant de moins de 10 ans. Un enfant a besoin de repères, d'avoir UN chez soi principal et, éventuellement, un autre lieu où vivre le week-end ou une dois par semaine, ou les vacances.
    La garde alternée, elle, propose à l'enfant de devoir se partager en deux, de mener une vie compliquée, où il n'est jamais vraiment dans une situation stable.
    On a tendance, lors des divorces à trop penser aux adultes, aux vexations que peuvent provoquer les question des garde, et on oublie trop le bien-être de l'enfant...

    "Hommes-femmes devant la justice: deux poids deux mesure. Rien de nouveau."

    Je ne suis pas d'accord avec vous. Enfin si, mais pas sur le fond...
    Je m'explique: s'il est vrai que dans le droit de tutelle et de garde les hommes et les femmes ne sont pas traités de la même manière, il y a une raison.
    La société des hommes réussit à fonctionner (quoique...) parce que l'Homme a appris à maîtriser ses pulsions et à créer des institutions qui lui permettent de vivre en communauté. (des institutions telles que la Justice, notamment)

    Puis, l'Homme a appris à maîtriser la nature, voire même à la dévier. Il n'est pas encore en position de suprématie totale, mais il y travaille, il y travaille activement.

    Or, la nature ne fonctionne pas selon la justice des Hommes et il est un fait indéniable que pour le moment l'Homme n'a pas encore complètement aliéné: le lien entre un enfant et sa mère lors de ses premières années. Ainsi que le lien de la mère à l'enfant.

    C'est pour cela que le droit traditionnel a tendance à faire deux poids deux mesures comme vous dites lorsqu'il s'agit d'histoires d'enfants.

  • Voila encore la résidence alternée accusée de tous les mots avant 2 ans, avant 6 ans et maintenant avant 10 ans, et cela serait prouvé par des "zétudes" ....Point d'étude sur la mise en crèche ou le fait de confier l'enfant a une nounou ou a un grand parent pendant parfois plus de 10 h par jour, non les études concernent uniquement la RA (maléfique) pour l'opposer au système (bénéfique) du droit de visite classique. Ce qui abime un enfant c'est la séparation conflictuelle et la violence mais ça n'apparait pas dans les études partisanes.
    Quant au déni de grossesse tellement évoqué pour excuser les mères infanticides, sa première condition c'est que la femme ne se reconnaisse pas enceinte, par définition, or dans la plupart des cas célèbres récents, la mère avait parfaitement conscience d'être enceinte , il s'agit donc de meurtre d'enfants, tout simplement, mais ça dérange. 0n peut épiloguer ensuite sur les circonstances atténuantes, mais pas sur le fait de départ: meurtre d'enfant, en toute connaissance de cause.

  • oups....tous les maux....bien sûr

  • Merci pour les jolies photos qui n'ont rien à voir avec l'article.
    Que font-elles là? Y a-t-il quelqu'un qui réfléchit à la tdg, ou tout le monde s'amuse?

    C'est un peu dégueulasse, quand même.

  • quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt

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