Obama et l’économie sociale de marché

Il semble que Barak Obama ait pris la mesure de la démesure de la finance. Il ne va pas se faire des amis et risque de passer pour le gauchiste de service. Pourtant sa volonté d’encadrer les activités bancaires paraît légitime en regard de la crise financière et économique

Obama_0.jpgQue la crise ait comme fondement les crédits insolvables dans l’immobilier et que cela ait été au départ encouragé par l’administration Clinton ne change rien à l’affaire. Les banques ont titrisé les créances et ont spéculé dessus. Je ne suis pas économiste et je n’ai pas une compréhension de tous les mécanismes, mais cela me semble irrationnel et quasi-suicidaire.

Barak Obama va assez loin puisqu’il voudrait que les banques renforcent leurs fonds propres, réduisant ainsi leur marge bénéficiaire. Pourtant, quoi de plus logique dans un capitalisme intelligent et raisonnable? Peut-on indéfiniment faire de l’équilibre sur un fil dont on a défait les attaches? Non, c’est irrémédiablement casse-gueule. N’importe quel gamin le comprendrait. Que les financiers prennent de tels risques sur le dos du libéralisme économique est à mes yeux irresponsable. Ils jouent à la roulette russe avec l’argent des autres.

Obama propose d’ailleurs de séparer les activités bancaires traditionnelles d’avec les activités spéculatives. Cela doit protéger les épargnants. Quoi de plus légitime là encore? D’autant plus légitime qu’en cas de crise majeure, comme on l’a vu, c’est l’Etat - soit les contribuables et les épargnants - qui paient pour sauver l’économie et la finance, sous forme de prêts ou de garanties.

De fait le libéralisme montre là ses limites et montre que l’auto-régulation est un voeux pieux. Je sais que certains pensent qu’en fait il n’aurait pas fallu aider les banques, mais au contraire les laisser s’écrouler pour purger le système de ses excès. Cela aurait eu une valeur pédagogique bien plus grande, puisqu’en aidant les banques l’Etat leur envoie le message suivant: «Ne vous en faites pas, l’Etat paternel va effacer vos bêtises, vous n’aurez pas de véritable sanction». Dans un sens je suis assez d’accord avec cette vision des choses. C’est comme en naturopathie: il faut parfois laisser la crise se faire pour retrouver naturellement la santé.
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Mais cela dépend de l’ampleur de la crise. La voie plus douce d’une régulation progressive peut donner les mêmes résultats qu’une crise aiguë sans risquer de casser la machine.

En fait la proposition d’Obama d’encadrer les banques est le prix à payer pour l’aide reçue. En ce sens les banques doivent quand-même prendre leurs responsabilités et comprendre que les choses ne peuvent plus être comme avant - même si elles semblent avoir de la peine à le comprendre, comme le montre le redémarrage des bonus exorbitants. Mais là aussi, une taxation des bonus est envisagée. Avec de moindres bonus, les meilleurs partiront-ils là où il y a moins de réglementation? La réponse est que la réglementation doit être mondiale.

Dans les faits, la gestion de cette crise a démontré les limites d’un libéralisme dérégulé et la divine providence d’un Etat fort qui maintient la cohésion de l’ensemble de la société. Je pense même que l’intervention des Etats, en évitant une crise plus profonde et plus grave, est une sauvegarde pour la démocratie. Car aux crises très graves succède souvent la dictature et la guerre.

On en vient naturellement à l’ordolibéralisme, ou économie sociale de marché. Cette théorie des années 30 a été appliquée avec succès en Allemagne. L’Etat doit garder un rôle fort de régulateur pour éviter les monopoles et les excès en tous genre, et pour diminuer la tentation de prise du pouvoir par la seule économie. Car l’économie ne se soucie pas de social, ce n’est ni dans ses attributions ni dans sa nature. Donc oui à la liberté d’entreprendre, mais dans un cadre global où les autres libertés sont garanties.

crise3.banque-taux.jpgAucune communauté ne vit sans règles et la loi du plus fort n’est pas une règle mais un putsch permanent. L’Etat doit être garant non seulement d’une forme de régulation - et il le fait déjà depuis longtemps - mais aussi d’une neutralité, d’un champs où peuvent émerger des idées nouvelles ou des tendances qui ne sont soumises ni à la seule économie ni à la seule politique. Ce libéralisme-là permet une créativité inégalée. Cela se voit dans la recherche fondamentale soutenue par les Etats et qui permet des découvertes inattendues utilisables dans de nombreux secteurs. Si la recherche n’était soumise qu’aux besoin de l’économie elle serait dirigée et moins ouverte. Car entre le dirigisme collectiviste du communisme et le dirigisme individualiste de l’économie, il y a toujours un dénominateur commun: le dirigisme.

En face l’Etat doit être un système ouvert, doit être cet espace de préservation de l’ensemble de la communauté et cet espace de liberté et de créativité. Ce qui n’est pas toujours garanti par le privé. On pourrait penser que la libre concurrence devrait stimuler les entreprises à innover et prendre des risques. Dans certains domaines c’est le cas. Mais c’est loin d’être une généralité. Et l’exemple de Monsanto qui tente une mainmise sur l’alimentation mondiale démontre qu’il faut des contrepouvoirs au tout économique.

En revenant à Barak Obama, je souhaite qu’il réussisse à faire passer ses propositions. Le temps permettra toujours d’ajuster les règles du jeu selon l’évolution des choses.

 

PS: Otages suisses rerenus à Tripes-au-lit:Kadhafi a peut-être besoin d'un laxatif pour clarifier son esprit...

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Catégories : Politique 7 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • tiens,où sont passés les commentaires?

    D.J

  • Je n'ai rien enlevé DJ. Curieux, ceux de Johann (si je me souviens bien il en a posé) aussi sont partis. Je ne comprends pas ce qui s'est passé là.

  • @ HL,

    On mettra cela sur un bug informatique. A part cela, j'espère que vous allez mieux.

    D.J

  • D.J.: ouaip, ça me paraît quand même bizarre. Moi quand j'efface je le dis d'ailleurs il n'y avait aucune raison d'effacer là. Oui, peut-être un bug.

  • Ce qui était bizarre, c'est que le billet n'était hier soir pas dans la listes des colonnes des blogs mis à jours. Je l'ai remarqué que dans la colonne des commentaires. Enfin bref ce n'est pas grave. Mais vu que j'avais écrit une tartine, je vais tous simplement vous relier en réponse à votre billet sur mon blog. ( il s'agit en gros du même sujet )

    http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch/archive/2010/01/28/il-a-neige-sur-porto-alegre.html

    D.J

  • "Je n'ai rien enlevé DJ. Curieux, ceux de Johann (si je me souviens bien il en a posé) aussi sont partis. Je ne comprends pas ce qui s'est passé là."

    Oui, oui. Bon, ben tant pis. Si vous avez eu l'occasion de le lire, sam suffit. J'approuvais dans les grandes lignes. Surtout sur cette saloperie de brevets sur le vivant.

  • @ D.J.: j'ai remarqué que quand un billet est programmé pour une date a l'avance, souvent il n'apparaît pas dans la colonne des invités.

    @ Johann: Oui je me souviens de cette fin de commentaires sur les brevets du vivants.

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