Faut-il enfermer les experts psychiatres?

Ou bien leur donner le prix Goncourt de littérature? A lire régulièrement les expertises psychiatrique d’accusés lors de procès en Correctionnelle ou aux Assises, la question se pose. Hommes ou femmes, on découvre dans leurs témoignages un trésor de poésie à mi-chemin entre Marc Lévy, le roman de gare et le surréalisme. L’un d’eux s’est même surpassé au procès de Cécile B.

Psy2.jpgL’incroyable prétention à connaître l’âme humaine, à expliciter les arcanes secrètes du comportement, est bluffante. Et ils n’ont pas de doutes! Ils affirment, définissent les comportements supposés inconscients de la personne avec une foi et une certitude qui met la psychiatrie au rang de science exacte, alors qu’elle n’est qu’une hypothèse ou un art. Une des nombreuses grilles de lecture de4l’humain, toujours balancées de manière péremptoire, mais jamais prouvées.

Voyons donc cette dernière mouture de “Mourir d’aimer” ou d’”Autant en emporte le vent” version psy 2009 telle que rapportée par Le Matin de ce jour.

«En le tuant, Cécile B. voulait nouer un rapport définitif avec Edouard Stern, c'était une façon d'incorporer son âme à la sienne.» Le rapport de l'expert-psychiatre Jacques Gasser, très attendu, a révélé les multiples facettes de l'accusée.

Même si la culpabilité l'étreint, «elle voit la cause des faits à l'extérieur d'elle-même». Edouard l'a en quelque sorte aidée à le tuer: ne lui a-t-il pas montré où étaient ses armes? N'a-t-il pas revêtu la combinaison en latex qui lui donnait cet aspect de poupée en plastique, qui le déshumanisait et rendait les coups de feu faciles? N'a-t-il pas prononcé la fameuse phrase («Un million, c'est cher pour une pute») qui a provoqué le geste fatal? «Pour elle, elle est fautive, mais pas tout à fait.»

“Quand elle l'abat, elle ne comprend pas que cela signifie la séparation, irrémédiable. Elle pense au contraire le garder à tout jamais pour elle seule. «Aujourd'hui encore, elle affirme qu'il lui fait toujours signe, qu'il lui fait des coucous.» Elle refoule aussi la haine qu'elle a accumulée contre cet être qu'elle idolâtrait, tout en le haïssant pour ses persécutions. Cette haine qui a fini par trouver son exécutoire dans les coups de feu.”

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Voyez, pas la peine de se prendre la tête sur “Etre ou ne pas être”, “Connais-toi toi-même”, “Où vais-je, où cours-je, dans quelle étagère?”: les psychiatres ont la réponse pour vous, ils vous connaissent mieux que vous-même après quelques séances d’expertise où vous aurez pu leur dire ce que vous voulez. Ils reprennent en partie vos paroles et en font un axiome.

On devrait lire plus souvent les psychiatres plutôt que de regarder la télé. C’est une sorte de télé-réalité pour petites têtes devenues grosses grâce aux théories et dogmes supposés saisir les profondeur de l’être, et qui au final produisent des textes dignes de certains poètes surréalistes. Mais en se prenant au sérieux.

Tiens, cela me fait penser à la blague sur le congrès de psychiatres. A la pause quelques-uns prennent l’ascenseur pour descendre à la cafétaria. Dans le silence de l’ascenseur, le groom tente de détendre l’atmosphère:

- Beau temps aujourd’hui!

Pas de réponse. Le groom n’insiste pas. Arrivé au rez, les psychiatres sortent, se regardent, et l’un d’entre eux dit:

- Qu’est-ce qu’il a bien voulu dire par là?


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Commentaires

  • Mais ou est le souci avec l'analyse du Docteur Gasser? elle me paraît fine et sa complexité n'a d'égale que la complexité du fonctionnement de la personne en général et dans les domaine des sentiments amoureux et de la sexualité en particulier!

  • @ vali: je trouve assez ahurissant de définir ainsi une personnalité, d'affirmer à sa place des choses aussi énormes. J'ai vraiment le sentiment que certains psy sont des romanciers qui s'ignorent.

  • Oui, mais alors préparez une autre aile de bâtiment pour les coach's!

  • Il semble bien personnel ce billet...
    Avez-vous à ce point peur que l'on puisse aussi facilement lire en vous ?
    Votre rejet des psy est plus que palpable...

    Pour autant votre réaction m'étonne. D'un côté vous publiez un post sur cette mère qui a tué ses 3 enfants dans lequel vous étayez différentes hypothèses pour ABSOLUMENT chercher une explication à son geste... et maintenant voilà que vous critiquez vivement les expertises psy visant là aussi à expliquer le geste de Cécile B.

    Alors en quoi ces expertises psy vous dérangent-elles à ce point dans ce cas ?

  • L'autruche est absolument fascinante!


    "Elle refoule aussi la haine qu'elle a accumulée contre cet être qu'elle idolâtrait, tout en le haïssant pour ses persécutions. Cette haine qui a fini par trouver son exécutoire dans les coups de feu."

    Hello John, les relations amour-haine, ça vous rappelle des choses? A part ça, je ne vois pas ce qu'il y a à redire à la conclusion du médecin psychiatre. Nieriez-vous les persécutions?


    "Alors en quoi ces expertises psy vous dérangent-elles à ce point dans ce cas ?"

    Je crois avoir la réponse (mais je peux me tromper bien entendu): parce qu'elles tendent à diminuer la responsabilité de la meurtrière. John revêt son armure de chevalier blanc chaque fois qu'un homme est victime d'une femme ou qu'une femme a commis un crime, pour montrer toute l'injustice faite aux hommes dans une société où les femmes bénéficient de la complicité de la "Justice".

    Dans le cas présent, à la lecture de ce que rapporte les journaux (et à Genève à ma connaissance, certains détails ont été censurés, pardon... passés sous silence comme l'épisode du chat...), il n'est pas difficile de comprendre le genre de relation qui unissait ces deux personnes. Tout était dans l'excès, dans la folie. Le genre de folie qui peut amener certaines personnes à commettre l'irréparable. Parfois les objets se révoltent...

    On comprend mieux aussi pourquoi l'inculpation d'assassinat a été abandonnée.


    "Oui, mais alors préparez une autre aile de bâtiment pour les coach's!"

    Ca, c'est très, très méchant! MDR!

  • En effet, l'épisode du chat aurait mérité d'être relaté. Le traitement particulièrement ignoble infligé à ce pauvre félin m'a révoltée.

  • Sa cruauté était la même envers les humains, en particulier avec les femmes!

  • @ xx: je suis très étonné qu'un psychiatre expert puisse lire dans la personne, ses motivations inconscientes, racontées comme si cela allait de soi, comme un roman. Je trouve cela abusif et aléatoire. Une partie de son discours ne fait d'ailleurs que reprendre les propos de la dame, en les validant comme si cela tenait lieu d'analyse. Cela me fait penser aux commentateurs de foot à qui l'on demande une analyse du match après coup, et qui en guise d'analyse ne font que redire ce qu'ils ont vu.

    Que l'on puisse voir des tendances globales de la personnalité, différentes méthodes le permettent. Mais analyser le contenu détaillé d'une tendance, lui attribuer des pensées, c'est de l'ordre de la divination. Ou de ce que veut faire passer l'expert comme message, validant son "interprétation" comme certitude scientifique. C'est parfaitement abusif.

    De plus le langage psychiatrique est souvent normatif. La déviance n'est jamais loin. Ils s'érigent en nouveaux docteurs de la loi, en censeurs de ce qui est normal et de ce qui est déviant. Mais ce ne sont qu'hypothèses.

    Non je ne crains pas qu'on lise en moi, je suis même ouvert à une assez large part de transparence. Mais je ne laisse pas n'importe qui lire, ni avec n'importe quel langage ou critère d'analyse.

    Mon expérience personnelle m'a montré d'une part la légèreté avec laquelle sont pratiquées les expertise psychiatriques devant les tribunaux, et la valeur excessive qui leur est accordée. Mais j'ai aussi fait une psychothérapie avec une femme psychiatre et psychothérapeute, très pointue, qui m'a permis d'élargir ma compréhension de moi-même.

  • @ Johann: Je pense que vous déformez mes intentions, maintes fois exprimées. Je travaille à démonter le tabou sur la violence féminine, tabou qui aboutit malheureusement à un clivage de genre où les hommes sont forcément partout les salauds. J'ai par ailleurs déjà parlé de l'immolation des femmes afghanes mariées de force, le meurtres des bébés filles en Indes, et bien d'autres discrimination envers les femmes.

    Ce soir sur France 2, reportage sur la violence conjugale. On répète à l'envi sans même plus se donner la peine de citer des sources, le fait qu'une femme sur 10 subirait de la violence conjugale. On sait assez maintenant que le vrai chiffre est entre 1 et 3 %.

    Pas un mot sur la violence faite aux hommes et sur les femmes violentes. Or 1-2% d'hommes en sont victimes. Plus selon certains indicateurs dans certaines régions. Et encore, on ne compte pas les fausses accusations dans ces chiffres.

    Je continue donc, comme des femmes continuent à dénoncer à juste titre les femmes battues, tuées ou violées, les enfants maltraités ou abusés. Quand j'aurais égalisé en discours et information le volume de celles qui parlent des femmes victimes, votre remarque aura peut-être du sens. J'en suis loin.

    Concernant Cécile B, Le Matin fait état d'une information selon laquelle elle pratiquait déjà une sexualité à part de la classique position du missionnaire et du couple papy-mamy. Elle n'avait pas attendu son banquier pour cela: "Elle était toutefois habituée de ces pratiques. Le dossier montre qu'elle avait même proposé une partie fine avec un hermaphrodite à un journaliste parisien, un certain Gérard S." Sous la plume de Valérie Duby. Elle aimait donc une sexualité non-conventionnelle. Aucun jugement, chacun mène sa vie comme il l'entends, entre adultes consentants. Elle ne subissait pas, elle était co-actrice. Et elle aurait pu arrêter cette relation si cela lui était trop contraire. Elle était libre et responsable. Bien sûr, peut-être que l'argent du banquier était aussi une motivation à rester...

    Quand à lui, personnage certes déroutant, abrupt. Excessif dans sa relation, mufle, peut-être un peu sadique. Bah, Couchepin aussi: colères violentes, parfois autoritaire, tranchant. On ne lui en fait pas grief. Alors, qui a manipulé qui dans cette histoire? Je ne m'avancerai pas à le dire, je n'en sais rien. L'affaire est trop médiatisée sur la sexualité et sur la Cosette face au gros méchant riche pour tomber dans le panneau de prendre parti.

    Quand au gag sur les coachs, non pas méchant, amusant. Et d'accord pour certains coachs qui se croient tout-puissants, comme certains psy. Mais ceux-là ne travaillent pas selon le respect du client, ne savent pas rester dans leur cadre. Je ne me sens donc pas concerné.

  • PS: oui, je trouve aussi l'autruche fascinante. Mais demandez un à expert pourquoi je l'ai mise, car moi je n'en sais rien... (o¿o)

    Si, un peu: d'abord elle figurait dans un recueil d'images sur la psychiatrie. Mais bon pas très évident. Ensuite son regard est très fort, je trouve qu'elle illustre bien le côté que je trouve abscons au discours de l'expert.

  • "Elle ne subissait pas, elle était co-actrice. Et elle aurait pu arrêter cette relation si cela lui était trop contraire. Elle était libre et responsable. Bien sûr, peut-être que l'argent du banquier était aussi une motivation à rester..."

    Désolé, mais en fonction des informations parcellaires dont nous disposons, cette présentation me semble d'un parti pris incroyable. Eh oui quand des gens sont amoureux l'un de l'autre, ils sont co-acteurs... et co-auteurs de ce qui leur arrive. Elle a essayé à plusieurs reprises de mettre une terme à cette relation, chaque fois il revenait à la charge. Harcèlement, persécution. Il en avait les moyens, il s'en donnait les moyens. "Libre et responsable", là vous devez plaisanter, ou alors c'est une insulte à votre intelligence. Comment peut-on être "libre et responsable" quand les émotions, le sexe, la passion submerge tout. Avez-vous été "libre et responsable" dans votre relation à la base de vos problèmes? Co-acteur? Avez-vous lu cette information:

    http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/14405313

    En définitive, vous vous en êtes bien tiré. Les relations maître-élève sont toujours à risque. Et ne témoignent-t-elles pas d'un manque de maturité?

    Qui peut se dire "libre et responsable"?

    L'argent peut être vu comme un moyen de se dégager de cette relation. Le prix d'une pute, tous comptes faits et pour solde de tous comptes. Vous, comme l'accusation, vous en faites "peut-être" un élément accablant pour la victime.


    "Alors, qui a manipulé qui dans cette histoire?"

    C'est moins une histoire de manipulation que de pouvoir et notamment du pouvoir de l'argent. Si il y en a un qui s'est laissé manipulé dans cette histoire, il s'est laissé manipulé par son sexe. Liaison fatale. C'est pas un peu éculé, ça? Car il était "libre et responsable", non? Enfin, non pas lui, son sexe.


    "L'affaire est trop médiatisée sur la sexualité et sur la Cosette face au gros méchant riche pour tomber dans le panneau de prendre parti."

    C'est pourtant ce que vous faites. Et très clairement. Y compris dans cette dernière phrase marquée du sceau de l'ironie.

    Finalement j'aime bien votre idée de co-auteur, mais ça marche dans les deux sens: Edouard co-acteur, co-auteur de ce qui lui est arrivé, lui aussi "libre et responsable" d'arrêter cette relation...

    En fin de compte les jurés trancheront et ce sera 6 ans pour meurtre. Pour condamner Edouard, c'est trop tard.


    Je voudrais terminer en vous disant gentiment que tant que vous revêtirez votre armure de chevalier blanc vous ne serez pas un homme libre. Une armure, c'est lourd à porter.


    PS: avez-vous noté qu'il lui avait fait un oeil au beurre noir? Pauvre homme, elle l'avait tellement humilié, qu'elle n'a eu que ce qu'elle méritait sans doute... ah zut, à moins que ce soit le contraire, je veux dire pour les humiliations.


    Quant à l'autruche, elle se dit sans aucun doute: c'est moi la plus intelligente de nous deux!

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