Chine: mais où est passé le socialisme?

Reportage sur la Chine hier sur France 2 (émission Un oeil sur la planète), à l’occasion de l’exposition universelle de Shangaï.

shangai2.jpgLe reportage était axé principalement sur le développement rapide que connaît la Chine depuis des années. Le développement économique semble être un objectif majeur du pouvoir chinois.

Dans ce but il laisse le champ libre à l’initiative individuelle, à la capitalisation, à l’enrichissement extrême d’une très petite part de la population, et à la propriété privée. On voyait ces ouvriers économiser pendant 15 ans pour acheter un appartement de 60 m2: le moteur de l’envie est non pas de réaliser une société égalitaire mais de posséder quelque chose à eux, où ils soient chez eux. Peut-être ont-il compris les motivations humaines. Cela change d’avec le système socialiste soviétique où les logements étaient propriété de l’Etat et distribués à la population par quelques décideurs - ce qui laissait place à toute dérive clientéliste.

On voit aussi de jeunes chinois venir travailler à Shangaï pour amasser un petit pécule et envisager ensuite d’aller monter leur affaire dans leur région d’origine. Et l’on voit des investisseurs millionnaires ou milliardaires construire à tout va et réaliser des fortunes avec l’oeil bienveillant ou l’appui du gouvernement. Travailler et faire de l’argent est semble-t-il l’idéal principal des chinois.

La Chine est redevenue économiquement un pays capitaliste. Politiquement, elle s’en tient à la structure du parti unique, dont on ne sait s’il est encore socialiste dans ses objectifs. La stabilité du pays obsède les dirigeants. La démocratie à l’occidentale ne saurait l’assurer. Donc on met tout le pouvoir aux mains d’une oligarchie appuyée par l’armée.
Shanghai-2010-Chine.jpg
Le bénéfice est en effet une forme de stabilité qui permet le développement et la modernisation du pays. La perte est sur la critique inexistante des choix gouvernementaux - donc pas d’alternative aux décisions unilatérales, et sur la liberté d’expression et de création. La perte est aussi sur une relative autonomie des provinces, dont le Tibet. A terme un pouvoir trop centralisateur risque de s’effondrer sur lui-même.

Le reportage montrait également des entrepreneurs installés dans des régions de la Chine à «haut» niveau de vie, et qui fermaient boutique ou se délocalisaient car le prix de revient du travail n’était plus compétitif. Cela va se passer d’ailleurs partout, de plus en plus vite: une région pauvre investie par des entreprises devient vite une région moins pauvre où les salaires sont plus élevés qu’ailleurs.

Ce reportage a montré la réalité actuelle de la Chine: un pays super capitaliste au régime économique plutôt libéral et au système politique auto-protecteur, sans plus de vraie idéologie. Mais qui fait peu à peu monter le niveau de vie des gens.

La culture chinoise a toujours été différente de celle du reste du monde. Je doute que les idéologies occidentales puissent y faire définitivement leur nid. Et si la Chine représente aujourd’hui une sorte d’ennemi, plus tant à cause d’une crainte militaire qu’à cause des Droits de l’Homme, je pense qu’elle va encore beaucoup nous étonner et certainement se rapprocher davantage d’une gouvernance mondiale où elle ne cherchera pas un leadership mais le respect d’une multipolarité du monde.




PS: 22 mois de rétention pour l’otage suisse en Libye.

Catégories : Politique 13 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "Notre politique consiste à appliquer le principe dit "un État, deux systèmes"; pour parler plus précisément, cela signifie qu'au sein de la République populaire de Chine, le milliard de Chinois habitant la partie continentale vit sous un régime socialiste, tandis que Hong Kong et Taïwan sont régis par un système capitaliste. Ces dernières années, la Chine s'est attachée à redresser les erreurs "de gauche" et a élaboré, dans tous les domaines, une politique qui tienne compte des conditions réelles. Cinq ans et demi d'efforts ont porté des fruits. C'est précisément dans cette conjoncture que nous avons avancé la formule "un État, deux systèmes" pour régler le problème de Hong Kong et de Taïwan."
    Deng Xiaoping

  • La capitalisme chinois ne concerne que les centres urbains. Le libéralisme économique chinois, ne concerne que les investisseurs occidentaux et chinois dont ces derniers sont bien souvent liés au parti d'une façon ou d'une autre; tout cela représente environ 20 à 30% de la population chinoise. Pour la Chine rurale; c'est le totalitarisme du parti communiste qui reste en vigueur. Non respect des minorités, déportations et expropriations manu militari des terres paysannes, censure de la toile sur internet; rien que d'évoquer le terme démocratie de façon positive est une subversion envers l'état avec des condamnations de plusieurs années de prison. Hu Jia et sa femme en ont fait l'amer expérience. Et il faut compter également une moyenne annuel de 7000 prisonniers fusillés selon amnesty international. Contrairement aux chiffres officiels du parti qui en decompte 1500 condamnations à mort par an.

    Bref, le miracle chinois vit sur une bombe social à retardement, qui pourrait bien se transformer en mirage. C'est bien là le cauchemar de ses dirigeants. Lachetr du leste comme l'a fait Gorbatchev qui a signé la fin du régime soviétique; les dirigeants chinois ont bien retenus cette leçon. D'où une politique toujours autant répressive.

    D.J

  • "En Suisse les gens vivent dans des taudis malsains, à 8 personnes par pièce et dorment à même le sol de terre battue. Dans les quartiers insalubres se propagent les miasmes pathogènes provoquant une forte mortalité infantile. Ceux qui survivent n'ont guère d'autre choix que de se livrer à la prostitution ou au trafic de stupéfiants une fois arrivés à l'âge adulte, puisque dans ce pays, le taux de chômage dépasse le 80%."

    Voilà la monnaie de votre pièce au niveau de la propagation des rumeurs. J'ai des contacts privilégiés avec la Chine depuis une vingtaine d'années, j'y ai des contacts réguliers à tous les niveaux et tend à y passer de plus en plus de temps avant de m'y installer définitivement. Les inepties que vous véhiculez (sans doute incapable de vous faite une opinion par vous-même) sont du niveau de Tintin au Congo.

  • J'ai l'habitude d'entendre que le communisme soviétique n'était pas du communisme. Alors pour les négationnistes comme vous et autres sinophiles concernant la réalité chinoise de m'étonne guère.

  • La réalité chinoise d'aujourd'hui est une composante de taoisme, de confucianisme, de communisme et de capitalisme. Il faut connaître l'histoire de sa pensée sur 3'000 ans pour comprendre cet art de vivre avec des paradoxes. Ayez la patience d'attendre que tous les anciens de la Longue Marche et de la création de la République aient disparu pour voir s'estomper plus complètement cette 3e composante qui vous déplaît tant. En attendant, lisez "Histoire de la pensée chinoise", d'Anne Cheng, et vous comprendrez la complexité de cette nation milliardaire en âmes et en capitaux. N'oubliez pas qu'un pays 180 fois plus peuplé que la Suisse ne peut se diriger avec une simple Landsgemeinde. Le mot pour la fin à Pierre Teilhard de Chardin, qui y a vécu et que l'on ne peut taxer de sympathie communiste: "J'ai pour la Chine une grande reconnaissance; par son immensité, par l'énormité de ses dimensions, elle a contribué à élargir ma pensée, à l'élever jusqu'à l'échelle planétaire".

  • Rabbit, en lisant mon billet, et même si j'ai des critiques sur la question de la liberté d'expression, vous avez peut-être perçu que je suis sensible à ce dont vous parlez à propos de la Chine, soit une imprégnation philosophique très puissante, et que nous avons de la difficulté à comprendre ici.

    J'ai abordé la pensée chinoise il y a longtemps par le Yi King, puis par le taoïsme. La pensée chinoise est plus synthétique que la nôtre, son ancienne écriture est un catalogue de métaphores plus qu'un langage analytique et dialectique. La dialectique ne me semble pas très marquée dans la pensée chinoise, pour ce que j'en connais. L'Empire du Milieu n'est pas un nom de hasard.

    J'ai pu voir aussi dans l'Histoire que la Chine n'est pas expansionniste, n'est pas une menace pour ses voisins. Le Tibet dont ont se choque aujourd'hui a en effet été de très longue date une province chinoise presque auto-administrée, et féodale, comme vous le dites sur votre blog.

    Je ne partage pas l'engouement pour le Dalaï Lama, représentant politique d'une des école bouddhiques les plus rigides (on est bien loin du Tantra, du Tao et du Zen avec les Bonnets jaunes). J'en avais fait un billet en son temps:

    http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2009/08/02/le-dalai-lama-en-suisse-un-regard-critique.html

    Quand à assumer ses paradoxes, je pense que c'est bien dans la philosophie chinoise. Il est clair qu'en occident la Chine pâtit de l'image de rigidité de son gouvernement et l'ombre symbolique de Tien An Men plane toujours. J'y suis sensible, étant très épris de liberté.

    Donc voilà, sans être fan, je reconnais qu'il y a en Chine des enjeux que nous ne percevons pas et qu'il y a une vraie évolution. D'où d'ailleurs le titre de ce billet.

  • " J'ai pu voir aussi dans l'Histoire que la Chine n'est pas expansionniste, n'est pas une menace pour ses voisins. "

    Ce n'est en tout cas plus le cas aujourd'hui avec Taïwan. Sans l'armée américaine dans les parages cette île serait sous le joug de Pékin depuis longtemps. La Chine soutient la Corée du nord, qui est une menace pour le sud. La brutalité de l'armée dans les provinces autonomes comme le Tibet, ne se justifie en rien, parce qu'elle serait lié historiquement à la Chine. La légitimité d'un Tibet libre détaché d'une dictature et moralement et politiquement juste.

    Mais bon avec ce que l'on lis sur le blog de Rabbit; on voit qu'il est voltairien, sartien et parle de propagande ceux qui font du Che un criminel. Une vrai graine de communiste. Je comprend mieux son amour à cette dictature totalitaire ( surtout totalitaire pour les chinois, je précise )

    Ha oui!! le budjet militaire chinois est celui qui progresse le plus vite dans le monde. On se demande pourquoi? Si ce n'est pour des visions expansionnistes.

    D.J

  • Voici le sort réservé aux écologistes chinois qui dénoncent les pollutions environnementales en Chine. C'est très philosophique.

    D.J

    http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch/archive/2010/05/17/confession-tragique-d-un-ecologiste-chinois-hockey-premier-c.html

  • @hommelibre

    La dialectique existe de façon naturelle dans la dualité exprimée par Yin/Yang en mouvement perpétuel. Perceptible actuellement dans un Etat dirigé par des "nominally communist rulers", selon la formule d'un journaliste américain (The Atlantic), favorisant l'initiative personnelle et la responsabilisation. Dans le sens de "débat d'idées", comme on l'entend en Occident, c'est quasiment une deuxième nature chez les Chinois. Déstabilisant, par contre, lorsqu'on se frotte à une culture qui n'a connu ni Socrate, ni Descartes (il faut observer une approche systémique). Ce qui a heureusement permis à ma compagne, issue de l'ancienne bourgeoisie de Shanghai, d'arriver à boucler le bec à des responsables communistes pétris de dialectique marxiste pendant le Révolution Culturelle.

    @ D.J

    Inutile d'insister, je crois, puisque vous maîtrisez tout sans avoir jamais rien appris par vous-même. J'ai aussi vécu en Afrique, mais je compte avant tout sur vous pour apporter une connaissance parfaite et définitive de la vie quotidienne dans ces pays, si le sujet venait à l'ordre du jour.

  • Rabbit, en effet pour le Yin et le Yang. La dialectique est même profondément intégrée dans le mode de penser. Je pensais plus à la dialectique systéMAtique de l'occident, dont la résolution (synthèse) fixe et fige souvent les choses, et produit une affirmation qui devient facilement un théorème. Ce qui n'est pas le cas en Chine à ma connaissance.

    Le Yin et le Yang sont une racine archétypale complexe. La dialectique n'est pas seulement entre deux propositions mais déjà à l'intérieur de chaque proposition. Ce qui produit automatiquement une pensée plus systémique et moins systématique, plus métaphorique et moins analytique, plus globale et moins découpée en tranches. Le résultat est forcément plus complexe et nuancé. D'ailleurs, dans la conception taoïste, rien n'est définitif, en cela la dialectique est différente en Chine d'en occident.

    Si je reprends l'exemple du Yi King (version Editions de Médicis, soit la traduction de Wilhelm et Perrot), le Yin et le Yang produisent de nombreuses déclinaisons qui toutes apportent un regard différent sur le monde. La résolution d'une question vue à travers le Yi King n'est jamais simplement oui ou non, bien ou mal, mais bien plutôt "cela peut être", "voilà où peuvent aller les choses", avec toutefois la possibilité contraire souvent incluse. C'est le changement qui est important, le processus, le mouvement, pas la fixité. Je me suis habitué à cela, et je n'y vois plus réellement contradiction ou dialectique, mais mouvement, balance, dynamique.

    Intégrer une proposition et son contraire n'est pas faire gagner l'une ou l'autre, ni même les comparer ou en trouver une troisième. C'est autre chose. C'est souvent recadrer son regard, voir le même paysage mental ou relationnel sous un angle différent. Pour moi le Yi King est un trésor de sagesse, que j'utilise aussi en coaching pour justement élargir la perception, le regard.


    D.J.: J'ai aussi un regard critique sur certains aspects de la gouvernance chinoise. Mais on ne peut réduire un peuple à l'histoire aussi riche et à la philosophie aussi profonde aux pires côtés d'une période.

    J'aime beaucoup d'aspects de la Chine, en parler est un bon exercice car je ne peux simplement stigmatiser, même si je peux être critique. Et je me demande parfois à quoi sert l'acharnement contrer la Chine et la "dévotion" occidentale envers le Dalaï Lama. La Chine peut certainement évoluer vers plus de respect de l'individu, si tant est que cela leur soit utile sous la forme qui est la nôtre.

    La question des Droits de l'Homme se pose à notre regard d'occidentaux, et je veux comme presque tous les occidentaux leur donner une portée universelle. Mais bon, quand on voit ce qui s'est passé à Guantanamo avec le nombre de soi-disant terroristes jamais jugés, dont certains libérés après des années faute du moindre élément, chacun doit un peu nettoyer devant sa porte.

    Mais je maintiens qu'à ma connaissance la Chine n'est pas et n'a pas été expansionniste dans son histoire. Le cas de Taïwan est particulier puisque la Chine a un territoire et qu'elle estime que Taïwan en fait partie. Elle se sent dépossédée d'une partie d'elle-même. Il faut aussi savoir que les chinois expriment peu leurs émotions, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'en ont pas. Pour en avoir parlé avec certains (pas membres du PC), ils se sentent blessé de l'agressivité occidentale à leur égard.

  • 3 m à hommme... je suis bien généreux aujourd'hui... (:o)

  • Je n'ai plus consulté le Yi Jing depuis une vingtaine d'années, mais je me souviens que c'est le dernier tirage de bâtonnets, et donc le trait final, qui donne une direction à l'ensemble.
    A propos de Taïwan, rappelons que le Guomindang, adversaire historique du régime communiste, est favorable à la réunification, alors que le parti des affairistes au pouvoir précédemment y restait opposé par intérêts personnels .
    Last but not least, forte inquiétude géostratégique aux USA concernant leur domination du Pacifique: 1) développement d'une marine militaire chinoise plus consistante, 2) incertitudes concernant l'avenir des bases américaines déployées en divers emplacements de plusieurs cercles concentriques autour de la Chine (voir l'excellente revue "Foreign Affairs" à ce sujet).

  • @ HL,

    " J'ai aussi un regard critique sur certains aspects de la gouvernance chinoise. Mais on ne peut réduire un peuple à l'histoire aussi riche et à la philosophie aussi profonde aux pires côtés d'une période. "

    Je ne juge ni le peuple,ni la culture chinoise; mais ses dirigeants. Comparer Guatanamo avec les prisons chinoises n'a pas de sens, même si les droits de l'homme c'est pour tout le monde. Les victimes innocentes de guantanamo ce sont surtout des personnes qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Il n'y a pas d'américains dans la prisons de Guantanamo, qui furent hostiles à la politique de Bush. Donc, rien à voir avec les dissidents chinois condamnés à plusieurs années de prisons, simplement pour avoir évoqués les mérites de la démocratie sur internet et sans appel à manifester contre le régimes. Quand à l'affaire Taïwan, c'est souvent par des menaces de guerre que la Chine veut carrément l'intégrer politiquement. mais il est certain que le gouvernement chinois ne va jamais demandé un avis démocratique aux taïwanais. Sans la 7ème flotte US, Pékin auraient déjà depuis fort longtemps occupé militairement l'île.

    On le voit bien avec le Tibet, ce qu'il advient contre ceux qui manifestent pour plus d'autonomie par rapport à Pékin; On envoient l'armée réprimer les manifestant à balles réelles. On peut comparer Tibet avec les pays baltes sous le régime soviétique. Le jour ou le PC chinois tombe, le Tibet revendiquera et obtiendra son indépendance, tout comme les autres ethnies des régions chinoise dite autonomes.

    D.J

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