Grèce: la faillite serait-elle préférable?

Dans mon billet d’hier, je reprenais des analyses selon lesquelles la Grèce a vécu sous dopants pendant des années, grâce aux centaines de milliards d’euros versés par l’Europe. De nombreux analystes critiquent vertement l’utilisation détournée qui a été faite d’une bonne partie de ces fonds et dénoncent la corruption du système grec.

europe1.gifLe fait que la Grèce ait menti sur ses statistiques économiques et ses déficits n’arrange rien. Je lis différents chiffres sur la fraude aux impôts. 40%, 80% des grecs ne déclareraient pas de revenus et ne paieraient pas d’impôts. Existe-t-il un chiffre réaliste? Et s’il existe, quelle est le montant soustrait à l’Etat? On lit aussi que ce sont les riches qui ne paient pas. Et bien, un pays qui dispose de 40% ou 80% de riches est un pays heureux! Certains incriminent aussi les armateurs, piliers de l’économie mais très mauvais joueurs et mauvais contribuables. Peuvent-ils à eux seuls creuser autant les déficits?

Quand on n’est pas économiste, il est difficile de comprendre ce qui se passe, faute d’outils d’analyse et de chiffres fiables. Et quand on écoute les économistes chacun a une analyse différente, ce qui rend la situation encore plus confuse. Qu’est-ce qui est vrai? Du point de vue de l’artisan avec sa simple comptabilité, si l’on dépense plus que l’on reçoit et si l’on n’exige pas le paiement des factures des clients pour faire rentrer de l’argent, on arrive très vite à la situation où l’on n’a plus d’argent. Un artisan ne trouvera pas de crédit en présentant un bilan déficitaire. Un Etat, si. Mais il y a, entre une comptabilité d’artisan et l’économie d’un Etat, autant de différence qu’entre la culture d’une plante verte d’intérieur et la gestion de la biodiversité. Bref, rien n’est simple.

Hier dans mon billet, je critiquais le discours de gauche du tout Etat et la déresponsabilisation des citoyens que cela peut induire. Mais le discours de droite me semble également critiquable. D’abord, faire des bénéfices sur les 110 milliards prêtés à la Grèce. Si c’est techniquement et idéologiquement défendable en économie libérale, c’est difficile à accepter d’un point de vue de la solidarité européenne.
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On pourrait aussi, comme le proposent des analystes de gauche comme de droite, établir un moratoire sur la dette. Aucun paiement à aucun créancier pendant la durée d’un audit destiné à rétablir des priorités. Et puisque le libéralisme pur et dur ne se pratique pas - l’intervention des Etats dans l’économie privée depuis le début de la crise le montre bien - on pourrait décider de qui sera remboursé et à quel taux. Les marchés qui spéculent trop et attaquent les économies pour gagner sur des dettes pourraient ainsi être sanctionnés. Pas totalement, sinon on vire de fait dans une économie totalement dirigiste qui sera encore plus contraignante que l’économie libérale mixte actuelle. Mais assez pour qu’ils sachent qu’il y a des limites à la déstabilisation de l’économie et des pays.

Cela demande une position politique dont l’Europe ne dispose pas encore, faute d’institutions qui lui en donneraient le pouvoir. Dans cette crise, on constate le manque d’une Europe politique.

La Grèce pourrait aussi se déclarer en faillite et ne plus rembourser ses créanciers. Les spéculateurs n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. Mais le pays devra vivre avec un plan d’austérité encore plus dur que celui qui se met en place. Est-ce que la garantie d’un retour à l’indépendance économique motiveraient les grecs à faire plus de sacrifices?

On a vu avec la société Eurotunnel qu’une faillite peut être une libération et une reprise de l’activité. La dette a été transformée en capital. Il est clair que dans cette affaire les actionnaires d’origine ont beaucoup perdu. C’est le risque normal de la bourse. En économie dirigiste, ils ne pourraient pas miser en achetant des actions et prendre le risque de gagner plus - ou de perdre. En l’occurrence, si les créanciers de la Grèce devenaient actionnaires de la dette transformée en capital, ils ne pourraient plus miser et tenter de gagner sur sa déstabilisation. Ils devraient tout faire pour que l’économie fonctionne. Sauf qu’un Etat ne peut être totalement assimilé à une entreprise.

Car dans tout cela un aspect me dérange: c’est la dépendance des Etats vis-à-vis de l’économie privée. L’Etat étant le garant du bien public, de la régulation, des règles du jeu, il ne devrait pas être aussi inféodé à l’économie privée. La ligne de démarcation entre les deux n’est pas rigide, mais il me semble qu’actuellement elle n’est plus assez clairement tracée.

Staline6dx.jpgCette crise grecque ressuscite aussi des vocations révolutionnaires. «Retour à 1789», «La Grèce nous montre le chemin, on ne fait pas la révolution sans faire de morts», etc. Ben tiens, comme si les révolutions avaient réellement amélioré la vie des gens! Elle ont surtout mis en place des personnages monstrueux et des régimes sanglants: la Terreur en France, le maoïsme, le castrisme, le stalinisme, le franquisme, etc. Et les révolutionnaire se fichent comme de l’an 40 des humains. Leur théorie est toujours supérieure. Et surtout leur compte en banque est bien caché. C’est fou comme ils finissent riches, les révolutionnaires qui exploitent le peuple après avoir prétendu le libérer. Combien de milliards le guide de la révolution Libyenne Kadhafi avait-il en Suisse? Beaucoup, beaucoup...

Bref, la Grèce a accepté le plan de sauvetage pour rester dans l’Europe, car au fond elle y a un intérêt économique. La balle est maintenant dans son camp. La rigueur n’est pas un luxe quand on n’a plus d’argent. Vivre à crédit fait tourner l’économie? Soit. Mais rapproche aussi du mur si l’on gère son budget sans la moindre prudence ni rigueur.

Cette crise montre, à mon sens, que l’on ne peut être purement libéral ni purement social, que l’économie libérale mixte est un fait qui démonte la rigidité des idéologies, mais qu’il manque encore des règles de régulation de cette économie libérale mixte.



PS: Berlusconi promet de s’engager personnellement auprès de Kadhaff’ pour l’otage suisse retenu depuis 21 mois. Mais Kadhaff’ n’en fait qu’à sa tête.

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Commentaires

  • "Ben tiens, comme si les révolutions avaient réellement amélioré la vie des gens! Elle ont surtout mis en place des personnages monstrueux et des régimes sanglants: la Terreur en France, le maoïsme, le castrisme, le stalinisme, le franquisme, etc."

    Vous oubliez la chute du mur de Berlin, la révolution roumaine qui a mis fin au régime de Ceausescu ou les évènements en Pologne qui, après des mois de grève, ont fini par mettre un terme au régime de Jaruselski. Sans parler de la révolution française, qui a effectivement dans un premier temps permis à la terreur de se mettre en place, mais finalement, la république actuelle est le fruit de ce soulèvement.

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