Le père, limitant et structurant

Dans la grande danse des relations humaines, les femmes ont souhaité depuis 50 ans disposer des mêmes droits que les hommes. Ce qui est la moindre des choses. Je rappelle que 150 ans de code Napoléon les ont exclues de la vie sociale et de droits égaux avec les hommes. C’était inacceptable. Sur cela nous devons tous et toutes converger. Mais tout n'est pas à prendre dans la démarche de déni de l'homme et du père que l'on rencontre dans un certain féminisme. Le thème que je reprend et synthétise dans ce billet est la fonction du père et la critique de la théorie féministe à ce sujet.

pere-fils-generation-plage.jpgBeaucoup d’hommes ont soutenu l’égalité de droits, démarche éminemment humaniste. Ce qui n’a pas été vu c’est que le féminisme, démarche hautement communautariste, déclarait une guerre guerre aux hommes avec une volonté exprimée de les changer. «La femme est la prolétaire, l’homme l’exploiteur» est un des credos de ce féminisme. Ou la variante: «La femme est une victime, l’homme un prédateur». L’homme a été mis en accusation, accusé d’avoir voulu dominer, contrôler, diminuer, écraser les femmes depuis la nuit des temps. Réécriture soviétique de l’histoire. C’est une partie non négligeable de la théorie féministe.

Une des figures, un des archétypes par lequel on allait mener la lutte contre les hommes était la fonction paternelle. Il fallait détruire le père. On s’est mis alors à publier des livres et des enquêtes où les hommes-pères étaient ou autoritaires, ou lâches ou pédophiles. Il y en a, comme il y en a chez les femmes. Mais pas de quoi généraliser. Si les hommes n’étaient que ces caricatures autoritaires que l’on nous a souvent servies, les femmes n’auraient jamais eu la possibilité même d’exprimer leur désir d’égalité.

Le patriarche, le pater familias, n’a que peu existé dans la réalité. Image trop absolue, trop lourde à porter pour les hommes. Trop écrasante pour qu’une majorité de femmes l’accepte. Les femmes ne sont pas des idiotes! Dans les campagnes de la société rurale, le travail et les grandes décisions étaient souvent partagés, pour la survie même du clan familial.
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L’homme, historiquement, a bénéficié de sa masse musculaire plus importante que celle de la femme pour prendre en charge les tâches pénibles et dangereuses et exprimer sa force créative: la chasse, la guerre, la protection, la recherche de subsistance et la construction de sa maison, la technologie. La femme, par la non-maîtrise de la grossesse et donc une moindre disponibilité aux activités pénibles ainsi qu’une moindre masse musculaire, a plus pris en charge le soin maternant: enfantement, thérapie, nutrition, confort, foyer.

Il n’y a aucun blâme à cette répartition des fonctions dans la relation homme-femme. Seule la rigidité des rôles est dérangeante, ainsi que la domination de l’homme sur la femme ou de la femme sur l’homme au moyen de son rôle. Notre époque disposant de nouveaux outils (contraception, formation universalisée, besoins du monde du travail), il est possible de sortir du côté strict de la répartition des fonctions.

Mais on ne peut déstructurer tout ce qui s’est construit pendant des centaines de milliers d’années juste sous prétexte que les études de genre - autre pilier de la théorie féministe - ont décidé que tout est construction sociale et que la construction sociale n’aurait aucun lien avec le corps et n’a de toutes façon pas d’autre fonction que de fixer les femmes dans le rôle d’exploitées. La différenciation hommes-femmes ne serait qu’un outil de domination. On fuit la différenciation, et je pense que cette démarche est dangereuse pour l’équilibre psychosocial des individus qui ont besoin d’une représentation claire de leur identité dont la fonction fait partie - ce qui n’empêche pas de la mettre en question et de la faire évoluer si l’individu concerné en ressent l’utilité.

La répartition des rôles - hommes à l’extérieur et femme à l’intérieur - a été probablement construite à partir des considérants ci-dessus. Cela ne signifiait pas une hiérarchie de valeur.

père-couple.jpgConséquemment, et concernant l’éducation des enfants, il peut donc sembler naturel que les femmes aient primitivement pris un plus grand rôle dans les premières années de leur croissance. Cela fut pris en compte notamment dans les décisions de justice en cas de divorce. La mère apprenait la parole et le langage aux enfants (verbal, du corps,de la communication), le père leur apprenait l’action et la prise de risque pour se dépasser. Ce sont deux moments différents dans la croissance.

La mère étant plus longtemps avec les enfants - plus d’heures par jour - son autorité pouvait s’émousser plus facilement. Le père travaillant dehors et donc moins présent gardait une autorité plus intacte. De plus, sa stature plus musclée, sa voix plus grave, suscitaient davantage la crainte. Le père a donc plus naturellement servi à poser les limites et à distinguer le bien du mal (la loi, la règle), alors que la mère par sa proximité, voyait mieux le processus de développement de l’enfant et déployait davantage sa compréhension.

Cela ne signifie pas que les mères ne savent pas poser la limite. Et cela ne signifie pas non plus que les pères ne savent pas materner si besoin. Mais ce n’est pas leur fonction première, celle où leur place est la plus utile. Gommer les différences père-mère en égalisant en tous points les activités et la prise en charge des enfants et de tout, c’est laisser émousser l’autorité des deux parents. C’est priver l’enfant d’une double représentation: deux images différentes avec lesquelles il noue des relations et des stratégies différentes, le préparant au monde des adultes. Lui enlever cela c’est lui enlever des repères.

 

Fin de la première partie. Suite dans le prochain billet cet après-midi.

 

 

PS: pensées pour Max Göldi et pour sa famille qui attend son retour des géôles libyennes.

Catégories : Psychologie 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonjour,

    J'ai croisé la route d'un homme étonnant un jour à Lausanne. Il est un amoureux de la culture celte et gagne sa vie en étant Barde, ou quelque chose qui s'en rapproche, et donc raconte les contes. Je me souviens très bien de cette phrase qu'il attribue aux Celtes, et peu importe qu'elle vienne de là ou d'ailleurs... :

    "Respecte la Femme, Honore l'Epouse et Vénère la Mère"

    Et je suis en total accord avec cela, à condition toute fois que la femme soit respectable, l'épouse honorable et la mère digne d'être vénérée.

    Personnellement, je trouve les prostituées bien plus respectables que certaines femmes qui se prostituent par le mariage. Cela n'engage que moi.

    Quant à certaines mères qui font tout, absolument tout leur possible pour confier leur(s) enfant(s) dès l'âge de 4 mois à la société pour s'en occuper, avec il faut l'admettre le concours du père, je trouve que ces couples feraient mieux de s'acheter des poissons rouges.
    Et je ne suis pas plus tendre avec les pères qui n'ont pas osé dire qu'ils ne voulaient pas d'enfant et qui sont absents eux aussi.

    Mais il n'y a pas de miracle, les gens un tant soit peu sensés savent bien qu'au fond le développement d'un enfant nécessite l'amour d'une mère et d'un père qui s'investissent tous les deux, différemment, dans l'éducation de leur enfant. Ceux qui ont la chance de l'avoir vécu ne se plaignent jamais de leur enfance, à ma connaissance.


    Ceci dit, il faut admettre l'existence d'hommes prédateurs, et l'existence de femmes qui malheureusement se plaisent dans le rôle de proies. Tout comme il y a de nos jours des femmes prédatrices et castratrices, mais ces cas ne sont pas une règle.


    Que vous soyez femme ou homme, je ne saurais que trop recommander la lecture d'un livre au départ écrit pour les femmes, un livre bouleversant :

    "Femmes qui courent avec les loups"

    Et je le répète, je ne fais qu'exprimer ma vision, je ne cherche à convaincre personne que ma vision soit une vérité.

  • Vous parlez des Celtes. Il est intéressant de savoir que leur société pratiquait une large égalité hommes-femmes, ce malgré que ce soit une société assez guerrière.

    "La femme pouvait user de ses biens personnels à sa guise, elle les conservait en cas de mariage et pouvait les reprendre en cas de divorce. Le mariage était une institution souple, résultat d'un contrat dont la durée n'était pas forcément définitive. En théorie, la femme choisissait librement son époux et lorsque c'est elle qui possédait plus de biens que son mari, c'est elle qui dirigeait toutes les affaires du ménage sans demander l'avis à son époux. Si la fortune de l'homme et de la femme étaient à égalité, le mari ne pouvait gérer les biens sans en référer à son épouse. En se mariant, la femme n'entrait jamais dans la famille de son mari, elle appartenait toujours à sa famille d'origine, et le prix que versait le mari pour l'achat de sa femme n'était qu'une compensation donnée à la famille de celle-ci. En cas de divorce, la femme retournait dans sa famille d'origine. Si l'homme décidait d'abandonner sa femme, il devait s'appuyer sur des motifs graves, si non, il devait payer des dédommagements très élevés. La femme pouvait se séparer de son mari en cas de mauvais traitements, elle pouvait alors reprendre ses biens propres et sa part des biens acquis pendant toute la durée du mariage. Le divorce pouvait aussi s'effectuer par consentement mutuel, la séparation n'était pas liée à une quelconque culpabilité, c'était simplement un contrat qui cessait. "

    http://feminaweb.free.fr/celte.htm

    (ne pas tiquer sur le mot "achat" qui équivaut probablement à dot que l'on donne à la famille.

  • "Je rappelle que 150 ans de code Napoléon les ont exclues de la vie sociale et de droits égaux avec les hommes."

    Vous insistez souvent sur ce code Napoléon, comme si auparavant les femmes étaient considérées comme des citoyennes à part entière. C'est faux, en France par exemple, elles n'ont acquis de réels droits que lors de la Révolution Française, qu'elles ont perdu 15 ans plus tard.

    Les femmes ont déjà été exclues lors de la naissance de la démocratie en Grèce. Il y a plus de 2000 ans, à Athène: "Les esclaves et les femmes considérés respectivement comme des biens et d'éternelles mineures, ainsi que les métèques (étrangers) furent exclus de la communauté politique, comme dans la plupart des cités grecques".

    Sont longs les 150 ans...

    :-B

  • Pascale, les 150 ans dont je parle sont ceux qui sont connus pour avoir voulu délibérément supprimer les droits sociaux des femmes. A d'autres périodes ce sont plutôt la répartition des rôles qui jouait. Je rappelle qu'à certaines époques les hommes étaient exclus de tout ce qui touche à la grossesse et à l'accouchement, affaire de femmes et non d'hommes.

    Vu sous l'angle des idées actuelles, la répartition des rôles semble n'être qu'une mise sous tutelle des femmes. C'est faux. Les hommes ont toujours eu des devoirs envers leur femme et leur famille. Le code Hamourabi des Sumériens( 2'500 ans avant JC) décrit précisément les devoirs des hommes et les lois qui protégeaient les femmes. On est très loin d'une sujétion ou d'une domination. Très loin.

    Le discours féministe tend à généraliser une domination masculine, dans la réalité on en est loin. Je repense à la lignée des femmes dans ma famille: hommes exclus, femmes qui décidaient, cela depuis 4-5 générations, soit depuis environ le milieu du 19e siècle. Pas vu de femmes dominées: commerçantes, veuves indépendantes, gérante du budget familial. Une arrière-arrière-arrière grand-mère dominante qui met son mari à la porte et lui interdit à jamais de revenir!

    A partir de quelques figures d'hommes épouvantables (dans lesquelles ni moi ni la majorité de hommes ne se reconnaît) on fait une généralité du patriarche tout-puissant. La réalité vécue est très loin de cette image.

  • Je pourrais ajouter, Pascale, que l'esclavage n'a été aboli qu'au milieu du 19e siècle, et que des hommes étaient esclave, comme des femmes. Les hommes n'ont eu des droits civiques de façon universelle qu'il y a un peu plus de 100 ans en France. Avant, seules certaines catégories d'hommes pouvaient voter.

    Les rapports de domination ou d'exclusion des droits ne recoupent pas spécifiquement les genres, mais bien l'ensemble de la société humaine.

  • "les études de genre - autre pilier de la théorie féministe - ont décidé que tout est construction sociale et que la construction sociale n’aurait aucun lien avec le corps et n’a de toutes façon pas d’autre fonction que de fixer les femmes dans le rôle d’exploitées"

    oui les études de genre onts décidé !!!!!

    j'aime bien la conclusion du livre de doreen Kimura "cerveau d'homme cerveau de femmes" extrait ci-dessous.

    "En rassemblant tous ces faits, nous pouvons dire avec certi¬tude qu'il existe entre les sexes des différences substantielles et stables dans des fonctions cognitives telles que la rotation spatiale, le raisonnement mathématique et la mémoire verbale ainsi que dans les aptitudes motrices qui demandent une précision de la visée et une dextérité des doigts. Nous pouvons aussi affirmer que la plupart de ces fonctions sexuellement différenciées sont forte¬ment influencées par les environnements hormonaux précoces et/ou du moment. D'autres facteurs peuvent intervenir dans ces aptitudes avant la naissance par des mécanismes non-hormonaux.
    Les preuves d'influences de la socialisation sur ces différences entre les sexes sont maigres, et la plupart d'entre elles se canton¬nent souvent à lier l'expérience du vécu (les sports préférés, les cours choisis, l'influence supposée des parents) à ces aptitudes-Toutes ces associations se prêtent bien sûr à d'autres interpréta¬tions. D'aucuns ont aussi affirmé que les différences entre les sexes s'atténuent, impliquant que, à mesure que les environnements de l'homme et de la femme se ressembleront davantage, il y aura moins de différences entre les sexes. Nous avons indiqué d'autres raisons pour expliquer la réduction éventuelle des différences entre les sexes, entre autres la modification des questions des tests en vue de favoriser un groupe (essentiellement les femmes). Les arguments en faveur d'influences sociales consistent souvent à insister pour que ces explications soient prioritaires.
    Les preuves dont nous disposons n'indiquent pas que la supé¬riorité de l'homme dans la rotation mentale et dans le raisonne¬ment mathématique ait décliné au cours des dernières décennies. L'apparition très tôt dans la vie de différences entre les sexes dans la rotation mentale et dans certaines aptitudes motrices est proba¬blement plus facilement conciliable avec l'idée d'influences biolo¬giques pré- et périnatales qu'avec celle de socialisation marquée par le genre. Cependant, il faut aussi dire que les « expériences naturelles » concernant les influences sociales ont moins de chances de se produire que celles concernant le rôle des hormones sexuelles. L'effet de l'éducation dans un sexe sur des personnes
    ayant, par exemple, une anomalie génitale structurelle, n'a simple¬ment pas été suffisamment étudié.
    Quelle est la validité des tests ?
    Rappelez-vous que beaucoup de tests qui démontrent des différences constantes entre les sexes sont utilisés dans la recherche précisément pour cette raison. C'est-à-dire que ce sont probablement des tests d'aptitude relativement « purs », ce qui signifie que leur chevauchement avec d'autres tests est mineur. Or dans la vraie vie, à l'extérieur du laboratoire, la plupart de nos acti¬vités font appel à un mélange d'aptitudes, et donc, éventuelle¬ment, les scores à des tests purs pourraient ne pas prédire très bien les résultats à différentes activités du monde réel. Par exemple, si l'on retrouve son chemin dans une région géographique relative¬ment familière qui nous permet d'utiliser à la fois des stratégies de géométrie et de repérage, ce n'est pas nécessairement le signe d'une supériorité masculine.
    De même, une activité motrice de tous les jours, comme la conduite d'une voiture, combine des activités précises à la fois intrapersonnelles (changer les vitesses, utiliser le volan) et extra-personnelles (évaluer la distance et la vitesse des autres véhi-cules). Plus une activité fait appel à des compétences multiples, moins les tests psychométriques prédiront son degré de réussite. Même les professions qui demandent beaucoup de compétence spatiale, comme certaines branches de l'ingénierie ou de l'archi-tecture, demandent aussi d'autres aptitudes générales, comme la capacité d'organiser sa propre séquence de comportements, d'établir des priorités, de recueillir des informations de différentes sources, et ainsi de suite. Les chances de succès dans un emploi ou dans une profession sont déterminées par une multitude de facteurs intellectuels et de motivation, et pas seulement par les scores à des tests psychométriques relativement purs. Il ne faut donc pas interpréter les différences entre les sexes, si importantes et si constantes soient-elles, dans aucun test comme une indication que seuls des hommes peuvent être des scientifiques travaillant sur des fusées, ou que seules les femmes peuvent tenir une maison.
    En outre, la plupart des tests dont nous avons discuté ici sont soumis à une limite de temps. C'est-à-dire qu'ils comportent trop
    de questions pour que la plupart des individus répondent à toutes dans le temps alloué. Il est certain que si le temps était illimité, les scores des hommes et des femmes à certains d'entre eux se rappro¬cheraient ou s'égaliseraient. Selon certains, la rapidité ne devrait pas être prise en compte parce que dans la vraie vie nous n'avons pas ces strictes limites de temps qui donnent aux hommes un avan¬tage injuste. Pour d'autres, au contraire, la rapidité d'exécution d'une tâche cognitive est un composant intrinsèque de cette apti¬tude. Nous savons, par exemple, qu'il existe une très forte relation entre la rapidité d'exécution d'une tâche complexe impliquant le temps de réaction et le QI d'ensemble, ce qui laisse penser que le facteur de la rapidité est pertinent dans les résultats aux tests d'intelligence (Jensen, 1982 ; Vernon, 1983). Une étude sur un test de rotation mentale a trouvé que, bien que l'octroi d'un temps illi¬mité ait réduit la différence dans les scores entre des adolescents et des adolescentes doués, il ne l'a pas éliminée (Gallagher & Johnson, 1992). Les auteurs ont néanmoins conclu que cela avait aidé à « dissiper le mythe selon lequel les filles sont moins capables que les garçons dans [...] l'aptitude spatiale ».
    Vous pouvez vous demander à quoi cela sert d'étudier les diffé¬rences entre les sexes dans la fonction cognitive. Quel est l'intérêt de savoir si la femme, en moyenne, ne réussit pas aussi bien que l'homme à certains tests de mathématiques ou d'aptitude spatiale ? que l'homme, en moyenne, ne fait pas aussi bien que la femme aux tests de mémoire verbale ou à certains tests d'aisance verbale ? Est-ce vraiment pertinent ou important pour notre vie de tous les jours ? Dans l'ensemble, la réponse est peut-être que ça ne l'est pas. Nous ne faisons pas nos choix de vie d'après ce que fait l'homme ou la femme en moyenne, nous les faisons en fonction de nos propres talents, de nos propres intérêts, de notre propre vécu. Tant que les opportunités sont équitablement offertes aux hommes et aux femmes et que les sélections sont effectuées et les décisions prises en fonction de critères objectifs et appropriés, les différences moyennes entre les sexes sont peut-être accessoires. Le principal intérêt de l'étude des différences entre les sexes, d'un point de vue scientifique, c'est de donner une méthode utile pour comprendre comment apparaissent les différences dans les schémas cognitifs. C'est une manière importante d'en savoir plus sur nous-mêmes en tant qu'êtres humains.
    Cependant tout le monde ne s'accorde pas pour accepter l'idée
    que l'accès aux emplois ou aux programmes universitaires doive être fondé sur des critères objectifs, et il faut aussi dire que les critères par lesquels les gens accèdent à certains emplois semblent parfois incongrus. Par exemple, l'obligation d'avoir un titre univer¬sitaire pour certains emplois est souvent en réalité une paresse de l'employeur pour évaluer l'intelligence des candidats. Il serait sain de remettre en question et d'étudier de près les critères tradition¬nellement employés pour l'accès à l'enseignement et à l'emploi. En revanche, il est aussi vain de nier qu'il existe des différences natu¬relles de talents et d'intérêts entre les individus et entre les groupes et que ces différences aident à déterminer leur représentation dans certaines professions et dans certains emplois.
    Certains pensent que, si l'on en sait davantage sur les diffé-rences d'aptitudes entre les sexes, cela désavantagera particulière¬ment les femmes puisqu'il est vrai que les plus grandes différences avérées sont en faveur des hommes. Les féministes radicales voudraient que l'on supprime ce que l'on sait sur les différences entre les sexes. Selon elles, la sous-représentation des femmes dans les sciences, en particulier en physique et en mathématiques, est due essentiellement à une tendance à choisir des emplois à connotation de « genre ». Elles ont le sentiment qu'en acceptant la réalité de certaines différences entre les sexes dans la fonction cognitive, on fournit un prétexte pour maintenir les femmes à l'écart des domaines scientifiques et mathématiques, nonobstant les explications des effectifs réduits des femmes dans les domaines scientifiques que nous avons étudiées dans le chapitre 6.
    Certains ont dit que la masculinisation des sciences, et donc le désavantage des femmes, commence très tôt, au lycée ou avant. Leur solution, c'est d'inciter les femmes à s'inscrire davantage en sciences et en mathématiques afin d'être qualifiées plus tard pour des emplois dans des domaines qui en relèvent. La simple incita¬tion, en soi, n'est pas une mauvaise chose, mais si elle prend une forme telle qu'elle fait agir les gens par devoir ou les amène à se culpabiliser de leurs choix de vie, il faut remettre en question l'utilisation et l'éthique de ces pressions. Lubinski & Benbow (1992) rapportent que même les filles de leurs échantillons de sujets très doués en mathématiques avaient souvent des intérêts plus orientés sur les personnes que les garçons, si bien qu'elles risquaient de ne pas accéder à des domaines où les mathématiques
    sont primordiales. C'est contourner le problème que d'affirmer que leurs choix sont essentiellement influencés par la société.
    Il est douteux qu'il soit bien prouvé que les femmes soient aujourd'hui mises à l'écart de domaines scientifiques ou autres par des tests injustes. L'admission à la plupart des programmes universitaires est fondée en grande partie sur des notes en classe et sur des scores à des tests d'aptitude. Les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes à s'inscrire à des formations avancées en ingénierie, physique et mathématiques. Elles sont présentes dans moins de cours scientifiques qui y préparent. Il est difficile de croire, dans une société qui se veut aussi égalitaire, que quelqu'un dans un comité d'admission (qui a accès à tous les scores des candidats) soit enclin à suggérer de ne pas admettre les femmes sur la même base que les homme parce qu'il pense qu'elles sont moins bonnes en maths ! Au contraire, c'est exactement l'inverse qui risque de se produire — les femmes ont plus de chances d'être admises parce qu'on pense dans une discipline donnée qu'elle devrait comporter davantage de femmes. Si les indi¬vidus sont en fait admis dans des programmes en fonction de leurs véritables résultats antérieurs, nous ne pouvons pas considérer cela comme de la discrimination envers les femmes ; c'est simple¬ment l'application de règles uniformes pour tous.
    Malheureusement, les gens confondent l'égalité des opportu¬nités ou de l'accès avec l'égalité des conclusions. Il peut s'avérer que les critères les plus objectifs, les plus appropriés et les plus justes pour l'admission à un programme ou à un emploi favorisent les hommes dans certains cas et les femmes dans d'autres. Il faut bien s'y attendre si les différences d'aptitudes décrites dans ce livre sont aussi stables qu'elles s'avèrent pour la plupart. Il est, bien sûr, tout à fait possible de bricoler les tests d'aptitude existants de manière qu'ils produisent des scores égaux entre des groupes tels que les hommes et les femmes, ou entre des groupes ethniques. De savoir si c'est légitime, au regard des objectifs ultimes des tests d'aptitude, c'est une autre question. Par exemple, on a affirmé que le Programme national des bourses du mérite aux États-Unis a pratiqué du « charcutage électoral de genre » dans son utilisation du PSAT (version junior du SAT) comme critère d'attribution. L'indice de sélection du programme est « deux fois le score verbal plus le score en mathématiques », ce qui semble avoir été adopté pour « essayer de compenser le score des filles en mathématiques
    en comptant deux fois le score verbal, et le score en mathéma-tiques une fois seulement » (Murray, 1997).
    Une autre méthode pour arriver aux mêmes fins consiste à étoffer le test avec un supplément de questions que les filles réus¬sissent aussi bien ou mieux que les garçons. On a récemment tenté de réaliser cela en ajoutant au PSAT un sub-test d'« aptitude à l'écriture ». Mais le léger avantage des filles à ce test n'a pas suffi à compenser l'avantage des garçons en mathématiques, section du PSAT où apparaît la plus grande différence entre les sexes (Arenson, 1998). À l'évidence, l'objectif de ces manœuvres est de créer une situation où les scores d'ensemble des garçons et des filles seront égaux. Alors seulement, on pourra considérer que les scores sont « non biaises ». Pourront-ils alors prédire la réussite dans des domaines comme les sciences ? Pour certains groupes militants, cette question est hors de propos.
    Regardez ce qui peut paraître comme un scénario tiré par les cheveux, mais qui est bien tristement possible. Un emploi requiert principalement de transporter de lourds sacs de sable sur une certaine distance. Le directeur des ressources humaines a utilisé pour seul test d'embauché la mesure d'un poids de métal que peut soulever un candidat. Une femme se présente et elle est incapable de remplir ce critère. Elle dépose une plainte selon laquelle le test est discriminatoire parce que très peu de femmes peuvent le réussir. On impose à la société d'utiliser un test qui admettra le même nombre d'hommes que de femmes. La société décide donc d'administrer un test sur planche à pitons, du genre de celui que nous avons décrit dans le chapitre 4, qui sert à mesurer la dexté¬rité des doigts. Les femmes réussissent ce test au moins aussi bien que les hommes. Vous pouvez imaginer la suite. Il n'y a en prin¬cipe aucune différence entre cette situation imaginaire et celle que des groupes d'intérêts particuliers tentent actuellement de créer en manipulant les tests d'aptitude intellectuelle. Même si nous ne sommes peut-être pas aussi certains que les mathématiques soient aussi nécessaires pour étudier les sciences physiques qu'un minimum de force ne l'est pour porter des sacs de sable, le parallèle est très étroit.
    Même quand des différences moyennes entre des groupes sont faibles, elles peuvent nous permettre d'effectuer des prédictions sur ces groupes dans leur ensemble. Pour certains emplois, par exemple, il se peut que les scores déterminants soient ceux à
    l'extrémité la plus élevée de la distribution, et pas ceux situés dans la moyenne. Dans le même temps, nous devons garder en tête qu'une prédiction sur le résultat d'une personne à un test particu¬lier — si l'on ne connaît que le sexe de la personne — sera peu de chose, même si les différences de groupe entre les sexes sont importantes. Ce qui est valide pour le groupe ne s'applique pas nécessairement à un individu. Point de rencontre d'influences nerveuses, génétiques, hormonales et environnementales, l'orga¬nisation intellectuelle de chacun est unique. L'équité impose de traiter chaque personne comme un individu, pas comme le membre d'un groupe.

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