Al Gore blanchi - comportement des médias

Quand ce genre d’affaire commence on en parle beaucoup. Quand elle se clôture on en parle très peu. Alors cela vaut bien un petit billet pour relayer l'info.

Al_Gore_preaching.jpegIl y a quelques années Al Gore a été accusé par une masseuse d’abus sexuel, voire d’agression sexuelle. Elle refusa d’être entendue par la police. Laquelle police reprit l’enquête à son compte. Elle vient de rendre son rapport au procureur de Portland, dans l’Oregon: l’enquête est close et Al Gore n’est pas poursuivi.

«En cause: un manque de preuves crédibles».

Pas d’élément crédible. Donc rien.

Une précision:la presse fait mention d’abus sexuels voire d’agression sexuelle. Or, de quoi était-il accusé? La masseuse s’était plainte qu’Al Gore lui aurait fait des avances sexuelles. Bref, il lui aurait proposé de coucher, car c’est cela une avance sexuelle. Où est la notion juridique d’abus ou d’agression?

Une petite remarque: «Abus sexuels: le terme « abus sexuel » est une notion générique utilisée dans le langage courant mais pas dans le langage juridique (la loi parle d’acte d’ordre sexuel ou de viol).

Le code pénal suisse précise en outre à l’Art 189 que le comportement réprimé consiste à user de contrainte pour amener une personne (majeure ou mineure) sans son consentement à subir un acte d’ordre sexuel."


Il s’agit bien selon la loi de contrainte. Ce qui est logique. Or il est question dans cette affaire d’avances sexuelles (dont on ne sait pas si elles ont eu lieu, ce qui est d'ailleurs secondaire car non répréhensible). Si on suit cette logique, un homme qui propose une aventure ou une relation à une femme risque un dépôt de plainte et une enquête de police - et cela dans le meilleur des cas. On va arriver à une société globalement castrée, les hommes n’osant plus entrer en relation avec une femme (ou alors avec son accord signé pour chaque rapport). La dénatalité nous guette. Ça doit être un coup des partisans de la décroissance...

Les médias ont joué un rôle de pyromane. Ce sont leurs gros titres qui évoquaient un abus ou une agression, alors que le contenu des articles ne mentionnait que des avances. Donc les médias en rajoutent parfois. On le savait. Cela confirme.

Evidemment, tiens! Qui va s'intéresser à un article titré: "Al Gore propose de faire l'amour. Sa masseuse le prend mal." C'est croustillant mais pas assez. Allez il faut du saignant: abus, agression, là ça touche l'émotion, ça scotche le lecteur. Et la vérité? Et l'objectivité? Connais pas.

Que de confusion!

Catégories : société 3 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Dans cette affaire on voit bien la criminalisation du désir masculin.
    et une fois d eplus les fausses accusation ne peuvent être punies, l'agresseuse (celle qui attaque) ne ce voit pas inquiétés.
    Les fausses accusation son un vrai problème au quelle il faut donnez une réponse forte car les dérives sont énormes.

  • "On va arriver à une société globalement castrée, les hommes n’osant plus entrer en relation avec une femme (ou alors avec son accord signé pour chaque rapport)."

    oui comme à l'Antioch Collége.

    extrait de fausse route d'élisabeth Badinter page 132

    "Consentement et contrat.
    On s'est beaucoup gaussé en France, mais égale¬ment aux États-Unis, de l'initiative de l'Antioch Collège, dans l'Ohio, qui promulgua une charte au début des années 1990 visant à réglementer l'acte sexuel. Celui-ci doit faire l'objet d'un accord détaillé entre les deux parties sur toutes les étapes du pro¬cessus. Ce qui implique la demande et l'obtention d'une permission pour le moindre geste de l'intimité sexuelle. L'idéal étant un contrat rédigé — pour¬quoi pas devant notaire — pour éviter toute contes¬tation a posteriori.
    Même parmi les féministes les plus convain-cues, ce contrat sexuel apparut comme une carica-ture aberrante du consentement réciproque. Une sexualité qui ne laisse plus aucune place à l'imagi-nation et à la spontanéité signe la fin de l'érotisme. Comme d'aucuns l'ont fait remarquer: «La pro¬babilité est évidemment très faible de voir deux futurs amants marcher exactement d'un même pas vers l'échange libre et égal qui seul justifie leurs ébats [...] de voir leurs désirs naturels s'éveiller et mûrir exactement aux mêmes moments et à la
    même cadence1.» Pourtant, ce contrat absurde est la conséquence logique de la transparence exigée par la théorie du consentement. Si l'attention sexuelle non désirée relève du harcèlement, si l'ambiguïté des mots et des gestes peut donner lieu à des poursuites pénales et si, contrairement à l'adage, celui ou celle qui ne dit mot ne consent pas, il faut bien d'une façon ou d'une autre établir une sorte de contrat préalable. Le jeu des non-dits, des surprises, des masques et des initiatives n'a plus sa place dans le sexe «légal».
    C'est pourquoi certaines féministes américaines, plus cohérentes ou dogmatiques que d'autres, ont proposé de faire de la formule contractuelle la norme des relations hétérosexuelles. Dans un court essai qui lui valut en 1992 un prix de l'Ameri¬can Philosophical Association, la philosophe Lois Pineau a développé le modèle de ce qu'elle appelle le communicative sex qui s'inspire des règles de l'Antioch Collège. À ses yeux, l'avantage d'un tel système est qu'aucun homme ne pourrait plus arguer qu'un non veut dire oui; on ferait ainsi reculer considérablement le nombre de viols, et en particulier celui des date râpe. Comme le fait remarquer Daphne Patai, Lois Pineau, contrai-rement à Catharine MacKinnon, postule que les femmes sont tout à fait capables de donner un consentement explicite et verbal sans en rester au
    1. Michel Feher, op. cit., p. 129.

    134
    Fausse route
    geste et au sous-entendu1. Non seulement l'ex-ploitation n'est pas un problème, mais c'est un must.
    En France, le thème du contrat sexuel n'a jamais été abordé en ces termes. On se contente de dire que « c'est un beau mot, consentement, et une belle chose2», en se gardant de définir la «chose». Certes, chacun comprend ce que signifient le refus du consentement et son contraire, l'élan sensuel. Mais nous savons bien que le consentement en matière amoureuse et sexuelle se joue souvent dans l'entre-deux : le peut-être, l'indécision, le oui et le non à la fois. De cette zone grise, complexe, par¬fois contradictoire, nous ne savons que dire et nous préférons l'ignorer. L'inconscient n'a plus sa place dans la théorie et la politique féministes. C'est le prix à payer pour l'exigence de transparence."

  • suite

    "LE MODÈLE DE LA SEXUALITÉ FÉMININE
    Les diverses enquêtes sur la sexualité font tou¬jours état d'une distinction largement partagée entre sexualité féminine et sexualité masculine. À la question de savoir si on peut dissocier le sexe de
    1. Bulletin de l'ANEF (Association nationale des études féminines), automne-hiver 2002-2003, p. 123.
    136 Fausse route
    l'affectif, les hommes répondent sans hésiter par l'affirmative, les femmes non. Même si, comme le souligne Janine Mossuz-Lavau, les stéréotypes sexuels sont de plus en plus atténués et que «les femmes commencent à faire comme les hommes tandis que les hommes font du sentiment», l'idée d'une distinction entre désir masculin et désir féminin perdure. Lors d'une rencontre de Pascal Bruckner et Paula Jacques sur ce thème, le premier rappelle que «la sexualité masculine est simple, mécanique. Le désir va tous azimuts et s'il y a une prostitution exclusivement pour les hommes [?], c'est que la sexualité masculine est une sexualité du désir immédiat». La seconde insiste également sur la différence des temporalités et la position archaïque du chasseur masculin. Elle pense qu'il reste aux femmes «cette malédiction qui les empêche d'avoir cette sexualité prompte, volatile et instable des hommes [...]. Ne peuvent-elles s'émouvoir que s'il y a un sentiment d'amour, c'est-à-dire construction1 ? ».

    La dénonciation de la sexualité masculine.
    Si l'on pense que la sexualité est le fondement de l'oppression des femmes par les hommes et qu'elle explique leur infériorité sociale, deux pos-sibilités sont envisageables selon que l'on adopte une philosophie essentialiste ou culturaliste. Dans le premier cas, on appelle à la séparation des sexes et au refus de l'hétérosexualité. Dans le second, on milite pour la transformation de la sexualité mas-culine. Depuis les années 1970, le féminisme amé-ricain a développé très avant les deux options. Mais les appels répétés du féminisme lesbien et séparatiste à rompre avec les hommes se sont révé-lés — sans grande surprise — inopérants. En 1984 encore, la philosophe Joyce Trebilcot et quelques autres eurent beau supplier les femmes de ne plus participer à l'institution de l'hétérosexualité1, l'in-jonction resta lettre morte. Le discours culturaliste prit le relais. « Sans renoncer à leurs valeurs, les gardiennes de l'authenticité féminine vont alors négocier un mouvement de repli stratégique qui les amène à privilégier un usage défensif et légaliste de la culture et de la sexualité qu'elles attribuent aux femmes. Autrement dit la deuxième vague du féminisme culturel, où l'on constate la montée en
    1. Cité par D. Patai, op. cit., p. 141-142.
    puissance des juristes [cf. C. MacKinnon], tend à suspendre la question de la compatibilité entre les sexualités mâle et femelle pour concentrer ses efforts sur la lutte contre les abus commis par la première1.»
    Si, officiellement, il ne s'agit plus de combattre l'essence masculine, mais seulement ses manifes¬tations pathologiques (pornographie, harcèlement, violences, prostitution, viol), la critique de la mas-culinité est si radicale et générale que seuls une très petite minorité d'hommes peuvent peut-être pré¬tendre échapper à l'anathème. À lire A. Dworkin, C. MacKinnon ou K. Barry, c'est toute la sexualité masculine qui est remise en cause et avec elle l'hé¬térosexualité.
    C'est à l'occasion de leur combat contre la por¬nographie que Dworkin et MacKinnon ont déve¬loppé leur théorie de l'homme prédateur et violeur.
    Premier acte : rétablir le point de vue féminin sur la sexualité : «Jusqu'à maintenant, le point de vue des hommes, désigné comme objectif, a été de faire la distinction très nette entre le viol, d'une part, et les rapports sexuels de l'autre ; le harcèle-ment sexuel, d'une part et l'approche sexuelle, nor¬male, de l'autre ; la pornographie ou l'obscénité, d'une part, et l'érotisme de l'autre. Le point de vue mâle les définit par distinction. L'expérience des femmes ne permet pas de distinguer aussi claire¬ment les événements ordinaires, normaux, des abus
    1. Michel Feher, op. cit., p. 123-124.
    [...]. Notre position est que la sexualité qui prend précisément ces formes ordinaires nous viole en effet souvent. Aussi longtemps que nous conti-nuons à dire que ces choses sont des abus enracinés dans la violence et non pas dans le sexe [...] nous laissons la ligne entre viol et rapports sexuels, har¬cèlement sexuel et rôles sexuels, pornographie et érotisme, là même où elle a été tracée1. »
    C. MacKinnon exprime on ne peut plus claire-ment son soupçon (ou sa certitude) que l'acte hété¬rosexuel le plus banal est en vérité le viol. Dans le même article, elle rappelle que la définition juri¬dique du viol implique la pénétration. Or, dit-elle, c'est justement sur la pénétration du vagin par le pénis qu'est fondée l'hétérosexualité en tant qu'institution sociale2. Il n'y a donc guère de diffé¬rence de nature entre les deux. Mais les femmes sont tellement aliénées au point de vue masculin qui les distingue qu'elles se croient libres alors qu'elles ne le sont pas. Quel que soit leur partenaire, amant, mari ou violeur, les femmes sont toujours mises en situation de soumission et de contrainte.
    Deuxième acte : la mise en accusation du pénis. Cette fois, c'est Andréa Dworkin, qui ne cache pas son homosexualité, qui sonne la charge « contre ce morceau de chair de quelques centimètres3», res-
    1. «Sex and violence: a perspective», 1981, Feminism Unmodified, 1987, p. 86.
    2. Ibid.,p. 87.
    3. Pornography, Men Possessing Women, 1981, chap. 2, « Men and boys ».
    Comme son amie MacKinnon, et avec moins de précaution encore, elle conclut que le viol est le paradigme de l'hétérosexualité. Du moins, tant que l'on n'aura pas changé en profondeur la nature de la masculinité.
    Le troisième acte est à venir: policer, adou¬cir, démocratiser la masculinité et la sexualité qui l'exprime. Seule manière de sortir de l'infernale opposition entre l'homme prédateur et sa victime impuissante.
    1. Ibid., p. 56.
    Policer la sexualité masculine.
    Si l'on ne compte plus les textes qui attaquent la sexualité masculine, rares sont ceux qui expliquent clairement ce qu'elle devrait être. Généralement, elle se laisse deviner au creux de la critique. Si toute pénétration est une agression, la sexualité souhaitable est celle qui privilégie les caresses à l'«envahissement du vagin», selon l'expression de Dworkin. À ses yeux, la sexualité dégagée de la menace du viol qui plane sur tout acte hétérosexuel se définit en quatre mots : intimité, tendresse, coopération et émotion1. De son côté, Florence Montreynaud, qui, elle, ne remet pas en cause l'hé¬térosexualité, mais la sexualité « macho », souligne que « le vocabulaire de la sexualité est si imprégné par le machisme qu'on appelle "préliminaires" les plaisirs autres que la pénétration dans le vagin. Faire l'amour, c'est "posséder" ou "prendre" une femme. La séduction est vue comme une opération militaire, la femme se défendant comme une forte¬resse et l'homme "tirant son coup", après quoi la messe est dite2».
    On pourrait objecter que les hommes qui ont une telle pratique sexuelle démontrent leur maladresse et leur ignorance. Ce sont de mauvais amants et pas nécessairement des machos. Par ailleurs, les
    1. A. Dworkin, Letters from a War Zone, 1993, p. 169.
    2. Bienvenue dans La Meute, op. cit., p. 199.
    femmes ne sont pas non plus des objets inertes et sans volonté. Hors du cas de la contrainte physique
    — et là il s'agit d'un viol —, elles sont tout à fait
    capables de dire ce qui ne leur convient pas et de
    ne pas renouveler l'expérience. Les préliminaires
    sont affaires d'apprentissage pour les deux sexes et
    n'ont pas forcément à voir avec les quatre impé¬
    ratifs qui définissent la sexualité féminine selon
    Dworkin.
    Au demeurant, n'est-ce pas là une vision très partielle de la sexualité féminine? Que diraient Catherine Millet et bien d'autres de ce modèle
    — fût-il majoritaire — si traditionnellement fémi¬
    nin ? Sans parler même d'un retour à la sexualité
    prégénitale des enfants, tel que le souhaite Andréa
    Dworkin1, ne faut-il pas entendre une injonction à
    «féminiser» la sexualité masculine? L'intimité et
    la tendresse ne sont pas l'alpha et l'oméga de tout
    désir. La violence des pulsions n'est pas exclusive¬
    ment masculine et n'aboutit pas nécessairement à
    un viol. Pourtant, de cela, il n'est jamais question.
    Pas plus que de celles qui n'ont rien de commun
    avec O, l'héroïne de Pauline Réage, et qui récla¬
    ment sans complexe un dominateur au lit et un
    « associé » en dehors.
    La multiplicité des sexualités n'a plus à être prouvée. La complexité de la libido non plus. Pour¬tant, on n'a toujours pas renoncé à domestiquer le désir. En ce sens, on assiste bien à un retour au pré-
    1. Right-Wing Women, 1983, chap. 3.
    freudisme. Certes, au xixe siècle, il s'agissait de canaliser la libido au sein de la conjugalité. Hommes et femmes étaient également interdits de jouissance hors mariage (même si l'interdiction était beaucoup plus drastique pour les femmes que pour les hommes). Aujourd'hui, c'est d'abord la sexualité masculine qu'il faut contraindre. Moins en interdisant toute relation sexuelle avec des êtres irresponsables, comme les enfants ou les aliénés, ce qui n'est pas nouveau1, mais en redéfinissant la nature de la sexualité licite. C'est à l'occasion du débat sur la prostitution qu'on a vu fleurir un cer¬tain nombre de propos qui laissent étonné. Il faut mettre «un frein à la pulsion masculine», écrit Françoise Héritier qui se trompe de siècle et de société lorsqu'elle dénonce la seule «licéité» de celle-ci : « Un point n'est jamais mis en discus¬sion : c'est la licéité de la pulsion masculine exclu¬sivement, sa nécessité à être comme composante légitime de la nature de l'homme, son droit à s'ex¬primer, tous éléments refusés à la pulsion fémi¬nine, jusqu'à son existence même [...]. La pulsion masculine n'a pas à être entravée ni contrecarrée, il est légitime qu'elle s'exerce sauf si elle le fait de manière violente et brutale. » Bien que l'on puisse penser que le féminisme des années 1970 ajuste¬ment mis fin à cette dissymétrie, l'auteur appelle à
    1. Aujourd'hui, ce sont les prostituées que l'on tente de renvoyer dans le camp des enfants et des aliénés. Ce faisant, elles rejoignent les objets interdits à la sexualité masculine et se voient privées du statut de citoyennes à part entière.
    interroger « cette évidence apparemment naturelle de la légitimité de la pulsion sexuelle mâle, non pour la réprimer totalement [ ?], ce qui n'aurait pas de sens, mais pour aboutir à un exercice qui recon-naisse la légitimité parallèle de la pulsion fémi-nine1». Les divers rapports sur la sexualité des Français(es) montrent que l'interrogation a déjà eu lieu et que le rééquilibrage est en voie de réalisa-tion. L'heure n'est plus à l'étouffement du désir féminin et encore moins à «la condamnation morale et [au] rejet social pour les femmes sans défense qui n'ont pas pu ou su éloigner d'elles la convoitise masculine2». Selon le point de vue adopté sur la sexualité féminine, la bouteille est à moitié pleine ou à moitié vide, mais pas complète-ment vide !
    Que signifie «mettre un frein à la pulsion sexuelle»? L'éducation et la culture nous appren-nent, plus ou moins bien, à la sublimer. La loi tente de la contenir dans les limites de la responsabilité réciproque. Mais elle est très difficilement modi¬fiable comme le prouvent chaque jour de nom¬breux faits divers. Le pôle pulsionnel n'est jamais totalement domestiqué. La sexualité n'obéit pas à la seule conscience ni aux impératifs moraux tels qu'on les définit à une époque ou à une autre. Elle ne se confond pas non plus avec la citoyenneté.
    1. Masculin/Féminin II, p. 293-295. Souligné par nous.
    2. Ibid., p. 295. Ce propos n'a de sens en France que dans le cas de populations qui n'ont pas adopté les valeurs de la culture et de la démocratie française.
    Elle appartient à un tout autre monde, fantasma-tique, égoïste et inconscient. C'est pourquoi l'on se prend à rêver quand on lit qu'« il est temps que les hommes remettent en question leur sexualité ' », ou bien qu'il s'agit d'« éduquer des citoyens à un rap¬port entre les hommes et les femmes fondé sur l'éga¬lité et le respect de l'autre et de sortir d'une vision archaïque de la sexualité masculine2». Moderni¬ser la sexualité comme s'il s'agissait d'une mode ! On reste encore plus stupéfait de lire sous la plume d'une abolitionniste un appel à un brainstor-ming généralisé : « Nous demandons aux hommes des associations, des partis politiques et des syndi¬cats de se réunir, de travailler sur leur sexualité et leur rapport avec le système prostitutionnel, [...] de proposer des solutions à leurs instincts, envies, besoins irrépressibles, [...] d'envisager l'éradica-tion de cette violence faite aux femmes, aux enfants qu'est l'acte sexuel répété, marchand et non désiré3. » Comme si le militantisme pouvait mettre au pas la pulsion masculine, comme s'il fallait tou¬jours associer « femmes et enfants » (on note que l'adolescence n'existe plus et que l'on passe direc-
    1. Manifeste antiprostitution (Québec), op. cit., p. 13.
    2. Souligné par nous. Le Monde, 16 janvier 2003. Opi-nion libre de Danielle Bousquet, Christophe Careche et Mar¬tine Lignières-Cassou, tous trois députés du parti socialiste, sous le titre : « Oui, Abolitionnistes ! »
    3. Libre opinion de Marie-Christine Aubin, Lettre de la Commission du droit des femmes, Égalité hommes/femmes, Fédération PS de Paris, octobre 2002.
    tement de l'enfant à l'adulte, sauf lorsqu'il s'agit de prostituées qui ne sont jamais totalement des adultes), comme si enfin on décidait de la bonne sexualité par l'adoption d'une motion prise à la majorité des voix. Mieux vaudrait rendre obliga-toire une bonne dose de bromure quotidienne !
    Les garçons comme les filles.
    Il apparaît peu ou prou que la sexualité féminine est la plus recommandable des deux. Non seule-ment la douceur et la tendresse les éloignent de la violence et de la domination propres à la sexualité archaïque des hommes, mais leur physiologie les leur interdit. Pour pallier cette irréductible diffé-rence, une solution s'impose plus ou moins ouver-tement : rapprocher la sexualité masculine de la sexualité féminine. Pour ce faire, nous devrions éle¬ver nos fils comme nos filles. Christina Hoff-Som-mers a très bien montré dans son livre, The War against Boysl, que la guerre contre les stéréotypes masculins avait déjà commencé aux États-Unis. Il ne s'agit pas de lutter contre les excès de la mascu¬linité, mais contre la masculinité per se, accusée d'être la cause de toute violence. D'ailleurs, note-t-elle, il est de plus en plus rare d'entendre l'éloge de celle-ci. Au contraire, toutes les valeurs positives associées à elle sont systématiquement dénigrées. Le courage et la prise de risques sont associés à l'in-
    1. The War against Boys. How Misguided Feminism Is Harming our Young Men, 2000.
    conscience, contraires au principe de précaution, la force à la violence qui ne fait que des ravages, le goût de la conquête à un impérialisme blâmable, le péché capital.
    Cette conception de la masculinité est ravageuse à un double point de vue. Tout d'abord, ces carac¬téristiques traditionnellement attribuées à l'homme appartiennent en fait aux deux sexes. En les calom¬niant, on n'en prive pas seulement le sexe mascu¬lin, on l'interdit chez l'autre. Ceux et celles qui ne conçoivent les femmes que comme des victimes à protéger n'imaginent pas qu'elles puissent dire non, donner une paire de claques, bref, se défendre physiquement et moralement. L'image de la femme muette, passive et soumise n'est pas conciliable avec l'apprentissage des sports d'autodéfense au collège. Ensuite, nombre de féministes des années 1970-1980 ont fait la cruelle expérience (pour leur parti pris idéologique) de l'échec d'une éducation asexuée. Non pas qu'il faille distinguer les tâches féminines et masculines à la maison. Mais imposer aux petites filles et aux jeunes garçons les mêmes jouets, activités et objets d'identification est absurde et dangereux. L'apprentissage de l'identité sexuelle est vital et, n'en déplaise à certains, il se fait par oppositions, caricatures et stéréotypes. Non seule¬ment il ne doit pas être une souffrance pour les garçons1, mais il est au contraire la condition des retrouvailles ultérieures avec l'autre sexe. C'est
    1. Voir William Pollack (de la Harvard Médical school) et
    seulement lorsque le sentiment d'identité mas-culine n'est plus une question1 que les frontières s'effacent et que la connivence peut naître. La res-semblance des sexes est au bout du chemin et certainement pas au début. L'éducation peut tout, disait Leibniz, même faire danser les ours. Mais le petit garçon n'est pas un ours et l'on ne joue pas avec l'acquisition de l'identité sexuelle.
    C'est pourquoi on ne peut que s'inquiéter quand on entend rapporter ici ou là la volonté chez cer-taines d'aligner la sexualité masculine sur la fémi-nine ou de procéder à la police des corps. Que penser, par exemple, de l'exigence de faire uriner les hommes assis, comme les femmes ? Cette fan-taisie n'a pas été seulement le fait de femmes appar¬tenant au milieu alternatif de Berlin. Libération rapportait en 1998 qu'« elles apposent sur leurs W-C des panneaux d'interdiction représentant un mâle en train d'uriner debout, barré à gros traits rouges : jugés incapables de pisser debout sans inonder les toilettes, les hommes sont sommés de s'asseoir sur la cuvette2». Même son de cloche en Suède, où il est de bon ton, dans certains milieux aussi féministes qu'hygiéniques, d'apprendre au petit garçon à faire pipi assis comme une fille. Dès 1996, un homme en colère prend la plume dans le
    Ronald F. Levant (psychologue de l'Université de Boston). Cité par C. Hoff-Sommers.
    1. E. Badinter, XY. De l'identité masculine, 1992.
    2. Article de Lorraine Millot, 13 avril 1998 : «Les Alle-mandes, du combat féministe à l'apartheid».
    journal Gôteborgspoten pour dénoncer ces «mères cruelles qui forcent leurs chéris à pisser assis ». Le journal anglais Sterling Times consacre un long article en avril 2000 sur le phénomène qui touche la nouvelle génération de Suédois. Il signale, entre autres, qu'un groupe féministe de l'Université de Stockholm fait campagne pour qu'on enlève tous les urinoirs. Se tenir debout est considéré comme le comble de la vulgarité et une violence sugges-tive, bref, a nasty macho gesture. Pour l'heure, les hommes renâclent mais n'osent pas vraiment s'y opposer. Nombre déjeunes pères se sentent obligés par leur compagne d'apprendre à leur fils cette nou¬velle technique du corps bien féminine.
    On peut en sourire ou y voir une violence symbo¬lique, certes plus douce, mais symétrique de celle évoquée par Samia Issa dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban1. Là, les hommes ont sup¬primé les toilettes des femmes au prétexte de l'inci¬dence provocante de celles-ci. Les femmes en sont réduites à utiliser des sacs en plastique. Dans ce cas, on parle à juste titre de domination masculine. Mais, dans le premier, parlerait-on de domination féminine ?
    En matière de sexualité, le féminisme défensif actuel est au cœur d'une double contradiction. Sans jamais s'exprimer sur la liberté sexuelle des femmes,

    il prône un encadrement de plus en plus strict de la sexualité masculine qui atteint par ricochet celle des femmes. L'élargissement progressif de la notion de crime sexuel et la répression mise en place depuis quelques années dessinent la carte d'un sexe légal, moral et sacralisé en opposition radicale avec la liberté sexuelle dont usent — certains diront abu¬sent —- les nouvelles générations. Par ailleurs, ce féminisme qui ne dédaigne pas le différentialisme prône la ressemblance des sexes là où justement elle n'existe pas. Lutter contre Yimperium masculin est une nécessité ; mais la déconstruction de la mas-culinité en vue de l'alignement sur la féminité tradi¬tionnelle est une erreur, sinon une faute. Changer l'homme n'est pas l'anéantir. L'Un est l'Autre à condition que persistent l'Un et l'Autre.

    " qu'« il est temps que les hommes remettent en question leur sexualité ' », ou bien qu'il s'agit d'« éduquer des citoyens à un rap¬port entre les hommes et les femmes fondé sur l'éga¬lité et le respect de l'autre et de sortir d'une vision archaïque de la sexualité masculine2»."

    "ne faut-il pas entendre une injonction à
    «féminiser» la sexualité masculine? "

    "Dans le second, on milite pour la transformation de la sexualité mas-culine."

    " Il ne s'agit pas de lutter contre les excès de la mascu¬linité, mais contre la masculinité per se, accusée d'être la cause de toute violence."

    "la volonté chez cer-taines d'aligner la sexualité masculine sur la fémi-nine"

    "L'élargissement progressif de la notion de crime sexuel et la répression mise en place depuis quelques années dessinent la carte d'un sexe légal, moral et sacralisé"

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