Affamés, battus. Purifiés...

J’imagine parfois pouvoir mettre en sculpture ou en peinture l’ensemble des idées et croyances qui habitent les humains. J’imagine la pièce immense et multiforme qui se dresserait vers le ciel - à moins qu’elle ne s’enfonce sous terre. A quoi ressemblerait-elle?

César1.jpgJ’hésite entre du Picasso, du Magritte, du César et du Rodin. Peut-être un peut tout cela à la fois, tant l’esprit humain est complexe, contradictoire, surtout si l’on aligne côte à côte les esprits de tous les humains. S’en dégagerait-il une ligne maîtresse? Et si c’était une symphonie, entendrait-on un brouhaha confus? Pourrait-on y trouver une note globale, comme le OM que le Siddhartha de Hermann Hesse entend au bord du fleuve?

Je pensais à cela en lisant l’affaire de cette famille en France, dont un des garçons a été trouvé dans la rue, maigre, ensanglanté, faisant les poubelles pour survivre.

Une famille dont les enfants ont été régulièrement battus, privés de nourriture, où la punition corporelle régulière tenait lieu d’éducation. Battus par le père et la mère, soumis à une prétendue religion qui prônerait la pureté jusque dans la mortification la plus extrême. Car quand une ado ne pèse que 22 kilos, on n’est plus dans la religion, on est dans une forme de délire.
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On a glosé sur le père, musulman, illuminé, tenant sa famille à l’écart du monde, comme si le monde était mauvais. On a glosé sur la mère qui prenait le relais du père vous maltraiter les enfants au nom d’une prétendue religion.

Je me dis d’abord qu’il n’y a pas à confondre ce comportement avec une religion. Certains ont voulu pointer l’islam du doigt: c’est oublier un peu vite les mortifications chrétiennes (ex: Saint Jean de la Croix), le refus du monde des quackers, la rigidité mentale purificatrice de certains illuminés de la vie saine, les pratiques extrêmes de religieux indiens. Aucune religion n’a le monopole de la mutilation de l’humain.

Je pense ensuite que c’est une erreur de confondre la religion et ce genre de pratique. On est ici devant des esprits dont la participation à la sculpture collective est de l’ordre de la déstructuration et de la corrosion mentale. Ni l’islam ni le christianisme ne prônent la destruction de l’individu. Et si l’on y trouve le jeûne, celui-ci est encadré, limité dans le temps, et le pratiquant n’est pas l’objet de violences physiques en cas de difficultés à l’accomplir.
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La quête de la pureté est un mythe, un déni de la réalité, un refus de s’assumer tel que l’on est: complexe et non-fini. La pureté est inhumaine. J’ai fait il y a quelques temps un billet sur le thème: “Eloge de l’impureté”. Il est toujours d’actualité.

Dans un mode où al multiplicité des mode de penser et des croyance est la règle, on trouve ainsi, mélangé à des voies qui ont de bonnes intentions au départ (comme les religions), des illuminé dont la pensée est un délire plus ou moins organisé.

Que l’on soit croyant ou athée, ne confondons pas foi véritable et dérèglement mental!

 

 

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