Vendre sa mort

Je suis interpellé par cette mère anglaise atteinte d’un cancer en phase terminale, qui a vendu les images de ses dernières semaines à une chaîne de télévision. A dire vrai j’étais partagé depuis l’annonce qui en a été faite.

jade_goody.jpgJade Goody n’aurait plus que quelques heures à vire selon les médias de ce jour. Depuis qu’elle a annoncé publiquement son cancer et en a fait un “show”, on l’a vue changer de visage. La joie, la fierté du début laisse place peu à peu à la souffrance. Dans quelques jours ce sera fini, quelques commentaires retraceront son voyage dans la maladie, et puis le silence retombera. Et nous passerons à autre chose.

Puis j’ai vu un reportage sur une mère française, Marie-Laure Picat. Elle aussi a un cancer, généralisé, sa mort est prochaine. Elle en a fait un livre, passe à la télé.

Je ne savais que penser de cette médiatisation. D’ailleurs y a-t-il quelque chose à en penser? Elles ont fait leur choix, elles l’assument. Mais comment ne pas être interpellé?

D’abord il y a la mort. Sujet peu abordé à la télévision, sauf s’il s’agit de meurtres ou de guerres. Mais elle n’est alors qu’une image, pas un vécu. Ici chacune se raconte. L’une se marie. L’autre prépare l’avenir de ses enfants auprès de familles d’accueil proches, afin qu’il y ait un relais, une continuité pour les eux. Elle revendique d’ailleurs ce droit d’organiser leur vie.
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Ensuite il y a la téléréalité, cet exhibitionnisme pour voyeurs en quête de sensationnel. L’intérêt des spectateurs, même animés de bonnes intentions, même touchés, est bien évidemment de les voir mourir à petit feu. On se fait son shoot d'émotions. Mais c’est grâce à cela qu’elles gagnent de l’argent.

Car en troisième il y a l’argent pour leurs enfants. Leur assurer un avenir sans être à la charge de l’Etat.

Au fil des jours, je reconnais du courage à ces deux mères. Elles affrontent lucidement la réalité, sans se plaindre, vivent à fond leurs dernières semaines, construisent quelque chose pour leur enfants. Peut-être est-ce aussi une manière de survivre pour eux, de leur laisser un témoignage à long terme. C’est aussi envoyer un message à tous les malades en fin de vie, jeunes et vieux: la vie continue jusqu’au bout.

Alors, peu m’importe maintenant qu’elles fassent appel aux médias. Elles ont choisi de finir leur existence utilement.

Mais je sais aussi que seules les premières à se médiatiser gagneront de l’argent. A la dixième, on ne s’y intéressera plus. Blasés. Il y aura d’autres cas exposés qui prendront le relais, et qui passeront aussi.

Et puis cela arrivera près de nous, à un proche, à une personne aimée.

Qu’en ferons-nous alors?

 

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Catégories : société 4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Penser que nous sommes plus de six milliards à pouvoir vendre ce "produit"...
    ça me donne le tournis !

    :o)

  • @ homme libre

    Comme vous le dites si bien, quoiqu'on puisse dire de leur geste, et quelle que soit la compassion peut-être un peu morbide du public de ce genre de "show", le principal est peut-être qu'elles laissent un message, là où d'autres ont pensé mieux faire en se taisant, laissant ainsi à ceux qui restes des questions fondamentales qui n'obtiendront jamais de réponses.

    Etre mère ou père et savoir que l'on va mourir est peut-être une des ces positions les plus horribles et les plus solitaires. Solitaire devant la mort, solitaire devant le verdict médical et le dur choix de décider ce qu'il faudra ou ne faudra pas dire, pour protéger les siens, parfois petits, parfois pas en âge de "comprendre" si tant est qu'à n'importe quel âge on puisse comprendre que ceux qui nous ont donné la vie pourraient repartir au néant.

    Ceux qui restent passent souvent pas des étapes de colère, parce qu'il est souvent moins difficile de trouver un coupable à une souffrance si glaçante, raison pour laquelle il n'y a sûrement pas de "bonne attitude" à avoir. Il semble difficile de réussir sa sortie dans de pareille condition. Il semble difficile de juger celles et ceux qui se sont trouvés dans pareil situation, mais on oublie également trop souvent de comprendre qu'il peut-être aussi insoutenable d'en vouloir à un-e mort-e.

    Néanmoins il est vrai que j'ai peine à comprendre la démarche du "show" et surtout le public qu'il peut générer. Ecrire cela permet de médiatiser son expérience, de prendre du recul, et peut-être réconfortant pour ceux qui sont confrontés à la situation de devoir organiser leur départ. Je ne sais pas comment l'on peut assister en direct à l'agonie d'une personne qu'on ne connaît pas, à la réalité de cette agonie, bien loin des culbutes dans la piscine que l'on voit d'habitude dans ce genre d'émissions. D'une façon peut-être gratuite j'aurais tendance à penser que si l'on peut soutenir (trouver "soutenable") ce genre d'émission c'est peut-être que l'on manque de sensation forte, d'émotions. Lorsqu'on a vécu ce genre d'expérience, je crois que cela nous ramène à trop d'émotions paralysantes pour qu'on y trouve un quelconque réconfort. Bien que chacun vive un deuil à sa manière, on imagine bien par quelles étapes les survivants vont passer. S'il ne s'agit pas de détourner les yeux d'un ami, d'une connaissance qui serait dans ce cas, j'ai de la peine à admettre qu'on puisse regarder ce genre de "show" bien au fond de son canapé, s'apitoyer un coup puis oublier, jusqu'à en devenir blasé comme vous le disiez. Il y a la comme un effet pervers, comme une provocation de la compassion qui finit par subvertir ce terme même ("souffrir avec") pour faire de nous des êtres anésthésiés, mangeant devant les massacres du TJ et nous endormant sur les derniers jours d'une cancéreuse.

    Triste réalité...

  • @Blondesen, oui, diable! Et comme pour les subprimes, il va y a voir inflation! Diable, déjà qu'il faut perdre sa vie à la gagner... Diable de diable!

  • Le pognon et rien que le pognon. Quand un footboleur anglais avait vendu des cassettes videos le montrant pendant son sommeil!!! ont avait tout compris sur le voyerisme des gens. Le pognon rien que le pognon. Pourquoi ne pas vendre la mort pour du pognon? Ont pourrait même appellé cela de la prostitution in articulo mortis. Dans notre société actuelle il n'y a que l'argent qui compte. Je suis encore plus choqué d'apprendre que une chaine de TV. montre ses images. Est qu'ont est devenus tous des sadiques?

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