Héros et zéros

Est appelé héros quelqu’un qui commet un acte au-delà de l’ordinaire, parfois en prenant des risques importants ou au mépris de sa propre vie, pour le bien de quelqu’un d’autre.

Tony-Musulin_articlephoto.jpgDans une société où les bons sentiments semblent parfois ringards et où le trash est devenu très attractif, les héros sont mal vus.

Le cas récent de Tony Musulin, le convoyeur qui st parti avec les fourgon de sa société, est assez exemplaire de cette inversion des valeurs. Pendant 10 jours, il a tenu le net en haleine. Des groupes de soutien de sont spontanément formés et un commerce d’accessoires s’est développé en quelques jours. Beaucoup l’ont encensé, ont suivi sa cavale avec passion, et ont exprimé leur déception quand il s’est rendu.

Il n’y a pourtant rien d’un Robin des Bois chez cet homme. Il a en effet pris des risques et exposé sa propre vie, mais uniquement à son propre profit.
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Il y a quelques années, un film très réussi et une chanson de Gainsbourg avaient valorisé le couple de gangsters meurtriers Bonnie et Clyde. Le héros anti-social est assez tendance. Pourtant je ne vois pas de réel héroïsme dans ces exemples. Il n’y a aucun but altruiste dans leurs comportements. Ce ne sont donc pas des héros mais des zéros.

Mais il y a encore de vrais héros, au sens de la définition que j’en donne au début du billet.

Ainsi en France, près d’Amiens, cet homme, Eddy Devauchelle. Voyant une voiture accidentée, il s’arrête. Rien de grave en apparence. «Le véhicule était en partie sur le trottoir. Je me suis arrêté; j'ai demandé au conducteur s'il avait besoin d'aide. Assez vertement, il m'a dit qu'il n'avait pas besoin de moi et a continué sa route.»

Mais un peu plus loin, une deuxième voiture est retournée dans une rivière et un homme, dans l’eau jusqu’à la ceinture, appelle au secours. Eddy n’hésite pas à se mouiller.

«Une fois dans la rivière, je me suis avancé vers la voiture. La femme était coincée à l'intérieur, le haut du corps dans l'eau, et ne respirait plus. Je n'arrivais pas à ouvrir la porte : le mari était tétanisé. Je lui ai dit 'Allez, on y va !'»

Eddy a réussi à ouvrir la porte du véhicule. Mais la jeune femme était coincée et ne bougeait plus.

«J'ai tiré très fort sur sa ceinture de sécurité, ça ne venait pas ; je suis parvenu à la faire bouger. Progressivement, j'ai réussi à la tirer vers l'air libre. Sur la berge, il y avait des gens qui regardaient mais ne faisaient rien. Là, je me suis mis en colère. Je dois avouer que je les ai insultés pour qu'ils se bougent. Finalement, ils m'ont aidé à sortir la femme de l'eau » poursuit Eddy au Courrier Picard.

Puis, «une fois couchée sur le côté, je lui ai tapé dans le dos. Au début, elle était inconsciente. Puis elle s'est mise à vomir. J'ai demandé à deux filles qui se trouvaient là de la frictionner. Pendant ce temps, je suis allé jusqu'à ma voiture pour prendre deux polaires : on les a placées sur la dame pour qu'elle soit au chaud».

La femme et le bébé qu’elle portait ont finalement été sauvés.

Il y a encore de vrais héros. Cela fait du bien de le savoir.




PS: Hannibal n’est pas un héros. Mais son père, chef du klan Kadhafi, en fait beaucoup pour lui. Les otages suisses aimeraient bien ne pas avoir été mêlés à cette vendetta. Otages depuis 531 jours.

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Catégories : société 4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Très joli article, Hommelibre! Vos exemples mettent les pendules à l'heure. L'héroïsme s'apparenterait plutôt à l'état d'esprit d'une personne tendant vers un but qui le dépasse et où il ne constitue pas l'objet central.

  • Merci Micheline. C'est bien de remettre de temps en temps les choses à l'endroit. Et bien d'accord avec votre définition, c'est ce qui différencie les héros: ils ne sont pas l'objet central ni la finalité de l'action.

    Bonne journée!

  • Le noyau de l'atome est essentiel à la survie de l'atome mais c'est l'électron libre qui donne tout son sens et sa cohésion à l'atome. A mon avis, une société humaine fonctionne de la même façon que la science atomique. Les électrons libres sont les personnes qui se mettent en danger et qui savent avertir avec intelligence et coeur le noyau central de l'humanité. Que cela s'appelle altruisme ou tout simplement esprit de survie n'est pas vraiment essentiel à l'héroïsme. Ce qui compte c'est l'engagement et la passion qu'on y met. Réfléchir sans vraiment réfléchir aux conséquences possibles pour éviter d'être paralyser par la peur de mourir... Se sentir vivre avant de mourir pour de vrai. voilà, je crois, la seule logique de l'héroïsme pour l'humanité.

  • Des électrons libres un peu rebelles c'est pas mal aussi ;) ça fait un équilibre!
    En tout cas, notre héros local c'est notre cher Blondesen qui se bat pour lui et pour Paula depuis sa chambre d'hôpital!
    Très belle note Homme Libre.

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