Sauver la planète… ou l’Homme?

Ou: quand l’écologie reproduit les schémas qu’elle critique.

L’éditorial du quotidien Libération de ce jour recadre un peu la pensée écologiste au moment où une partie de l’activité humaine est bloquée par un phénomène des plus naturels: un nuage de cendres volcaniques. Ce que suggère cet édito, plutôt que la naïveté du slogan «Sauvez la planète», c’est de sauver les humains menacés par la dégradation de leur environnement.

save2.jpgIl faut bien reconnaître qu’il y a dans ce slogan «Sauvez la planète» une somme de toute-puissance virtuelle, de domination des éléments et de notre cadre de vie, de volonté d’hégémonie intellectuelle, de supériorité revendiquée sur la nature, d’imposition des nouveaux codes du bien et du mal.

On peut y ajouter le mythe prométhéen, le merveilleux pouvoir de Merlin l’enchanteur, la mystique du sauveur. Enfin on rend cela irrésistible grâce à la science et la technologie.

Que lit-on dans ce discours? La même chose que dans tous les discours sur le progrès:

- le progrès nous sauvera de la maladie, de la famine, etc
- la technologie rend tous les progrès possibles
- le progrès fera de l’Homme l’être suprême de la création à qui même la nature obéit
- le progrès réalisera vos plus beaux rêves
- le progrès c’est la puissance et la supériorité de l’espèce humaine

etc, etc.

Notons bien que ce discours est aujourd’hui battu en brèche par certains écologistes comme étant la cause du drame planétaire en cours.  Car ce n’est pas seulement la qualité de ce progrès qui est mis en cause: c’est le principe même du progrès, de la croissance, de la toute-puissance humaine.
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Or que lit-on, qu’entend-on? Que les humains vont sauver la planète! La toute-puissance humaine est retrouvée: nous pouvons être des sauveurs et nous pouvons le faire.

YES WE CAN!!!

Le slogan est martelé dans nos chères têtes blondes grâce à Pinocchio, qui leur apprend dès le plus jeune âge qu’ils ont une mission: sauver la planète.

Il est asséné comme une alternative au capitalisme, identifié bien sûr à tous les problèmes. On a vu la pollution dans les pays de l’est après la décolonisation idéologique, économique et politique des régimes socialo-communistes. Bonjour les dégâts! Ces régimes avaient encore plus pour finalité la domination du monde. Quand à la Chine, pays le plus pollueur ou en voie de l’être, pays néo-colonialiste en Afrique en particulier, pays à la parole bridée (en plus des yeux), elle montre qu’au bout du compte le communisme est bien une forme évoluée du capitalisme, la liberté en moins.

Le slogan est mis à toutes les sauces, digestes et indigestes, avec une conviction digne de celles des appelés qui partaient à la guerre la fleur au fusil et qui ne revenaient jamais.

save-planet.jpgQuelle est cette arrogance de prétendre pouvoir sauver la planète? Et a-t-elle besoin d’être sauvée?

Le nuage acide du volcan islandais est pire que n’importe laquelle de nos pollutions: les microparticules attaquent et soudent les ailettes des turbines dans les moteur d’avions. Elle sont directement abrasives sur les muqueuses respiratoires. Certes, il n’y a pas des éruptions tous les jours, et le nuage se dilue puis se disperse. Mais dans le passé il y a eu des concentrations de CO2 bien plus importantes qu’aujourd’hui. La Terre a toujours survécu et les espèces se sont renouvelées. La petite crise due au petit réchauffement actuel n’est rien en comparaisons des changements climatiques du passé. La Terre n’a pas besoin d’être sauvée, elle a ses mécanismes correcteurs, son homéostasie, elle se sauvera elle-même comme chaque fois.

Ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Vivons le mythe, pensons-nous tout-puissants, et sauvons l’humain, en effet, pourquoi pas? Tout en lui laissant la possibilité d’évoluer, de s’adapter, pourquoi pas? Il y sera obligé et ce serait un manque de foi en lui que de croire l’humain incapable de cela.

J’écoutais un débat l’autre soir, auquel participait Paul Arès, un chantre de la décroissance dont la violence du langage et des idées fait peur. Il reprochait (car il ne sait que culpabiliser) à Arthus-Bertrand d’utiliser l’hélicoptère pour réaliser ses prises de vue. Quand le journaliste a demandé à ce monsieur Arès, par 3 fois, comment il se déplaçait d’Avignon à Paris pour venir sur un plateau télé, il n’a pas répondu...
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L’affaire est entendue. Une partie de l’écologie reproduit les mythes des 19e et 20e siècles. Une autre assène la vérité unique avec une violence dangereuse. Une troisième - dont je me sens proche - se demande comment raison garder, comment débattre sans s’insulter, comment faire marcher l’intelligence, comment allier business et humanisme, comment ne pas retomber dans une dictature rouge repeinte en vert. (C’est fou comme le rouge a pris de nouvelles couleurs: le vert écolo, le fuchsia féministe! )

Et en réponse au titre de ce billet, c’est peut-être l’Homme qu’il faut sauver, mais d’abord sauver de lui-même, de ses mécanismes de pensée et de comportement. On peut en même temps améliorer qualitativement notre société. Mais ne faisons pas l’économie d’une révolution de la pensée et du regard sur nous-mêmes.

 

 

PS: Pas la peine de sauver Kadhafi de ses propres fonctionnements: il ne lâchera pas l’otage suisse avant un bon bout de temps.

Catégories : Environnement-Climat 3 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • A propos de sauver l'homme de lui-même, lire :
    OCDE : Aide au développement : Les promesses non tenues des pays européens :
    http://www.lepost.fr/article/2010/04/16/2035669_ocde-aide-au-developpement-les-promesses-non-tenues-des-pays-europeens.html

  • salut j'ai bien apprecié votre discours,je suis étudiante en tourisme et j'ai choisi comme théme de mémoiree les conséquences du changement climatique sur les activités du tourisme,j'aimerai avoir votre point de vue sur ce sujet: comment le changement climatique peut-il affecté le tourisme?ce dernier même n'en contribue-t-il pas?quelques exemples de destinaions touristiques affectées par le réchauffement climatique

  • Bonjour aminata,

    Je ne suis pas spécialiste en tourisme, je ne pense pas avoir un avis très judicieux. Mais je vous donne mon sentiment ou mes impressions.

    Les changements climatiques, s'ils se confirment, et selon leur ampleur, n'auront pas forcément une influence radicale négative sur le tourisme d'un point de vue mondial. Les destinations du soleil attireront toujours, seule une baisse de pouvoir d'achat pouvant freiner une partie des touristes, à mon avis. Pour le tourisme de neige (ski, etc) je ne sais pas que penser. Le réchauffement climatique pourrait aussi bien diminuer l'enneigement que favoriser des hivers plus "continentaux" et donc plus froid et humides.

    De nouvelles régions deviendront attractives, comme celles plus au nord: les pays scandinaves pourraient devenir attractifs en été si les canicules tendent à se répéter.

    Je pense que l'évolution des mentalités peut avoir autant d'influence que le climat sur le tourisme. Le tourisme consommation (clubs) pourrait être moins attractif alors que le tourisme partage (expérience à vivre, découverte) pourrait augmenter.

    Si des guerres climatiques (par ex. pour l'eau) devaient se produire, cela ne serait guère différent de ce que l'on connaît déjà. Il y aura donc des pays inaccessibles au tourisme, comme c'est déjà le cas.

    Je ne suis pas certain que l'évolution du climat produise un changement radical des comportements. L'adaptation de l'humain sera plus forte que le dérangement dû au changement.

    Voilà quelques idées en vrac.

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