Vive la discrimination, un mot pas gris!

Tout change, mon bon monsieur. On ne peut plus guère se fier à la pérennité des choses de la vie. Tout change et c’est à prendre ou à laisser.

intelligence3.jpg1. Le sens des mots

Même le langage change. Par exemple on est passé du latin au français. Toutefois les mots gardaient globalement leur sens même après le changement de langue.

Aujourd’hui le sens même des mots change. Pourquoi? Parce qu’un groupe, un sous-groupe, une profession, ou l’air du temps, peuvent décider de modifier les significations. Le langage devient une tour de Babel, minée comme pas possible: attention à ne pas dire ceci, ce pourrait être mal interprété par tel ou tel groupe. Ne critique pas les religions, l’esprit critique devient du racisme.

Le mot et le concept qui m’intéressent aujourd’hui est «discrimination». Quelle en est la définition?

Discriminer: séparer, discerner, distinguer, établir une différence, différencier. Le mot vient du latin «discriminare» qui signifie séparer.

Dans la culture française la discrimination est une qualité majeure de l’esprit et de la compréhension du monde. En psychologie, Ribot en dit: «Ce changement d'état [par lequel la conscience passe d'une modification à une autre], c'est la discrimination, et c'est le fondement de notre intelligence.»

 

2. Discriminer: un acte d'intelligence

«En latin, le verbe discriminare a pour sens "séparer" ou "diviser". Ainsi, d’une route, on disait en latin qu’elle discrimine (sépare) une région ; ou d’une route éclairée par des torches, qu’elle "discrimine les champs contigus" : elle sépare nettement la route de ces champs.»

"Différencier, en vue d'un traitement séparé, (un élément des autres ou plusieurs éléments les uns des autres) en (le ou les) identifiant comme distinct(s). Synon. distinguer.
A.− [Le compl. d'obj. désigne des choses] Commençons par dénombrer et discriminer les problèmes (Du Bos, Journal, 1928, p. 67). Discriminer rhumatismes infectieux et arthrites microbiennes (Ravault, Vignon, Rhumatol., 1956, p. 516) :
Van Eyck, lui, se demande avant tout de quoi les choses sont faites; il les discrimine, les spécifie : la pierre est granit ou marbre, l'étoffe drap, lin ou mousseline.
Huyghe, Dialogue avec le visible, 1955, p. 139."

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Dans un texte littéraire, discriminer c’est saisir le sens majeur voulu par l’auteur en analysant avec justesse et intelligence. Dans une situation humaine, c’est distinguer l’essentiel du secondaire, le juste du faux. Discriminer est une faculté intellectuelle majeure.

 

3. Discriminer: un acte devenu criminel et pénal

Mais l’influence anglo-saxonne a fait dévier ce sens qui s’est peu à peu déplacé vers ceci:

«Traiter défavorablement certains groupes humains via la réduction arbitraire de leurs droits et contraire au principe de l'égalité en droit.»

Et aussi:

«Dans le domaine social, la  est la distinction, l'isolement, la ségrégation de personnes ou d'un groupe de personnes par rapport à un ensemble plus large. Elle consiste à restreindre les droits de certains en leur appliquant un traitement spécifique défavorable sans relation objective avec ce qui permet de déterminer l'ensemble plus large.»

L'ONU, dans le Pacte International des Droits Civils et Politiques, condamne la discrimination :
"Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique et de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation." (article 6)



mandela.jpgD’un sens lié à l’intelligence on est passé à un sens juridique pénal. On n’a plus le droit de discriminer selon les origines ethniques, le genre, la fortune,  l’âge, la couleur de peau, la religion, etc, car c’est automatiquement pénalisé. Mais que reste-t-il donc aux études sociologiques?

Le problème est la charge négative qui est maintenant contenue dans le mot discriminer. Charge qui n’existait pas à l’époque. Aujourd’hui, discriminer signifie d’abord exclure (ségrégation), traiter un groupe avec moins de droits qu’un autre, donner moins de chance à une population particulière qu’à l’ensemble.

 

4. Discriminer n'est pas un délit, c'est une fonction mentale

Cette interprétation de la discrimination doit être considérée comme minoritaire et non originelle. On a fait des synonymes de «discriminer pour voir clair», ce qui est une fonction mentale naturelle qui prouve en partie l’intelligence (discriminer les problèmes) et «d’exclure en portant préjudice», ce qui est une dévalorisation délibérée d’une fraction de l’humanité.

Or cela n’a rien à voir ensemble.

Il y a un mot pour cela: SEGREGATION.

Mais on va plus loin. Par peur que le mot discriminer perde sa neutralité originelle et soit compris comme une exclusion ou une ségrégation, on en interdit l’usage. J’ai traité des discriminations ethniques suite à l’affaire Zemmour, où l’on voit que la France interdit les statistiques ethniques. Au plan pénal, discriminer est un mot gris, un mot sans saveur ni peur. Le vrai mot est: ségrégation.

Et puisque discriminer c’est établir des différences (sans jugement de valeur ni d’exclusion), on ne pourra bientôt même plus dire à un asiatique: «Vous êtes asiatique»? Ni à un noir: «Vous avez la peau noire».

Et bien, pour ma part, je dis dans le vrai sens français du mot: vive la discrimination, signe d’intelligence et de compréhension du monde. Et je dis non au concept gluant et indifférencié de la non-discrimination.

Je reviendrai dans un prochain billet sur la discrimination professionnelle et sur la discrimination positive.




PS: A Tripoli, il y a Kadhafi, qui retient Max Göldi, otage depuis 20 mois.

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Commentaires

  • merci HL pour cet excellent billet

  • Merci pour l'article très intéressant !

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