France: la plage en grève

Faut pas croire tout ce qui est écrit. Les manifs auraient pour but de faire réviser la loi sur les retraites. Hier on a vu qu’elles ont pour but de faire carrément retirer la loi. Et aussi de mettre Sarkozy à je-nous. Plus encore: de le «casse-toier». Plus: de mettre la France en état d’insurrection, de faire la révolution. Ah, atteindre enfin la plage, la libération joyeuse, la catharsis après des heures et des années d’embouteillages.

greve1.jpgMais en automne la plage fait la grève. L’eau s’y étale déjà trop fraîche pour folâtrer. La fiente des goélands remplace peu à peu les taches de crème solaire. En automne la plage est romantique et la grève batailleuse. Le Monde de ce jour cite une syndicaliste: «… il faut une grève insurrectionnelle». Et l’on parle de grève générale illimitée, de bloquer l’approvisionnement en carburant, de se frotter aux CRS pour faire peur au pouvoir.

De la grève, j’ai une mémoire autre que ce qu’elle est devenue. La grève a été longtemps la seule arme, l’arme ultime. Aujourd’hui elle est utilisée à tout va. Elle devient une dérisoire bataille de chiffres.

Dans un pays où les élections sont assez fréquentes (les prochaines étant dans un an et demie seulement) je ne comprends pas vraiment la raison de se radicaliser, de menacer l’économie - qui n’a probablement pas besoin de cela en période de crise - et de vouloir renverser le pouvoir élu il y a trois ans et demie. Si une majorité le veut elle changera les représentants aux élections nationales de 2012 et la loi sur les retraites pourrait être amendée à ce moment-là, sans avoir mis le pays à genoux - car c’est la France qui sortirait affaiblie d’une grève générale longue. Bien plus que Nicolas Sarkozy c’est la France qui paierait le prix, en emplois perdus, baisse de compétitivité internationale, baisse de la confiance des investisseurs, perte de marchés.
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Dans ce pays où il y a deux systèmes d’élection: les urnes et la rue, il paraît inconcevable - vu de l’extérieur - qu’un gouvernement élu légitimement grâce au système démocratique, système qui profite aussi à l’opposition, que ce gouvernement donc puisse être empêché de conduire la politique pour laquelle il est élu. Inconcevable que la rue veuille décider d’une politique qui n’est pas celle décidée par les urnes. Cela, c’est une des causes profondes du blocage français. Plus aucun gouvernement élu n’ose prendre de vraies décisions. Alors, retirer le projet de loi et revenir aux conditions qui prévalent encore? De toutes façons il faudra reprendre la question des retraites. Avec moins de travail et une vie plus longue il est aberrant de croire que le système actuel pourra durer longtemps.

Faire en plus une grève insurrectionnelle? Cela devient un déni de démocratie. En mai 68, c’était tout un système culturel hérité du 19e siècle qui était en cause, c’était ouvrir la porte à une parole pour tous. La politisation de la grève et son «économisation», quelle qu’en ait été le bien fondé au niveau des bas salaires, a finalement ramené une révolution culturelle à un enjeu économique. Aujourd’hui seul l’enjeu économique est présent: est-ce suffisant faire une révolution?

Et quelle révolution, pour quel système? Le retour du grand soir dont les petits matins baignent dans le sang, les midis dans dans une nouvelle tyrannie et les soirs suivants dans le marasme économique produit par la planification collectiviste? Un équilibrage du partage des richesses serait une bonne chose économiquement. Les citoyens et les travailleurs sont aussi des consommateurs. L’amélioration des conditions matérielles de vie produit de la consommation et entretient un marché intérieur porteur. Les investisseurs devraient avoir cette logique: un capitalisme qui ne partage plus assez creuse sa propre tombe; un capitalisme qui partage crée de la richesse pour tous, crée la plage, la douceur de vivre et le rêve d’un monde où les possibilités de créativité et de réalisation personnelle abondent.

sarkozy-daytona.jpgUne grrr…ève insurrectionnelle? Montrer les dents? L'opposition veut ouvertement délégitimer le président. Je doute fort que Nicolas Sarkozy plie. Au contraire: je pense qu’il n’attend que cela pour montrer qu’il est l’homme de la situation. Il fera son De Gaulle et se posera en sauveur et garant de l’ordre. C’est ce qu’il attend désespérément pour se légitimer un peu plus, pour accéder à une dimension historique. Il faut qu’on reconnaisse que la France avait besoin de lui - ce qui n’est pas encore fait! Il doit, par une confrontation dure, faire oublier ses péchés originels: le repas au Fouquet’s le soir de son élection et le «Casse-toi pauv’ con» qui en ont fait un président qui n’est plus respecté.

Sarkozy souffre d’un évident déficit de respect - probablement déjà d’un respect de lui-même. Il lui faut cette grève générale, cette «mère de toutes les batailles» pour grandir moralement.

La grève est donc politique. Si les français offrent cela à Nicolas Sarkozy, ils lui feront le plus beau des cadeaux: la grandeur et la légitimité morale, l’entrée dans l’Histoire, et peut-être en prime assureront-ils sa réélection.

Catégories : Politique 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • @ HL,

    Voici les lien du blog de Valeurs actuelles en fin d'article qui ne fonctionnent pas chez moi.

    http://blog-va.com/actualités/monde/douche-froide-pour-giec20101007.html

    D.J

  • Satire sur l'actualité Française sur : http://douillon.canalblog.com/
    BONS SOURIRES
    Jean Patrick

  • @hommelibre
    "Dans ce pays où il y a deux systèmes d’élection: les urnes et la rue, il paraît inconcevable - vu de l’extérieur - qu’un gouvernement élu légitimement grâce au système démocratique, système qui profite aussi à l’opposition, que ce gouvernement donc puisse être empêché de conduire la politique pour laquelle il est élu. Inconcevable que la rue veuille décider d’une politique qui n’est pas celle décidée par les urnes."

    Ah non! Ça vous ne pouvez pas le dire! Sarko avait promis qu'il ne toucherait pas au système des retraites. Allez, pour mémoire, ça vaut la peine:

    http://www.dailymotion.com/playlist/x1eo7o_SuperSonia99_les-promesses-oubliees-de-sarko/1#videoId=xdghfn

    :-B

  • Bonjour,

    Je vais apporté un autre point de vue à cet article qui garde pour principe que les manifestants/grevistes/autres veulent simplement un changement de pouvoir, une partie oui c'est tres certains, seulement que ce soit la gauche ou la droite au gouvernement on a la meme politique, il faut savoir qu'au début du mandat de Nicolas Sarkozy la droite etait contre cette reforme et la gauche pour, cherchez l'erreur...

    Il y a donc une partie de la population (je n'irai pas jusqu'a dire majoritaire car cela m'etonnerai) qui est simplement contre notre systeme gouvernemental, la democratie qui permet à un president d'etre au pouvoir avec 68% de la population contre lui (arrondi de l'election presidentiel de 2007 en prenant en compte les votes blancs et abstentions) n'en est pas une, le désire de communisme libertaire voir d'anarchie se répend, encore timidement et à demi-mot à cause de la stigmatisation de ces courants idéologiques, mais se répend tout de même.

    Plus qu'une contestation contre la réforme des retraitres ou encore de la droite au pouvoir, il s'agit selon moi (je n'écarte pas du tout le fait que je puisse avoir tord sur toute la ligne) d'une contestation d'une démocratie illusoire où le peuple est loin d'être souverain...

    Un exemple fictif: comment une loi passant à l'assemblé nationale avec 45% de pour, 40% de contre et 15% d'abstention peut-elle être légitime? A fortiori si les députés sont élus avec des pourcentages semblables, dans ce cas precis (qui je le rappel est fictif et en admettant que les votants pour les deputés sont en accords avec leur decision à l'assemblé) on obtient une loi qui passe en étant en accord avec 20.25% de la population.

    Il me semble qu'un sondage recent (je ne sais pas quel credit lui accorder) donne 71% des francais d'accord avec la greve generalisée, mon exemple est-il si fictif que cela finalement?

    Cordialement, Flo.

  • @ Pascale: là, vous marquez un point. J'avais cru que c'était dans son programme. Mais de toutes façon il a le droit de changer d'avis en cours de route. Quel président français a été totalement fidèle à son programme électoral? Je reste dérangé par cette forme de double démocratie, l'autre neutralisant l'une. A la longue ça va faire venir une "sauveur" casqué et botté - ou enturbané".

    Ce qui est dérangeant c'est de faire tant de promesses. Si Desproges était vivant il ferait un bon candidat: cynique, pas de promesse.


    @ Flo: Ok, je vous suis. Mais la question de la représentativité, c'est le principe de la démocratie telle qu'elle existe actuellement. Ceux qui votent font la loi, les autres ne peuvent pas être comptabilisés. De fait celui qui se tait donne sa voix à celui qui gagne.

    Une autre démocratie, libertaire, peut me plaire: ni chef ni privilège, pas de domination. Mais je ne suis pas du tout sûr qu'elle puisse fonctionner au niveau d'un Etat. Peut-être au niveau d'une commune, ou d'une association, et encore. Même au niveau d'une entreprise je ne suis pas convaincu que cela fonctionne.

    ne vaut-il pas mieux garder cette démocratie politique imparfaite et développer un mode de fonctionnement libertaire dans les espaces où il est possible?

    Pour ce qui est des 70% opposés à la réforme des retraites, oui, le chiffre est impressionnant. Mais gouverner par les sondages n'est pas gouverner. Cela doit faire 30 ans qu'en France il n'y a pas eu de président qui cultive à ce point l'impopularité. Mitterrand, Chirac, des opportunistes qui au final caressent dans le sens du poil. Il n'y a qu'à se rappeler comment Mitterrand a lâché Bérégovoy quand il était victime de fausses rumeurs et qu'empêtré dans ces attaques dégueu il a fait perdre les législatives à la gauche.
    http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2009/05/02/malheur-aux-vaincus.html

    Votre réflexion mériterait de plus amples développements, une réflexion sur la société que nous voulons et comment la faire sans installer une nouvelle oppression.

  • quoi nicolas Sarkozy rompt avec le fonctionnement de BIG MOTHER.

    quoi il n'est pas au chevet des français pleurnichards comme ses prédécesseurs
    quoi son unique but n'est pas de se faire aimé par eux d'accéder à tous leurs désirs !!!!

    "Depuis, ses successeurs ne ratent pas une occasion de se montrer au chevet de la France souffrante, de tendre les bras, avec une compassion émue, vers le peuple. L'écoute est, selon Schneider, devenue un maître mot. L'homme politique ne fonde plus ses décisions dans l'intérêt du pays, mais dans l'intention de se faire aimer"

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/big-mother_810294.html

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