Haïti: un chercheur avait presque prévu la date

Entendu aujourd’hui sur France-Infos, l’information a déjà été diffusée par Europe 1, Le Parisien et d’autres. Un sismologue haïtien avait prévu la date du séisme et avait averti le gouvernement du pays, sans succès.

Faille1.jpg«Un spécialiste en sismologie haïtien, le docteur Daniel Mathurin, accuse le gouvernement de son pays de ne pas avoir pris en compte les mises en garde répétées sur un risque de tremblement de terre en 2010.

«On savait que ça devait arriver», a-t-il asséné lundi matin sur Europe 1. Le chercheur, qui avait lui même prédit de forts risques sismiques pour cette année, assure que des universitaires américains avaient placé des capteurs tout au long de la ligne de faille et qu'ils auraient averti les autorités dominicaines et haitiennes des risques. «En République dominicaine, ils ont pris 20 des 22 dispositions préconisées : informer la population, renforcer les bâtiments.... Il n'y a eu aucun mort, indique le scientifique. Haïti n'a pris aucune de ces dispositions. Ils n'ont rien fait»»


Selon l’interview donnée à France Info, Daniel Mathurin a étudié au cours de l’année 2009 le niveau des lacs de l’île. Leur niveau a monté régulièrement, signifiant que des failles se bouchaient. Cette observation complétait d’autres paramètres. Il a informé le gouvernement haïtien à plusieurs reprises, préconisant le déplacement de 2 millions d’habitants, la mise en place de réserves de nourriture et de camions, et la consolidation de bâtiments. Il a même lancé un avertissement pour la mi-janvier. Rien n’a été fait.
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On sait que la prévision précise des séismes est aléatoire. En l’occurrence la précision est ici surprenante. Mais devant les incertitudes habituelles des scientifiques, pouvait-on déplacer 2 millions de personnes? Où? Pour combien de temps? Il est facile de dire après coup ce qui aurait dû être fait avant.

Il ajoute que suite à ce séisme et d’autres en Amérique du sud, la place sud-américaine est en train de bouger, et que d’autres séismes majeurs sont à attendre dans cette partie du globe d’ici 2010.

A cette heure où plus de 110’000 morts sont décomptés, on reparle aussi des réserves pétrolifères de Haïti. Toujours selon Daniel Mathurin, et selon des estimations recoupées, le sous-sol de l’île contient des réserves de pétrole plus importantes que celle du Venezuela. On trouve aussi de l’uranium.

Concernant le séisme, d’autres chercheurs ont constaté depuis 2003 le blocage des failles, indiquant l’imminence d’un séisme. Les mesures avaient révélé que les failles actives étaient bloquées et qu'une déformation élastique s'accumulait alentours. C'est à dire que l'île d'Hispaniola subissait un cisaillement à la vitesse d'environ 17 mm/an, dont 7 mm/an le long de la faille d'Enriquillo-Plantain Garden. Le dernier séisme majeur dans sur cette faille dans la région de Port au Prince ayant eu lieu en 1751, elle avait donc accumulé un déficit de mouvement total d'environ 1,8 mètres (7 mm/an pendant 250 ans) depuis ce séisme. Il avait été estimé que si ce déficit était rattrapé par un séisme, cela correspondrait à un événement de magnitude de l'ordre de 7.2.


faille3.jpg«Si le récent séisme a libéré une grande partie de la tension accumulée sur cette partie de la faille Enriquillo, il semble qu'une autre portion, à l'est de l'épicentre et directement adjacente à Port-au-Prince, n'ait que peu bougé, selon l'USGS.

L'institut géologique s'appuie sur des mesures préliminaires de déformation du sol faites avec des radars et des vues aériennes.

Selon l'USGS, cette partie de la faille a subi la même accumulation de tension sous l'effet du coulissement des plaques tectoniques nord-américaine et des Caraïbes, et risque à tout moment de libérer cette énergie.

"Les séismes précédents dans le monde et l'histoire sismique de Haïti nous indiquent que des tremblements de terre de grande amplitude peuvent parfois se produire (au même endroit) dans une période rapprochée", explique à l'AFP David Schwartz, un expert de l'USGS.»

«Il ne faut pas reconstruire en partant du principe que le danger est passé pour Haïti", met en garde Paul Mann, chercheur à l'Institut de géophysique de l'Université d'Austin au Texas (sud des Etats-Unis).
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Cette libération d'énergie dans la région proche de Port-au-Prince pourrait en fait avoir augmenté la pression dans les segments adjacents de la même faille" sismique, selon lui. Des chercheurs travaillent déjà sur des systèmes de modélisation pour tenter de prévoir de quelle manière les changements de pression résultant du tremblement de terre de magnitude 7,0 enregistré mardi en Haïti ont affecté ces segments.

"Cette faille est longue de plusieurs centaines de kilomètres et le segment qui s'est rompu, provoquant ce séisme, ne mesure que 80 km", souligne M. Mann, interviewé au téléphone par l'AFP. Or, "beaucoup d'autres segments qui n'ont pas connu de séisme depuis des centaines d'années accumulent de la pression" et "n'importe lequel de ces segments pourrait provoquer un séisme similaire à celui qui s'est produit en Haïti".

Même s'il n'y a que deux gros foyers de peuplement le long de cette faille, --Port-au-Prince et Kingston, en Jamaïque--, une nouvelle catastrophe est à craindre. D'autant que le segment qui a causé le séisme de mardi n'est pas le plus proche de la capitale haïtienne.

Par ailleurs, une seconde faille, qui traverse le nord d'Haïti et s'étend jusqu'en République dominicaine voisine, n'a pas connu de rupture depuis 800 ans, et la pression qui s'est accumulée est suffisante pour former un séisme majeur, d'une magnitude de 7,5.»



Image 1 (cliquer pour les agrandir): carte des principales failles régionales. Epicentres des séismes majeurs connus (étoiles rouges), dont celui du 12 janvier (étoile la plus grande). Le mouvement associé à ce dernier est indiqué par la flèche jaune (déplacement du bloc sud vers l'Est).
© B. Mercier de Lepinay Géoazur

Image 2: simulation de la déformation associée au séisme du 12 janvier. Les flèches en noir indiquent la direction et l'amplitude du mouvement du sol qui devrait être mesurées par les stations GPS (petits carrés noirs). Les franges de couleur indiquent le mouvement du sol dans la direction pointant vers le satellite qui devrait être mesuré par interférométrie radar (InSAR). La zone couverte par les franges correspond à la région où le sol est supposé avoir subi la déformation la plus notable. La coupe indique l'intensité du glissement associé au séisme sur le plan de faille. (Communication personnelle d'E. Calais)
© E. Calais Purdue University/Geosciences Azur




PS: En pensée avec les otages suisses en Libye et avec leurs familles.

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Catégories : Science 9 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Information très intéressante. Cette quasi-exactitude de prévision est, pour le moins, troublante. Le raz-de-marée (tsunami) du 26 décembre 2004, en Indonésie, n'avait-il pas, aussi, été prévu, avec moins de précision cependant?

  • Il y a eu exactement (?) la même "polémique" le 6 avril dernier après (retrospectivement avant) le séisme dans les Abruzzes....



    " La rédaction - RMC.fr, le 07/04/2009

    Italie

    Il avait prédit le séismeLa rédaction -

    Un ingénieur italien aurait prévenu les autorités avant le tremblement de terre qui a fait plus de 200 morts dans les Abruzzes. Une prédiction mise en doute par le monde scientifique.

    Giampaolo Giuliani, un ingénieur italien qui travaille pour l'Institut national de physique nucléaire, un centre de recherche situé dans les Abruzzes, a mis au point depuis quelques années, un système permettant, selon lui, de prévoir un séisme. Avec l'aide d'un sismologue, il a construit un appareil appelé « précurseur sismique » qui mesure la concentration de radon (un gaz naturel rare).
    Grâce à ses recherches, il a pu constater qu'un fort taux de concentration est régulièrement constaté avant une secousse.
    Avec ses 5 appareils installés dans sa région des Abruzzes, il a détecté le 24 mars dernier une concentration anormale de radon. Il a aussitôt averti les autorités, mais le séisme annoncé n'a pas eu lieu. Depuis, mis en examen pour diffusion de fausses informations alarmantes et moqué par le chef de la protection civile, Giampaolo Giuliani exige des excuses.

    « On ne peut pas prédire à 100% un séisme »

    Du côté de la communauté scientifique, on reste très sceptique face à cette « prédiction » de Giampaolo Giuliani. Christiane Nicoli, analyste sismologue auprès du Réseau national de surveillance sismique basé à Strasbourg, « n'y crois pas ». Elle s'explique : « Parce que quand on fait l'historique de toute la sismicité, des gros séismes destructeurs, notre recherche première en tant que sismologues depuis de nombreuses années, c'est de pouvoir prédire les séismes. On travaille sur des tas de petits signes, mais aucun organisme sismologique dans le monde n'a encore trouvé une méthode fiable. »

    « Ça va marcher une fois sur 10 000 »

    Sans toutefois réfuter les affirmations de Giampaolo Giuliani, Christiane Nicoli y apporte quelques précisions importantes : « Ce qu'il dit est vrai : avant une secousse, on a constaté que la quantité de radon augmente. Mais elle peut aussi augmenter pour d'autres raisons, atmosphériques, climatiques ou autres... Donc comment pouvoir dire à 100% que c'est à cause de ça qu'il va y avoir un séisme ? En Chine, par exemple, en 1976, toute une population énorme autour de Canton avait été déplacée ; ils sont restés 2 mois en dehors et il n'y a pas eu de séisme. En revanche, ils n'avaient pas prévu celui qui, la même année, avec une magnitude de 7,8 a fait 600 000 victimes. En plus, les Chinois ne se basaient pas que sur le radon. Donc, chaque fois que la couche de radon va augmenter, on ne peut pas déplacer des populations, parce que ça va marcher une fois sur 10 000. On risque d'affoler les populations, de créer des climats de psychose complètement inutiles. Et après, le jour où ce sera pour de vrai, on ne pourra plus rien faire. » ".

    (source: http://www.rmc.fr/edito/info/75371/il-avait-predit-le-seisme/ )




    Il est évident que lors de catastrophes de cette ampleur, des olibrius peuvent saisir l'opportunité de se faire de la pub à peu de frais...

    Cela étant, un séisme implique une libération d'énergie si colossale, qu'il est fort probable que l'accumulation de tension avant l'épisode sismique suppose une transformation physique et/ou chimique de l'environement proche.... même si la plupart des séisme se produisent à plusieurs kilomètres de profondeur.


    Donc ne laissez pas vos radons sans surveillance.... ;o)


    Bonne soirée.


    =:oB

  • Même problème pour la vulcanologie.Haroun Tazieff s'est lourdement trompé au sujet de l"eruption du mont St. Héléne aux Etats unis où il avait dit que ce serait la même chose que pour la Souffrière en Guadeloupe c'est à dire qu'il ne se passerait rien résultat 59 morts
    Effectivement la Souffrière n'a pas pété, Tazieff avait 50% de chance d'avoir raison et Allegre ministre à l'epoque avait appliqué le principe de précaution en faisant venir des milliers de cercueils et on lui en a beaucoup voulu et c'est un des argument des gens du GIEC qu'il ne faut pas écouter ce que dit Allegre puisse qu'il s'est si lourdement trompé pour la Souffrière alors qu'il ne faisait qu'allpiquer le principe de précaution!

  • Salut John...!!! :o)
    merci pour ta présence hier à la manif contre les projets de loi déposée par la Droite ...Nous te souhaitons un prompte rétablissement...
    à bientôt ....
    Sarah et David

  • En faite je voudrais ces informations parceque c'est tres imporatant. Merci

  • Même s'il est très difficile de prévoir avec certitude une catastrophe naturelle comme un séisme, des mesures de sécurité pourraient atténuer les dégâts.

  • Même s'il est très difficile de prévoir avec certitude une catastrophe naturelle comme un séisme, des mesures de sécurité pourraient atténuer les dégâts.

  • bonsoir jacqueline

  • Il est vraiment difficile de donner une précision lors du déclenchement d'une faille sismique mais les études sont certifiées et si on les suivais de près on aurait limité les dégâts.

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